‹ Siège de SébastopolChapitre 4 sur 82 · IT · texte numérisé non relu

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de carénage, viennent s'ou>rir sur le bassin central : trois au sud et deux au nord. Cette remarquable construction, en pierres de taille calcaires avec couronnements , escaliers et appareils en granit , est duc à l'ingénieur anglais Hupton. A 1 ,70() mètres du cap Paul s'ouvre dans le grand port la baie du carénage, qui ne sert qu'aux petites embarcations. Son nom vient de ce qu’on y flambait autrefois les vaisseaux. Cette opération, qui consiste à coucher les vaisseaux sur le flanc et à les noircir au feu, pour les préserv er des ravages du larel ou ver de mer, doit être faite chaque année pour tous les bâtiments non doublés de cuiv re stationnés dans la mer Noire, et on assure que sans cette précaution il suflit quelquefois de deux ans pour voir les bordages complètement rongés par les tarets.

La rive septentrionale du grand port est beaucoup moins découpée que la rive méridionale : elle ne présente que quelques anses petites et peu profondes, mais trés-sùres.

Le terrain des environs de Sébastopol, de formation secondaire, est coupé par de nombreux ravins , dont quelques-uns ont une profondeur considérable. Ces ravins, qui prennent naissance dans les (uirtics les plus élevées du plateau de la Khersonése, vont en s'a|>profondissant jusqu'à la mer où ils débouchent dans les baies qui découpent la côte. La baie de la quarantaine reçoit deux ravins peu profonds : celui qui se trouve le plus à l'est s’étend en avant de toute la partie ouest de la v illc et forme une sorte de fossé naturel en avant d'une portion de son enceinte. Entre les ravins de la quarantaine et le port du Sud se trouve le ravin auquel les alliés ont donné le nom de racin de la ville qui vient déboucher dans la baie de l’artillerie; il forme un vallon très-prononcé sur les deux c<\tés duquel des maisons sont bâties en amphithéâtre. Trois autres ravins, trèsprofonds, débouchent dans le port du Sud : le premier, à l’ouest, est peu étendu; le deuxième, que les alliés ont appelé ravin des Anglais et qui se bifurque à environ 5(K) mètres du port, vient des hauteurs

<|iii limiloiil le plateau «le la KhertMuése du côté do üalaclava ; le troisième , à l'est , nommé ravin du laboratoire, donne passage à la route >Voron7.olI. Le ravin Karabelnaya ou des docks, qui court du nord-ouest au sud-est parallèlement au précèdent, débouche au fond de la baie des vaisseaux. La baie du carénage sert de dèboudié au ravin du carénage, le plus profond et le plus large de tous. Enfin entre ces deux derniers on trouve encore le petit ravin Ouchakoff qui ne prend son origine qu'un peu au delà de l'enceinte de la place.

Les anses de la rive se]>tentrionale du grand port ne sont également que les débouchés de ravins nombreux, mais beaucoup moins étendus et moins profonds que ceux de l'autre rive. Comme ceux-ci, ils vont en augmentant de dimensions à mesure que l'on s'avance vers le fond du port qui , ainsi que nous l'avons déjà dit, correspond à la vallée de la Tcliernaya comprise entre les hauteurs d'inkermann à l'est et le mont Sapoun à l'ouest.

Avant la conquête de la Crimée par les Russes, il n’y avait près du port de Sélvaslopol (ju'un petit village de pécheurs tartarcs nommé Akliar (rocher blanc) et situé à environ trois kilomètres des nimes d’inkermann. La création du port de Sébastopol remonte au mois de mai 1785. Les travaux furent commencés en 1786, et l’année suivante l'Impératrice Catherine II, qui paraissait fort préoccupé» de la conquête de Constantiitople et du rétablissement de l'Empire d'Orient, vint visiter Sébastopol et prit la résolution de créer, sur la rive méridionale du port, un établissement maritime considérable pouvant assurer à la Russie la domination de la mer A'oire. Elle lui donna le nom de Sébastopol, c'est-à-dire ville auguste ou impériale. Les travaux furent poussés avec la plus grande activité jusqu'à la mort de Catherine 11 (1796). Ils furent complètement négligés sous le régne de Paul I", mais repris en 1805 par Alexandre 1*. L'Empereur Nicolas attachait aussi la plus grande importance à la position de Sébastopol, où il lit faire de nombreux travaux, secondé par l'amiral Lazarellet

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par le prince WoronzoIT, pouverneur général de lu miuvelle Uussie depuis 1823. Dans ces derniers temps, S«'-baslopol était devenu un arsenal maritime et un port de guerre du premier ordre. On devait encore y apporter plusieurs améliorations importantes ayant pour but d'augmenter les docks de manière à pouvoir faire entrer dans Uvs formes des vaisseaux à hélice, et de créer tous les ateliers nécessaires à la réparation des machines et à l’entretien des navires de guerre à hélice.

Outre scs établissements maritimes, sa quarantaine, ses immenses magasins pour la marine, Sébastopol renfermait de grandes et belles casernes, sept églises, des monuments de tout genre et plus de deux mille maisons. Sa population, qui en 18i2 était de dl,155 âmes, s'était élevée d’après de récents recensements à 47,474 âmes, dont 4ô05 femmes seulement. Cette disproportion montre que la population sédentaire était relativement faible.

La ville proprement dite occupe la majeure |>arlic de l'espace compris entre le port du Sud et les ravins de la quarantaine. Elle est traversée du nord au sud par le vallon qui aboutit à la baie de l'artillerie. La portion la plus élevée de la ville se trouve située entre ce vallon et le port du Sud, sur un monticule de forme oblungue qui (‘st séparé du plateau sur lequel les Itus.ses ont construit le bastion n° 4 bastion du màt) par une forte dépres.sion du terrain, espèce de cid allant de l’est à l’ouesl. C’est sur celle portion culminante, dont le sommet est à env iron 00 mètres au-dessus du nivi.'au de la mer, que se trouvent les principales constniclions. Les plus belles rues sont parallèles à la baie du Sud; on remarque surtout la rue Calherine qui partant de la pointe sud de la ville se dirige vers un grand embarcadère en arrière du fort Nicolas.

Les principaux édifices sont la cathédrale, les églises Saint-Pierre et Saint-Paul , Saint-Pierre t;t Saint-Nicolas, la bibliothèque, 1(! Ihéèlre, différents palais, et la maison d’école pour les filles des ma-

rins il(! la ville; celle mai$un, silm-e dans lu partie la plus élev»>e de Sébastopol, était généralement désignée, pendant le siège, sous le nom de maison ivrle, à cause de son toit de ItMe peint en vert.

Le faubourg Karabelnaya, aussi étendu que la ville à laquelle il est relié par un pont de radeaux, était beaucoup moins peuplé. Il renfermait les docks, les beaux magasins de la marine situés le long d’un large quai qui borde à l'est la baie Karabelnaya , de magniflques casernes et l’église Saint-Michel.

En créant l’établissement de Sv’baslopol, le gouvernement russe ne se préoccupait pas d’iuie descente en Oimée, peu probable de lu part des Turcs, mais il craignait, du ciHé de la mer, un bombardtv ment qui pouvait détruire la flotte et l’arsenal. Aussi avait-il mis tous ses soins à fortifier Sébastopol du côté de la mer par un ensemble de travaux considérables destinés à défendre l’enln'e du port (>t à tenir éloignés les v aisseaux ennemis. Du cété de terre , au contraire, fis défenses projetées n’avaient reçu qu’un commencement d’exé*cution qui ne suffisait même pas pour mettre (vartout la place à l'abri d’une attaque de vive force. Voici quel était l'étal des défenses de Sébastopol au commencement du siège.

A l'entrée du grand port on trouvait sur la rive nord le fort Conslantin, consistant en un grand bâtiment casematé, à deux étages d«î feux, surmonté d'une plate-forme avec batterie à barbette. Ce fort en fer à cheval, qui occupe la partie la plus avancée du cap et qui bat très-bien les approches, l’entrée et l’intérieur du port, a 110 embrasures. Ses feux se croi.sent avec ceux du fort Alexandre, situé sur un cap qui lui fait face dans la partie méridionale du port, et même avec ceux du fort de la quarantaine (batterie n* 10) armé de 60 canons, qui occu{)e la pointe à l'est de la baie de la quarantaine et du grand port. Le fort .\lexandre, à deux étages de casemates avec une batterie à Ivarbette sur sa plate-forme, est d’une construction analogue à celle du fort Constantin; il renferme qiiutnMingt-dix pièct^s d’ar-

lillorie. ballerie de la quaranlaine est en terre, et elle est disposiM* pour recevoir cinquante pit'ces. A environ 1 ,100 mètres de l’entrée du port se trouvent deux nouveaux forts en regard l’un de l’autre ; sur la rive nord c’est le fort Michel, casemate comme les forts Alexandre et Constantin, et renfermant quatre-vingt-dix bouches à feu dont quelques-unes enfilent la baie du Sud; sur la rive sud, le fort Nicolas, immense construction de près de 500 mètres de longueur, également à deux étages de casemates avec plate-forme supérieure, établie sur le rivage entre la baie de l’artillerie et le port militaire (Voir PI. \ I). Ce dernier fort qui, avec quelques batteries basses placées sur son prolongement, contient deux cents pièces, forme avec le fort Michel une seconde ligne de défense, et, comme lui, dirige une partie de ses feux vers l’intérieur du port. A l’eitrémité du cap Paul, de l'autre côté de la baie du Sud, se trouve le forl Paul armé de quatre-vingt-quatre pièces, lequel défend l’entrée du port militaire et di* la baie des vaisseaux, enfde tout ce port et croise ses feux avec ceux de la batterie n“ 4 située sur la rive nord du grand port. En outre, sur le sommet de la falaise qui se trouve au nord du fort Constantin, les Russes avaient construit une tour maximilienne, dite tour Volokhoff', surmontée d’un télégraphe.

D'après une statistique dressée au mois de janvier 1851, l’armement des forts et batteries défendant le port de Sébastopol ne comprenait pas moins de 719 bouches à feu. De plus, l’entrée du port était fermée par des chaînes et dts estacades, en arrière desquelles se trouvait une ligne de vaisseaux.

Quant à la défense de Sébastopol du côté de terre , elle était forl incomplète, ainsi qu'il a déjà été dit, surtout pour la partie située au sud du port. Nous allons en donner une idt^e eu commençant par le nord.

Le port de Sébastopol est protégé contre les vents du nord jiar un platt'uu élevé que terminent, du côté du large, des falaisi's escar-

pées, lamiis que vers le sud le terrain présente des pentes accessibles et des contreforts au pied desquels se trouvent le fort Constantin, le fort Michel et une partie des batteries qui défendent le grand port. Une armée assiégeante qui occuperait le plateau du nord dominerait tous CCS ouvrages, plongerait par son artillerie dans le port et rendrait la ville inhabitable en enfilant les ravins du sud qui viennent déboucher dans la mer. Le fort du Nord qui occupe le plateau est donc la clef de toutes les défenses élevées au nord du port de Sébastopol. (]e fort est composé de quatre petits bastions réunis par de longues courtines brisées vers l’extérieur, ce qui lui donne à peu pn's la forme d’un octogone régulier de 270 métrés de côté. Ses escarpes sont revêtues, mais ont peu de hauteur; un cavalier, appuyé sur les deux courtines adjacentes au bastion du sud, forme un petit retranchement intérieur, et en avant de ce bastion se trouve une lunette qui est le seul ouvrage extérieur du fort. Pendant la durée du siège, les Russes élevèrent sur la rive septentrionale du port plusieurs ouvrages qui .sont indiqués sur la planche II ; l’artillerie de ces ouvrages gêna souvent la droite de nos attaques. Après la prise de la ville, elle en rendit l'occupation fort incommode.

Le faubourg Karabidnaya n’ètail défendu que par cpielques ouvrages établis sur les points culminants. Le premier de ces ouvrages était un réduit en maçonnerie ayant la forme d’une croix, voûté, armé d’artillerie et crénelé; il était situé à peu de distance du port entre le ravin OuchakolT et celui du carénage. Des ouvrages en terre ont plus lard enveloppé cette construction; une grande batterie a été placée un peu plus à l’est, et l'ensemble de ces défenses a été nommé bastion n° 1 cher, les Russes, et batterie de la pointe chez les Français.

A deux cents mètres au sud du poste en maçomierie se trouvaient une maison crénelée et, à trois cents mètres nu sud de cette maison, un redan armé de huit pièces qui a pris plus tard un grand développv'ment. C’était le baslioti «“ 2 des Russes, qui a été appelé chez les

alliés petit redan^ par oppositiuii au grand redan attaqué par les Anglais et dont il va être question plus loin.

L’ouvrage principal qui couvTait les approches du faubourg était une tour demi-circulaire ii deux étages dite tour Malakoff, du nom du mamelon sur lequel on l’avait construite. Elle était couverte par un parapet circulaire précédé d'un fossé. Le mamelon (kourghan) MalakolT domine tout le faubourg; de là on plonge sur le port du Sud et on prend des revers sur les défenses qui ont été ajoutées plus tard au faubourg. En avant et à six cents mètres du mamelon Malakoff se Iroure, toujours entre le ravin Karabelnaya et le ra>in du carénage, un second mamelon qui domine un peu le premier et qui a joué un grand réle dans le siège. Les Français l’ont appelé mamelon vert O. Lorsque les alliés sont arrivés devant la place, il était occupé par des avant-postes russes, mais on n’y avait élevé aucun ouvrage défensif.

Entre le ravin Karabelnaya et celui du laboratoire, sur un plateau élevé, mais dominé par le mamelon Malakoff qui en est éloigné de mille mètres, se trouvait un redan armé de quinze ou vingt pièces. Cet ouvrage, nommé bastion n° 3 par les Russes, a été appelé par les alliés redan des Anglais ou grand redan.

Enfin à l’ouest et à six cents mètres du grand redan se trouvait sur le sommet do rescarpemenl qui forme la berge droite du fond du port militaire une batterie armée de six pièces, qui a été nommée batterie des casernes, à cause des bâtiments occupés par la garnison qui se trouvaient eu arrière. C'est la batterie Sikonoff des Russes.

Les ouvrages dont nous venons de parler et qui ont pris un peu plus tard un grand développement étaient isolés ou tout au plus reliés

Dans leurs rap|Xfr(s k's Rusms diHigncnl anus le iiuni tUt mamrhft rrri celui <|in siloê en avant du rinid du jMfrl du Siul, entre te praiid ravin dih Anglais et le ravin du JalHtraluire (Voir ausi pièces justiHcalives, le tableau couipaialif dcK iiouib russe» et de reuv dtnincs lar les allies aux ouvra(tes, ravin»; eic.)

entre eux par quelques Iraiichér^. Le faubourg Karabelnaya était donc exposé à être enlevé de vive force ; mais en y pénétrant, on eût été en prise aux feux de la flotte, et l'armée russe y tenait une bonne partie de ses forces.

Les défenses de la ville étaient plus avancées. Sur le plateau situé entre le ravin du fond du port et le ravin de la ville, se trouvait un redan isolé, armé de huit ou dix pièces; cet ouvrage, qui portait un mât fort élevé du haut duquel une védette obsenait les premiers travaux du siège, fut nommé par les Français bastion du mdl. C'est le bastion n* 4 des Russes.

Un peu plus à l'ouest sur le plateau compris entre le ravin de la ville et celui de la quarantaine, il y avait un poste en maçonnerie, bâti en croix, voûté et crénelé, ayant quelques pièces sur sa terrasse; les Russes trav aillaient à couv rir ce réduit par un redan dont la construction était assez avancée pour qu'il fût déjà armé de cinq ou six pièces. Cet ouvrage, nommé bastion central par les Français, était le bastion n’ 5 des Russes. Il n'était alors relié au bastion du mât que par quelques tranchées, mais à sa gauche se trouvait une petite redoute (la redoute Schwartz) destinée à battre le ravin de la ville.

A mille mètres plus au nord, toujours sur le bord du ravin de la quarantaine, se trouvait le bastion n'O d*;s Russes que les Français ont nommé bastion de la quarantaine. Les bastions n“ 3 et 6 étaient réunis par un mur crénelé de peu d'épaisseur alTectant la forme bastionnée, et vu Jusqu'au pied, (’æ mur se prolongeait au nord du bastion n* C, qu’il reliait à la batterie n"8. Ce dernier ouvrage, appelé par les Français fort de l’artillerie, était fermé à la gorge par un mur et par des bâtiments percés de créneaux ; il formait un réduit sur lequel venait s’appuyer renceintc crénelée.

Nous ferons remarquer que le fort et la baie de la quarantaine, ainsi que le fort Alexandre, plaçaient la partie nord de l’enceinte dans un rentrant à pcHi i>rès inaccessible.

Ainsi que nous i’avons dit plus haut, l'iirniéu anglu-lranvaisu débarqua en Crimée du 14 au 17 septembre 1851. Le 19 clic se mit en marche sur Sébastopol, en suivant une direction parallèle au rivage. L'armée française marchait en losange, la pointe en avant: la première division (Canrobert) était en tète, la quatrième (Forey) en queue, la deuxième (Bosquet) à droite, et la troisième (Napoléon) à gauche. Le flanc droit de l'armée appuyé à la mer était protégé par la flotte qui se maintint à même hauteur. L'armée mglaise marchait sur le flanc gauche des Français et un peu en arrière; sa gauche était éclairée par la cavalerie légère, qui seule avait pu être débarquée.

L'armée arriva à midi sur le Boulganak dont elle traversa le lit desséché pour établir son bivouac sur les hauteurs de la rive gauche. De là on apercevait tout le terrain qui s'étend en pente douce jusqu'à l’Alma et même les positions des Russes sur les hauteurs dominantes de la rive gauche de cette rivière. Dans l’après-midi la cavalerie anglaise s’avança avec une batterie d’artillerie légère contre un corps de cosaques et de dragons russes qui menaçait le flanc gauche de l'armée; une batterie à cheval française fut envoyée soutenir le flanc droit de la cavalerie anglaise. Mais après l’échange de quelques obus, les cavaliers russes se replièrent derrière l’Alma.

Les grand'gardes poussées assez loin se couvrirent à la nuit tombante par un léger épaulement.

L'armée russe forte, d'après les rapports de son général en chef le prince Menscliikolf, de 42 bataillons, 16 escadrons et R4 pièces d'artillerie, avait pris position sur la rive gauche de l'Alma. Le lit de cette rivière est, près de son embouchure, sinueux et encaissé; les gués sont rares et difficiles. Les pentes de la berge gauche sont fort escarpées et ravinées, surtout depuis le village de Bourliouk qui est traversé par la route de Sébastopol, jusqu’à la mer. Le centre de l'armée russe était formé sur le sommet des hauteurs qui dominent le village ; pour échapper à l'action des flottes, la gauche n'arrivait que jusqu'à

Mdrclie tie£ alise» sur

BaUllIe (}e rAlitu.

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deux kilomètres cuxiron du bord de la mer, derrière le village d'AImatamak; d'ailleurs les Russes regardaient comme infrancbissables pour une armée les pentes opposées à la droite française. Le village de Bourliouk, les jardins et les vergers qui l'entourent, étaient occupés par de nombreux tirailleurs qui devaient en défendre rapproche sous la protection de fortes batteries. La droite russe, moins bien couverte, était protégée par des batteries et par une cavalerie beaucoup plus nombreuse que celle des Anglais. L'une de ces batteries, de douze pièces, balayait le débouché du pont de r.ilma; une autre, établie un peu plus en amont, était couverte par un épaulement.

Après quarante ans de paix deux armées européennes allaient se mesurer : les Russes occupant une position formidable dans leur propre pays avec une forteresse derrière eux; les Français et les Anglais à mille lieues de leur patrie n’ayant pour tout appui qu'une flotte impuissante à les protéger en cas de revers.

Le 20 septembre, à six heures du matin, la division Bosquet, renforcée de huit bataillons turcs, se mit en marche pour tourner la gauche des Russes. Franchissant les pentes que ceux-ci avaient jugées inaccessibles, elle parvint à couronner vers midi les hauteurs qui dominent l'embouchure de l'.klma. A ce moment la division du général Canrobert et celle du prince Napoléon attaquèrent de front, et malgré tous les elTorts de l'ennemi elles parvinrent à franchir la rivière par un gué un peu en aval de Bourliouk, et à gravir les hauteurs opposées. Ces trois divisions, soutenues par la division de réserve du général Forey, forcèrent la gauche et le centre de l'armée russe. Les Anglais, foudroyés par des pièces de gros calibre et ayant devant eux des forces considérables, furent arrêtés un moment; mais bientôt, cédant sur la droite comme sur tout le reste de la ligne, les Russes abandonnèrent le champ de bataille qu'ils laissèrent jonché de morts et de blessés. Si cette journée n'eut pas pour eux les suites

fiinesles qu’onlralno une d<^faile, cVsl qu’on manqua de cavalerio pour les poursuivre.

La journée du 20 septembre fut glorieuse pour l’armée des alliés qui venait de prendre une supériorité incontestable sur celle des Russes. L’effectif des troupes françaises présentes à la bataille était de 27,000 hommes et 62 bouches à feu(*). Les Anglais avaient environ 21 ,000 hommes et 50 bouches à feu. En y Joignant 0,000 Turcs, les alliés avaient donc sur le champ de bataille environ 55,000 hommes et 112 bouches k feu avec une trés-faible cavalerie. Un millier de chevaux anglais n’ont même pu passer l'Alma à temps pour coopérer au succès de la journée. D’après des évaluations approximatives , les Russes devaient avoir environ 50,000 hommes , dont 5 à 6,000 de cavalerie. L’armée russe s’était établie dans une trèsforte position , et il avait suffi de quelques heures pour lui enlever le champ de bataille de l’Alma qu’elle avait pu préparer de longue main.

Le prince .Menschikoff évalue ses pertes à 1,702 tutSs et 2,720 blessés, en tout 4,182 hommes hors de combat. La perte des alliés fut, d’après les relevés officiels, de 3,314 hommes hors de combat ; les Français eurent 138 tués dont 0 officiers, 1,100 blessés dont 50 officiers parmi lesquels le général Canrobert, 2 disparus et 33 chevaux tués ou blessés; les .\nglais, 1,075 hommes hors de combat dont 08 officiers.

Les journées des 21 et 22 furent employées h relever les blessés et à enterrer les morts.

Le 23, l’armée ayant pris di’s vivres pour cinq jours, se remit en marche, et sans aucune opposition de l’ennemi elle traversa la Katcha au v illage de Mamatchaï et vint bivouaquer sur les hauteurs de

Vi»ir jwMîHealivfs, N* X

Ipar nurrlif '•ar

I» rive gauclie de celle rivi»>re. Il résullail du rappoii des déserteurs que l’armée russe était renlrt’H! en désordre dans Sébastopol, et qu'elle était trop alTaiblie ou trop démoralisée pour livrer une scv conde bataille. ,

On apprenait en même temps que pour rendre le port inaccessible à nos flottes les Russes venaient d’en fermer l’entrée en coulant cinq vaisseaux et deux frégates entre les forts Alexandre et Constantin. A ce moment la flotte russe de la mer Nuire, qui s'était tenue renfermée dans le port de 8<>bastopol, se composait de 10 vaisseaux, (i frégates, 5 corvettes, 7 bricks ou bàtimenLs de rang inférieur, ii bateaux à vapeur de différentes grandeurs et GO chaloupes canonnières. La résolution extrême que venait de prendre le prince Menschikuff annonçait que la bataille de l’Alma avait jeté les Russes dans une grande détresse, mais elle avait pour conséquence immédiate d’empêcher les flottes alliées de concourir, par une menace sur le port, à l’attaque du fort du Nord; tous les renseignements s’accordant en outre pour faire penser que la ville était incomplètement fortifiée du a'ité du sud, un jugea qu’il y aurait avantage à porter les attaques de ce ciMé. Les généraux en chef avaient cncon; d’autres puissants motifs pour iwsser au sud de la place : leur année était alimentée par les flottes, et celles-ci ne pouvaient trouver aucun abri entre Eupatoria et Sébastopol; dans la Khersonése, au contraire, il existe plusieurs baies dont on espérait pouvoir proOter et un connaissait comme très-sûr le petit port de Balaclava. Il fut donc décidé que, quittant les positions du nord, on contournerait la place hors de la portée de son canon pour se mettre en rapport avec les flottes par le sud. Le prince Menschikoff de son cûlé avait de bien grandes préoccupations à l’égard de sa ligne d’opérations, car si les alliés s’établissaient au nord de la place sur la rive gauche du Belbek, ils coupaient toutes scs communications avec Baktclii- Sarai, Simpliéropol et rinlérienr de la Crimée, d’où il lirait .ses ap-

provisionnements. Ainsi au 23 scplcnibre chacune dt>s deux armées avait sa base d'opérations coupée par l’autre, et allait chercher à reprendre sa position naturelle par un double mouvement, les alliés qui faisaient face au sud voulant faire face au nord, et les Russes qui faisaient face au nord voulant faire face au sud.

Le 2i, l’armée des alliés traversa le Belbek. L’existence de quelques batteries russes en avant du fort Constantin empêcha de profiter du pont qui se trouve prés de l’embouchure de la rivière et força l'armée à appuyer à gauche et à faire passer les voitures et la cavalerie par le village d’Ortoukaï. L’infanterie trouva quelques gués assez mauvais. Le passage du Belbek fut pénible et long, et le bivouac ne put être complètement établi qu’à la nuit. Les alliés se trouvaient alors sur la route de St'bastopol à Batkchi-Saraï, et pour gagner celle de Balaclava il fallait s’avancer vers le sud-est à travers une épaisse forêt sans autre guide que la boussole. L’armée anglais*; marchait en tête et panint le 25 à la ferme de Mackenzii; qui se trouve sur la route de Baktchi-Saraï à Balaclava, au sommet des hauteurs qui dominent la vallée de la Tchernaya. En ce moment l’armée anglaise vit à peu de distance l’arrièriv-garde de l’armée nisse qui, de son a’ité, ayant quitté Sébastopol le 2i au soir, venait de passer à la ferme Mackenzie se dirigeant vt'rs Baktchi- Saraï. Après un court (mgagement qui mit le désordre dans l'arrièregarde russe et lui enleva ses bagages, les deux armées, imursuivaut chacune son but, continuèrent celte double marche de flanc qui les aurait jetées l’une sur l’autre si b;s Anglais avaient eu un peu plus d’avance. Des deux cétés on s’attribua le mérite d'un mouvement habile, mais si le prince .MenschikolT venait de regagner .sa base d’opérations et ses magasins, il abandonnait avec la majeure partie de ses forces une place dont les défenses étaient encore trop incomplètes du cété du sud pour qu’elle ne fût pas exp<*sée à être enlevée de viv«! force. Quant aux alliés, ils allaient trouver à Balaclava et

dans les baies de la Khersonèse une base d’operations désormais assurée, mais en abandonnant complètement les hauteurs de Mackenzie si difficiles à reprendre par une attaque faite du côté du sud, ils laissaient au prince MenscbikofT la faculté de se remettre en communication avec une garnison nécessairement découragée, de l’augmenter, de la renouveler au besoin, de lui fournir sans cesse des vivres et des munitions. En un mot, les allit^s renonçaient à tenir la place investie; or sans l'investissement et surtout lorsqu'une armée de secours communique librement avec la garnison, un siège présente des difficultés presqu’insurmontablcs.

Les troupes anglaises campèrent, le 25 au soir, sur les rives de la Tchemaya. A Balaclava elles ne rencontrèrent pas une résistance sérieuse ; la petite garnison du fort g«'*nois se rendit. L’armée fran-j çaise suivait les Anglais ; mais son chef, affaibli par une maladie cruelle contre laquelle il avait lutté avec un courage héro'ique, no put la conduire jusqu’à Balaclava. Le 26, au bivouac de la Tchernaya, le maréchal de ,Sainl-.\maud fit ses adieux à l’armée et remit le commandement en chef au général (’jmrobert. Le 29 septembre, le maréchal fut transporté mourant à bord du BertkoUel, où il expira dans l’aprés-midi, laissant un nom illustré par une belle victoire.

Le maréchal de Saint-Arnaud succombait à ses souffranct^s au moment où les alliés avaient à prendre une résolution qui pouvait décider du sort de la campagne. Devait-on tenter d’enlever Sébastopol par une attaque de vive force, ou, au contraire, passer par toutes les lenteurs d’un siège?

Tenter d’enlever de vive force une ville déjà en partie fortifiée, dont les nies pouvaienf être barricadées et dans lesquelles les défenseurs seraient soutenus par le feu des vaisseaux, c'était, en cas d’échec, risquer le salut de l’armée alliée.

D’un autre côté, puisque les Russes venaient de couler une partie (le leurs vaisseaux pour mettre une barrière infranchissable entre leur

flotte et celle des alliés, c’est qu'ils allaient tout sacrifier à la défense du côté de terre. Quatorze ou quinze mille matelots, excellents canonniers, allaient quitter leurs vaisseaux pour passer à la défense de la ville. Les communications étant désormais libres vers le nord, l'armée russe tout entière devenait la garnison de Sébastopol ; il faudrait donc attaquer cette armée sous l'appui qu’elle allait tirer des fortifications d'une grande place admirablement située, et d’une immense artillerie pouvant réparer immédiatement ses pertes dans les approvisioimements d'un vaste arsenal maritime. Sans doute puisque la flotte russe abdiquait son rôle, celle des alliés pouvait aussi mettre une partie de ses ressources à la disposition de l’armée de U’rre ; mais alors le siège prenait des proportions tout à fait imprévues.

Pour utiliser de si grands moyens le temps devenait un élément nécessaire, et dans cette lutte singulière, entreprise à mille lieues des arsenaux do la France et de l’Angleterre, les alliés n’ayant sur placts qu’un matériel et des approvisionnements très-limités, tandis que (es Russes avaient tout sous la main, il était à craindre que les travaux de la défense prissent toujours l’avance sur ceux de l’attaque.

Ajoutons que du allé des Russes il n’y avait qu’un chef et qu'il y en avait trois du côté des alliés. Si une résolution prompte est toujours diOicile dans des circonstances si graves, elle devient impossible dans un conseil de plusieurs chefs. On pensa prendre le parti de la prudence en disposant tout pour une attaque régulière. Ce moyen, qui n’était pas le plus prompt, pouvait même n’étre pas le plus sùr, mais s’il a grandi hors de toute attente les proportions de la lutte engagée sous les murs de Sébastopol, on no saurait le regretter aujourd'hui qu'elle a jeté tant d'éclat sur nos armes.

L'armée anglaise, qui marchait en tét<s avant pris possession du i-«

. • » Sdbaifopol.

port de Balaclava, les Français furent naturellement portés à monter sur le plateau de Khersonèse, dont une première reconnaissance fut faite, le 27 septembre, par deux divisions françaises et deux divisions

anglaises. L'armée française se rapprochait ainsi de la place et des baies de Kamiesch et de Kasatch qui ont oiTert à la flotte un excellent port, assurant en tout temps l'approvisionnement de l'armée. Los Français qui, lors de la bataille de l'Alma, tenaient la droite, avaient ainsi passé à la gauche des attaquées contre la place.

Le 1*' octobre, l’armée française fut partagée en corps de siège et en corps d’observation. Le premier, aux ordres du général de division Forey, était composé des troisième et quatrième divisions d’infanterie, des deux batteries montées de la réserve, et de la majeure partie des oDQciers et des troupes de l’artillerie et du génie attachés aux autres divisions. Le lieutenant-colonel d’état-major Raoult fut nommé major de tranchée. Les colonels Lebceuf et Tripier reçurent le commandement de l’artillerie et du géniet*>. Pour le service spécial de leur arme ils étaient sous les ordres des généraux Thiry et Bizot, commandant l'artillerie et le génie de l’armée et ne relevant que du général en chef. Le corps d’obsenation, commandé par le général de division Bosquet, était composé des première et deuxième divisions d'infanterie et des deux batteries d’artillerie à clieval de la réserve.

Les deux divisions formant le corps de siège s’étaient portées sur le plateau de Khersonése dés le â!) septembre, et le lendemain, elles y établirent leur camp vis-à-vis de la ville proprement dite, depuis le fond de la baie de Strélitzka jusqu’au grand ravin qui se trouve dans le prolongement du port du Sud. Le corps d'observation campa sur les hauteurs qui dominent la plaine de Balaclava et la vallée de la Tchernaya. Ce corps avait pour mission de repousser les attaques pouvant venir par cette vallée et de prêter au besoin assistance à l'armée anglaise. Le grand quartier général et les parcs de l’artillerie

(Il Vuirauv pictc)^ juslilicalivcs, N* {, U cuiiijHibiliun (lu C(ir|i» du giïiiif.

et (lu génie fiiroiil |>la<Mh) derrière la droite du corps de siège. La division turque, forte de huit bataillons et campée imtre le corps de siège et le corps d'observation, sous les ordres directs du général en chef, se tenait prèle, selon les circonstances, à servir d'aide à l'un ou à l’autre.

L'armée anglaise s'établit le 2 octobre à la suite du corps de siège français; elle appuyait sa gauche au grand ravin du port du Sud, qui la séparait des Français, et sa droite aux escarpements d'Inkerraann.

La division England formait l'aile gauche et la div ision Lacy-Evans l'aile droite; le centre était composé des divisions du général Calhcart et du duc de Cambridge, ayant en avant d'elles la division légère' George Brown, et en arrière les grands parcs de l’artillerie et du génie et un détacbement de cavalerie.

Les premières reconnaissances ayant fait voir que Sébastopol était défendu par un armement considérable pris en partie sur la flotte russe, les alliés puisèrent également des ressources dans leurs marines. La flotte française mil à terre trente bouches à feu et mille marins qui, sous les ordres du capitaine de vaisseau Rigaull de Genouilly, prirent une part glorieuse aux opérations du siège jusqu'à la chute de la place.

Les Russes se v oyanl menacés d'une attarpie |(ar terre s'efforcèrent d'élever à la hâte les ouvrages qui pouvaient mettre S(''baslopol à l'abri d'un coup de main et obliger les alliés à passer par les lenteurs d'une attaque régulière. Lorsque l’armée des alliés arriva devant la place, les Russes travaillaient déjà sur tout le développement de son enceinte. Leurs premiers travaux consistèrent, du C(ité de la ville, à renforcer la courtine en crémaillère reliant le bastion central an bastion du mât à travers le ravin de la ville, à perfectionner sur la gauche du bastion central les abords de cette courtine, à lelier le bastion du màt au fond du ravin du laboratoire, et à placer une

— ai —

ligne d'abaUs en avant de« parties l'aibles de celle ena;iiile. Du cdté du faubourg ils renforcèrent en les agrandissant les ouvrages en terre des bastions n** 1, 2 et 3, ainsi que ceux du mamelon Malakoff, et les protégèrent aussi par des abalis.

Pouvant toujours disposer d'un Irès-grand nombre de travailleurs qui étaient fournis et renouvelés par l’armée de secours, les Russes n’ont pas cessé, pendant toute lu durée du siège, de perfectionner et d'augmenter les défenses de la |)lace; le développement de sa vaste enceinte ne suflisant pas pour placer l'immense quantité de bouches à feu dont ils pouvaient disposer, on les voyait élager des balleries pour doubler et souvent tripler leur ligne de feux. C’est ainsi que, sous l'appui d'un armement sans exemple qui s'augmentait plus rapidement encore que celui des assiégeants, les défenses de Sébastopol sont arrivées, à la dernière époque du siège, au point qu'indiquent les planches II, lil, IV, V, VI et VII. Nous allons en donner une description rapide, en commençant par celles du faubourg Karabelnaya.

Deteription des fort >• Les deux faces de la batterie de la (winte (bastion n" 1) élevées en

firslisRs de S^tia»lqn>l

■ la lin du avont dc la maison en croix, sont armées de treize pièces, et l’es-

pèce de flanc brisé faisant suite à la face gauche est percé de onze embrasures. Ce flanc est relié à la baie du carénage, située à quarante mètres plus bas, par un parapet à ressauts successifs auxquels il a fallu donner une très-grande hauteur |)our défiler les terre-pleins des feux plongeants venant des hauteurs du carénage, notamment de la batterie dite du 2 JUai. Le parapet des ressauts est organisé pour la défense par la mousqueteric; on y avait placé en outre deux petites pièces d'artillerie. La batterie de la pointe et la courtine qui la relie au bastion n* 2 sont précédées d'un fossi';, creusé dans U; roc, de 5 à 6 mètres de largeur et de 1*50 à 2*50 de profondeur. La demicourtine de gauche du front 1-2 est relii^', à la demi-courtine de droite qui est un peu rentrée, par un flanc armé de, cinq pièces, l’a

ancien mur parlant de ce liane s’étend parallèlement à la courtine jusqu'au delà de la maison on croix, et son extrémité est reliée par un épaulemenl à celle de la face gauche du bastion ii" 1 , de manière à former avec les parapets de ce bastion et la demi-courtine un espace fermé dont la maison en croix est le réduit ; dans cet espace on est protégé contre les projectiles do l’attaque par do nombreuses traverses dont quelques-unes ont jusqu’à six gabions de hauteur. Plusieurs batteries isolées, établies en arrière de l’enceinte sur la croupe qui se trouve à la rencontre de la baie du carénage et du grand port, sont destinées à agir sur le plateau du carénage ou à s’opposer à une tentative de pénétrer dans la place en tournant, le long de la baie, les défenses de la pointe. Do nombreuses tranchées formaient des communications couvertes en arrière de cette dernière partie de la fortification.

La courtine reliant les bastions n" i et 2 étant trop retirée pour voir les p(mtes qui tombent sur la baie du carénage, une espèce de chemin couvert avait été établi en avant, au sommet même de ces pentes. Enfin une triple ligne de trous de loup, creusés entre le bastion n’ 2 et la baie du carénage, défendait l’abord des ouvrages de la pointe, dont quelques parties étaient encore précédées de planches enterrées et armées do longs clous formant chausse-trapes. Celte accumulation de précautions prises par les Russes a rendu Irés-forte toute cette jwrtie de l’enceinte qui était primitivement exposée à être tournée par les pentes du ravin du carénage que la place ne peut voir directement.

Le bastion n° 2 (petit nulan) se compose de deux faces réunies par un pan coupé de même longueur qu’elles, et de deux flancs. Le pan coupé est percé de trois embrasures, la face droite en a cinq et h; liane droit quatre. La gorge est fermée i>ar un retranchement percé de plusieurs embrasures tournées vers l’intérieur de la place. Des

abris et des traverses protègent les défenseurs du bastion. Le fossé

du polit rodan, qui ii’a que quatre mùlres de largeur devant la face et le liane gauche, a sept métrés de largeur et environ deux mètres de profondeur devant la face droite opposée à nos attaques. Deux pièces du retranchement de la gorge voient le fossé du flanc gauche; une autre pièce enfile le fossé du flanc droit.

Le bastion n* 2 est relié à l’ouv rage MalakofT par une courtine brisée dont le tracé est fort défectueux. La direction de la demicourtine attenante au bastion n' 2 v ienl ficher très-obliquement vers l'extrémité du flanc droit de ce bastion, de sorte que le fossé de la courtine dèpoun u de flanquement (var rartillerie, n'est que très-imparfaitement battu par la mousquelerie é>.

La brisure de la courtine est armée de quatre pièces formant la baUerif Schmidl des Russes. Un passage, défendu par une pièce, existe non loin de la batterie. Quatorze embrasures sont jvercées sur la demi-courtine de droite. Le fossé de la courtine, creusé dans le roc, a peu de profondeur depuis le bastion n" 2 jusqu’il la batterie Schmidt; il est interrompu Jusqu'au passage et reprend ensuite jusqu’à l’ouvrage MalakofT ; dans celle dernière partie il a une largeur de -i mètres cl sa profondeur varie de l’50 à 2*50 (PI. VII, profils abed, ef). Les abords de la courtine sont couverts par trois lignes de trous de loup parallèles entre elles et espacées de trois à quatre mètres; chaque ligne est formée par un triple rang de trous de loup. Une quatrième ligne, en arrière des autres, couvre la batterie Schmidl. Enfin une ligne de chevaux de frise vient encore protéger la partie de courtine qui n’a pas de fossé.

I/C bastion Korniloff, tète de la grande redoute que les Ru.sses ont construite sur le mamelon MalakofT, se compose de deux flancs

<■) C'esI re tléraul dans le tracé de la coiirline uni, à l'assaut du 8 septembre a |H'rmis à nos trnuties de se maintenir le lonp du parapet, qnoiqiie l'ennemi efil repris le bastion n* 3.

r4‘uniR par le parapet arrondi éiev(^ dès les premiers temps du slèg(' pour couvrir la tour MalakolT. Le flanc g^auche est percé de six embrasures, le flanc droit de cinq, et la partie arrondie de trois. Dans la partie antérieure le fossé du bastion n’a pas moins de se|it mètres de largeur sur quatre mètres de profondeur, et le relief de la crête au-dessus du fond du fossé est d’environ dix mètres.

La grande redoute construite en arrière de la tour MalakolT est partout entourée de fossés, et ses parapets sont percés de quarante et une embrasures, non compris celles du parapet qui fait partie de l'enceinte extérieure. La planche 111 et les détails de la planche Vil l'plan, élévation et coupe de la tour MalakolT, et proQls ABC, EF, GH, KL, M.N’O, PQ, RS, TCV) font comprendre l’organisation intérieure de cet important ouvrage, véritable clef des défenses de la place, tant à cause de sa position dominante et des vues qu’elle lui donnait sur le port, que par suite du tracé de la seconde enceinte du faubourg qui, comme la première, venait s'appuyer sur lui. \ l'assaut du 8 septembre 1855, sa conquête a sufll pour faire abandonner aux Russes la ville aussi bien que le faubourg de Sébastopol. L'ouvrage MalakolT est fermé à la gorge; on a craint sans doute que l'enceinte étant forcée à sa droite ou à sa gauche, il pùt être tourné. .Mais si les Russes considéraient l'ouvrage MalakolT comme un réduit, il y a lieu de s'étonner qu'ils ne l’aient pas rendu indépendant de l’enceinte extérieure au moyen d’une bonne coupure (*>. Les gali‘ries de mines que les Russes ont creusées en avant du bastion komilolT ont été entreprises trop tard et n’ont pu jouer aucun rùle dans la défense. Ces contremines .s’ouvrent dans la contrescarpe, et une galerie, pa.ssant sous le fossé, les met en communication directe av ec l’ouvrage MalakolT. Deux galeries, pratiquées l'une sous la tour

W On vcn'a qu’à TaMaut du 8 septembre ÏSVtS, U rcrmelure de la gorge de la redmiip koniikdr a élé fi>rt utile au\ Franc&U potir s'y maitiienir malgré ions kseffbrls des Russes.

fl. IV.

MalakolT, l’autre sous l’exlrémitt^ du flanc droit du bastion KumilofT, permettent de communiquer de l’intérieur de ce bastion au fond du fossé (Voir PI. III, et PI. VII coupe ABC).

Pour suppléer au défaut de chemin couvert, les Russes avaient établi dans la partie circulaire du fossé de l’ouvTage MalakolT une banquette en sacs à terre, qui leur permettait de tirer par-dessus la contrescarpe. Fne ligne d'abntis protégeait en outre les abords de ce fossé.

L’amorce de courtine qui se trouve à la droite de la partie arrondie du bastion Komiloff et qui fait encore partie de la redoute est percée de cinq embrasures. A partir de là, l’enci'inte alTecte la forme d'nn petit redan à saillant arrondi, armé de trois pièces, et relié par un parapet organisé pour la fusillade, avec la haUrrie Gerrais, ouvrage important construit avec grand soin et percé de treize embrasures. Un parapet avec banquette d’infanterie relie ce dernier ouvTage à la berge du ravin Karabelnaya ; à l’angle rentrant de ce parapet on a ouvert une embrasure, et un pen en arriére* se trouve une batterie de six pièces.

Une autre batterie, également de six pièces, est établie de l’autre cèté du ravin Karabelnaya. ()uatre de ses pièces concourent avec celles de la première batterie pour défendre le ravin, et les deux pièces de gauche semblent destinées à la défense intérieure dans le cas où l’on serait parvenu à forcer l’enceinte entre le ravin et l’ouvrage MalakolT. l'n parapet continu, qui longe la berge gauche du ravin, relie la batterie de six pièct's dont nous venons de parler avec la grande baltfrif Itouâistchfff qui ne comprend pas moins de trentetrois embrasures, (’ânq pièces sont (‘n outre étabiies derrière deux petits épaulemenls, en arrière de la gauche de la batterie.

Le grand redan (bastion n* 3), ouv rage à grand relief avec fossés larges et profonds, est précédé d’une ligne d’abatis qui règne depuis le ravin Karabelnaya jusqu’au ravin du laboratoire; il l'st armé

de neuf pièces sur sa face gauche et de dix sur sa face droite, sans compter quatre pièces qui se trouvent sur une espèce de double flanc intérieur, à la droite de cet ouvrage. Le parapet qui part de l'extrémité de la face droite du redan a d'abord la direction convenable pour flanquer cette face au moyen de quatre pièces dont deux voient le fossé. Il se retourne ensuite pour longer la berge droite du ravin du laboratoire ; cette dernière partie, d'environ trois cents mètres de développement, est percée de dix embrasures. Une simple tranchée de peu de profondeur, précédée d'un mur en pierres sèches, continue à longer les escarpements du ravin jusqu'au-dessus du point où Unit le port du Sud.

En arrière de cette première ligne on trouve deux grandes batteries formant, à proprement parler, la véritable enceinte de la place. l.a batterie Ouçom , reliée au flanc intérieur du bastion n* 3, est percée de vingt embrasures. Deux annexes de trois pièces chacune se trouvent entre cette batterie et la batterie Nikonoiï {batterie des casernes des alliés) qui est armée de trente pièces, et dont l'extrémité droite se relie au mur en pierres sèches (pii couronne l'escarpement. Au-dessous de la face droite de la batterie NikonolT, les Russes ont établi dans les escarpements de la berge trois batteries, dont deux de trois pièces à mi-cète, et une de huit pièces au bord de la route WoronzolT ; quatre de ces dernières enfilent la route, tandis que les quatre autres voient le terrain bas qui se trouve en avant du fond du port. Plusieurs autres pièces sont encore établies le long de la route jus(|uc près de sa jonction avec la grande batterie du fond du port dont il sera question plus bas.

La seconde enceinte, formée par les batteries NikonolT et Ouçova, est prolongée paralh^cment à la batterie BoudistchelT, di'puis la batterie Ouçova jus(|u'à l’angle sud-«»t du mur de chUure de l'hôpital, par des épaulements à intervalle pouvant couvrir dt's réserves et servant en même temps de communications. En arrière de cette seconde

lipne so lrou>e encore un»; coupure formée i*ar tles murs en pierres» siéchess qui, partant également de la batterie Ouçova, rejoignent le mur de clôture à l'ouest de l'hôpital.

l'i. III. Du côté des fronts de .\lalakofT, lis faubourg Karabelnaya est cou- \ert aussi par une seconde ligne de défense qui a son origine prés de remboucliurc du ravin OiichakolT dans le grand port, longe la berge gauche de ce ravin, s'appuie à la gorge de l'ouvrage MalakoiT, et va rejoindre le port militaire au-dessus du débarcadère de la passerelle qui existait au commencement du siège et que les Russes ont plus tard dû reporter plus loin, afin de la soustraire aux projectiles dc>s batteries de nos attaques.

La partie la plus forte de cette deuxième enceinte est celle qui, partant de la gorge de l'ouvrage .MalakoiT, s'étend parallèlement à la courtine de la première ligne jusqu'en arrière du bastion n* 2. La portion droite, que les Russes n'ont armée qu'à la dernière époque (lu siège, était i>orcéc de onze embrasures ; la portion centrale, comprise entre deux passages, avait reçu trois pièces ; la portion gauche, reliée à la gorge du bastion n° â et à la courtine par deux communications en zigzags, est une batterie de huit pièces dont la défense a tiré grand parti.

Sur la majeure partie de son développement, la seconde enceinte de .MalakoiT n'est disposée que pour la défense par la mousqueterie.

PI. IV. Seulement, à la traversée du ravin Karabelnava qui a lieu à cent vingt mètres dt's docks sur un point où il est comblé en partie par d(‘s remblais, on a élevé une batterie de six pièces.

Deux autres pièces, se trouvant un peu plus à gauche, sont également destinées à battre le ravin. L'extrémité de l’enceinte s’appuie à l'angle sud-ouest du mur de clôture des docks ; une communication relie cette extrémité à la gauche de la batterie BoudistchelT. £n outre, une batterie de six pièces est construite en avant du grand bâtiment qui se trouve dans le prulongemeiit du mur de clôture des docks. Les

passages aux deux extrémités de ce bâtiment sout barres par des epaulemenLs, ctdui de droite pour deux pièces, celui de gauche pour trois pièces: une autre pièce bat le débouché de la rampe qui monte du fond du port du Sud eji suivant les escarpements de la rive droite (Voir Pl. IV et II,.

Les défenses du faubourg Karabelnaya se relient à ndles de la ville l«r la grande batterie Sial lhatlerie du fond du port des alliés) située au point où vient finir la baie du Sud et s’appuyant par ses extrémités k des groupes de maisons établies sur les pentes du terrain. Lette batterie, de vingt et une pièces, précédée d'un fosse-, voit tout le terrain bas que les Russes appcilejil Ptréiyppr 'terrain de remblai; et qui est .situé k la jonction des trois ravins qui convergent vei-s le port du Sud. A droite de la batterie Stal , les Russes ont établi six pièces derrière des épaulemcnts appuyés aux maisons; ces six pièces forment la batterie Brilkma des Russes. Des défenses accessoires, trous de loup, iibatis, chevaux de frise, couvrent l’abord de cette partie de la fortiScation.

\jà branche (|ui monte au bastion du inkl est armée de vingt-neuf pièces, non compris deux petites batteries isolées, de trois pièces chacune, situ«-e.s derrière l’enceinte et dirigées vers le Pérésyppe. Le bastion du mât (bastion n° i) a deux pièces sur son flanc gauche, treize sur sa face gauche, onze sur sa face droite, cinq sur son flanc droit et quatre sur un second flatic avancé. La crête du bastion a env iron quatn; mètres de relief au-dessus de l'escarpe, et le fossé a près de quatre mètres de profondeur sur quinze mètres de largeur. L’escarpe est revêtue en charpente. Le fossé du bastion du mât s’étend depuis le flanc droit jusque vers le milieu de la branche qui descend vers le port; il cesse k |>artir du point où la pente du terrain rend la fortification inaccessible. Entre le flanc gauche du bastion et la petite, courtine, de la branche descendante attenant k i-c flanc, le fossé a vingt-huit mètre-s de largeur, et on a creuM- dans le fond des trous de

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