sacs à terre
L’administration comptait 105 fonctionnaires do l’intendance, officiers de santé cl d’administration, 1,016 ouvriers et 513 chevaux ou mulets, y compris le train des équipages. Les approv isionnemenls se montaient à 1 ,000,000 de rations de farine, biscuit et sel ; 1 ,500,000 de riz, sucre et café; 240,000 de viande fraîche; 450,000 de lard;
800.000 de vin ; 300, (KM) d’eau-de-vie ; 37,000 d’orge, de foin et de paille ; 180,000 de bois et 130,000 de charbon.
En résumé , l’armée française de débarquement était composée comme il suit ;
bal-major gênerai. .
Xi olïit ier.s
; 100 homme:
> de troupe;
150 chevaux ou mulets,
Infanterie
Cavalerie
Artillerie
lit nie
Adminialraiiuii. . . .
Tom. . , .
Elle était munie de l&i bouches a feu , dont 08 de campagne et <>5 de siège, d'un approvisionnement proportionné à ce nombre de pièces, et de vivres pour un mois au moins.
L'armée anglaise avait embarqué cinq divisions d'infanterie ( la division légère commandée par sir Georges Brown ; la première, par le duc de Cambridge; la deuxième, par sir de Lacy Evans ; la troisième, par sir Richard England ; et la quatrième , par sir Georges Cathcarl), une brigade de cavalerie légère et un régiment de grosse cavalerie de la division de lord Lucan, neuf batteries d’artillerie de campagne, im demi-parc de siège et quatre compagnies de sapeurs du génie.
L'offectif de ces troupes était environ de ; . •
* : * * 18,000 hommes iriiil'aiilcric ; •**•’ - * .“.'* ** *
. ’ . -v *. • . 2,000 — de cavalerie;*. ... . ' xt . •*.
:* .* i ,000 — d'ariilleric ;
•480 — üu génie.
Total. . .
4I.WO; «oil il, 500 bommo-.
La division turque, de 7, (X)l) hommes de bonues troupes, était commandée pac Adimel-Pacha.
L'expédition commença sous les plus heureux auspices; la Hotte 0èl’"2'„" *“** qpéra le débarquement de l'armée de terre au vieux fort, le lf septembre au malin, sans éprouver aucune résistance, et elle avait fait la traversée suis avoir même été menacée par la flotte russe. Celle-ci cependant, sortant du port prête au combat, aurait eu le grand avantage d'une liberté eutiére de ses mouvements sur la flotte alliée , embarrassée dans ses manœuvres par une armée de 00,000 hommes qui encombrait les ponts et les batteries de la plupart des bâtiments.
Le soir, il y avait sur le sol russe trois divisions françaises avec cinquante-neuf bouche* à feu attelées, et deux divisions anglaises. Le mauvais temps qui survint pendant la nuit raleulil le débarquement dans la journée du 15. Le 10, les Français mirent à terre le reste
Description de
CnM|.
— io —
de leur matériel, et les Anglais adievèrent leur débarquement le 17.
Le 18 on occupa Eupatoria , dont le chef d'escadron d'état-major Oamont fut nommé commandant supérieur, et le 10 l’armée se mit en marche vers Sébastopol.
•*. J, a Crimée , où les armées alliées venaient de prendre pied , était
connue dans l’histoire sous le nom de Khersonèse taurique, quatorze siècles avant l’ère chrétienne. Cette presqu'île, enveloppée à l’ouest et au sud par la mer Noire , b l’est par la mer d’Azof , jouit d'un climat plus doux que les. contrées avec lesquelles elle est en communication directe. J )c tout temps elle a été désolée par des invasions, et son histoire n'est que celle de la lutte sans lin d'une multitude de peuples qui s’en sont disputé la possession. C’est dans le mu’ siècle que les Tartares, qui l'habitent encore aujourd'hui, enva- • lurent cette contrée ; ils changèrent son ancien nom en celui de Krim, qu’ils donnaient à leur capitale. Les Turcs, qui en avaient chassé les 'Génois, y dominaient depuis 1581, lorsqu’on 173(1 les Russes y firent leur première apparition et la ravagèrent. In peu plus tard, Catherine 11, sous prétexte de délivrer les Tartares de la suzeraineté turque , envoya une armée en Crimée et y établit un khan : mais elle garda Kerlcli, YénikalèetKinbourn. Enfin, en 1783, Catherine s'empara de toute la presqu’île , qu elle nomma Tauride, et un traité de paix avec la Turquie lui confirma définitivement cette possession.
La conquête russe n'a pas été favorable à la prospérité dü pays. Parsuite de nombreuses émigrations, la population diminua de moitié en moins de dix ans, et beaucoup de villes florissantes sous les khaiis sont aujourd'hui presque dépeuplées. Tous les efforts des Russes paraissent s’ètre concentrés sur Sébastopol, qui devait leur assurer la domination exclusive de la mer Noire.
La Crimée ne louche au continent que par l’isthme de Pérékop et par la flèche d’AraJwt, langue de terre longue et étroite qui sépare la mer d'Azof de la mer Putride, actuellement appelée Sicdtck.
— ti —
L'isthme de Pérékop esl coupe dans sa partie la plus étroite par un ancien retranchement tourné contre la Russie, mais qui paratt avoir été modifié dans ces derniers temps. En s'emparant de Pérékop, on couperait les principales communications des Russes avec la Crimée ; mais ce point est protégé contre les attaques venant de la mer par des bas-fonds , qui en interdisent l’approche aux bâtiments du plus faible tirant d'eati. La flèche d’Arabat , espèce de barre qui semble formée par les sables de la mer, se trouve interrompue à Ghénilchi par une coupure qui permet au Sivasch de décharger dans la mer d'Azof le trop plein de ses eaux. Les Russes, prévoyant le cas où l’entrée d'une flottille dans la mer d'Azof leur interdirait le passage par la flèche d’Arabat, ont créé une troisième communication par la presqu’île de Tchongar, qui a été réunie à une pointe de terre correspondante air moyen d’un grand pont sur pilotis. Le Sivasch n’esl qu'un étang vaseux et infect, dont les eaux n’ont pas assez de profondeur pour qu’on puisse y naviguer autrement qu’avec de petites barques. Le détroit de Yénikalé sépare la presqu’île de Kertch de la côte d’Asie; il est défendu par le fort de Yénikalé, construit par les Génois, et par doux grandes batteries que les Russès ont élevées au cap Paul, un peu au sud de Kertch. ’• • ’ •
Téute la partie septentrionale de la Crimée ne présente que de vastes steppes coupées de pâturages et de lacs salés. Ces lacs sont surtout nombreux sur les bords du Sivasch et à l’entrée de l’isthme de Pérékop ; le sel qu’on en retire et de grands troupeaux de bœufs et de moutons à large quene forment la principale richesse du pays.
La partie méridionale, au contraire, est fort montagneuse; elle est formée par un soulèvement, commençant au cap Khersonése et s’étendant jusqu’à Kaiïa, qui. présente vers le sud, tout le long de la mer, des escarpements souvent verticaux, tandis que vers le nord la pente des montagnes est, au contraire, assez donce. Un second soulèvement tout à fait analogue, mais moins élevé, s’ esl produit parallèle-
ment an promis depuis lis environs de Sébastopol jusqu'au delà de Simphéropol ; du «Aie du sud ce soulèvement présente une tspéce de muraille presque verticale, mais au nord il s’abaisse aussi en pente douce, fin arrière de ce second mouvement on en remarque encore un troisième beaucoup moins prononcé que les précédents. Ces montagnes, de formation secondaire, présentent en général une roche calcaire dure, alternant avec des couches schisteuses et argileuses: le sol est marneux et mélangé de nombreuses pierres roulées. •
Le sommet le plus élevé du mont Yaïla, formé par le premier soulèvement, est le Tchalyr-Dagh (Mont de la tente), à l'ouest de la route de Simphéropol à Ajouschla; c’est au pied de celte montagne, près du village d’Aïan , que sé trouve la source du Salglûr, qui se jette dans le Sivasch. Les rivières qui’ prennent leur source dans le monl Yaïla, à l'est du Tchalyr-Dagh, \ont se jeter soit dans le Salghir, soit dans le Sivasch’; celles qui prennent leur source à l’ouest de ce pic, telles que l’Alma, la Kalcha et le Bclbek (ou Kabarta), vont se jeter dans ia-iner Noire, sur la. cèle sud~ouesl de la Crimée entre Eupatoria et Sébastopol, après avoir traversé le seront! soulèvement dans des gorges profondes qui forment de grandes brèches dans la muraille pi. t. de rochers. La Tchernaya, la plus occidentale de ces rivières, coule au pied du second soulèvement et va se jeter dans le fond du port de Sébastopol. -■'•'*
L’espace compris entre les deux premiers soulèvements est coupé • de mouvements secondaires qui y forment un grand nombre de petites vallées verdoyantes et fertiles. Protégées contre les vents du nord par des montagnes boisées, ces vallées jouissent d’une douce température, et l’on y trouve la végétation de l'Europe réunie à celle de l’Asie mineure. La plus remarquable de. ces vallées est «die de Raïdar, où la Tchernaya prend sa source. C'est dameces contrées privilégiées que les grands seigneurs russes ont bâti de nombreuses villas. Ce pays, quoique très-accidenté , n'osl pas difficilement pruli-
cable pour une armée: on y trouve des chemins d'exploitation rurale (pii, ;ui moyen de quelques travaux, peuvent sertir au passage des voitures. Mais ta muraille de rocher qui le limite vers lè nord, et derrière laquelle passe* la route de Sébastopol à Simphéropol , présente aux Russes une excellente ligne de défense. A l’ouest de la route qui va du pont de Traktir, sur la Tchernaya, à la ferme de Mackenzie, ces escarpements s’abaissant vers le fond du port de Sébastopol, les hauteurs de la rive droite auraient été accessibles sans trop de difficulté si les Russes, n’avaient construit, au mois de mars 1855, plusieurs redoutes sur les pentes (es plus abordables. C’est en arriéré de ces ouvrages que l'armée de secours tenait la majeure partie de ses forcesi A l’est de la ferme Mackenzie, on trouve les gorges profondes et étroites de Mangoup-kalé et du Belbek, qui devaient être regardées comme à peu près inattaquables ; ce n’est qu’au delà de la katelia, à la hauteur de Baktebi-Saraï, que les escarpements de rocher ont moins de saillie et présentent de nombreuses interruptions dont l'accès n’est pas difficile. - •
La température de la Crimée est très-variable, comme la direction dés vents; le vent du nord produit des froids très-vifs, mais de pende durée, et les chaleurs de l'été sont tempérées par des brises de mer et par des pluies d'orage.
Les principales routes qui traversent la presqu'île sont : celle de l’intérieur de la Russie à Simphéropol par Pérékop, avec un embranchement sur Eupatorria : la route de Simphéropol à Baktchi-Saraï et à Sébastopol, avec on embranchement sur Balaclava; la route construite par le prince Woronzoff.de Sébastopol à Alouscbta , par la vallée de Baïdar et le bord de la mer, et d’ Alouscbta à Simphéropol ; celle de Simphéropol à Karasoubazar et à kuffa ; et enfin celle de kaffa à Kertdi et Yéoikalé, avec un embranchement sur Arabal qui se. prolonge sur toute la longueur de la flèche de ce nom. Mais ces routes, a l’exception de celle qui relie Simphéropnlà Sébastopol par
H; bord de la mer , sont loin d'être en bon état. De Sébastopol à Aiouschla il y a vingt-neuf lieues (116 kilomètres), d’Alouschta k Simpkéropo! douze lieues, en tout quarante, et une lieues-, mais par la route directe il n’y a que dix— huit lieues de Simphéropol k Sébastopol. De, Simphéropol àJSupaloria, il y a div-sepl lieues -, de Simphéropol à Pérékop, trente-huit lieues; de Simphéropol k KafTa, trente lieues, et do cette dernière ville k Kerlch, vingt-huit lieues. - Simphéropol, sur le Salghir, est la capitale de la Crimée. C’est sur ce point qui, comme on vient de le voir, est un nœud de routes, que les Russes avaient réuni leurs principaux magasins et leurs moyens de transport. .... • ... .;V
En partant d’Eupatoria, on traverse, pour arriver k Simphéropol, an |>ays sablonneux et complètement découvert , mais qui manque d'eau, surtout en automne-, on ne s’en procure qu’en creusant des -puits, dont la profondeur augmente k mesure qu'on s'éloigne de la cèle. L’armée partant d’Eupatoria n’était sûre d’avoir de l’eau potable en abondance qu’à son arrivée sur le Salghir.
Nous avons dit que la distance d’Alouschta à Simphéropol n’était que de douze lieues par la belle roule du prince Woronzoff. Alouschta présente un bon mouillage qui ne craint que les vents du sud ; ce poinl était donc accessible pour nous, soit par la route de Sébastopol qui suit la cète, soit par mer; mais la route do Simphéropol traverse, entre le village de Chourna et celui d’Aïan, un détilé très-encaissé. Il parait que les Russes n v ont exécuté quelques travaux de défense que dans les dernières époques du siège de; Sébastopol; ce- défilé pouvait èlre tourné par des troupes d'infanterie et par de l’artillerie de montagne, soit en contournant par l’ouest le Tcbatyr-Dagh, soit en partant de Yalta et gagnant la vallée de l’Alma.
Baktchi-Saraï, autrefois capitale des khans, est située sur leTrhourouksou, affluent de la Katcha. Dévastée fors de la conquête russe, celle ville est maintenant sans importance.
Kuifa ou Féodosia (l'ancienne Théodosien, située sur la’nièr .Noire, n’a rien gardé de son ancienne splendeur commerciale ; ravagée plusieurs fois, l'invasion russe a achevé sa décadence.
Koslov ou Eupatoria a aussi perdu son ancienne importance, mais on y trouve encore beaucoup de constructions qui ont été utiles au corps d’occupation que les alliés y ont toujours entretenu.
Kertch, entrepôt des blés venant par la mer d'Azof, était, au moment de l’expédition de Crimée , une petite ville assez florissante et bien bâtie. . ; ' • : v
Balaclava , petit v illage habité, par une colonie grecque et autrefois fortifié par les Génois, a un petit port sùr et assez profond pour les plus grands vaisseaux.
Eski-Krim, la première capitale des Tartares, est presque dépeuplée; Kherson a tout à lait disparu, et Inkermann, que les Grecs nommaient Théodori, ne présente plus que quelques ruines.
Enfin Sébastopol, qui résumait en elle, pour ainsi dire, toute l’importance que la Russie attachait à la possession de la Crimée, est ellemême aujourd'hui complètement détruite. Il importe de décrire cette ville telle qu elle était au commencement de la gücrre.
Sébastopol, principal port ^militaire de la Russie méridionale et station de la flotte russe de la mer Noire , est située dans cette partie sud-ouest de la Crimée plus particuliérement désignée sous le nom de Khersonè se; elle occupe la rive méridionale d'une grande baie qui court de l’ouest à l’est, et forme un des plus beaux ports de l'Europe, souvent Comparé à eeux de Malle et de Mahon. Celte ville importante est divisée en deux parties, la ville proprement dite et le faubourg Karabelttaya, "par une baie secondaire qui s'embranche sur le grand port dans ta direction dn nord au sud et qni se nomme port du Sud, port militaire ou petit port.
Le grand port est d’une largeur assez Uniforme. Les caps Alexandre et Constantin, qui en marquent l'entrée, sont éloignés de
*JÜO métrés. Sa louguenr, depuis ces caps jusqu'à d'embouehure de la Tchernaya, est de plus de si* kilomètres. Sa profondeur varie de onze k quatre brasses (18" k fi"50); mais vers .le point où débouclée la civière, on trouve la vase k environ un demi-mètre au-dessous de la surface de l'eau : cette partie n’est donc pas accessible aux nav ires. Le port ne présente pas d'écueils, si ce n’est un petit banc de sable qui se trouve en avant de la pointe dite Sécertuiya Cotsa pointe du uord) et que l'on évite facilement en naviguant dans la direction des deux phares à feu fixe qui se trouvent au delà du fond du port, sur tes hauteurs d'inkermann. Ces feux sont à3,20(Cmèlresl'uu de l’autre : le plus rapproché du port, situé k lâfi mètres au-dessus du niveau de la mer, est visible k une distance de 28 milles (52 kilomètres); 1e second, k une hauteur de 187 mètres, s'aperçoit jusqu’à 83 milles (fil kilomètres).
La rive méridionale du grand port est découpée par plusieurs baies.
Ou trouve d’abord, un peu avant de pénétrer dans le port, la baie de ht quarantaine. Puis vient, près du cap Nicolas, la baie de l' artillerie , petit port destiné au commerce et prés duquel se trouvent le marché et la partie commerçante de la ville. A l est du cap Nicolas, entre ce cap et le cap Paul, se trouve Centrée de la baie du Sud dont il a déjà été question. Cette baie, qui forme le port militaire, a 2,400 mètres de longueur sur 300 k 400 mètres de largeur ; sa profondeur varie de 'neuf k quatre brasses (de 1 4*50 à fi” 50), Elle renferme à l'est une anse secondaire dite baie A'arabehuiya, ou des Vaisseaux, qui est destinée aux vaisseaux désarmes ou en réparation et qui communique par son extrémité sud avec le bassin des docks. Ce magnifique bassin a 130 mètres de longueur sur 100 mètres de laFgeur; son fond est à cinq ou six mètres au-dessus du niveau de la mer ; il est alimeulé par une dérivation de la Tchernaya et du Chouliou , qui passe sons deux tunnels de 0*21 mètres de longueur totale et sur trois aqueducs ayant ensemble 210 mètres de développement. Cinq docks, ou forums
4c carénage, viennent s’ouvrir sur le bassin central : trois au sud et deux au nord. Celte remarquable construction, en pierres de taille calcaires avec couronnements , escaliers et appareils en granit , est due à l'ingénieur anglais Hupton. A 1 ,700 métrés du cap Paul s’ouvre dans le grand port la baie du carénage, qui ne sert qu'aux petites embarcations. Son nom vient de ce qu’on y flambait autrefois les vaisseaux. Celto opération, qui consiste il coucher les vaisseaux sur le flanc et à les noircir au feu, pour les préserver des ravages du lard ou ver de mer, doit être faite chaque année pour tous les bâtiments non doublés de cuivre stationnés dans la mer Noire, et on assure que sans cette précaution U suffit «ptelquefois de deux ans pour voir les bordages complètement rongés par les tarels. ■; •
La rive septentrionale du grand port est beaucoup moins découpée que la rive méridionale : elle ne présente que quelques anses petites et peu profondes, mais trés-sùres. - Le terrain des environs du Sébastopol, de formation secondaire, est coupé par de nombreux ravins, dont quelques-uns ont une profondeur considérable. Os ravins, qui prennent naissance dans les parties les plus élevées du plateau de la Kbersonèse, vont en s'approfondissant jusqu'à la mer où ils débouchent dans les baies qui découpent la cèle. La baie de la quarantaine reçoit deux ravins pou profonds : celui qui se trouve le plus à l’est s'étend en avaiit de foute la partie ouest de la ville et forme une sorte de fossé naturel en avant d'une- portion de son enceinte. Entre les ravins de la quarantaine et le port du Sud se trouve le ravin auquel les alliés ont donné le nom de ravin de la ville qui vient déboucher dans la baie de Partilleric’, il forme un vallon très-prononcé sur les deux cétés duquel des maisons sont bâties en amphithéâtre. Trois autres ravins, trèsprofonds, débouchent dans le port du Sud : le premier, à l’ouest, est peu étendu; le deuxième, que les aUiés ont appelé ravin des Anglais et qui se bifurque à environ SOI) mètres dit port, vient des hauteurs
qui limitant ta plateau de la khersonése du cote de Baladava ; le troisième, à l’est, nommé ravin du laboratoire, donne passage à la route Weronzoflf. Lo ravin À'arabelnaya ou des doeks , qui court du nord-ouest au sud-est parallèlement au précédent, débouche au fond de la baie des vaisseaux. La baie du carénage sert de débouché au ravin du carénage, le plus profond et le plus large de tous. Lutin entre ces deux derniers on trouve encore le petit nsia Ouchakoff qui ne prend son origine qu'un peu au delà de l'enceinte de la place.
Les anses de la rive septentrionale du grand port ne sont également que les débouchés de ravins nombreux, mais beaucoup moins étendus et moins profonds que ceux de l’autre rive. Comme ceux-ci, ils vont en augmentant de dimensions à mesure que l'on s’avance vers le fond du port qui, ainsi que nous l'avons déjà dit, correspond à la vallée de la Tchernaya comprise entre les hauteurs d'inkerntann à •l’est et Je mont Supoun à l'ouest.
Avant ta conquête de la Crimée par les Russes, il n'y avait près du port de SélMslopuI qu'un petit village de pécheurs tartares nommé Akliar (rocher blanc) et silué à environ trois kilomètre» des ruines d'inkermann. La création du port de Sébastopol remonte au mots de mai 1785. Les travaux furent commencés en 1786, et l'année suivante l’Impératrice Catherine 11, qui paraissait fort préoccupée de la conquête de Constantinople et du rétablissement de l'Empire d' Orient, vint visiter Sébastopol et prit la résolution de créer, sur la rive méridionale du port, un établissement maritime considérable pouvant assurer à la Russie la domination de la mer Noire. Elle lui donna le nom de Sébastopol, c’est-à-dire ville auguste ou impériale. Les travaux furent poussés avec la plus grande actri ilé jusqu’à la mort de Catherine U (171)6). Ils furent complètement négligés sous 1e règne de Paul I", mais repris en 1805 par Alexandre 1". L'Empereur Nicolas attachait aussi la plus grande importance à la position de Sébastopol, où il (il faire de nombreux travaux, secondé par l'amiral Lazare üet
— îfl —
par le prince Woromoff, gouverneur général de la nouvelle Russie depuis 1823. Dans ces derniers temps, Sébastopol était devenu un arsenal maritime et un port de guerre du premier ordre. On devait encore y apporter plusieurs améliorations importantes ayant pour but d’augmenter les docks de manière à pouvoir faire entrer dans les formes des vaisseaux à hélice, et de créer tous les ateliers nécessaires à la réparation des machines et à l'entretien des navires de guerre à hélice.
Outre ses établissements maritimes, sa quarantaine, ses immenses magasins pour la marine, Sébastopol renfermait de grandes et belles casernes, sept églises* des monuments de tout genre et plus de deux mille maisons. Sa imputation, qui en 1842 était de 41,155 âmes, s’était élevée d’après de récents recensements à 47,474 âmes, dont 4505 femmes seulement. Cetto disproportion montre que la population sé-e. dentaire était relativement faible. . .*•.
La ville proprement dite occupe la majeure partie de l’espace compris entre le port du Sud et les ravins de la quarantaine. Elle est traversée du nord au sud par le vallon qui aboutit à la baie de l'artillerie. La portion la plus élevée de la ville se trouve située entre ce vallon et le port du Sud, sur un monticule de forme oblongue qui est séparé du plateau sur lequel les Russes ont construit le bastion a” 4 (bastion du mât) par une forte dépression du terrain, espèce de col allant de l’est à l’ouest. C’est sur celte portion, culminante, dont le sommet est à environ 80 mètres au-dessus du niveau de la mer, que se trouvent les principales constructions. Les plus belles rues sont parallèles à la baie du Sud; on remarque surtout la rue Catherine qui partant de la pointe sud de la ville se dirige vers un grand embarcadère en arrière du fort Nicolas. ,
Les principaux édifices sont la cathédrale, les églises Saint-Pierre et Saint-Paul. Stuulr-Pierre et Suint-Xicnlas, la bibliothèque, le théâtre* différents palais, H la maison d’école pour Les filles des ma-
rins <U> la ville; celle maison, située dans la partie la plus élevée île Sébastopol, était généralement désignée, pendant le siège, sous le nom de maison rerie, à cause de son toit de télé peint en vert.
Le faubourg Karabelnava, aussi étendu que la ville à laquelle il t*~»t ' relié par un pont de radeaux, était beaucoup moins peuplé. Il renfermait les docks, les beaux magasins de la marine situés le long d’un large quai qui borde à l'est la baie Karabelnava, de magnifiques casernes et l'église Saint-Michel.
En créant l'établissement de Sébastopol, le gouvernement russe ne se préoccupait pas d’une descente en Crimée, peu probable de la part des Turcs, mais il craignait, du côté de la mer, un bumbarde- - ment qui pouvait détruire la flolte et l’arsenal. Aussi avait-il mis tous ses soins à fortifier Sébastopol du Cété de la mer par un ensemble de travaux considérables destinés à défendre l'entrée du port et à tenir éloignés les vaisseaux ennemis. Du cété de (erre, au contraire, fis défenses projetées n'avaient reçu qu'un commencement d'exécution qui ne suffisait même pas pour mettre partout la place J» Cabri d'une attaque de vive force. Voici quel était l'élat des défenses de Sébastopol au commencement du siège.-
A rentrée du grand port on trouvait sur la rive nord le fort Constantin, consistant en lin grand bâtiment casemate, à deux élagis de feux, surmonté d'une plate-forme avec batterie à barbrlie. Ce fort én fer à cheval, qui occupe la partie la plus avancée du cap et qui bat très-bien les approches, l’entrée et l'intérieur du port, a 110 embrasures. Ses feux se croisent avec ceux du fort Alexandre, situé sur un cap qui lui fait face dans la partie méridionale du port, et même avec ceux du fort de la quarantaine (batterie n* 10) armé dé 00 canons, qui occupe la pointe à l est de la baie de la quarantaine et du grand port. Le fort Alexandre, à deux étages dé casemates avec une batterie à barbelte sur sa plate-forme, est d'une construction analogue à celle du fort Constantin; il renferme quatre-vingt-dix pièces d’ar-
tillerie. La batterie de la quarantaine est en terre, et elle est disposée pour recevoir cinquante pièces. A environ 1,100 mètres de l’entrée du port se trouvent deux nouveaux forts en regard l'un de l’autre : sur la rive nord c'est le fort Michel, casemate comme les forts Alexandre et Constantin, et renfermant quatre-vingt-dix bouches à feu dont quelques-unes enfdeul là baie do Sud: sur la rive sud, le fort X tentas, immense construction de près de 500 mètres de longueur, également à deux étages de casemates avec plate-forme supérieure , établie sur le rivage entre la baie de l’artillerie et le port militaire (Voir PI. VI}. Ce dernier fort qui, avec quelques batteries basses placées sur son prolongement, contient deux cents pièces, forme avec le fort Michel une seconde ligne de défense, et, comme lui, dirige une partie de ses feux vers l’intérieur du port. A l’extrémité du cap Paul, de l’autre côté de la baie du Sud, se trouve le fort Paul armé de quatre-vingt-quatre pièces, lequel défend l’entrée du port militaire, et de la baie des vaisseaux, enfile tout ce port et croise ses feux avec ceux de la batterie n * 4 située sur la rive nord du grand port. En outre, sur le sommet de la falaise qui se trouve au nord du fort Constantin, le* Russes avaient construit une tour mnxiinilienne, dite tour Yotokhnff, surmontée d'un télégraphe.
D’après une statistique dressée au mois de janvier 1851, l’armement des forts et batteries défendant le port de Sébastopol ne comprenait pas moins de 719 bouches à feu. De plus, l’entrée du port était fermée par des chaînes et des eslacades, en arrière desquelles se trouvait une ligne de vaisseaux:
Quant à la défense de, Sébastopol du coté <le terri* , elle était fort incomplète, ainsi qu’il a déjà été dit, surtout pour la partie située au sud du port. Nous allons en donner une idée en commençant par le nord. . -
- Le port de Sébastopol est protégé contre les vents du nord par un plateau élevé que terminent, du cédé du large, des falaises escar-
pées, taudis que vers te sud le terrain présente tfes pentes accessibles et des contreforts au pied desquels se trouvent le fort Constantin, le fort Michel et une partie des batteries qui défendent le grand port. Une armée assiégeante qui occuperait le plateau du nord dominerait tous ces ouvrages, plongerait par son artillerie dans le port et rendrait la ville inhabitable en enfilant les ravins du sud qui viennent déboucher dans la mer. Le fort du Nord qui occupe le plateau est donc la clef de toutes les défenses élevées au nord du port de Sébastopol. Ce fort est composé de quatre petits bastions réunis par de longues courtines brisées vers l’extérieur, ce qui lui donne à peu prés la forme d’un octogone régulier de 270 mètres de côté. Ses escarpes sont revêtues, mais ont peu de hauteur; un cavalier, appuyé sur les deux courtines adjacentes au bastion du sud, forme un petit retranchement intérieur, et en avant de ce bastion se trouve une lunette qui est le seul ouvrage extérieur du fort. Pendant la durée du siège, les Russes élevèrent sur la rive septentrionale du port plusieurs ouvrages qui sont indiqués sur la planche II ; l'artillerie de ces ouvrages gêna souvent la droite de nos attaques. Après la prise de la ville, erie en rendit l'occupation fort incommode.
Le faubourg Karabelnaya n'était défendu que par quelques ouvrages établis sur les points culminants. Le premier de ces ouvrages était un réduit en maçonnerie ayant ta forme d’une croix, voûté, armé d’artillerie et crénelé; il était situé à peu de distance du port entre le ravin OuchakofT et celui du carénage. Des ouvrages en terre ont plus tard enveloppé celle construction une grande batterie a été placée un peu phis à l'est, et l'ensemble de ces défenses a été nommé baslion n° 1 chez les Russes, et batterie de la pointe chez les Français.
A deux cents mètres au sud du poste en maçonnerie se trouvaient une maison crénelée et, à trois cents mètres au sud de cette maison, un redan armé de huit pièces qui a pris plus tard ira grand développement. C’était le basiinu if' 2 des Russes, qui' a été appelé chez les
alliés petit redan, par opposition au grand redan attaqué par les Anglais et dont il va être question plus loin. . •
L'ouvrage principal qui couvrait les approches du faubourg était une tour demi-circulaire à deux étages dite tour Malakoff, du nom du mamelon sur lequel on l'avait construite. Elle était couverte par un parapet circulaire précédé d'un fossé. Le mamelon (kourgiian) Malakoff domine tout le faubourg; de lit on plonge sur le port du Sud et on prend des revers sur les défenses qui ont été ajoutées plus tard au faubourg. En avant et à six cents mètres du mamelon Malakoff se trouve, toujours entre le ravin Karabelnaya et le ravin du carénage, un second mamelon qui domine un peu le premier et qui a joué un grand rôle dans le siège. Les Français font appelé mamelon vert O. Lorsque les alliés sont arrivés devant la place, il était occupé par des avant-postes russes, mais on n’y avait élevé aucun ouvrage défensif.
Entre le ravin Karabelnaya et celui du laboratoire, sur un plateau élevé, mais dominé par le mamelon Malakoff qui eu est éloigné de mille mètres, se trouvait. un redan armé de quinze ou vingt pièces. Cet ouvrage, nommé bastion n“ 3 par les Russes, a été appelé par les alliés mfcm des Anglais ou grand redan.
Enfin à l'oUfest et à six cents mètres du grand redan se trouvait sur le sommet de l'escarpement qui forme la berge droite du fond du port militaire une batterie armée de six pièces, qui a été nommée batterie des casernes, à cause des bâtiments occupés par la garnison qui se trouvaient en arrière. C'est la batterie Nikonoff des Russes.
Les ouvrages dont nous venons de parler et qui ont pris un peu plus tard un grand développement étaient isolés ou tout au plus reliés
W Dans leurs rapports les Dusses' désignent sous le nom de mamelon vert celui iflii est • situe eu avant du fond du port du Sud, entre le grand ravin des Anglais et lo ravin du laboratoire (Voir auv pièces justificatives, »N"2, le tableau comparatif des noms russes et de. ceux donnes par ks allies aux ouvrages, ravins, etc.).
entre eux par quelques tranchées. Le faubourg Karabelnaya était donc exposé à être enlevé de vive force i mais en y pénétrant, on eût été en prise aux feux de la flotte, et l’armée russe y tenait une bonne partie de ses forces.
Les défenses de la \ille étaient plus avancé»». Sur le plateau situé entre le rav in du fond du port cl le ravin de la ville, se trouvait un redan isolé, armé de huit ou dix pièces; cet ouvragé, qui portait un mât fort élevé du haut duquel une vedette observait les premiers travaux du siège, fut nommé par les Français bastion du mdl. Cesl le bastion n‘ i des Russes.
I n peu plus à l’ouest sur le plateau compris outre le ravin de la ville et celui de la quarantaine, il y avait un poste en maçonnerie, bâti en croix, voûté et crénelé, ayant quelques pièces sur sa terrasse; Tes Russes travaillaient à couvrir ce réduit par un redan dont la construction était assez avancée ponr qu’il fût déjà armé de cinq ou siv pièces. Cet ouv rage, nommé bastion central par les Français, était le bastion n° 5 des Russes. Il n'était alors relié au bastion du mût que par quelques tranchées, mais à sa gauche se trouvait une petite redoute (la redoute Schwartz } destinée à battre le ravin de la ville.
À mille mètres plus au nord, toujours sur le bord du Tarin de 1a quarantaine, se trouvait le bastion n' G des Russes que les Français ont nommé bastion de ta quarantaine. Los bastions n" 5 et <5 étaient réunis par un mur crénelé de peu d'épaisseur affectant la forme bastionnéc, et vu jusqu’au pied. Ce mur se prolongeait au nord du bastion n° G, qu’il reliait à la batterie n° 8. Ce dernier ouvrage, appelé par les Français fort de l'artillerie, était fermé à la gorge par un mur et par des bâtiments percés de créneaux; U formait un réduit sur lequel venait s'appuyer l'enceinte crénelée.
Nous ferons remarquer que le fort et Ja baie de fa quarantaine, ainsi que le fort Alexandre, plaçaient la partie nord de l’enceinte dans un rentrant à.peii près inaccessible.
'Ainsi que nous l avons dit plus tout, l'armée anglo-français de?- lard.® de, »\uè> >ur
Sébasloi*<»l.
• barqua en Crimée du 14 au 17 septembre 185 i. Le 10 elle se mit eu
, marche sur Sébastopol, en suivant Une direction parallèle au rivage.
L'armée française marchait en losange, la pointe en avant; la première division (Canrobert) était en tête, la quatrième (Forey) en queue, la deuxième (Bosquet) à droite, et la troisième (Napoléon) à gauche. Le flanc droit de l'armée appuyé à la mer était protégé par la flotte qui sc maintint h même hauteur. L'armée anglaise marchait . . . sur le flanc gauche des Français et un peu en arrière; sa gauche était (
éclairée par la cavalerie légère, qui seule avait pu être débarquée.
L’armée arriva à midi sur le Boulganak dont elle traversa le Ht desséché pour établir son bivouac sur les hauteurs de la rive gauche. • l)e là on apercevait tout le terrain qui s’étend en ponte douce jusqu'à , i'Alma et même les positions des Busses sur les hauteurs dominantes de la rive gauche de cette rivière. Dans l'après-midi la cavalerie anglaise s’avança avec une batterie d'arliUcric légère contre un corps de cosaques et de dragons russes qui menaçait le flanc gauche de l’armée; une batterie à cheval française fut envoyée soutenir le flauc droit de la cavalerie anglaise. Mais après l'échange de quelques obus, les cavalier» russes se replièrent derrière l’Alma. . • • •
Les grand’gardes poussées assez loin se couvrirent à la nuit tombanle par un léger épaulemont. ■ : a -
L’armée russe forte, d'après les rapports de son général en chef le prince Metischikolf, de 42 bataillons, 1(> escadrons et 84 pièces d'artillerie, avait pris position sur la rive gauche de l'Alma. Le lit de cette rivière est, près de son embouchure, sinueux et encaissé; les gués sont rares et difficiles. Les pentes de la berge gauche sont fort escarpées et ravinées, surtout depuis le village de Bourliouk qui est traversé par la route de Sébastopol, jusqu'à la mer. Le centre de l'armée " russe était formé sur le sommet des hauteurs qui dominent le village; pour échapper à faction des flottes, la gauche u’arrivail que jusqu à • ’ ’ t ’
deux kilomètre» environ du bord de la mer, derrière le village d'AImatamak ; d'ailleurs les Russes regardaient comme infranchissables pour une armée les pentes opposées k la droite française. Le village deBourliouk, les jardins et les vergers qui l'entourent, étaient occupés par de nombreux tirailleurs qui devaient en défendre l'approche sous la protection de fortes batteries. La droite russe, moins bien couverte, était protégée par des batteries et par une cavalerie beaucoup plus nombreuse que celle des Anglais. L une de ces batteries, de douze pièces, balayait le débouché du pont de l’Alma; une autre, établie un peu plus en amont, était couverte par un épaulement.
Après quarante ans de paix deux années européennes allaient se mesurer : les Russes occupant une position formidable dans leur propre pays avec une forteresse derrière eux : les Français et les Anglais à mille lieues de leur patrie n'ayant pour tout appui qu’une flotte impuissante à les protéger en ras de revers.
* i.viuw. Le 30 septembre, à six heures du matin, la division Bosquet, renforcée de huit bataillons turcs, se mit en marche pour tourna- la gauche des Russes. Franchissant les pentes que ceux-ci avaient jugées inaccessibles, elle parvint à couronner vers midi les hauteurs qui domineut i embouchure de l'Alma. A ce moment la division du général Canrobert et celle du prince Napoléon attaquerait de front, et malgré tous les efforts de l’ennemi elles parvinrent à franchir la rivière par un gué un peu en aval de Bourliouk, et k gravir les hauteurs opposées. Ces trois divisions, soutenues par la division de réserve du général Forey, forcèrent la gauche et ie centre de l’armée russe. Les Anglais, foudroyés par des pièces de gros calibre et ayant devant eux des forces considérables, lurent arrêtés un moment; mais bientôt, cédant sur la droite comme sur tout le Teste de la ligne, les Russes abandonnèrent le champ de bataille qu'ils laissèrent jonché de morts et de blessés. Si cette journée n’eut pas pour eux les suite*
ftinesles qu'enlratne lino défaite, r’esl qu’on manqua <le cavalerie pour les poursuite. * . -• . .
La journée du 20 septembre fui glorieuse pour l’armée des alliés qui venait de prendre une supériorité incontestable sur celle des Russes. L’effectif des troupes françaises présentes à la bataille était de 27,fi00 hommes et 62 bouches à feu'1). Les Anglais avaient environ 21,000 hommes et 50 bouches à feu. En ÿ joignant 6,000 Turcs, les alliés avaient donc sur le champ de bataille environ 55,000 hommes et 112 bouches à feu avec une très-faible cavalerie. Un millier de chevaux anglais n’ont même pu passer l’Alma à temps pour coopérer au succès de la journée. D’après des évaluations approximatives, les Russes devaient avoir environ 50,000 hommes, dont 5 à 6,000 de cavalerie. L'armée russe s’était établie dans une trèsforte position , et il avait suffi de quelques heures pour lui enlever le champ de bataille de l'Alma qu’elle avait pu préparer de longue main.
Le prince Mensehikoff évalue ses perles à 1,762 tués et 2,720 blessés, en tout 4, 182 hommes hors de combat. La perle des alliés fut, d’après les relevés officiels, de 3,314 hommes hors de combat : les Français eurent 138 tués dont 6 officiers, 1,199 blessés dont 59 officiers parmi lesquels le général Canrobert, 2 disparus et 33 chevaux tués ou blessés; les Anglais, 1,975 hommes hors de combat dont 98 officiers.
Les journées des 21 et 22 furent employées à relever les blessés et à enterrer les morts. ’
Le 23, l’armée avant pris des vivres pour cinq jours, se remit en u« »iw« ™nsnwr,i marche, et sans aucune opposition de l’ennemi elle traversa la Kat- "‘i*1 cha au village de Mamatcha! et Vint bivouaquer sur les hauteurs de
a) ‘Voir jmViT. justificative*. S* a. *.* • •
la rive gauche <le cette rivière. Il résultait «lu rapport des déserteurs que l'armée russe était rentrée en désordre dans Sébastopol , et qu’elle était trop affaiblie ou trop démoralisée pour livrer une seconde bataille.
On apprenait en même temps que pour rendre le port inaccessible à nos flottes les Russes venaient d’en fermer l’entrée en couT lant cinq vaisseaux et deux frégates entre les forts Alexandre et Constantin. A ce moment la flotte russe de la mer Noire, qui s’ était tenue renfermée dans le port de Sébastopol, se composait de 10 vaisseaux, (» frégates, 5 corvettes, 7 bricks ou bâtiments de rang inférieur, 12 bateaux à vapeur de différentes grandeurs et CO chaloupes canonnières. La résolution extrême que venait de prendre le prince Menschikuff annonçait que la bataille de l’Alma avait jeté les Russes dans une grande détresse, mais elle avait pour conséquence immédiate d’empêcher les flottes alliées de concourir, par une menace sur le port, à l'attaque du fort du Nord; tous les renseignements s’accordant un outre pour faire penser que la ville était incomplètement fortifiée du côté du sud, on jugea qu'il y aurait avantage à porter les attaques de ce côté. Les généraux en chef avaient encore d’autres puissants motifs pour passer an sud de la place : leur armée était alimentée par les flottes, et celles-ci ne pouvaient trouver aucub abri entre Eupatoria et Sébastopol; dans la Kher&onèse, au contraire, il existe plusieurs baies dont on espérait pouvoir profiter et on connaissait comme très-sur le petit port de Balaclava. R fut donc décidé, que, quittant les positions du nord, on contournerait la place hors de la portée de son canon pour se mettre en rapport avec les flottes par le sud. Le prince Menscbikoff de son côté avait de bien grandes préoccupations à l'égard de sa ligne d’opérations, car si les alliés s’établissaient au nord de la place sur la rive gauche du Belbek, ils coupaient toutes ses communications avec Baktehi- Saraï, Simpbérqpol et l’intérieur de la Crimée, d’uù il tirait ses ap-
provisionnements. Ainsi au 23 septembre char uni* des deux armée* avait sa base d’opérations coupée par Vautre, et allait chercher a reprendre sa position naturelle par un double mouvement, les alliés qui faisaient face au sud voulant faire face au nord, et les Russes qui faisaient face au nord voulant faire face au sud. • ,
Le 24, l’armée des alliés traversa le Belbek. L’existence de quelques batteries russes en avant du fort Constantin empêcha de profiter du pont qui se trouve près de l’embouchure de la rivière et força l'armée à appuyer à gauche et à faire passer les voitures et la cavalerie par le village d’Ortoukaï. L’infanterie trouva quelques gués . assez mauvais. Le passage du Belbek fut pénible et long, et le bivouac ne put être complètement établi qu’à la nuit. Les alliés se trouvaient alors sur la roule de Sébastopol à Batkcbi-Saraï, et pour gagner celle de Balaclava il fallait s’avancer vers le sud-est à travers une épaisse forêt sans autre guide que la boussole. L’armée anglaise marchait en tète et parv int le 25 à la ferme de Mackenzie qui se trouve sur la route de Baktchi-Saraï à Balada va, au sommet des hauteurs qui dominent la vallée de la Tchernaya. En ce moment l'armée anglaise vit à peu de distance l’arrière-garde de l’ar- - méo russe qui, de son côté, ayant quitté Sébastopol le 2i an soir, venait de passer à la ferme Mackenzie se dirigeant vers Baktchi- Saraï. Après un court engagement qui mit le désordre dans l'arrièregarde russe et lui enleva ses bagages, les deux armées, poursuixanl chacune sou but, continuèrent celte double marebe de flanc qui les aurait jetées l’une sur l’autre si les Anglais avaient eu un peu plus d’avance. Des deux côtés on s'attribua le mérite d’un mouvement habile, mais si le prince Menschikoif venait de regagner sa base d’opérations et ses magasins, il abandonnait avec la majeure partie de ses forces une place dont les défenses étaient encore trop incomplètes du côté du sud pour qu elle, ne fût pas exposée à être enlevée de vive force. Quant aux alliés, ils allaient trouver à Balaclava el
dans les haies do la Khersonése une bas*' d'opérations désormais assurée, mais en abandonnant complètement les hauteurs de Mackenzie si difficiles à reprendre par une attaque faite du cAté du sud, ils laissaient au prince MenschikolT la faculté de se remettre en communication avec une garnison nécessairement découragée, de l'augmenter, de la renom eler au besoin, de lui fournir sans cesse des vivres et des munitions. En un mot, les allié-s renonçaient à tenir la place investie; or sans l’investissement et surtout lorsqu’une armée de secours communique librement avec la garnison, un siège présente îles difficultés presqu’insurmonlables.
Les troupes anglaises campèrent, ht 25 au soir, sur les rives de la Tchemaya. A Balaelava elles ne rencontrèrent pas une résista ne*; sérieuse : la petite garnison du fort génois se rendit. L’armée fraiera ise suivait les Anglais; mais son chef, affaibli par une maladie cruelle contre laquelle il avait lutté avoc un courage héroïque, ne put la conduire jusqu'à Balactava. Le 26, au bivouac de la Tcbernaya, le maréchal de Saint-Arnaud fit ses adieux à l’armée et remit le commandement en chef au général Canrobert, Le 29 septembre, le maréchal fut transporté mourant à bord du BerlhoUel, où il expira dans l’après-midi, laissant un nom illustré par une belle victoire.
Le maréchal de Saint-Arnaud succombait à ses souffrances au montent où les alliés avaient à prendre une résolution qui pouvait décider du sort de la campagne. Devait-on tenter d'enlever Sébastopol par une attaque de vive force, ou, au contraire, passer par toutes les lenteurs d’un siège? - •
Tenter d’enlever de vive force une ville déjà en partie fortifiée, dont les rues pouvaient être barricadées et dans lesquelles lits défenseurs seraient soutenus par le feu des vaisseaux, c’était, en cas d’échec, risquer le sabil de l’armée alliée.
" D’un autre cAté, puisque les Russes venaient de couler une partie de leurs vaisseaux pour mettre une barrière infranchissable entre leur
flotle et celle des alliés, c’est qu'ils allaient tout sacrilier à la défense du côté de terre. Quatorze ou quinze mille matelots , excellents canonniers, allaient quitter leurs vaisseaux pour passer à la défense de la ville. Les communications étant désormais libres vers le nord, l’armée russe tout entière devenait la garnison de Sébastopol ; il faudrait donc attaquer cette armée sous l'appui quelle allait tirer des fortitlcations d’une grande place admirablement située, et d'une immense artillerie pouvant réparer immédiatement ses pertes dans les approvisionnements d'un vaste arsenal maritime. Sans doute puisque la flotte russe abdiquait son rèle, celle des alliés pouvait aussi mettre une partie de ses ressources à la disposition de l'armée de terre; mais alors le siège prenait des proportions tout à fait imprévues.
Pour utiliser de si grands moyens le temps devenait un élément nécessaire, et dans cette lutte singulière, entreprise à mille lieues des arsenaux de la France et de l'Angleterre, les alliés n'ayant sur place qu'un matériel et des approvisionnements très-limités, tandis que les Russes avaient tout sous la maiu, il était à craindre que les travaux de la défense prissent toujours l’avance sur ceux de l'attaque.
Ajoutons que du cèté des Russes il n’y avait qu'un chef et qu'il y en avait trois du cèté des alliés. Si une résolution prompte est toujours difficile dans des circonstances si grav es, elle devient impossible dans un conseil de plusieurs chefs. On pensa prendre le parti de la prudence en disposant tout pour une attaque régulière. Ce moyen, qui n’était pas le plus prompt, pouvait même n’ètre pas le plus sûr, mais s’il a grandi hors de toute attente les proportions de la lutte engagée sous les murs de Sébastopol, on ne saurait le regretter aujourd’hui qu elle a jeté tant d’éclat sur nos armes.
L'armée anglaise, qui marchait en tète; avant pris possession du l» ■ «•Uiuua •
ikvaül Sob«siti|"»1 .
port de Balaclava, les Français furent naturellement portés à monter sur le plateau de Khersonèse, dont une première reconnaissance lût faite, le 27 septembre, par deux divisions françaises et deux divisions
anglaises. L'armé; française se rapprochait ainsi de la place et des baies de Kamiesch et de Kasalch qui ont offert à la flotte uu excellent port, assurant en tout temps l'approvisionnement de l'armée. Les Français qui, lors de la bataille de l'Alma , tenaient la droite, avaient ainsi passé à la gauche des attaques contre la place.
Le 1" octobre, l'armée française fut partagée en corps de sirge et en corps d'observation. Le premier, aux ordres du général de division Forey, était compost1 des troisième et quatrième divisions d’infanterie, des deux batteries montées de la réserve, et de la majeure partie des officiers et des troupes de l'artillerie et du génie attachés aux autres divisions. Le lieutenant-colonel d' état-major itaoull fut nommé major de tranchée. Les colonels Lebœuf et Tripier reçurent . le commandement de l'artillerie et du génie^. Pour le service spécial de leur arme iis étaient sous les ordres des généraux Thiry et Bizot, commandant l'artillerie et le génie de l'armée et ne relevant que du général en chef. Le corps d’observation, commandé par le général de division Bosquet, était composé des première et deuxième divisions d’infanterie et des deux batteries d'artillerie h cheval de la réserve.
Les deux dixisions formant le corps de siège s ciaient portées sur * le plateau de Kliersonèse dès le SK) septembre, et le lendemain, elles y établirent leur camp vis-à-vis de la ville proprement dite, depuis le fond de la baie de Strélitzka jusqu'au grand ravin qui se trouve dans le prolongement du port du Sud. Le corps d'observation campa sur les hauteurs qui dominent la plaine de Baiaclava et la vallée de la Tchernaya. Ce corps avait pour mission de repousser les attaques pouvant venir par celle vallée et de prêter au besoin assistance à l’armée anglaise. Le grand quartier général et les parcs de l’artillerie
'«■ \\Mf aux |»tcéCh ju.'iilltèâltu-, V I, U du cui’|n* iH» gcuic.
et du génie furent placés derrière la droite du corps de siège. La division turque, forte de huit bataillons et campée entre le corps de siège et le corps d'observation, sous les ordres directs du général en chef, se tenait prête, selon les circonstances, à servir d'aide à l'un ou à l'autre. . .
L'armée anglaise s'établit le 2 octobre à la suite du corps de siège français; elle appuyait sa gauche au grand ravin du port du Sud, qui la séparait des Français, et sa droite aux escarpements d’Inkermann.
l,a div ision Kngland formait l'aile gauche et la div ision Lacy-Evans l'aile droite; le centre était composé des divisions du général Calhcarl et du duc de Cambridge, ayant en avant d'elles la division légère George Brown, et en arriére les grands parcs de l'artillerie et du génie et un détachement de cavalerie.
Lés premières reconnaissances ayant fait voir que Sébastopol était défendu par un armement considérable pris en partie sur la Hotte russe, les alliés puisèrent également des ressources dans leurs marines. La Hotte française mit à terre trente bouches à feu et mille marins qui, sous les ordres du capitaine de vaisseau Rigault de Gcuouilly, prirent une part glorieuse aux opérations du siège jusqu a la chute de la place.
Les Russes se voyant ntenacés d'une attaque par terre s'eflbreérenl d'élever à la hâte les ouvrages qui pouvaient mettre Sébastopol à l'abri d'un coup de main et obliger les alliés à passer par les lenteurs d’une attaque régulière. Lorsque l'armée des alliés arriva devant la place, les Russes travaillaient déjà sur tout le dév eloppement de son enceinte. Leurs premiers travaux consistèrent, du côté de la ville, à renforcer la courtine en crémaillère reliant le bastion central aq bastion du niât à travers le ravin de la v ille, à perfectionner sur la gaucho du bastion cèntral les abords de cette courtine, à relier le bastion du niât au fond du ravin du laboratoire, et à placer une
ligne d'abalis en avant des parties faibles de cette enceinte. Du cèlé du faubourg ils renforcèrent en les agrandissant les ouvrages en terre des bastions n“ 1, 2 et 3, ainsi qiie ceux du mamelon Malakoff, et les protégèrent aussi par des abatis.
Pouvant toujours disposer d'un très-grand nombre de travailleurs qui étaient fournis et renouvelés par l’armée de secours, les Russes n’ont pas cessé, pendant toute la durée du siège, de perfectionner et d'augmenter les défenses de la place; le développement de sa vaste enceinte ne suffisant pas pour placer l’immense quantité de bouches à feu dont ils pouvaient disposer, on les voyait étager des batteries pour doubler et souvent tripler leur ligne de feux. C’est ainsi que, sous l’appui d’un armement sans exemple qui s'augmentait plus rapidement encore que celui d<*s assiégeants, les défenses de Sébastopol sont arrivées, k la dernière époque du siège, au point qu’indiqoent les planches If, 111, IV,' V, VI et VII. Vous allons en J donner une description rapide, en commençant par celles du faubourg Karabelnava.
DMoipfoa a» f»rti- Les deux faces de la batterie de la pointe (bastion n* I) élevées en
firj lions <t« Sébj&Upol
• n iin »»»». avant de la maison en croix , sont armées de treize pièces, et l'espèce de flanc brisé faisant suite à la face gauche est percé de onze embrasures. Ce flanc est relié à la baie du carénage, située à quarante mètres plus bas, par un parapet à ressauts successifs auxquels . il a fallu donner une très-grande hauteur pour dédier les terre-pleins des feux plongeants v enant des hauteurs du carénage, notamment dé la batterie dite du 2 Mai. Le parapet des ressauts est organisé pour la défense par la mousqueterie; on y avait placé en outre deux petites pièces d'artillerie. La batterie de la pointe et la courtine qui la relie au bastion n" 2 sont précédées d'un fossé, creusé dans le roc, de 5 à G mètres de largeur et de 1*50 à 2" 50 de profondeur. La demicourtine de gauche du front 1-2 est reliée à la demi-eourtme de droite qui est un peu rentrée, par un liane armé de cinq pièces, t'ii
ancien mur parlant de ce Oanc s'étend parallèlement à ta courtine jusqu’au delà de la maison en croix, et son extrémité est reliée par un épaulement à celle de la face gauche du bastion n" 1, de manière à former arec les parapets de ce bastion et la demi-courtine un espace fermé dont la maison en croix est le réduit ; dans cet espace on est protégé contre les projectiles de t’attaque par de nombreuses traverses dont quelques-unes ont jusqu’à six gabions de hauteur. Plusieurs batteries isolées, établies en arrière de l’enceinte sur la croupe, qui se trouve à la rencontre de la baie du carénage et du grand port, sont destinées à agir sur le plateau du carénage ou à s’opposer à une tentative de pénétrer dans la place en tournant, le long de lu baie, les défenses de la pointe. De nombreuses tranchées formaient des communications couvertes en arrière de cette dernière partie de la fortification.
La courtine reliant les bastions a“ i et 2 étant trop retirée pour voir les pentes qui tombent sur la baie du carénage, une espèce de chemin couvert avait été. établi en avant, au sommet même de ces pentes. Enfin une triple ligne de Irons de loup, creusés entre le bastion n* 2 et la baie du carénage, défendait l’abord des ouvrages de la pointe, dont quelques parties étaient oucore précédées de planches enterrées et armées de longs, clous formant cliausse-üapes. Cette accumulation de précautions prises par les Russes a rendu (rès-forle toute celte, partie de l'enceinte qui était primitivement exposée à être tournée par les pentes du ravin du carénage que la place ne peut voir directement.
Le bastion a" 2 (petit redan) se compose de deux faces réunies par un pan coupé de même longueur qu'elles, et de deux flancs. Le pan coupé est percé de trois embrasures, la face droite en a cinq cl le flanc droit quatre. La gorge est fermée par un retranchement percé de plusieurs embrasures tournées vers l’intérieur de la place. Des abris et des traverses protègent les défenseurs du bastion. Le fossé
— art —
<ln pi“til redan, qui n’a que quatre mètres de largeur devant ta Tare et le flanc gauche, a sept mètres de largeur et environ deux mètres de profondeur devant la face droite opposée à nos attaques. Deux pièces du retranchement de la gorge voient le fossé du flanc gauche; une. autre pièce enflle te fossé du flanc droit.
Le bastion n“ 2 est relié à l'ouvrage Malakoff par une courtine' brisée dont le tracé est fort défectueux. La direction de la demicourtine attenante au bastion n' 2 vient licher très-obliquement vers l'extrémité du flanc droit de ce bastion, de sorte que le fossé de la courtine dépourvu de flanquement par l'artillerie, n'esl que très-imparfaitement battu parla inousqueterieW.
La brisure de la courtine est armée de quatre pièces formant la botter if Srhmidl des Russes, l'n passage, défendu par une pièce, existe non loin de la batterie. Quatorze embrasures sont percées sur la demi-courtine de droite. Le fossé de la courtine,' creusé dans le roc, a peu de profondeur depuis le bastion n* 2 jusqu'il la batterie Schmidt; il est interrompu jusqu'au passage et reprend ensuite jusqu'à l'ouvrage Malakoff; dans cette dernière partie il a une largeur de -t mètres et sa profondeur varie de !*50à2“50 (PI. VII, profils abrd, rf). Les abords de la courtine sont couverts par trois lignes de trous de loup |>arallèles entre elles et espacées de trois à quatre mètres; chaque ligne est formée par un triple rang de trous de loup, l ue quatrième ligne, en arrière des autres, couvre la batterie Schmidt, Enfin une ligne de chevaux de frise vient encore protéger la partie de courtine qui n'a pas de fossé.
Le bastion Korntloff, tète de la grande redoute que les Russes ont construite sur le mamelon .Malakoff, se compose de deux flancs
W C’esl ce defaut «bus le tracé de b courtine qui, ;i l'assaut du H septembre H££»> a permis & nos troupes de se maintenir le Ion» du parapet, qtioiipic I ennemi eftl reprit» le bastion n® 2. • ; ’ • * ‘ .
réunis par le parapet arrondi élevé dès les premiers temps du siège pour couvrir la tour MalakoIT. Le flanc gauche est percé de six embrasures, le flanc droit de cinq, et la partie arrondie de trois. Hans la partie antérieure le fossé du bastion n'a pas moins de sept mètres de largeur sur quatre mètres de profondeur, et le relief de la crête au-dessus du fond du fossé est d'environ dix mètres.
La grande redoute construite en arrière de la tour MalakoIT est partout entourée de fossés, et ses parapets sont percés de quarante et une embrasures, non compris celles du parapet qui fait partie de l'enceinte extérieure. La planche 111 et les détails de la planche Vil (plan, élévation et coupe de la tour MalakoIT, et profils ABC, EF, GH, KL, M.NO, PQ, RS, TC'V} font comprendre l'organisation intérieure de cet important ouvrage, véritable clef des défenses de la place, tant à cause de sa position dominante et des vues qu elle lui donnait sur le port, que par suite du tracé de la seconde enceinte du faubourg qui, comme la première, venait s'appuyer sur lui. A l’assaut du 8 septembre 1855, sa conquête a suffi pour faire abandonner aux Russes la ville aussi bien que le faubourg de Sébastopol. L’ouvrage MalakoIT est fermé a la gorge; on a craint sans doute que l’enceinte étant forcée à sa droite ou à sa gauche, il pùt être tourné. Mais si les Russes considéraient l’ouvrage MalakoIT comme un réduit, il y a lieu de s'étonner qu'ils ne l'aient pas rendu indépendant de l'enceinte extérieure au moyen d'une bonne coupure é). Les galeries de mines que les Russes ont creusées en avant du bastion KorniloiT ont été entreprises trop tard et n'ont pu jouer aucun rôle dans la défense. Ces coulremines « ouvrent dans la contrescarpe, et une galerie, passant sous le fossé, les met en communication directe avec l’ouvrage MalakoIT. Deux galeries, pratiquées l'une sous la tour
0) 0» verra qu'à l’assaut du 8 septembre la fermeture de la gorge de la redoute korwiloff a été fort utile ans Français pour *'y maintenir malgré tons les efforts des Russe».
Malakoff, l'antre sons l'extrémité du flanc droit du bastion Komiloff, permettent de communiquer de l'intérieur de ce bastion an fond du fossé (Voir PI. FIT, et PI. VII coupc ABC).
Pour suppléer au défaut de chemin couvert, les Russes avaient établi ilans la partie circulaire du fossé de l'ouvrage Malakoff une banquette en sacs à terre, qui leur permettait de tirer par-dessus la contrescarpe. Une ligne d'abatis protégeait en outre les abords de ce fossé.
L’amorce de courtine qui sé trouve à la droite de la partie arrontiie du bastion Korniloff et qui fait encore partie de In redoute est percée de cinq embrasures. A partir de là, l'enceinte affecte la forme d'an petit redan à saillant arrondi, armé de trois pièces, et relié par un parapet organisé pour la fusillade avec la batterie Gerrais, ouvrage important construit avec grand soin et percé de treize embrasures. Du parapet avec banquette d'infanterie relie ce dernier ouvrage à la berge du ravin Karahelnaya', à l'angle rentrant de ce parapet on a ouvert une embrasure, et un peu en arriére se trouve une batterie de six pièces.
Une autre batterie, également de six pièces, est établie de l’autre côté du ravin Karahelnaya. Quatre de ses pièces concourent avec celles de la première batterie pour défendre le ravin, p.t les deux pièces de gauche semblent destinées à la défense intérieure dans le cas où l'on serait parvenu à forcer l’enceinte entre le ravin et l’outrage Malakoff. Un parapet continu, qui longe la berge gauche du ravin, relie la batterie de six pièces dont nous venons fie parier avec ia grande batterie Haiidistcheff qui ne comprend pas moins de trentetrois embrasures. C.inq pièces sont en outre établies derrière deux petits épaulemeuts, eu arrière de la gauche de la batterie.
Le grand rednii . bastion n*3), ouvrage à grand relief avec fossés larges et profonds, est précédé d'une ligne d'abatis qui règne depuis le ravin Knrabeluaya jusqu’au ravin du- laboratoire: il est arme
de neuf pièces sur sa face «audio et de dix sur sa lace droite, sans compter quatre pièces qui se trouvent sur une espèce de double liane intérieur, à la droite de cct ouvrage. Le parapet qui part de l'extrémité de la face droite du redan a d'abord la direction convenable pour flanquer cette face au moyen de quatre pièces dont deux voient le fossé. Il se retourne ensuite pour longer la berge droite du ravin du laboratoire ; cette dernière partie, d'environ trois cents mètres de développement, est percée de dix embrasures. Une simple tranchée de peu de profondeur, précédée d’un mur en pierres sèches, continue à longer les escarpements du rav in jusqu’au-dessus du point où finit le port du Sud.
Eu arrière de cette première ligne on trouve deux grandes batteries formant, à proprement parler, la véritable enceinte de la place. La batterie Ouçova, reliée au flanc intérieur du bastion n* 3, est percée de vingt embrasure». Deux annexes de trois pièces chacune se trouvent entre cette batterie et la batterie Nikonoff [batterie des casernes des alliés) qui est armé*: de trente pièces, et dont l’extrémité droite se relie au mur en pierres sèches qui couronne l'escarpement. Au-dessous de la face droite de la batterie Nikonoff, les Russes ont établi dans les escarpements de la berge trois batteries, dont deux de trois pièces à mi-côte, et une de huit pièces au bord de la route Woronxoff ; quatre de ces dernières enfilent la route, tandis que les quatre autres voient le terrain bas qui se trouve en avant du fond du port. Plusieurs autres pièces sont encore établies le long de la route jusque près de sa jonction arec la grande batterie du fond du port dont il sera question plus bas.
La seconde enceinte, formée par les batteries Nikonoff et Ouçova, est prolongée parallèlement à la batterie Boudistcheff, depuis la batterie Ouçova jusqu’à l'angle sud-est du mur de clôture de l'hôpital, par des épaulements à intervalle pouvant couvrir des réserves et servant en même temps de communications. En arrière de cette seconde