Ducrot, tome IV, p
'204: BUZENVAL - LA CAPITULATIOX.
de campagne, peut, le soir venu, pousser ses avant-postes jusqu'à la redoute du Moulin-de-Pierre, que nous occupions naguère. Ses pionniers la réorganisent contre nous, la nuit même.
Ainsi, dès le premier jour, grâce à notre imprévoyance, à notre inertie, l'attaque a pris le dessus. Jamais plus notre artillerie ne la tiendra en échec. Ce résultat lui coûte peu de pertes*. En outre, une pièce de 15" a tiré sur Paris, pour donner « à la grande ville un premier avertissement » . Nous en dirons plus loin les conséquences.
Les jours suivants, le feu continue contre les forts, mais un certain nombre de projectiles sont dirigés sur la ville. En même temps, les Allemands font usage de chassepots qu'ils nous ont pris ou de fusils de rempart'. Issy et Vanves se taisent pendant des intervalles toujours plus longs, mais non Montrouge, dont les marins continuent de montrer le plus brillant courage sous les ordres du capitaine de frégate Amet. De même, une batterie de six mortiers de 32 , placée derrière un remblai à l'est du fort d'Issy, ne peut être réduite au silence. Enfin la longue ligne droite de l'enceinte entretient vivement le combat.
L'effet des projectiles est assez grand, surtout aux forts d'Issy et de Vanves, pour que nos troupes abandonnent à peu près complètement le terrain en avant. Les Allemands peuvent ainsi occuper l'espace compris entre le Val, le Moulin-de- Pierre et Châtillon (nuit du 9 au 10 janvier). Ils s'y fortifient aussitôt, sous la protection d'un bataillon qui |fait une fausse attaque sur les Moulineaux. De notre côté, le colonel Porion tente une surprise sur le Moulin-de-Pierre. Trois cents marins, commandés par le lieutenant de vaisseau Gervais, tiennent la tête. Avant le jour, ils enveloppent un peloton bavarois qui gardait ce poste et l'enlèvent tout entier. Les travaux commencés sont détruits en partie et nous ramenons une ving-
1. Élat-major prussien, lome IV, p. m. Voir nos Annexes pour les peices.
2. 75 «le ces fusils lurent confiés à un détachement de 2.30 hommes constitué dès le mois d'octobre en prévision du bombardement {État-major prus' tien, tome IV, p. 1145).
taine de prisonniers. Ce brillant coup de main ne nous coûte que 4 tués ou blessés \
Pour éviter son retour, l'ennemi porte trois bataillons à Clamart et deux compagnies au Moulin-de-Pierre. Dans la nuit du 12 au 13, il construit 1,200 mètres de tranchée entre Clamart et Châtillon, sans être inquiété par nous. Plusieurs de ses batteries sont déjà désarmées ; d'autres entrent en jeu aux attaques principale et latérale. Le fort de Bicêtre est soumis à un feu assez vif '.
Malgré l'opposition de Vinoy, le succès de notre surprise au Moulin-de-Pierre décide le général ïrocbu à renouveler cette attaque en lui donnant un développement excessif: 500 marins', de nouveau commandés par le lieutenant de vaisseau Gervais et soutenus par plusieurs bataillons, doivent enlever l'ouvrage et se maintenir assez longuement en avant de lui pour permettre sa destruction. Mais le gouverneur, alin de donner satisfaction à l'opinion, juge indispensable d'employer des gardes nationaux à une opération pour laquelle ils ne sont en rien indiqués \
Ces mobilisés se rassemblent bruyamment à la station de Clamart, non sans qu'on ait discuté dans les clubs le projet
1. Èlal-major prussien, tome IV, p. 1145 et Ul6; Vinoy, p. 301; Ducrot, tome IV, p. 13; Larchey, p. 238, relation extraite du Moniteur universel. — La relation prussienne désigne le Mouiin-de-Pierre sous le nom de N.-D. de Clamart.
Le colonel Porion a sous ses ordres 300 marins, 150 mobilisés, des gardiens de la paix, des mobiles des 5'' bataillon de la Seine et 6^ de la Somme, i compagnie du ge'nie. Nous aurions eu i tué et 3 blessés, et l'ennemi 2i disparus, d'après le Rapport militaire du lOjamier. Suivant L. Schneider, tome III, p. 175, cette surprise produisit une vive émoliou a Versailles : a Si un seul baiailloD pouvait ainsi obtenir un succès partiel, on avait tout à craindre d'une sortie générale etTecluée sur tous les points à la fois, avec 200,000 à 300,000 hommes. »
2. Avant le il janvier, les batteries n<" 4, lû, 6, 12, sont désarmées; les nos ig^ 19^ 20 ouvrent le feu; puis les n"^ 22, 21, 23, armées de 6 pièces de 12"=, et de 26 pièces de 15<^, celles-ci prises aux batteries désarmées, et de ■k mortiers lisses de 28"=. Une batterie n° 24 no pourra commencer son tir avant l'armistice. A l'attaque latérale, une troisième batterie entre en aciioa du parc de l'Haj"' contre Montrouge Œtnt-major prussien, tome IV, p. ii46i.
3. Et non soldats de marine, comme écrit Y Èlal-major prussien, tome IV, p. 1147.
4. Dépêches du gouverneur à Vinoy, 12 et 13 janvier, Vinoy, p. 5ii et 512 ; Ducrot, tome IV, p. 20.
d'attaque. L'ennemi est naturellement en éveil et, dès minuit, notre approche lui est connue. Un bataillon (2* du 15* régiment bavarois) tient les abords du moulin. Son feu nous arrête court. Après une fusillade désordonnée, qui dure une heure environ, une compagnie prend l'offensive sur la route et rejette marins, mobiles de la Seine, gardes nationaux dans le plus grand désordre. Ils refluent sur les troupes de soutien, dont une partie n'est même pas arrivée'. Le général Javain, qui essaie de les arrêter, est foulé aux pieds. Les patrouilles bavaroises nous poursuivent jusqu'aux tranchées en avant du fort d'Issy ^
Malgré ce facile succès, l'ennemi juge prudent de faire occuper désormais le Moulin-de-Pierre par des troupes du XP corps prussien, de façon à dégager le IP corps bavarois.
Les jours suivants, le combat d'artillerie se poursuit, sans apporter un changement marqué à la situation. C'est surtout vers midi que le feu allemand est le plus vif. A minuit, il reprend avec une force extrême, puis cesse un peu avant le jour, pour recommencer avec lui. Dans la journée, il est de préférence dirigé sur les forts et les ouvrages extérieurs; de nuit, il l'est sur la ville. Pour mieux y résister, le nôtre est sans cesse déplacé. Quand l'un des forts est trop éprouvé, il cesse de tirer et fait avertir les batteries extérieures, qui agissent alors. Puis elles laissent, à leur tour, la parole à l'enceinte et aux canonnières ; celles-ci rendent de grands services, grâce à leur mobilité ^
La batterie allemande qui souffre le plus est le n" 1 , près
1. 1 balaillon du m'" complété à 1,000 liommes el suivi de 2 cuissons de munitions (!l quitta le Moulia-Saqiiet le 13, à ô heures du soir, « pour une reconnaissance de nuit dans la direction de Cachan ». A Caclian, il ne reçut aucun ordre cl rentra, le I4, au Moulin-Saquet, où il apprit à la fois la sortie el son écliec, par suite de la ucu-ariivée des réserves (colonel de l'onclialon, p. 281).
Les mobiles de la brigade d'André se lireut longtemps attendre (F. Garnier, p. I3ô).
2. Ducrot, tome IV, p. -^O; Vinoy, p. .sa2 ; État-major prussien, tome IV, p. 1147.
La même nuit, en avant de Vilry, l'amiral Polhuau enlevait un olficier et quelques hommes du il» régiment jjrussiea (Vinoy, p. a94j.