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Elle cUit munie de i;i:3 bouches à f«‘U , dont (18 de cainpaf^ne et (iô de siège, d'un approvisionnement pro|)ortionné à ce nombre de pièces, et de vivres pour un mois au moins.
L’armée anglaise avait embarqué cinq divisions d'infanterie ( la division légère commandée par sir Georges Brown; la première, par le duc de Cambridge ; la deuxième, par sir de Laev Evans ; la troisième, par sir Richard England ; et la quatrième , par sir Georges Catbeart), une brigade de cavalerie légère et un régiment de grosse cavalerie de la division de lord Lucan, neuf batteries d'artillerie de campagne, un demi-parc de siège et quatre compagnies de sapeurs du génie.
L’effectif de ces troupes était environ de :
IS.OOO hoiiinir» d'inl'anlcric ;
i.lHKt — lii* ravalerio ;
I ,(WO — iTarlilIcrtc ;
V84I — du génii'.
Total. . . SI,IS0; éuil Îl,jü0 hommes.
La division tiiniue, de 7,001) honuues de bonnes troupes, était convmandée par Aclmiet-raclia.
L’exp«‘*ditioii commenva sous les plus heureux auspices; la flotte opéra le débarquement de l'armée de terre au vieux fort, le 1 i se|vtenibre au matin, sans éprouver aucune riaislance, et elle avait fait la traversée sans avoir même été menactk; par la flotte russe. Celle-ci cependant, sortant du port prête au condvat, aurait eu le grand avant igc d'une liberté entière de ses mouvements sur la flotte alliée , embarrassé-e dans stîs manœuvres par une armée de (10,000 hommes ()ui (‘iicombrait les ponts et les Ivalteries d(‘ la plu|vart dos bâtiments. Le soir, il y avait sur le sol russe trois divisions françaises avec cinquanle-nciif bouches à feu attelées , cl deux div isions anglaises. Le mauvais temps qui survint pendant la nuit ralentit le débarquement •luns la journée du 15. Le 10, kis Français inii enl à terre le reste
«rquènt'nl dei «Uics en r.nuiée.
de leur matériel, et le« Anglais adievèrenl leur débarquement te 17.
Le 18 on occupa Eupatoria , dont le chef d'escadron d'état-majnr Osmont fut nommé commandant supérieur, et le lU l'armée se mit en marche vers Sébastopol.
^’*ctioî!k '* Crimée , où les armées alliées venaient de prendre pied , était connue dans l'histoire sous le nom de A'hersonêse taurique, quatorze siècles avant l’ère chrétienne. Cette presqu’île, enveloppée à l'ouest et au sud par la mer Noire, à l’est par la mer d’Azof, jouit d’un climat plus doux que les contrées avec lesquelles elle est en communication directe. De tout temps elle a été désolée par des invasions, et son histoire n’est que celle do la lutte sans lin d'une multitude de peuples qui s'en sont disputé la possession. C’est dans le XIII' siècle que les Tartares, qui rhabitenl encore aujourd'hui, envahirent cette contrée; ils changèrent son ancien nom en celui deAW;«, qu'ils donnaient à leur capitale. Les Turcs, qui en avaient chassé les (iénois, y dominaient depuis loSi, lorsqu’en 173(> les Russes y firent leur première apparition et la ravagèrent. Un peu plus tard, (àitherine If, sous prétexte de délivrer les Tartares de la suzeraineté turque, envoya une armée en Crimée et y établit un khan ; mais elle garda Kertch, Yénikalé et Kinbourn. Enfin, en 1783, Catherine s’empara de toute la presqu’île , qu’elle nomma Tauride, et un traité de paix avec la Turquie lui confirma définitivement cette possession.
La conquête russe n’a pas été favorable à la prospérité du pays. Par suite de nombreuses émigrations, la population diminua de moitié en moins de dix ans, et beaucoup de v illes florissantes sous les khans sont aujourd’hui presque dépeuplées. Tous les efforts des Russes paraissent s’ètre concentrés sur Sébastopol, qui devait leur assurer la domination exclusive de la mer Noire.
La Crimée ne touche au continent que par l'isthme de Pérékop et par la flèche d’Arabat , langue de terre longue et étroiti* qui sépare la mer d’Azof de la mer Putride, actuellement appelée Sivasch.
L’isthme de Pi^r^kop est coupé dans sa partie la plus étroite par un ancien retranchement tourné contre la Russie, mais qui parait avoir été modifié dans ces derniers temps. En s'emparant de Pérékop, on couperait les principales communications des Russes avec la Crimée ; mais ce point est protégé contre les attaques venant d«! la mer par des bas-ronds , qui en interdisent l’approche aux bâtiments du plus faible tirant d'eau. La flèclie d'Arabat , espèce de barre qui semble formée par les sables de la mer, se trouve interrompue à Ghénitchi par une coupure qui permet au Sivasch de décharger dans la mer d’Azof le trop plein de ses eaux. Les Russes , prévoyant le cas où l’entrée d'une flottille dans la mer d'Azof leur interdirait le passage par la flèche d'Arabat, ont créé une troisième communication par la presqu'île de Tchongar, qui a été réunie à une pointe de terre correspondante au moyen d’un grand pont sur pilotis. Le Sivasch n’est qu’un étang vaseux et infect, dont les eaux n'ont pas assez de profondeur pour qu’on puisse y naviguer autrement qu'avec de petites barques. Le détroit de Yénikalé sépare la presqu'île de Kertcb de la cùte d'Asie; il est défendu par le fort de Yénikalé, construit par les Génois, et par deux grandes batteries que les Russes ont élevées au cap Paul, un peu an sud de Kertch.
Toute la partie septentrionale de la Crimée ne présente que de vastes steppes coupées de pâturages et de lacs salés. Ces lacs sont surtout nombreux sur les bords du Sivasch et â l’entrée de l’isthme de Pérékop; le sel qu’on en retire (;t de grands troupeaux de bœufs et de moutons à large queue forment la principale richesse du pays. La partie méridionale, au contraire, est fort montagneuse; elle est formée par un soulèvement, commençant au cap Khersonèse et s’étendant jusqu’à KalTa, qui présente vers le sud, tout le long de la mer, des escarpements souvent verticaux, tandis que vers le nord la pente des montagnes est, au contraire, assez douce. Lu second soulév«'ment tout à fait analogue, mais moins élevé, s’est produit parallèle-
ment au premier ilt'puis l<*s environs de S^-bastopol Jiisi|ii'u(i delà de Simplii^ropol ; du cAtt’* du sud ce soulèvement présenle une espèce de muraille presque verticale, mais au nord il s'abaisse aussi en pente douce. En arrière de ce second mouvement on en remarque encore un troisième beaucoup moins prononcé que les précédents. Ces montagnes, de formation secondaire, présentent en généra] une rocJte calcairt; dure, alternant avec des couches schisteuses et argileuses; le sol est marneux et mélangé de nombreuses pierres roulées.
Le sommet le plus élevé du mont Yaïla, formé par le premier soulèvement, est le Tcbatyr-Dagb (.Mont de la tenle), à l'ouest de la route de Simpbéropol à Âlouschta; c'est au pied de cette montagne, près du village d'Aïan, que se trouve la source du Suighir, qui se jette dans le Sivasch. Lw rivières qui prennent leur source dans le mont Yaïla, à l'est du Tchatyr-Dagh, xontsejet<'rs<iitdanslcSalghir, soit dans le Sivasch : celles qui prennent leur source à l’ouest de ce pic, telles que l'Alma, la Katcha et le Belbek (ou Kabarta), vont se jeter dans la mer Noire, sur la aïte sud-ouest de la Crimée entre Eupatoria et Sébastopol, après avoir traversé le second soulèvement dans des gorges profondes qui forment de grandes brèches dans la muraille PI. I. de rochers. La Tchrrnaya, la plus occidentale de ces rivières, coule au pied du second soulèvement et va se jeter dans le fond du port de Sébastopol.
L’espace compris entre les deux premiers soulèvements est coupé* de mouvements secondaires qui y forment un grand nombre de petites vallées verdoyantes et fertiles. Protégées contre les vents du nord par d(« muntagn(*s boisv-es, ces vallées jouissent d’une douce température, et l'on y trouve la végétation de l'Europe réunie à celle de r.\sie mineure. La plus remarquable de ces vallées est celle de Baïdar, où la Tehernaya prend sa source. C’est dans ces contrées privilégiées que les grands seigneurs russes ont bâti de nombreuses villas. Ce pays, quoique Irés-accidenlé, n't'.st j>as dillicilemeiil prali-
Cilbit* pour une arnitV: on y (roti^o dos clii'niins d evpluilulion ruride qui, au nioy<‘ti d<* quelques lra\au\, pemeiit si*r\ir au passage des voilures. Mais la muraille île roelier qui le liruile vers le nord, et derrière laquelle passe la route de Sv'-baslopol à Simpbèropol, jirésoüle aux Russes une excellente ligne de défense. \ l'ouest de la roule qui va du pont de Traklir, sur la Tchernaya, à la ferme de Mackenzie, ces escarpements s’abaissant vers le fond du port de SébastoiK)l, les hauteurs de la rive droite auraient été accessibles sans trop de difficulté si les Russes n'avaient construit, au mois de mars 185,’), plusieurs redoutes sur les pentes les plus abordabb's. Cirst en arriére de ces ouvrages que l'armée <le secours tenait la majetirc partie de ses forces. A l’est delà ferme Mackenzie, on trouve les gorges profondes et étroites de Mangonp-Kalé et du Belbek, qui devaient être regardées comme à peu prés inattaquables; ce n’est qu’au delà de la Kalcba, à la liauteur de Baktcbi-Saraï, que 11*8 escarpements de rocher ont moins de saillie et présentent de nombreuses interruptions dont l’accès n'est pas difficile.
La température de la Crimée est très-variable, comme la direction des vents; le vent du nord produit des froids très-vifs, mais de peu di> durée, et les chaleurs de l’été sont tempérées par des brises de mer et par des pluies d’orage.
Les principales roules qui traversent la presqu’île sont ; celle de l’intérieur de la Russie à Simpliéropol par Pérékop, avec un embranchement sur Eupatoria ; la roule de Simphéropol à Baktchi-Saraï et à Sébastopol, avec un embranchement sur Balaclava; la mute construite par le prince Woronzoff de Sébastopol à Alouschta , par la vallée de Baïdar et le bord de la mer, et d’Alouschta à Simphéropol; celle de Simphéropol à Karasoubazar et à Kalia; et enfin celle de KaiTa à Kcrtch id Yénikalé, avec un embranchement sur .Vrabal qui se prolonge sur toute la longueur de la flèche de ce nom. Mais ces routes, à l'exception de celle qui relie Simphéropol à Sébastopol par
le bord de la mer, sont loin d’t'lre en bon iHal. üe Sébastopol à Alouschta il y a vingt-neuf lieues (116 Lilomèlres), d'Alouschta à Simphéropol douze lieues, en tout quarante et une lieues; mais par la route directe il n’y a que dix-huit lieues de Simphéropol à Sébastopol. Do Simphéropol à Eupatoria, il y a dix-sept lieues; de Simphéropol cl Pérékop, trente-huit lieues; de Simphéropol à Kaffa, trente lieues, et de cette dernière ville à Kertch, vingt-huit lieues.
Simphéropol, sur le Salgliir, est la capitale de la Crimée. C'est sur ce point qui, comme on vient de ie voir, est un nœud de roules, que les Russes avaient réuni leurs principaux magasins et leurs moyens de transport.
En partant d'Eupatoria, on traverse, pour arriver à Simphéropol, un |»ays sablonneux et complètement découvert, mais qui manque d’eau, surtout en automne; on ne s’en procure qu’en creusant des puits, dont la profondeur augmente à mesure qu’on s’éloigne de la cùte. L’armée partant d'Eupatoria n’était sûre d’avoir de l'eau potable en abondance qu’à son arrivée sur le Salgliir.
Nous avons dit que la distance d'.AIouschta à Simphéropol n’était que de douze lieues par la belle route du prince Woronzoff. Alouschta présente un bon mouillage qui ne craint que les vents du sud; ce point était donc accessible pour nous, soit par la route de Sébastopol qui suit la céte, soit par mer; mais la roule de Simphéropol traverse, entre le village de Chounia et celui d’Aïan, un défilé tres-encaissé. Il parait que les Russes n’y ont exécuté quelques travaux de défense que dans les dernières époques du siège de Sébastopol; ce déflié pouvait être tourné par des troupes d’infanterie et par de l’artillerie de montagne, soit en contournant par l’ouest le Tchatv r-I)agh, soit en partant de Yalta et gagnant la vallée de l’Alma.
Baktchi-Saraï, autrefois capitale divs khans, est .située sur leTchourouksou, affluent de la Katcba. Dévastée lors de la conquête russe, cette ville est maintenant sans importance.
KalTa ou Féodosia (l’ancicniio Tlu^odosie), siluèo sur la nier Noire, n’a rien gardé de son ancienne splendeur commerciale ; ravagée plusieurs fois, l'invasion russe a achevé sa décadence.
Koslov ou Ëupaloria a aussi perdu son ancienne importance, mais on y trouve encore beaucoup de constructions qui ont été utiles au corps d’occupation que les alliés y ont toujours entretenu.
Kertch, entrepôt des blés venant par la mer d’Azof, était, au moment de l’expédition de Crimée , une petite ville assez florissante et bien bâtit;.
Balaclava, petit village habité par une colonie grecque et autrefois fortifié par les Génois, a un [Hdil port sùr et assez profond pour les plus grands vaisseaux.
Eski-Krim, la première capitale des Tartares, est presque dépeu- ]dée; Klierson a tout à fait disparu, et Inkerniann, (|ue les Grecs nommaient Tbéodori, ne présente plus que tjuelques ruines.
Enfin Sébastopol, qui résumait en elle, pour ainsi dire, toute l’importance que la Russie attachait à la possession de la Crimée, est ellemême aujourd’hui complètement détruite. Il importe de décrire cette ville telle qu’elle était au commencement de la guerre.
Sébastopol, principal port militaire de la Russie méridionale et station de la flotte russe de la mer Noire , est située dans celte partie sud-ouest de la Crimée plus particuliérement désignée sous le nom de Khenonêse; elle occupe la rive méridionale d’une grande baie qui court de l’ouest à l’est, et forme un des plus beaux ports de l’Europe, souvent comparé à ceux de Malte et de Mahon. Cette ville importante est divisée en deux parties, la ville proprement dite et le faubourg Karabehiaija, par une baie secondaire qui s’embranche sur le grand port dans la direction du 'nord au sud cl qui se nomme port du Sud, port militaire on petit port.
Le grand port est d’une largeur assez uniforme. Les caps .Vlexandre et Constantin, qui en maripient l'entrée, sont éloignés de
Dr»cri^H)a <k .SélHi»* io^mI tl lie Mi défeuM* au cotnra 'Dcrfneiit du 5MI'- iVl I et 11).
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!MX> méliüti. Sa longueur, depuis ces caps Jusr|u'à I cnibouchure de la TcLeriiaya, esl de plus de six kilomètres. Sa profondeur varie de onze à quatre brasses (18* à ü*5()) ; mais vers le point où débouche la rivière, on trouve la vase à environ un demi-melre au-dessous de la surface de l'eau; celle partie n’esl donc pas accessible aux navires. Le port ne présente pas d'écueils, si ce n'est un petit banc de sable (jui se trouve en av ant de la pointe dite Sèrernaya Cassa (pointe du nord) et que l'on évite facilement en naviguant dans la direction des deux phares à feu fixe qui se trouvent au delà du fond du port, sur les hauteurs d'inkermann. Ces feux sont à 3,5Î()0 mètres l’un de l'autre : le plus rapproché du port , situé à lât> mètres au-dessus du nivi'au de la mer, esl visible à une distance de 28 milles (52 kilonvétres) ; le second, à une hauteur de 187 mètres, s'aperçoit jusqu’à 33 milles ((>1 kilomètres].
La rive méridionale du grand port ej>l découpée par plusieui-s baies. On trouve d’abord, un peu avant de [vénélrer dans le port, la baie de la quarantaine. Puis vient, près du cap ^icolas, la baie de l'artillerie, petit port destiné au commerce et |irès duquel se trouvent le marché et la partie commerçante de la ville. .V l'est du cap Nicolas, entre ce cap et le cap Paul, se trouve l’entrée de la baie du Sud dont il a déjà été question. Cette baie, qui forme le port militaire, a 2, i<)ü métrés de longueur sur 301) à 400 métrés de largeur ; sa profondeur varie de neuf à quatre brasses (de 1 4*50 à O^SO,.. Elle renferme à l’est une anse secondaire dite baie Karabelnaya, ou des Vaisseaux, qui esl d(!slinée aux v aissv'aux désarmés ou en réparation t‘l qui communitjue par son extrémité sud avec le bassin des docks. Ce magnitique bassin a 130 mètres de longueur sur 100 mètres de, largeur; son fond esl à cinq ou six mètres au-dessus du niveau de la mer; il est alimenté par une dérivation de la Tchernaya et du Chouliou , qui passe sous deux tuimels de 021 mètres de longueur totale et sur trois aqueducs ayant ensemble 2111 mètres de développement. Cinq tlocks, ou form<*s