ÉTAT DE NOS TROUPES
Démoralisation des troupes. — Imporularité de Troehu. — Les généraux et les officiers. Les effectifs. — L'aspect des troupes. — Les mobiles. — La garde nationale.
On tenterait vainement de dissimuler la démoralisation croissante de nos troupes. Sous ce rapport, les témoignages s'accumulent et leur précision est complète. Le 22 décembre, à la nuit tombante, Jules Favre et Jules Simon se rendent de Paris auprès du général Troehu^ « pour connaître son opinion et ses projets. . . Je n'oublierai jamais, écrit le premier, le spectacle navrant qui s'offrit à nos regards. La grande rue et la route qui conduisent au fort d'Aubervilliers étaient couvertes de troupes débandées, cliercliant un abri contre un vent du nord impétueux qui fouettait sur elles des nuages de grésil glacé. Ces pauvres gens arrachaient les pièces de bois qu'ils trouvaient sur leur chemin ; quelques-uns en portaient de tout enflammées sur leurs épaules. Ils grelottaient sous les couvertures qui les enveloppaient. C'était à fendre le cœur. — Voici Moscou aux portes de Paris, me dit M. Simon d'un ton brisé ; qui de nous pouvait prévoir que nous serions les témoins d'une si lugubre scène? — Le fort d'Aubervilliers était entouré de bivouacs où les hommes se couchaient sur la terre glacée, sans pouvoir se défendre contre les rafales qui balayaient la plaine. . . ^ »
A l'égard de Troehu la désillusion est complète, unanime : «... Les plaintes les plus vives se faisaient partout entendre contre la direction du gouverneur de Paris. On lui reprochait de n'avoir pas su se servir des ressources qu'il avait dans les mains et d'avoir compromis la défense par une tactique malheureuse qui consistait à engager les troupes et à les retirer,