à U Russie
convention militaire , et le â" la di^daralion de guerre à la Russie
fçt officiellement annoncée en France et en Angleterre.
Les premières hostilités eurent lieu sur mer. Les Russes ayant tiré, contrairement au droit des gens, pinceurs boulets contre une embarcation parlementaire, au moment où elle quittait le port ^ d'Odessa pour rejoindre la frégate à vapeur anglaise le Furious , les escadres alliées bombardèrent, le 22 avril 1854, le port et les établissements militaires de cette ville.
La présence des escadres ne permettant plus à la Russie de communiquer par mer avec les points fortifiés qu'elle avait échek)nnés le le long de Ja côte de Circassie, sur le terriimises, cette puissance se vit obligée d'ab^nir détruits, les quinze forts situés sur cette côte
urcs , sous les ordres de Mussa-Pacha , défenla place de Silistrie , devant laquelle quarante mille Russes avaient ouv^t la tranchée le 17 mai, les troupes anglofrançaises se concentraient à Gallfpoli, et, sur la demande d'Omer- Pacha, les généraux alliés décidèrent, dans un conseil de guerre tenu le 19 mai à Varna, qu'une partie de l'armée alliée serait portée vers Schoumla et Silistrie , tant par mer jusqu'à Varna que par la route d'Andrinople, et que la troisième division française irait s'établir près de Constantinople, au camp de Daoud-Pacha.
A la nouvelle de l'approche des forces alliées , et après plusieurs assauts infructueux , te prince Paskiéwitch se décida, le '28 juin, à lever le siège de Silistrie et à repasser le Danube. Omer-Pacha suivit les Russes sur la rive gauche du fleuve et battit leur arrière-garde, commandée par le général Soïmonoff , dans un combat qui eut lieu le 7 juillet près de Giourgévo.
Le choléra, qui s'était déclaré à Gallipoli et à Varna, et l'absence de tout moyen de transport pour les vivres, empêchèrent l'armée fran-
çaise d'inquiéter la retraite dt^s Russes. Vne excursion dans la Dobroutcha, faite le SI juillet, par une partie de la première division, . dévoila tout le danger des opérations militaires dans ce pays pestilentiel ; les troupes durent se retirer, après avoir éprouvé de grmides pertes par une invasion subite du choléra. L'épidémie cessa enfin dans les premiers jours du mois d'août, mais le 10, Tincradie de Varna vint de nouveau éprouver nos troupes ; on parvint à préserver les magasins à poudre du feu qui les entourait de toutes parts, mais l'incendie dévora une partie de la ville et plusieurs magasins français et anglais.
L'Autriche ayant sommé la Russie d'évacuer celle-ci consentit à se retirer au delà du Pruth, i cette concession détacherait l'Autriche de l'alliance L'avant-garde russe repassa le Pruth le 4 août 1 après avoir mis le pied sur le territoire turc. Le ! Pacha fit son entrée triomphale à Bucharest aux acclamations de toute la population, et le même jour, en vertu d'une convention conclue le 14 juin ratre l'Autriche et la Turqme, ime armée autriditenne entra dans la Moldo-Yalachie, ce qui mit fin aux hostilités sur cette frontière de la Russie.
Avant de parler de Texpédition de Crimée , nous dirons brièvement quelles pertes la Russie venait d'éprouver dans le Nord.
La flotte anglaise, commandée par sir Chartes Napier, était partie E»pMitM?H^an» u ««ile 12 mars 1854 de ^ithead. La flotte française, sous les ordres du vice-amiral Parseval-Deschênes, partie le 19 avril de Brest, entra dans le golfe de Finlande dans la nuit du 11 juin, et rejoignit l'escadre anglaise le 13, dans la baie de Barôsund. Les deux escadres réunies présentaient un effectif de trente vaisseaux et cinquante fré^ gâtes, corvettes et autres bâtiments. D'après les meilleurs renseignements, la Russie avait à leur opposer, dans la mer Baltique, trente et un vaisseaux , dix frégates k vapeur, quarante-deux frégates à
voiles et bâtiments de rang inférieur, et une centaine de chaloupes canonnières. La flotte russe eût donc pu se mesurer avec les flottes alKéeSi mais elle préféra se tenir, pendant toute la campagne, à Tabri des fortifications de Kronstadt et de Svéaborg.
Les amiraux s'étaient décidés à attaquer la forteresse de Bomarsund, située dans la principale des tles d'Aland; mais, après Vavoir fait reconnaître, ils jugèrent qu'il n'était pas possible de s'en emparer sans troupes de débarquement. C'est alors que l'Empereur des Français forma un corps expéditionnaire de dix mille hommes , dont le commandement en chef fut donné au général Baraguey-d'Hilliers, Le 8 août, ce corps débarqua sans résistance à environ deux lieues narsund ; les travaux de siège furent commencés dans au 12; le 16, la place capitula, et sa garnison de ; se rendit prisonnière de guerre , laissant en notre n deux cents bouches à feu. Les flottes alliées ne pouvant rester dans la Baltique pendant l'hiver, la forteresse de Bomarsund fut détruite par la mine le 2 septembre, jour de l'embarquerhent des troupes pour retourner en France. Le 27 août, les Russes craignant une attaque sur les forts de la pointe de Hangô , firent eux-mêmes sauter successivement les batteries de terre et les forts de Gustave-Adolphe et de Gustafsvarn.
''"C^tt!^""'^ L'expédition de Crimée ayant été résolue , elle fut annoncée à l'armée française le 26 août par un ordre du jour du général en chef. Cinquante mille Français, vingts-cinq mille Anglais et vingt mille Turcs, non compris vingt-cinq mille matelots des flottes alliées, devaient prendre part à cette opération hardie par laquelle une grande armée allait être jetée sur une côte inconnue, où l'attendait un ennemi redoutable qu'on devait supposer prêt à se porter en force sur les premières troupes débarquées. Après une exploration de la côte de Crimée faite par des officiers généraux des deux armées, depuis le cap Khersonèse jusqu'à Eupatoria , il fut décidé que le débarque-
ment aurait lieu entre l'embouchure de TAJma et Eupaloria, sur la plage unie des environs du yieux fort bâti par les Génois [Old^Fort des cartes anglaises).
On avait hésité entre ce point de débarquement et Kaffa (Théo*dosie), qui offrait aux alliés un bon mouillage pour leur flotte, et par suite une base d'opérations assurée en toute saison. En partant de Kaffa , on ne pouvait marcher sur Sébastopol qu'en s'éloignant des côtes pour prendre la route qui passé par Karasoubazar, l^mphéropol et Baktchi-Saraï, c'est-à-dire qu'il fallait conquérir la Crimée avant d'assiéger Sébastopol. Les opérations étaient plus sûres, mais elles paraissaient entraîner de grandes lenteurs ; on préféra débarquer près d'Eupatoria (*).
Le 5 et le 7 septembre, la flotte alliée quittait les parages de Varna coropwifion dcsariucca et marchait en ordre vers Eupatoria. Cette flotte se composait de 34 vaisseaux (15 français, 10 anglais et 9 turcs), de 50 bâtiments de guerre à vapeur, et de plus de 300 transports à vapeur et à voiles; elle portait 30,000 Français, 21,500 Anglais et 7,000 Turcs : en tout 58,500 hommes. L'armée française était composée des quatre premières divisions de l'armée d'Orient, commandées par les généraux Canrobert, Bosquet, prince Napoléon et Forey, et formait quarante bataillons comprenant 24,250 hommes d'infanterie. Il n'y avait qu'un seul escadron du 1* régiment de chasseurs d'Afrique.
L'artillerie emmenait le personnel de 12 batteries de campagne des divisions et de la réserve, dont deux à cheval ; le personnel du parc de l'armée et celui du parc de siège , formant un to.tal de |03 officiers, 2,676 hommes de troupes et 1,368 chevaux. Soi» matériel se composait : 1^ d'un parc de campagne de 68 canons de 12>
(^) Voir aux pièces juslillcatives, N<* y un extrait des instrucllons données au mvédial 4e Saint-Arnaud et un fragment de lettre écrite par le maréchal à la date du iO septembre 1834.
approvit^ioniié à â7,i5(> coups et âlâ all'ùts; 4,11U,UUU carlouches, dont 1,750,000 à balles oblongues ; ^ d'un petit parc de siège (organisé à Constantinople) de 16 canons, 8 obusiers et 17 mortiers, â0,303 projectiles, 112,000 kilogrammes de poudre, 2,800 ouUls de pionniers, 2,170 gabions et 90 saucissons; 3*" d'un autre petit parc de siège (venu de Toulon) de 6 canons de 2i, 6 canons de 16, 6 obusiers de 22", 6 mortiers de 27% 26,410 projectiles, 77,500 kilogrammes de poudre et 1,660 outils de pionniers.
Le génie emmenait une compagnie de mineurs, six compagnies de sapeurs, un détachement de sapeurs-conducteurs et un détachement d'ouvriers du génie, en tout 43 ofilciei^s, 866 hommes de troupes et 228 chevaux. Son matériel se composait de 43 voitures, de madriers, planches, châssis, coffrages, échelles, 6,200 gabions, 50 gabions farcis, 10,000 fascines ordinaires, 6,000 fascines à tracer, 18,600 outils de pionniers , 5,000 manches de rechange , 30,000 briques et 100,000 sacs à terre.
L'administration comptait 105 fonctionnaires de l'intendance, ofûciers de santé et d'administration, 1,016 ouvriers et 513 chevaux ou mulets, y compris le train des équipages. Les approvisionnements se montaient à 1 ,000,000 de rations de farine, biscuit et sel ; 1 ,500,000 de riz, sucre et café ; 210,000 de viande fraîche ; 450,000 de lard ; 800,000 de vin ; 300,000 d'eau-de-vie ; 97,000 d'orge, de foin et de paille ; 180,000 de bois et 430,000 de charbon.
£n résumé , l'armée française de débarquement était composée comme il suit :
État-major géuéral.. 3o oflQciers; 100 hommes de ti'oupe; 150 chevaux ou mulets.
Inùmterie 853 — U,fSO — 505 —
Cavalerie 7 — iSO — liO —
ArUllerie i03 — 2,676 — 1,368 —
Génie 43— 866 — tiS —
Aibnmfttralion. . . . 105 — 1,016 — 513 —
Total. ... 1,116 i9,058 i,904
Elle était munie de 133 bouches à feu , dont 68 de campagne et 65 de »ége, d'un approvisionnement proportionné à ce nombre de I»èces, et de vivres pour un mois au moins.
L'armée anglaise avait embarqué cinq divisions d'infanterie ( la division légère commandée par sir Georges Brown ; la première, par le duc de Cambridge ; la deuxième, par sir de Lacy Evans; la troisième» par sir Richard England ; et la quatrième , par sir Georges Cathcart), une brigade de cavalerie légère et un régiment de grosse cavalerie de la division de lord Lucan, neuf batteries d'artillerie de campagne, un demi-parc de siège et quatre compagnies de sapeurs du génie.
L'effectif de ces troupes était environ de :
i 8,000 hommes d'infanlerie ;
de cavalerie ;
i^OOO
d'artillerie ;
du génie.
Total. . . 21,480; soit 21,500 hommes.
La division turque , de 7,000 hommes de bomies troupes , était commandée par Achmet-Pacha.
L'expédition conmiença sous les plus heureux auspices; la flotte ^^'^'Jn^criSlécr*""^' opéra le débarquement de l'armée de terre au vieux fort, le li septembre au matin, sans éprouver aucune résistance» et elle avait fait la traversée sans avoir même été menacée par la flotte russe. Celle-ci cependant, sortant du port prête au combat, aurait eu le grand avantage d'une liberté entière de ses mouvements sur la flotte alliée , embarrassée dans ses manœuvres par une armée de 60,000 hommes qui encombrait les ponts et les batteries delà plupart des bâtiments. Le soir, il y avait sur le sol russe trois divisions françaises avec cinquante-neuf bouches à feu attelées , et deux divisions anglaises. Le mauvais temps qui survint pendant la nuit ralentit le débarquement dans la journée du 15. Le 16 , les Français mirent à terre le reste
de leur matériel, el les Anglais achevèrent leur débarquement le 17.
Le 18 on occupa Eupatoria, dont le chef d'escadron d'état-m^jor Osmont fut nommé commandant supérieur, et le 19 Farmée se mit en marche vers Sébastopol.
^^'^crS *** ^* ^* Crimée , où les armées alliées venaient de prendre pied , était connue dans Thistoire sous le nom de Khersonèse iaurique, quatorze siècles avant l'ère chrétienne. Cette presqu'île, enveloppée à l'ouest et au sud par la mer Noire, à l'est par la mer d'Azof, jouit d'un climat plus doux que les contrées avec lesquelles elle est en communication directe. De tout temps elle a été désolée par des invasions, et son histoire n'est que celle de la lutte sans fin d'une multitude de peuples qui s'en sont disputé la possession. C'est dans le xui* siècle que les Tartares, qui l'habitent encore aujourd'hui, envahirent cette contrée ; ils changèrent son ancien nom en celui de Krim, qu'ils donnaient à leur capitale. Les Turcs, qui en avaient chassé les Génois, y dominaient depuis 1584, lorsqu'en 1736 les Russes y firent leur première apparition et la ravagèrent. Un peu plus tard, Catherine II, sous prétexte de délivrer les Tartares de la suzeraineté turque , envoya une armée en Crimée et y établit un khan ; mais elle garda Kertch, TénikaléetKinboum. Enfin, en 1783, Catherine s'empara de toute la presqu'île , qu'elle nomma Tauride, et un traité de paix avec la Turquie lui confirma définitivement cette possession.
La conquête russe n'a pas été favorable à la prospérité du pays. Par suite de nombreuses émigrations, la population diminua de moitié en moins de dix ans, et beaucoup de villes florissantes sous les khans sont aujourd'hui presque dépeuplées. Tous les efforts des Russes paraissent s'être concentrés sur Sébastopol, qui devait leur assurer la domination exclusive de la mer Noire.
La Crimée ne touche au continent que par Tisthme de Pérékop et par la flèche d' Arabat , langue de terre longue et étroite qui sépare la mer d'Azof de la mer Putride, actuellement appelée Sivasch.
LlBthme de Pérékop est coupé dans sa partie la plus étroite par un ancien retranchement tourné contre la Russie, mais qui parait avoir été modifié dans ces derniers temps. En s'emparant de Pérékop» on couperait les principales communications des Russes avec la Crimée ; mais ce point est protégé contre les attaques venant de la mer par des bas-fonds , qui en interdisent l'approche aux bâtiments du plus feible tirant d'eau. La flèche d'Arabat , espèce de barre qui semble formée par les sables de la mer, se trouve interrompue à Ghénitchi par une coupure qui permet au Sivasch de décharger dans la mer d'Azof le trop plein de ses eaux. Les Russes , prévoyant le cas où rentrée d'une flottille dans la mer d'Azof leur interdirait le passage par la flèche d'Arabat, ont créé une troisième communication par la presqu'île de Tchongar, qui a été réunie à une pointe de terre cor* respondante au moyen d'un grand pont sur pilotis. Le Sivasch n'est qu'un étang vaseux et infect, dont les eaux n'ont pas assez de pro* fondeur pour qu'on puisse y naviguer autrement qu'avec de petites barques. Le détroit de Ténikalé sépare la presqu'He de Kertch de la côte d'Asie; il est défendu par le fort de Ténikalé, construit par les Génois, et par deux grandes batteries que les Russes ont élevées au cap Paul, un peu au sud de Kertch.
Toute la partie septentrionale de la Crimée ne présente que de vastes steppes coupées de pâturages et de lacs salés. Ces lacs sont surtout nombreux sur les bords du Sivasch et à l'entrée de l'isthme de Pérékop; le sel qu'on en retire et de grands troupeaux de bœufs et de moutons à large queue forment la principale richesse du pays. La partie méridionale, au contraire, est fort montagneuse; elle est formée par un soulèvement, commençant au cap Khersonèse et s'étendant jusqu'à Kafla, qui présente vers le sud, tout le long de la mer, des escarpements souvent verticaux, tandis que vers le nord la pente des montagnes est, au contraire, assez douce. Un second soulèvement tout à fait analogue, mais moins élevé, s'est produit parallèle-
ment au premier depuis les environs de Sébastopol jusqu'au delà <ie Simphéropol; du côté du sud ce soulèvement présente une espèce de muraille presque verticale, mais au nord il s'abaisse aussi en pente douce. En arrière de ce second mouvement on en remarque encore un troisième beaucoup moins prononcé que les précédents. Ces niontagnes, de formation secondaire, présentent en général une roche calcaire dure, alternant avec des couches schisteuses et argileuses; le sol est marneux et mélangé de nombreuses pierres roulées.
Le sommet le plus élevé du mont Yaïla, formé par le premier soulèvement, est le Tchatyr-Dagh (Mont de la tente), à l'ouest de la route de Simphéropol à Alouschta; c'est au pied de cette montagne, près du village d'Aïan, que se trouve la source du Salghir, qui se jette dans le Sivasch. Les rivières qui prennent leur source dans le mont Yaïla, à l'est du Tchatyr-Dagh, vont se jeter soit dans le Salghh*, soit dans le Sivasch ; celles qui prennent leur source à l'ouest de ce pic, telles que l'Aimé» Isi Katcha et le Belbek (ou Kabarta), vont se jeter dans la mer Noire, sur la côte sud-ouest de la Crimée entre Eupa* toria et Sébastopol, après avoir traversé le second soulèvement dans des gorges profondes qui forment de grandes brèches dans la muraille PI. f. de rochers. La Tchernaya, la plus occidentale de ces rivières, coule au pied du second soulèvement et va se jeter dans le fond du port de Sébastopol.
L'espace compris entre les deux premiers soulèvements est coupé de mouvements secondaires qui y forment un grand nombre de petites vallées verdoyantes et fertiles. Protégées contre les vents du nord par des montagnes boisées, ces vallées jouissent d'une douce température, et l'on y trouve la végétation de l'Europe réunie à celle de FAsie mineure. La plus remarquable de ces vallées est celle de Baïdar, où la Tchernaya prend sa source. C'est dans ces contrées privilégiées que les grands seigneurs russes ont bâti de nombreuses villas. Ce pays, quoique très-accidenté, n'est pas difficilement prali-
— 13 — ' cable pour une armée; on y trouve des chemins d'exploitation rurale qui, au moyen de quelques travaux, peuvent servir au passage des voitures. Mais la muraille de rocher qui le limite vers le nord, et der* rière laquelle passe la route de Sébastopol à Simphéropol, présente aux Russes une excellente ligne de défense. A Touest de la route qui va du pont de Traktir, sur la Tchernaya, à la ferme de Mackensde, ces escarpements s'abaissant vers le fond du port de Sébastopol, les hauteurs de la rive droite auraient été accessibles sans trop de difficulté si les Russes n'avaient construit, au mois de mars 1855, plusieurs redoutes sur les pentes les plus abordables. C^est en arrière de ces ouvrages que Tannée de secours tenait la majeure partie de ses forces. A l'est delà ferme Mackenzie, on trouve les gorges profondes et étroites de Mangoup-Kalé et du Belbek, qui devaient être regardées conmie à peu près inattaquables ; ce n'est qu'au delà de la Kat* cha, à la hauteur de Baktchi-Saraï, que les escarpements 'de rocher on|; moins de saillie et présentent de nombreuses interruptions dont l'accès n'est pas difficile.
La température de la Crimée est très-variable, comme la direction des vents; le vent du nord produit des froids très-vifs, mais de peu de durée, et les chaleurs de l'été sont tempérées par des brises de mer et par des pluies d'orage.
Les principales routes qui traversent la presqu'île sont : celle de l'intérieur de la Russie à Simphéropol par Pérékop, avec un embranehement sur Eupatoria ; la route de Sùnphéropol à Baktchi-Saraï et à Sébastopol, avec un embranchement sur Balaclava; la route construite par le prince Woronzoff de Sébastopol à Alouschta , par la vallée de Baïdar et le bord de la mer, et d' Alouschta à Simphéropol ; celle de Simphéropol à Karasoubazar et à Kaffa; et enfin celle de Kaffa à Kertch et Yénikalé, avec un embranchement sur Arabat qui se prolonge sur toute la longueur de la flèche de ce nom. Mais ces routes, à l'exception de celle qui relie Simphéropol à Sébastopol par
le bord de la mer , sont loin d'être en bon état. De Sébastopol à Alouschta ily a vingt-neuf lieues (116 kilomètres), d'Alouschta à Simphéropol douze lieues, en tout quarante et une lieues; mais par la route directe il n'y a que dix-huit lieues de Simphéropol à Sébastopol. De Simphéropol à Eupatoria, il y a dix-sept lieues; de Stmph^opol à Pérékop, trente-huit lieues; de Simphéropol à Kaflk,. trente lieues» et de cette dernière ville à Kertch, vingt-huit lieues.
Simphéropol, sur le Salghir, est la capitale de la Crimée. Cest sur ce pouit qui^ comme on vient de le voir» est un nœud de routes, que les Russes avaient réuni lem*s principaux magasins et leurs moyens de transport.
En partant d'Eupatoria, on traverse, pour arriver à Simfribéropol, un pays sablonneux et complétemrat découvert , mais qui manque d*eau, surtout en automne; on ne s'en procure qu'en creusant des puits, dont la profondeur augmente à mesure qu'on s'éloigne de la côte. L'armée partant d'Eupatoria n'était sûre d'avoir de l'eau potable en abondance qu'à son arrivée sur le Salghir.
Nous avons dit que la distance d'Alouschta à Simphéropol n'était que de douze lieues par la belle route du prince Woronzoff. Alouschta présente un bon mouillage qui ne craint que les vents du sud ; ce point était donc accessible pour nous, soit par la route de Sébastopol qui suit la côte, soit par mer; mais la route de Simphéropol traverse, entre le village de Chouma et celui d'Aïan, un défilé très-encaissé. Il paraît que les Russes n'y ont exécuté quelques travaux de défense que dans les dernières époques du siège de Sébastopol; ce défilé pouvait être tourné par des troupes d'infanterie et par de l'artillerie de montagne, soit en contournant par l'ouest le Tchatyr-Dagh, soit en partant de Yalta et gagnant la vallée de l'Aima.
Baktchi-Saraî, autrefois capitale des khans, est située sur leTchourouksou, aflQuent de la Katcha. Dévastée lors de la conquête russe, celte ville est maintenant sans importance^
Kaffa ou Féodosia (l'ancienne Théodosie), située sur la mer Noire, n'a Tien gardé de son ancienne splendeur commerciale; ravagée plusieurs fois, rinvasion russe a achevé sa décadence.
Koslov ou Eupatoria a aussi perdu son ancienne importance, mais on y trouve encore beaucoup de constructions qui ont été utiles au corps d'occupation que les alliés y ont toujours entretenu.
Kertch, entrepôt des blés venant par la mer d'Azof, était, au moment de l'expédition de Crimée , une petite ville assez florissante et bien bâtie.
Balaclava, petit village habité par une colonie grecque et autrefois fortifié par les Génois, a un petit port sûr et assez profond pour les plus grands vaisseaux.
Eski-Krim, la première capitale deâ Tartares, est presque dépeuplée; Kherson a tout à fait disparu, etinkermann, que les Grecs nom-* maient Théodori, ne présente plus que quelques ruines.
Enfin Sébastopol, qui résumait en elle, pour ainsi dire, toute Vimportance que la Russie attachait à la possession de la Crimée, est elle* même aujourd'hui complètement détruite. Il importe de décrire cette ville telle qu'elle était au conunencement de la guerre.
Sébastopol, principal port militaire de la Russie méridionale et top^ouit's^s^éfcSL': station de là flotte russe de la mer Noire , est située dans cette partie îiége^iprreufr "^^ sud-ouest de la Crimée plus particulièrement désignée sous le nom de Ehersonè&e; elle occupe la rive méridionale d'une grande baie qui court de l'ouest à l'est, et forme un des plus beaux ports de l'Europe, souvent comparé à ceux de Malte et de Mahon. Cette ville importante est divisée en deux parties, la ville proprement dite et le faubourg Karahelnaya, par une baie secondaire qui s'embranche sur le grand port dans la direction du nord au sud et qiii se nomme port du Sud, port militaire ou petit port.
Le grand port est d'une largeur assez uniforme. Les caps Alexandre et Constantin, qui en marquent l'entrée* sont éloignés de
1100 mètres. Sa longueur, depuis ces caps jusqu'à 1 embouchure de la Tchemaya, est de plus de six kilomètres. Sa profondeur varie de onze à quatre brasses (18* à 6*" 50); mais vers le point où débouche la rivière, on trouve la vase à environ un demi-mètre au-dessous de la surface de Teau; cette partie n'est donc pas accessible aux navires. Le port Be présente pas d'écueils, si ce n'est un petit banc de sable qui se trouve en avant de la pointe dite Sévernaya Cossa (pointe du nord) et que Ton évite facilement en naviguant dans la direction des deux phares à feu fixe qui se trouvent au delà du fond du port, sur les hauteurs d'Inkermann. Ces feux sont à 3,200 mètres Tun de l'autre : le plus rapproché du port , situé à 126 mètres au-dessus du niveau de la mer, est visible à une distance de 28 milles (52 kilomètres); le second, à une hauteur de 187 mètres, s'aperçoit jusqu'à 33 milles (61 kilomètres).
La rive méridionale du grand port est découpée par plusieurs baies. On Ux)uve d'abord, un peu avant de pénétrer dans le port, la baie de la quaranlaim. Puis vient, près du cap Nicolas, la haie de VarlUlerie, petit port destiné au commerce et près duquel se trouvent le marché et la partie commerçante de la ville. A l'est du cap Nicolas, entre ce cap et le cap Paul, se trouve l'entrée de la baie du Sud dont il a déjà été question. Cette baie, qui forme le port militaire, a 2,400 mètres de longueur sur 300 à 400 mètres de largeur ; sa profondeur varie de neuf à quatre brasses (de 14*50 à 6" 50). Elle renferme à l'est une anse secondaire dite baie Karabelnaya, ou des Vaisseaux, qui est destinée aux vaisseaux désarmés ou en réparation et qui communique par son extrémité sud avec le bassin des docks. Ce magnifique bassin a 130 mètres de longueur sur 100 mètres de largeur; son fond est à cinq ou six mètres au-dessus du niveau de la mer ; il est alimenté par une dérivation de la Tchernaygi et du Chouliou, qui passe sous deux tunnels de 621 mètres de longueur totale et sur trois aqueducs ayant ensemble 219 mètres de développement. Cinq docks, ou formes
de carénage, viennent s'ouvrir sur le bassin central : trois au sud et deux au nord. Cette remarquable construction, en pierres de taille calcaires avec couronnements, escaliers et appareils en granit, est due à ringénieur anglais Hupton. A 1,700 mètres du cap Paul s'ouvre dans le grand port la baie du carénage, qui ne sert qu'aux petites embarcations. Son nom vient de ce qu'on y flambait autrefois les vaisseaux. Cette opération , qui consiste à coucher les vaisseaux sur le flanc et À les noircir au feu, pour les préser\'er des ravages du laret ou ver de mer, doit être faite chaque année pour tous les bâtiments non doublés de cuivre stationnés dans la mer Noire, et on assure que sans cette précaution il suffit quelquefois de deux ans pour voir les bordages complètement rongés par les tarets.
La rive septentrionale du grand port est beaucoup moins découpée que la rive méridionale : elle ne présente que quelques anses petites et peu profondes, mais très-sûres.
Le terrain des environs de Sébastopol, de formation secondaire, est coupé par de nombreux ravins , dont quelques-uns ont une profondeur considérable. Ces ravins, qui prennent naissance dans les parties les plus élevées du plateau de la Khersonèse, vont en «'approfondissant jusqu'à la mer où ils débouchent dans les baies qui découpent la côte. La baie de la quarantaine reçoit deux ravins peu profonds : celui qui se trouve le plus à l'est s'étend en avant de toute la partie ouest de la ville et forme une sorte de fossé naturel en avant d'une portion de son enceinte. Entre les ravins de la quarantaine et le port du Sud se trouve le ravin auquel les alliés ont donné le nom de ravin de la ville qui vient déboucher dans la baie de l'artillerie; il forme un vallon très-prononcé sur les deux côtés duquel des maisons sont bâties en amphithéâtre. Trois autres ravins, trèsprofonds, débouchent dans le port du Sud : le premier, à l'ouest, est peu étendu; le deuxième, que les alliés ont appelé ravin des Anglais et qui se bifurque à environ 500 mètres du port, vient des hauteurs
qui limitent le plateau de la Khersonèse du côté de Balaclava ; le troisième^ à Test, nommé ravin du laboratoire, donne passage à la route Woronzoff. Le ravin Kardbelnaya ou des docks, qui court du Qord-ouest au sud-est parallèlement au précédent, débouche au fond de la baie des vaisseaux. La baie du carénage sert de débouché au ravin du carénage, le plus profond et le plus large de tous. Enfin entre ces deux derniers on trouve encore le petit ravin Ouchakoff qui ne prend son origine qu'un peu au delà de Tenceinte de la place.
Les anses de 1% rive septentrionale du grand port ne sont également que les débouchés de ravins nombreux, mais beaucoup moins étendus et moins profonds que ceux de Tautre rive. Comme ceux^, ils vont en augmentant de dimensions à mesure que Ton s'avance vers le fond du port qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, correspond à la vallée de la Tchemaya comprise entre les hauteurs d'Inkermann à l'est et le mont Sapoun à l'ouest.
Ayant la conquête de la Crimée par les Russes, il n'y avait près du port de Sébastopol qu'un petit village de pécheurs tartaros nonuné Àkliar (rocher blanc) et situé à environ U*ois kilomètres des ruines d'Inkwmann. La création du port de Sébastopol remonta au mois de mai 1785. Les travaui^ furent commencés en 1786^ et l'année suivante l'Impératrice Catherine II, qui paraissait fort préoccupée de la con^ quête de Constantinople et du rétablissement de l'Empiré d'Orient, vint visiter Sébastopol et prit la résolution de créer, sur la rive méridionale du port, un établissement maritime considérable pouvant assurer à la Russie la domination de la mer Noire. Elle lui donna le nom de Sébastopol, c'est-à-dire ville auguste ou impériale. Les travaux furent poussés avec la plus grande activité jusqu'à la mort de Catherine U (1796). Ils furent complètement négligés sous le règne de Paul I*, mais repris en 1805 par Alexandre I*. L'Empereur Nicolas attachait aussi la plus grande importance à la position de Sébastopol, où il fit faire de nombreux travaux, secondé par Tamiral Lazarelfet
par le prince Woronzoff, gouverneur général de la nouvelle Russie depuis 1823. Dans ces derniers temps, Sébastopol était devenu un arsenal maritime et un port de guerre du premier ordre. On devait encore y apporter plusieurs améliorations importantes ayant pour but d'augmenter les docks de manière à pouvoir faire ratrer dans les formes des vaisseaux à hélice, et de créer tous les ateliers nécessaires à la réparation des machines et à Fentretien des navires de guerre à hélice.
Outre ses établissements maritimes, sa quarantaine, ses irafmenses magasins pour la marine, Sébastopol renfermait de grandes et belles casernes, sept églises, des monuments de tout genre et plus de deux mille maisons. Sa population, qui en 1842 était de 41,155 âmes, s'était élevée d'après de récents recensements à 47,474 âmes, dont 4505 femmes seulement. Cette disproportion.montre que la population sédentaire était relativement faible.
La ville proprement dite occupe la majeure partie de l'espace compris entre le port du Sud et les ravins de la quarantaine. £l)e est traversée du nord au sud par le vallon qui aboutit à la baie de l'artillerie. La portion la plus élevée de la ville se trouve située entre ce vallon et le port du Sud, sur un monticule de forme oblongue qui est séparé du plateau sur lequel les Russes ont construit le bastion n"" 4 (bastion du mât) par une forte dépression du terrain, espèce de col allant de Test à l'ouest. C'est sur cette portion culminante, dont le sonunet est à environ 60 mètres au-dessus du niveau de la mer, que se trouvent les principales constructions. Les plus beHes rues sont parallèles à la baie du Sudi on remarque surtout la ru^ Catherine qui partant de la pointe sud de la villç se dirige vers un grand embarcadère en arrière du fort Nicolas.
Les principaux édifices sont la cathédrale, les églises Saint-Pierre et Saint-Paul, Saint-Pierre et Saint-Nicolas, la biblioUièque, le théâtre, différents palais, et la maison d'école pour les filles des ma-
rins de la ville; celte maison, située dans la partie la plus élevée de Sébastopol, était généralement désignée, pendant le siège, sous le nom de maison verte, à cause de son toit de tôle peint en vert.
Le faubourg Karabelnaya, aussi étendu que la ville à laquelle il est relié par un pont de radeaux, était beaucoup moins peuplé. Il renfermait les docks, les beaux magasins de la marine situés le long d'un large quai qui borde à Test la baie Karabelnaya, de magnifiques casernes et l'église Saint-Michel.
En créant rétablissement de Sébastopol, le gouvernement russe ne se préoccupait pas d'une descente en Crimée, peu probable de la part des Turcs, mais il craignait, du côté de la mer, un bombardement qui pouvait détruire la flotte et Tarsenal. Aussi avait-il mis tous ses soins à fortifier Sébastopol du côté de la mer par un ensemble de travaux considérables destinés à défendre l'entrée du port et à tenir éloignés les vaisseaux ennemis. Du côté de terre, au contraire, les défenses projetées n^avaient reçu qu'un commencement d'exécution qui ne suflQsait même pas pour mettre partout la place à Tabri d'une attaque de vive force. Voici quel était l'état des défenses de Sébastopol au commencement du siège.
A l'entrée du grand port on trouvait sur la rive nord le fort Constantin, consistant en un grand bâtiment casemate, à deux étages de feux, surmonté d'une plate-forme avec batterie à barbette. Ce fort en fer à cheval, qui occupe la partie la plus avancée du cap et qui bat très-bien les approches, l'entrée et l'intérieur du port, a 110 embrasures. Ses feux se croisent avec ceux du fort Alexandre, situé sur un i^p qui lui fait face dans la partie méridionale du port, et même avec ceux du fort de la quarantaine (batterie n** 10) armé de 60 canons, qui occupe la pointe à Test de la baie de la quarantaine et du grand port. Le fort Alexandre, à deux étages de casemates avec une batterie à barbette sur sa plate-forme, est d'une construction analogue à celle du fort Constantin; il renferme quatre-vingt-dix pièces d'ar-
tiUerie. La batterie de la quarantaine est en terre, et elle est disposée pour recevoir cinquante pièces. A environ 1,100 mètres de l'entrée du port se trouvent deux nouveaux forts en regard Tun de l'autre : sur la rive nord c'est le fort Michel, casemate comme les forts Alexandre et Constantin» et renfermant quatre-vingt-dix bouches à feu dont quelques-unes enfilent la baie du Sud; sur la rive sud, le fort Nicolas, immense construction de près de 500 mètres de longueur, également à deux étages de casemates avec plate-forme supérieure, établie sur le rivage entre la baie de l'artillerie et le port militaire (Voir PI. VI). Ce dernier fort qui, avec quelques batteries basses placées sur son prolongement, contient deux cents pièces, forme avec le fort Michel une seconde ligne de défense, et, comme lui, dirige une partie de ses feux vers l'intérieur du port. A l'extrémité du cap Paul, de l'autre côté de la baie du Sud, se trouve le fort Paul armé de quatre-vingt-quatre pièces, lequel défend l'entrée du port militaire et de la baie des vaisseaux, enfile tout ce port et croise ses feux avec ceux de la batterie n* 4 située sur la rive nord du grand port. En outre, sur le sommet de la falaise qui se trouve au nord du fort Constantin, les Russes avaient construit une tour maximilienne, dite tour Volokhoff, surmontée d'un télégraphe.
D'après une statistique dressée au mois de janvier 1854, l'armement des forts et batteries défendant le port de Sébastopol ne comprenait pas moins de 719 bouches à feu. De plus, l'entrée du port était fermée par des chaînes et des estacades, eh arrière desquelles se trouvait une ligne de vaisseaux .
Quant à la défense de Sébastopol du côté de terre, elle était forl incomplète, ainsi qu'il a déjà été dit, surtout pour la partie située au sud du port* Nous allons en donner une idée en commençant par le nord.
Le port de Sébastopol est protégé contre les vents du nord par un plateau élevé que terminent, du côté du large, des falaises escar-
pées, tandis que vers le sud le terrain présente des pentes accessibles et des contreforts au pied desquels se trouvent le fort Constantin, le fort Michel et une partie des batteries qui défendent le grand port. Une armée assiégeante qui occuperait le plateau du nord dominerait tous ces ouvrages, plongerait par son artillerie dans le port et rendrait la ville inhabitable en enfilant les ravins du sud qui viennent déboucher dans la mer. Le fort du Nord qui occupe le plateau est donc la clef de toutes les défenses élevées au nord du port de Sébastopoh Ce fort est composé de quatre petits bastions réunis par de longues courtines brisées vers Textérieur, ce qui lui donne à peu près la forme d'un octogone régulier de 270 mètres de côté- Ses escarpes sont revêtues, mais ont peu de hauteur; un cavalier, appuyé sur les deux courtines adjacentes au bastion du sud, forme un petit retranchement intérieur, et en avant de ce bastion se trouve une lunette qui est le seul ouvrage extérieur du fort. Pendant la durée du siège, les Russes élevèrent sur la rive septentrionale du port plusieurs ouvrages qui sont indiqués sur la planche II ; rartillerie de ces ouvrages gêna souvent la droite de nos attaques. Après la prise de la ville, elle en rendit Foccupation fort incommode.
Le faubourg Karabelnaya n'était défendu que par quelques ouvrages établis sur les points culminants. Le premier de ces ouvrages était un réduit en maçonnerie ayant la forme d'une croix, voûté, armé d'artillerie et crénelé; il était situé à peu de distance du port entre le ravin Ouchakoff et celui du carénage. Des ouvrages enterré ont plus tard enveloppé cette construction; une grande batterie a été placée un peu plus à Test, et l'ensemble de ces défenses a été nommé 6ostion rf 1 chez les Russes, et batterie de la pointe chez les Français.
A deux cents mètres au sud du poste en maçonnerie se trouvaient une maison crénelée et, à trois cents mètres au sud de cette maison, un redan armé de huit pièces qui a pris plus tard un grand développement. C'était le bastion n** 2 des Russes, qui a été appelé chez les
alliés pei/f redan, par opposition au grmid redan attaqué par les Anglais et dont il va être question plus loin.
L'ouvrage principal qui couvrait les approches du faubourg était une tour demi-circulaire à deux étages dite tour Malakoff, du nom du ipamelon sur lequel on l'avait construite. Elle était couverte par un parapet circulaire précédé d'un fossé. Le mamelon (kourghan) JVIalakoff domine tout le faubourg; de là on plonge sur le port du Sud et on prend des revers sur les défenses qui ont été ajoutées plus tard au faubourg. En avant et à six cents mètres du mamelon Malakoff se trouve, toujours entre le ravin Karabelnaya et le ravin du carénage, un second mamelon qui domine un peu le premier et qui a joué un grand rôle dans le siège. Les Français l'ont appelé mainelon vert (*). Lorsque le« alliés sont arrivés devant la place, il était occupé par des avant-postes russes, mais on n'y avait élevé aucun ouvrage défensif.
Entre le ravin Karabelnaya et celui du laboratoire, sur un plateau élevée mais dominé par le mamelon Malakoff qui en est éloigné de mille mètres, se trouvait un redan armé de quinze ou vingt pièces. Cet ouvrage, noQuné bastion n' 3 par les Russes, a été appelé par les alliés redan des Anglais ou grand redan.
. Enfin à J' ouest et à six cents mètres du grand redan se trouvait sur le sommet de l'escarpement qui forme la berge droite du fond du port militaire une batterie armée de six pièces, qui a été nommée batterie des casernes, à cause des bâtiments occupés par la garnison qui se trouvaient en arrière. C'est la batterie Nikonoff des Russes.
Les ouvrages dpnt nous venons de parler et qui ont pris un peu plus tard un grand développement étaient isolés ou tout au plus reliés
(1) Dans leurs rapports les Russes désignent sous le nom de mamelon veri celui qui est situé en avant du fond du port du Sud^ entre le grand ravin des Anglais et le ravin du laboratoire (Voir aux pièces justificatives^ N° % le tableau cowpai'atif des noms russes et de ceux donnés par les alliés aux ouvrages^ ravins^ etc.)-
entre eux par quelques tranchée». Le faubourg Karabelnaya était donc exposé à être enlevé de vive force ; mais en y pénétrant, on eût été en prise aux feux de la flotte, et Tarmée russe y tenait une bonne partie de ses forces.
Les défenses de la ville étaient plus avancées. Sur le plateau situé entre le ravin du fond du port et le ravin de la ville, se trouvait un redan isolé, armé de huit ou dix pièces; cet ouvrage, qui portait un màt fort élevé du haut duquel une vedette observait les premiers travaux du siège, fut nommé par les Français baslion du fndt. C'est le bastion rC 4 des Russes.
Un peu plus à Touest sur le plateau compris entre le ravin de la ville et celui de la quarantaine, il y avait un poste en maçonnerie, bâti en croix, voûté et crénelé, ayant quelques pièces sur sa terrasse; les Russes travaillaient à couvrir ce réduit par un redan dont la con*struction était assez avancée pour qu'il fût déjà armé de cinq ou six pièces. Cet ouvrage, nommé bastion central par les Français, était le bastion n"" 5 des Russes. Il n'était alors relié au bastion du mât que par xjuelques tranchées, mais à sa gauche se trouvait une petite redoute (la redoute Schwarlz) destinée à battre le ravin de la ville.
A mille mètres plus au nord, toujours sur le bord du ravin de la quarantaine, se trouvait le baslion n" 6 des Russes que les Français ont nommé bastion de la quarantaine. Les bastions n'^S et 6 étaient réunis par un mur crénelé de peu d'épaisseur affectant la forme bastionnée, et vu jusqu'au pied. Ce mur Be prolongeait au nord du baslion n* 6, qu'il reliait à la batterie n^'S. Ce dernier ouvrage, appelé par les Français fort de l'artillerie, était fermé à la gorge par un mur et par des bâtiments percés de créneaux ; il formait un réduit sur lequel venait s'appuyer l'enceinte crénelée.
Nous ferons remarquer que le fort et la baie de la quarantaine, ainsi que le fort Alexandre, plaçaient la partie nord de l'enceinte dans un rentrant à peu près inaccessible.
Ainsi que nous l'avong dit plus haut, l'armée angto-lrançahie dé- u»nh» de» aiii«$ :,ur
SébisloïKïl.
barqua en Cnmée da 14 au 17 septembre 1854. Le 19 elle se mit en marche sur S^mstopol^ en suivant une direction parallèle au rivage> L'armée française marchait en losange, la pointe en avant; la première £vision (Canrobert) était en tète, la quatrième (Forey) en queue, la deuxième (Bosquet) à droite, et la troisième (Napoléon) à ^udie. Le flanc droit de L'armée appuyé à la mer était protégé par la flette qui se maibtint à même hauteur. L'armée anglaise marchait sur le flanc gauche des Français et un peu en arrière; sa gauche était édairée par la cavalerie légère, qui seule avait pu être d^iarquée.
L'armée arriva à midi sur le Boulganak dont elle traversa le lit desséché pour établir son bivouac sur les hauteurs de la rive gauche. De là on apercevait tout le terrain qui s'étçnd en pente douce jusqu'à l'Afana et même les positions des Russes sur les hauteurs dominantes de la rive gauche de cette rivière. Dans l'après-midi la cavalerie anglaise s'avança avec une batterie d'artillme légère contre im corps de cosaques et de dragons russes qui menaçait le flanc gauche de l'armée; une batterie à, cheval française fut envoyée soutenir le flanc droit de la cavalerie anglaise. Mais après l'échange de quelques obus, les cavaliers russes se replièrent d^rière l'Aima.
Les grand'gardes poussées assez loin se couvrirent à la nuit tombante par un léger épaulement.
L^armée russe forte, d'après les rapports de son général en chef le prince Menschikoff, de 43 bataillons, 16 escadrons et 84 pièces d'artill^e^ avait pris position sur la rive gauche de l'Aima. Le lit de cette rivière est, près de son embouchure, sinueux et encaissé; les gués sont rares et diflGkiles. Les pentes de la berge gauche sont fort escarpées et ravinées, surtout depuis le village de Bourliouk qui est traversé par la route de Sébastopol, jusqu'à la mer. Le centre de l'armée russe était formé sur le sommet des hauteurs qui dominent le village ; pour échapper à l'action des flottes, la gauche n'arrivait que jusqu'à
deux kilomètres environ du bord de la mer, derrière le villag^e d'Almatamak; d'ailleurs les Russes regardaient comme infranchissables pour une armée les pentes opposées à la droite française. Le village de Bourltouk, les jardins et les vergers qui l'entourent, étaient occupés par de nombreux tirailleurs qui devaient m défradre rapproche sous la protection de fortes batteries. La droite russe» moins bien couverte, était protégée par des batteries et par une cavalerie beaucoup plus nombreuse que celle des Anglais. L'une de ces batte* ries, de douze pièces, balayait le débouché du pont de TAlma; une autre, établie un peu plus en amont, était couverte par un épaulement.
Après quarante ans de paix deux armées européennes allaient se mesurer : les Russes occupant une position formidable dans leur pro* pre pays avec une forteresse derrière eux; les Français et les Anglais à mille lieues de leur patrie n'ayant pour tout appui qu'une flotte im* puissante à les protéger en cas de revers. Baïaiiie de 1 Aiuia. j^ 20 Septembre, à six heures du matin, la division Bosquet, renforcée de huit bataillons turcs, se mit en marche pour toumw la gauche des Russes. Franchissant les pentes que ceux-ci avaient ju* gées inaccessibles, elle parvint à couronner vers nddi les hauteurs qui dominent 1 embouchure de l'Aima. A ce moment la division du général Canrobert et celle du prince Napoléon attaquèrent de front, et malgré tous les efforts de l'ennemi elles parvinrent à franchir la rivière par un gué uu peu en aval de Bourliouk, et à gravir les hauteurs opposées. Ces trois divisions, soutenues . par la division de réserve du général Forey, forcèrent la gauche et le centre de l'armée n^se. Les Anglais, foudroyés par des pièces de gros calibre et ayant devant eux des forcer considérables, furent arrêtés up moment; mais biratôt, cédant sur la droite comme sur tout le reste de la ligne, les Russes abandonnèrent le champ de bataille qu'ils laissèrent jonché de morts et de blessés. Si cette journée n'eut pas pour eux les suites
funestes qu'entra tne une défaite, c'est qu'on manqua de cavalerie pour tes poursuivre.
La journée dii 20 septembre fut glorieuse pour l'armée des alliés qui venait de prendre une supériorité incontestable sur celle des Russes. L^effectif des troupes françaises présentes à la bataille était de 27,600 hommes et 62 bouches à feu^*). Les Anglais avaient environ 21,000 hommes et 50 bouches à feu. En y joignant 6,000 Turcs, les alliés^ avaient donc sur le champ de bataille environ 55,000 hommes et 112 bouches à feu avec une très-faible cavalerie. Un millier de chevaux anglais n'ont même pu passer l'Aima à temps pour coopérer au succès de la journée. D'après des évaluations approximatives , les Russes devaient avoir environ 50,000 hommes , dont 5 à 6,000 de cavalerie. L'armée russe s'était établie dans une trèsforte position , et il avait suffi de quelques heures pour lui enlever le champ de bataille de TAlma qu'elle avait pu préparer de longue main.
Le prince Menschikoff évalue ses pertes à 1,762 tués et 2,720 blessés, en tout 4,482 hommes hors de combat. La perte des alliés fut, d'après les relevés officiels, de 3,314 hommes hors de combat ; les Français eurent 138 tués dont 6 officiers, 1,199 blessés dont 59 officiers parmi lesquels le général Canrobert, 2 disparus et 33 chevaux tués ou blessés; les Anglais, 1,975 hommes hors de combat dont 98 officiers.
Les journées des 21 et 22 furent employées à relever les blessés et à enterrer les morts.
Le fe, l'armée ayant pris des vivres pour cinq jours, se remit en ^ L'^^ marche, et sans aucune opposition de l'ennemi elle traversa la Kat- '^i • ' cha au village de Mamatchaï et vînt bivouaquer sur les hauteurs de
.illi^f; ronlinnoDi leur iiM relie sur S.lmî-
(•) Voir pièces jnsllficalîves, N« 3.
— ^28 — la rive gauche de celte rivière. 11 rc^sullail du rapport des déserteurs que rarraée russe était rentrée en désordre dans Sébastopol, et qu'elle était trop affaiblie ou trop démoralisée pour livrer une seconde bataille.
On apprenait en même temps que pour rendre le port inaccessible à nos flottes les Russes venaient d'en fermer l'entrée en coulant cinq vaisseaux et deux frégates entre les forts Alexandre et Constantin. A ce moment la flotte russe de la mer Noire, qui s'était tenue renfermée dans le port de SébastopoU se composait de 19 vaisseaux, 6 frégates, 5 corvettes, 7 bricks ou bâtiments de rang inférieur, 12 bateaux à vapeur de différentes grandeurs et 60 chaloupes canonnières. La résolution extrême que venait de prendre le prince Menschikoff annonçait que la bataille de l'Aima ^vait jeté les Russes dans une grande détresse, mais elle avait pour conséquence immédiate d'empêcher les flottes alliées de concourir, par une menace sur le port, à l'attaque du fort du Nord; tous les renseignements s'accordant en outre pour faire penser que la ville était incomplètement fortifiée du c6té du sud, on jugea qu'il y aurait avantage à porter les attaques de ce côté. Les généraux en chef avaient encore d'autres puissants motifs pour passer au sud de la place : leur armée était alimentée par les flottes, et celles-ci ne pouvaient trouver aucun abri entre Eupatoria et Sébastopol; dans la Khersonèse, au contraire, il existe plusieurs baies dont on espérait pouvoir profiter et on connaissait comme très-sûr le petit port de Balaclava. Il fut donc décidé que, quittant h3s positions du nord, on contournerait la place hors de la portée de son canon pour se mettre en rapport avec les flottes par le sud. Le prince Menschikoff de son côté avait de bien grandes préoccupations à l'égard de sa ligne d'opérations, car si les alliés s'établissaient au nord de la place sur la rive gauche du Belbek, ils coupaient toutes ses communications avec Baktchi- Saraï, Simphéropol et l'intérieur de la Crimée, d'où il tirait ses ap-
~ 29 ~ proYisionnements. Ainsi au 23 septembre chacune des deux arnires aTaH sa base d'opérations, coupée par Tautre, et allait chercher à reprendre sa position naturelle par un double mouvemait, les alliés qui iSaisiiient face au sud voulant foire face au nord, et les Russes qui faisaient face au nord voulant faire face au sud.
Le 24, l'armée des alliés traversa le Belbek. L'existence de quelques batteries russes en avant du fort Constantin empêcha de prêter du pont qui se trouve près de l'embouchure de la rivière et força l'armée à appuyer à gaudie et à faire passer les voitures et la cavalerie par le village d'Ortoukaï. L'infanterie trouva quelques gués assez mauvais. Le passage du Belbek fut pénible et long, et le bivouac ne put être complètement établi qu'à la jmit. Les alliés se trouvaient alors sur la route de Sébastopol à Batkchi-Saraït et pour gagner cdie de Baladava il fallait s'avancer vers le sud-est à travers une épaisse forêt sans autre guide que la boussole. L'armée anglaise marchait en tête et parvint le 25 à la fejrme de Mackenzie qui se trouve sur la route de Baktchi-Saraï à Balaclava, au sommet des hauteurs qui dominent la vallée de la Tchemaya. En ce moment Tarmée anglaise vit à peu de distance l'arrière-garde de l'armée russe qui, de son côté, ayant quitté Sébastopol le 24 au soir, venajt de passer à la ferme Mackenzie se dirigeant vers Baktchi- Saraï. Après un court engagement qui mit le désordre dans l'arrièregarde russe et lui enleva ses bagages, les deux armées, poursuivant chacune son but, continuèrent cette double marche de flanc qui les aurait jetées l'une sur l'autre si les Anglais avaient eu un peu plus d'avance. Des deux c^tés on s'attribua le mérite d'un mouvement habile, mais si le prince Menschikoff v^ait de regagner sa base d'opérations et ses magasins, il abandonnait avec la majeure ][)artio de ses forces une place dont les défenses étaient encore trop incomplètes du côté du mé pour qu'elle ne fÙt pas exposée à être enlevée de vive force. Quant aux alliés, ils allaient trouver à Balacla\a et
dans les baies de ]a Khersonèse une base d'opérations désormais assurée, mais en abandonnant complètement les hauteurs de Mac-kenzie si difficiles à reprendre par une attaque faite du côté du sud, ils laissaient au prince Menschikoff la faculté de se remettre ea com^* munication avec une garnison nécessairement découragée, de Taugmenter, de la renouveler au besoin, de lui fournir sans cesse des viyres et des munitions. En un mot, les alliés renonçaient â: tenir la place investie; or sans l'investissement et surtout lorsqu'une armée de secours communique librement avec la garnison, un siège présente des difficultés presqu'insurmontables.
Les troupes anglaises campèrent, le 25 au soir, sur les rives de la Tchemaya. A Balaclava elles ne rencontrèrent pas une résistance sérieuse : la petite garnison du fort génois se rendit. L'armée fran«çaise suivait les Anglais; mais son chef, affaibli par une maladie cruelle contre laquelle il avait lutté avec un courage héroïque, ne put la conduire jusqu'à Balaclava. Le 26, au bivouac de la Tchernaya, le maréchal de Saint-Arnaud fit ses adieux à Tannée et remit le commandement en chef au général Canrobert. Le 29 septembre, le maréchal fut transporté mourant à bord du BertholkU où il expira dans l'après-midi, laissant un nom illustré par une belle victoire.
Le maréchal de Saint-Arnaud succombait à ses souffrances au moment où les alliés avaient à prendre une résolution qui pouvait décider du sort de la campagne. Devait-on tenter d'enlever Sébastopol par une attaque de vive force, ou, au contraire, passer par toutes les lenteurs d'un siège?
Tenter d'enlever de vive force une ville déjà en partie fortifiée, dont les rues pouvaient être barricadées et dans lesquelles les défenseurs seraient soutenus par le feu des vaisseaux, c'était, en cas d'échec, risquer le salut de l'armée alliée.
D'un autre côté, puisque les Russes venaient de couler une partie de leurs vaisseaux pour mettre une barrière infranchissable entre leur '
— 31 ~ flotte et celle des alliés, c'est qu'ils allaient tout sacriûer à la défense du côté de terre. Quatorze ou quinze mille matelots, excellents canonniers, allaient quitter leurs vaisseaux pour passer à la défense de la ville* Les communications étant désormais libres vers le nord, Tarmée russe tout entité devenait la garnison de Sébastopol ; il faudrait donc attaquer cette armée sous l'appui qu'elle allait tirer des fortifications d'une grande place admirablement située, et d'une immense artillerie pouvant réparer immédiatement ses pertes dans les approvisionnements d'un vaste arsenal maritime. Sans doute puisque la flotte russe abdiquait son rôle, celle des alliés pouvait aussi mettre une partie de ses ressources à la disposition de l'armée de terre ; mais alors le siège prenait des proportions tout à fait imprévues. Pour utiliser de si grands moyens le temps devenait un élément nécessaire, et dans cette lutte singulière, entreprise à mille lieues des arsenaux de la France et de l'Angleterre, les alliés n'ayant sur place qu'un matériel et des approvisionnements très-limités, tandis que les Russes avaient tout sous la main, il était à craindre que les travaux de la défense prissent toujours l'avance sur ceux de l'attaque.
Ajoutons que du côté des Russes il h'y avait qu'un chef et qu'il y en avait trois du côté des alliés. Si une résolution prompte est toujours diflScile dans des circonstances si graves, elle devient impossible dans un conseil de plusieurs chefs. On pensa prendre le parti de la prudence en disposant tout pour une attaque régulière. Ce moyen, qui n'était pas le plus prompt, pouvait même n'être pas le plus sûr, mais s'il a grandi hors de toute attente les proportions de la lutte engagée sous les murs de Sébastopol, on ne saurait le regretter aujourd'hui qu'elle a jeté tant d'éclat sur nos armes.
L'armée anglaise, qui marchait en tête, ayant pris possession du l^* a»'és s éuibii..aiit port de Balaclava, les Français furent naturellement portés à monter sur le plateau de Khersonèse, dont une première reconnaissance fut faite, le 27 septembre, par deux divisions françaises et deux divisions
anglaises. L'armée française se rapprochait ainsi de la place et des baies de Kamiesch et de Kasatch qui ont offert à la flotte un excellent port, assurant en tout temps Tapprovisionnement de Tannée. Les Français qui, lors de la bataille de TAlma, tenaient la droite, avaient ainsi passé à la gauche des attaques contre la place.
Le 1" octobre, Tarmée française fut partagée en corps de siège et en corps d'observation. Le premier, aux ordres du général de division Forey, était composé des troisième et quatrième divisions d'infanterie, des deux batteries montées de la réserve, et de la majeure partie des oflSciers et des troupes de Tartillerie et du génie attachés aux autres divisions. Le lieutenant-colonel d'état-major Raoult fut nommé major de tranchée. Les colonels Lebœuf et Tripier reçurent le commandement de l'artillerie et du génie('). Pour le service spécial de leur arme ils étaient sous les ordres des généraux Thiry eit Bixot, commandant l'artillerie et le génie de l'armée et ne relevant que du général en chef. Le corps d'observation, commandé par le général de division Bosquet, était composé des première et deuxième divisions d'infanterie et des deux batteries d'artillerie à cheval de la réserve.
Les deux divisions formant le corps de siège s'étaient portées sur le plateau de Khersonèse dès le 29 septembre, et le lendemain, elles y établirent leur camp vis-à-vis de la ville propremrat dite, depuis le fond de la baie de Strélitzka jusqu'au grand ravin qui se trouve dans le prolongement du port du Sud. Le corps d'observation campa sur les hauteurs qui dominent la plaine de Balaclava et la vallée de la Tchemaya. Ce corps avait pour mission de repousser les attaques pouvant venir par cette vallée et de prêter au besoin assistance k Tarmée anglaise. Le grand quartier général et les parcs de l'artillerie
v*^ Vuii uii\ picccs jubliliculi>cb^ >° 4^ ia (j})UJ|K^Uiun du c'oi'|>b du génie.
et du génie furent placés derrière la droite du corps de siège. La division turque» forte de huit bataillons et campée entre le corps de siège et le corps d'observation» sous les ordres directs du général en chef, se tenait prête, selon les circonstances, à servir d'aide à l'un ou à l'autre.
L'armée anglaise s'établit le 2 octobre k la suite du corps de siège français; elle appuyait ^ gauche au grand ravin du port du Sud, qui la séparait des Français , et sa droite aux escarpements d'Inkermann.
La division England formait l'aile gauche et la division Lacy-Evans l'aile droite; le centre était composé des divisions du général Cathcart et du duc de Cambridge, ayant en avant d'elles la division légère George Brov^m, et en arrière les grands parcs de l'artillerie et du génie et un détachement de cavalerie.
Les premières reconnaissances ayant fait voir que Sébastopol était défendu par un armement considérable pris en partie sur la flotte russe, les alliés puisèrent également des ressources dans leurs marines. La flotte f] e bouches à feu et mille marins qui, sous de vaisseau Rigault de Genouilly, prireni aérations du siège jusqu'à la chute de la pli
Les Russes se aque Jmr terre s'efforcè-
rent d'élever à la ivaient mettre Sébastopol
à l'abri d'un coup Iliés à passer par les len-
teurs d'une attaque régulière. Lorsque Tannée des alliés arriva devant la place, ies Russes travaillaient déjà sur tout le développement de son enceinte. Leurs premiers travaux consistèrent, du côté de la ville, à renforcer la courtine en crémaillère reliant le bastion central au bastion du mât à travers le ravin de la ville, à (Perfectionner sur la gauche du bastion central les abords de cette courtine, à relier le bastion du mât au fond du ravin du laboratoire, et à placer une
ligne d'abêtis ea ayant des parties faibles de cette enceinte. Du côté du faubourg ils renforoèrent en les agrandissant les ouvrages en terre des bastions n"* 1^ 2 et 3^ ainsi que ceux du naamelon Malakoff, et les prot^èr^t aosâ par des abatis.
Pouvant toujours disposer d'un très-grand nombre de travailleul^ qui étaient fournis et renouvelés par rarmée de secows, les Russes n'ont pas œssé, pendant toute la durée du siége^ de perfectionner et d'augmenter les défenses de la place; le développement de sa vaste enceinte ne suffisant pas pour placer Fimmeinse quantité de bouches à feu dont ils pouvaient disposer, on les voyait élager des battoies pour doubler et souvent tripler leur It^e de feux. C'est ainsi qjiie, sous Tai^ui d'un armeitient sans exemple qui s'augmentait plus rapidement encwe que celui des assiégeants, les défenses, de Sébastopol sont arrivées, à la dernière époque du siège, au point qu'indiquent les plandbes II, III, IV, V, VI et VII. Nous allons en donner une description rapide^ en commençant par celles du faubourg Karabefaïaya.
Descripiioo des forti. Les d^x facos de la batterie de la pointe (bastion n^ 1) élevées en
Gcalions de Sébastopol
à la ûo du siège. avant de la maison en croix, sont armées de treize mèces, et l'es-