‹ Siége et prise de Caen par les Anglais en 1417Chapitre 3 sur 15 · HENRY V · texte numérisé non relu

HENRY V

CE fut le 18 août , c'est-à-dire un ou deux jours après ces événemenls , que le roi arriva avec le gros de Tarmée sous les remparts de la ville. Clareoce lui avait préparé ses logis : il Talla recevoir à l'abbaye St.-Étienne, lui en ût les honneurs et l'installa dans le palais des ducs de Normandie. C'est là que, pendant la durée du siège , Henry V établit son quartier-général. Il plaça des vedettes sur les toits et dans les tours de l'église ; et plus d'une fois il alla lui-même étudier, du baut de cet observatoire, la situation de la place et les mouvements des assiégés ; il y ût même monter des canons pour éteindre les batteries de la ville et couvrir celle-ci de feux plongeants (l).

(I) « Gaudentem [Henricum] quod a leclis et turribus mouaslerii

Il distribua les forces qui devaient coucourir au siège en quinze corps et dans Tordre suivant : il se tint de sa personne , comme nous l'avons vu , à St. -Etienne , avec les troupes placées sous son commandement particulier (1). A sa droite, le comte de Warwick, sir John Gray, les comtes de Huntingdon et de Salisbury , et sir John Cornwayle s'échelonnaient , avec leurs corps respectifs , devant les Petits-Prés et dans la Grande- Prairie jusqu'à l'Orne. Au-delà de la rivière, le duc de Glocester et le comte de Pembroke occupaient le faubourg et la prairie de Vaucelles. Sur la gauche , le comte Maréchal , les sires de Maltravers, Gilbert Talbot, d'Umfréville, de Nevyl et de Willoughby enveloppaient les faubourgs de St. -Nicolas , St. -Martin , St. -Julien , bloquaient le château du côté de la campagne et donnaient la main au duc de Clarence. Celui-ci, établi à Ste.- Trinité et à St. -Gilles, fermait la ligne d'investissement. Tous ces corps communiquaient entre

valebat intueri qusecumque gerebanlur in villa, el illic figere vel locare gunnas, quas Galli canone» vocaot, quibus vaiidius villam infestare posset. 9 — Walsingham , p. 398.

(1) La chronique de Normandie place le logis du roi près de la porte Miiel , c'est-à-dire à Vaucelles : « si fut le roy logé devers la porte Milet 9. C'est une complète erreur. Outre le témoignage formel de l'Anonyme et de Walsingham, nous avons de nombreux actes, émanés de Henry V, pendant la durée du siège , et datés tous de Tabbaye St- Étiennp.

eux par des tranchées qui les abritaient du boulet ; vers la campagne , ils étaient défendus d'une surprise par des fossés profonds revêtus d'épines (I).

Pour assurer les communications de l'armée sur le haul et sur le bas de la rivière , le roi disposait d'un équipage de pont qu'il avait amené d'Angleterre, et dont le mécanisme, aussi simple qu'ingénieux , mérite une mention particulière. C'étaient des bateaux de cuir tanné et revêtu d'un enduit imperméable, qu'on pouvait plier et déplier à volonté. On les tendait sur des châssis de bois mobiles et légers. Us étaient ensuite fixés à quelque dislance les uns des autres et en travers de la rivière , au moyen d'amarres fortement attachées aux deux rives. Sur ces arches mobiles et aussi solides, nous dit l'Anonyme^ que les piliers d'un pont, on jetait un tablier formé de madriers, et l'on obtenait un appareil suffisant pour donner passage aux troupes et aux bêtes de somme : quelques heures suffisaient à l'établir. L'opération terminée , on démontait les châssis , on repliait les cuirs, et le tout, empaqueté et réduit à un petit volume , était transporlé sur quelques charrettes à la suite de l'armée (2).

(1) Anonyme, f». 35. — HoUinshed, p. 559. — Polydore Virgile, p. ^50.

(2) a Supplebant in hoc ponte, columnarum vices, quadrats navi-

— /il —

Tout ce que la vieille tactique , tout ce que Fart nouveau , né de Tiovention de la poudre , avaient imaginé de moyens d'attaque et de défense , fut mis en œuvre dans ce siège. Le roi , avec la puissante artillerie que ses vaisseaux lut avaient amenée, enveloppa la ville d'un cercle de batteries. Celles-ci étaient couvertes contre le canon et lés sorties des assiégés par des levées de terre et des fossés. Ij'une d'elles , destinée à battre l'île St. -Jean du côté des Jacobins, a laissé des traces signalées par de Bras au XVI% siècle, par Huet au XV1I% , et que l'on peut deviner encore aujourd'hui. Les canons qui les garnissaient étaient d'un tel calibre , qu'aux premières décharges, les vitraux du vieux St.- Étienne volèrent en éclats (1). Pointés horizontalement, ils faisaient de larges brèches aux murailles ; redressés suivant un certain angle, ils envoyaient dans la ville des boulets de fer ou de marbre d'un poids énorme, et qui, en retombant , écrasaient et renversaient des maisons en-

Gulae, de lignrculis ÎDVolutis corios frunito fabricatae.... Resoliilis ligniculorum compagibus in locum modicum de facili complicanlur ; sed artiûcis studio faciliter relig<itx, ad viros armiferos satis tute deferendum , ultra flumina sine naufragii discrimine disponuntur. » — Anonyme , ^•. 60 et 61. — On a expérimenté , en 1855, à St.-Cioud , un équipage de pont construit d'après un système analogue. Seulement, au lieu d'être en cuir, les bateaux étaient en caoulchouc. (1) « Fenestrx yitreae minutim confraclx. » Id. , (". 86, y*.

tières (1). Les Anglais lançaient aussi des espèces de bombes ou fusées , remplies de soufre et d'autres matières combustibles qui , s'enflammant en Tair, produisaient un feu inextinguible el allaient incendier les édifices que les boulets avaient démolis (2). En même temps des pièces plus légères , placées dans la tour centrale de Tabbaye St. -Etienne et sur les hauteurs de St. -Gilles, vomissant nuit et jour une grêle de balles de plomb, balayaient le rempart et tuaient un grand nombre d'habitants sur les places , dans les rues et jusque dans les maisons' (3).

Les assiégés, de leur côté, répondaient vigoureusement à Tennemi. S'ils n'avaient pas de ces canons monstrueux que nous voyons les Anglais

(1) « Pelrariag... que continue ponderosos lapides, cum horrisono tonitru ac si de ofBclis Inferni procédèrent , eroiltcntes , mole sua loca et domicilia ville ad terrain proslerncbant. • — Belig. de St.-Denys, I. XXXVIII, ci XII.

(3) * .... In concavilate sua stupas, sulfur et alia combustibilia continentes, qui, quociens contorquerentiir, ignem ineilingiiibilem generarent, ut sic, que priores demolieranl, flamma voraci valcrent consumere. • — Relig. de Sl.-Denys, liv. XXXVIII, c. xxix. — Ces projectiles paraissent avoir beaucoup d^analogie avec les fusées volantes dont I^empereur Napoléon III a signalé l'emploi à la date de 1Â32. OEuvres de Napoléon lU, t. IV, Histoire de Tarlillerie.

(3) a In abbatiis predictis maximum numerum instrumentorum obsidionalium locaverant, que.... die noctuque incessanter glandes plumbeas et omnia gênera missilium in urbem emittentes, quamplures ex habitatoribus repente intcrficiebant. » Relig. de St.-Denys, Ibid. ,

c XII.

— uz —

traîner avec eux dans tous les sièges , leur tir était plus rapide et plus juste. Les Français, les Normands surtout , faisaient usage , dans la première moitié de ce XV*. siècle , de pièces d'uue forme particulière. Celaient de longs fauconneaux, munis, près de la culasse , d'une chambre s'ouvrant au moyen d'une porte à charnière et dans laquelle on plaçait une boite cylindrique remplie de poudre. Les canonniers avaient un certain nombre de ces boîtes toutes chargées , que l'on remplaçait successivement avec une merveilleuse célérité (1). Peut-être les assiégés de Caen, comme firent l'année suivante ceux de Cherbourg , se servirent-ils de boulets de fer qu'on faisait rougir à la forge , et qui allaient porter l'incendie dans les logis et les travaux des assiégeants (2). Nous les voyons enfin employer , concurremment avec

(1) M. de Gerville, dans ses mémoires sur les anciens cbâleaux du département de la Manche, et M. Deville, dans son histoire des sires de Tancarville, ont parlé de celle espèce de canons qu'ils rapportent Tun et l'autre au commencement du XV*'. siècle. M. Deville a même donné le dessin d'une de ces curieuses machines (PI. III).

(2) On regarde généralement l'Invention des boulets rouges comme relativement récente. Le texte de notre Anonyme prouve que les Normands s'en servirent au siège de Cherbourg contre les Anglais : « Ipsi etiam inclusi massas ferreas rotundas , igneis candentes fervoribus , a saxinomiorum (les canons) faucibus studuerunt mittere, quibus mansiones Anglicoruni suis fossalis superedilae, in flammas fréquenter accens». • — Anonyme, f«. 5A, v°. — C'est donc à lort que les auteurs qui ont écrit sur la matière rapportent le premier emploi des boulets rouges au siège de Slralsund par l'électeur de Brandebourg , en 1676.

rartillcrie, les antiques balistes et catapultes qui lançaient sur Tennemi des flèches gigantesques et des quarliers de rochers.

Infatigables , malgré leur petit nombre et les vices de leur position dérensive , les assiégés ne quittaient point les murailles. Ils réparaient chaque nuit les brèches de la veille avec des pierres et des pièces de bois; ils faisaient de continuelles sorties, construisaient sous le canon de Tennemi des ouvrages pour amortir le choc des boulets, et creusaient des fossés qu'ils garnissaient de pieux aigus et de chausse-trape. Le roi d'Angleterre, de son côté, faisait déboucher des chemins couverts dans les fossés et jusqu'au pied des murs de la ville , et là se faisaient tous les jours de belles appertises d'armes (1). Mais toutes les attaques partielles qu'il avait tentées avaient été repoussées. Il eut alors recours à la mine , art dans lequel les Anglais excellaient. Il dirigea des galeries souterraines sous plusieurs parties des murailles, étayant celles-ci à mesure , afin de les faire tomber quand on mettrait le feu aux étais ; en même temps il faisait faire de fausses attaques sur d'autres points , afin de détourner l'attention des assiégés (2). Mais ceux-ci, plaçant sur

(1) Anonyme, f^. 36, v'.

(2) Polydore Virgile, p. /i50. — Holiinslied , p. 559.

leurs murailles des vases de verre remplis d*eau , devinaient , par le tremblotement du liquide , le travail souterrain de Tennemi (1) ; ils coulre-minaient alors , et , dans ces régions ténébreuses , engageaient des combats sans merci , au pic et à la hache.

On arriva ainsi jusqu'au commencement de septembre. Mais il était évident que la résistance aurait un terme. Partout les remparts offraient de larges brèches; dans l'intérieur on ne voyait que maisons renversées et noircies par l'incendie ; tout le quartier de la Porte-au-Berger avait été brûlé. L'église St. -Jean était labonrée par les boulets de Clarence, et la tour du moulin de St.- Pierre s'était écroulée. L'église du vieux St.- Étienne, adossée au mur même de la ville , avait cruellement souffert dans sa tour et dans ses voûtes, malgré les ménagements de Henry V, qui avait ordonné aux canonniers de respecter ce saint lieu , et qui plus tard le fit réparer à ses frais (2).

(1) « Per treroula vitra , aqua plena el in preambulis rourorum posita , ciiniculos subterraneos preparari senserunt. • — Rdig. de Sl.- Denys, 1. XXXVIII, c. xxix.

(2) Henry V fit commencer la réparation de l'édifice. Quelques années, plus tard, Henry VI, son fils, ou plutôt le duc de Bedforl, accorda, par ieltres-palenles, aux paroissiens une somme de 100 livres « pour la réparation de leur église, tombée en ruine et décadence , par les grosses bombardes qui avoient tombé sur icelle et effondré la voûte pendant le-

Cependant ce prince commençait à s'inquiéter de cette opiniâtre résistance. Si bien instruit qu'il fût de la Taiblesse et de la lenteur du gouvernement de Charles YI , qu'il amusait à ce moment même par des négociations dérisoires (l), il n'osait espérer qu'on laisserait tomber une place de cette importance , sans tenter quelque grand effort : il ne pouvait croire à tant de lâcheté. On annonçait de jour en jour l'approche d'une armée française , qui malheureusement n'existait pas. Il fallait la prévenir, soit par une capitulation, soit par une suprême et vigoureuse attaque.

Il envoya donc une dernière sommation à la ville et au château , exhortant les chefs à éviter l'effusion du sang chrétien (2) et à épargner aux habitants les horreurs d'une prise d'assaut ; car il avait , disait-il , la victoire dans sa main. Je croirais volontiers à la sincérité de ce désir de Henry V. Bien que naturellement dur et rigoureux , il n'aimait pas les boucheries inutiles , et n'avait pas ce goût féroce du carnage et de la

dit siège. » — Manuscrits de Gaignières (n**. 671) , cités par l*abbé De La Rue, Essais historiques, etc., t. I , p. 228. Deux ans après, en 1^28, le même roi accorda une pareille somme de 100 livres pour la réparation de Téglise St.-Jean.

(1) Relig. de Sl.-Denys, liv. XXXVIII, c. xii

(2) « Effusionem sanguinis christiani declinare desiderans. » — Anonyme, f*, 36, v».

destruction qui était alors un des tristes côtés de la chevalerie française.

Le sire de Monlenay prît l'avis des officiers et des principaux de la cité. Après les nombreux messages envoyés à Paris et restés sans réponse , ces braves gens , destitués de tout secours humain et n'ayant plus d'espoir que dans la protection du Ciel et leur courage, renvoyèrent cette réponse : « La victoire est à Dieu seul ; si le roi d'Angleterre y compte , nous y comptons aussi : dût-elle nous échapper, nous sommes prêts à subir toutes les conséquences de la guerre (1). » Ces paroles simples et résignées furent comme le testament de la cité de Caen, disons mieux, de la Normandie entière. Ce noble exemple , en effet , sera suivi : pendant deux ans, dans cette province abandonnée , coupée en tous sens par des armées victorieuses , il se rencontrera à peine une ville fermée , une simple forteresse , qui cède sans avoir combattu. Falaise, Cherbourg, aussi bien que Caen, et Rouen par-dessus toutes les autres, pousseront la résistance jusqu'aux dernières limites des forces humaines.

Après avoir reçu la réponse des assiégés , le roi d'Angleterre résolut de donner un assaut général. 11 réunit les chefs des corps d'armée , leur

(1) Thom. Elmham, De vit, et gest» Henr, V.

annonça Taffairc pour le lendemain ft septembre , el leur dicta les instructions suivantes : à Taube du jour , la trompette du roi devait donner le signal. Aussitôt , sur toute la ligne du siège , tous les corps sortiraient de leurs retranchements , convergeraient vers la ville et s'élanceraient aux murailles. Pour ne pas épuiser tout d'un coup l'ardeur et les forces de ses soldats , chaque capitaine partagerait sa troupe en trois colonnes. La première marcherait à l'assaut , la seconde suivrait pour l'appuyer, la troisième se tiendrait en réserve. Si l'attaque était repoussée, les première et deuxième colonnes se replieraient derrière la troisième, qui prendrait alors la tête , jusqu'à ce que les deux autres , un instant reposées , revinssent à la charge. Tous les corps devaient donner à la fois contre les points opposés à leurs quartiers; mais les deux principales attaques devaient partir des deux abbayes où étaient le roi et Clarence (1).

Les Anglais passèrent cette nuit d'une façon grave et solennelle ; la journée devant être meurtrière, la plupart mettaient ordre à leur conscience. Us étaient d'ailleurs pleins de confiance ; le roi , disait-on , avait aperçu dans les airs une croix

(1) Anonyme, f». 37.

lumineuse (!)• Celui-ci dormit quelques heures, car il avait le sommeil court , mais impérieux et profond (2). Il se leva avant le jour, entendit trois messes Tune après Tautre, suivant sa coutume en ces grandes occasions, et fit de nombreux chevaliers qui allaient bientôt gagner leurs éperons.

On ne dormait pas non plus dans la ville. Bien que le roi d'Angleterre eût ordonné le secret le plus absolu , bien que le lendemain fût un dimanche et quMl fût étrange d'être attaqué dans ce saint jour , il semble que les assiégés aient eu le pressentiment de ce danger suprême : après avoir, eux aussi , demandé au pied des autels la force qui fait les grands cœurs et donne la victoire , ils étaient venus se ranger , silencieux et résolus , derrière leurs remparts.

(1) Polydore Virgile, p. A51.

(2) a Heslept verie Utile, but Ihat verie soundiie, in so much that when his soldiers song at nights, or roiuistrels piaied, he then slept fattest » — Hollinshed , Portrait de Henry V.

ASSAUT BT PRISB DE LA VILLB ( 4 SBPTBMBRB 1417). 6L0CBSTBR

péN^TBB PAR L*ILB SAINT-JEaN, HBNRT V PAR l'iLE DBS PRRS. — MASSACRBS AUX JACOBINS BT SUR LB VIEUX MARCHA. — PILLAQB PB LA VILLB ; EXÉCUTIONS.

LE 4 septembre l/il7, aux premières lueurs du jour, la trompette du roi d'Angleterre donna le signal convenu , que répétèrent aussitôt les clairons sur toute la ligne des assiégeants. Les colonnes anglaises s'élancent aux murailles et , contre leur attente , les aperçoivent garnies de défenseurs. Elles avancent néanmoins , et , sur tous les points, s'engagent des combats acharnés. Je ne reproduirai point ici le pompeux et classique récit que Walsingham et TÂnonyme ont donné de cet assaut , description banale , que Ton croirait fabriquée avec des centons de Virgile et de Lucain. On se figurera suffisamment le fracas des bombardes , les cris des combattants, les échelles appliquées aux murailles, les pierres, la chaux vive.

Teau bouillante pleuvaDt sur les assaillants, les monceaux de cadavres emplissant les fossés.

C'est surtout au point où était le roi que Faction fut vive, c'est-à-dire entre le vieux St. - Etienne et les Jacobins. Les Anglais , repoussés à maintes reprises, y perdirent leurs meilleurs officiers, entr'autres un vaillant homme de guerre, nommé Edmond Spring. Le premier , il avait escaladé le rempart ; mais il tomba dans une des fosses que les assiégés avaient pratiquées par derrière. Ceux-ci l'accablèrent sous des matières enflammées ; son corps, à demi-consumé, fut enseveli plus tard dans le cbœur de l'abbaye St.- Étienne (1). Cependant les Anglais , exaspérés par la perte d'un compagnon qu'ils adoraient, et combattant sous l'œil du roi, redoublent de vigueur, s'emparent de Vîle des Prés (2), et s'interposent ainsi entre les deux parties de la ville.

Tout à coup une nouvelle étrange se répand dans les rangs anglais. Un corps français considérable arrive , dit-on , au secours de la ville et se montre derrière les quartiers du roi. Henry V fait interrompre l'attaque^ retire ses troupes et les range en bataille dans la prairie (3). Malheureu-

(1) Walsingham, p. 398.

(3) Huet, Origines de Caen.

(3) Anonyme, f**. 39.

scment ce n*était qu'une fausse alerte ; IMustant de répit et d'espérauce que ce mouvemenl de retraite donna aux habitants fut bien 6ourt. Pendant ce temps, Clarence, descendu de St.-Gilles, avait franchi la rivière et fait brèche à la muraille, vers le point qui couvrait rentrée de la Neuve-Rue. La majeure partie de la garnison s'était portée du côté du roi. Clarence pénètre par escalade dans File St. -Jean; avec son impétuosité habituelle, il court donner l'assaut au châtelet de St. -Pierre, et emporte cette position centrale qui relie les deux villes (1). 11 marche ensuite, en combattant de rue en rue , vers les Jacobins , pour donner la main à son frère, qui, ne voyant paraître aucun ennemi dans la campagne, a ramené ses troupes à l'assaut. L'hésitation se met alors parmi les assiégés, qui ne savent s'ils doivent courir au duc ou résister au roi (2). Les soldats de Clarence arrivent jusqu'au mur intérieur des Jacobins , précipitent les défenseurs dans le fossé, aident leurs compagnons à escalader les brèches. Débor-

(1) Anonyme, f». 39.

(2) « Videbatur ipsis, qui tuebanlur oppidum ex parte altéra, ut, statione sua relicta , ad eam partem accurrerent , qua rex oppugnabat villam : sicque, rarescente in dicta parle defensore, dux Glarencie, faclis inslrumentis in loco qui putabatur tutissimus, murosscandit, et post terga Gallorum desiliens eos adeo repente terruit , ut ignorarent utrum juvaret potius procedere contra regem, aut reverti contra ducem. » — Walsingham , p. 398.

dés de toutes parts, placés entre deux feux, les Français tiennent encore et se font tuer dans remplacement de la Foire actuelle (1).

Maîtres de l'île St. -Jean et de l'île des Prés, Henry V et Clarence débouchent alors dans l'ancienne ville par les Petits-Murs et par le pont St.- Pierre. Là s'engage un nouveau combat. Le sire de Montenay , désespérant de sauver la ville , était parvenu , avec le reste de ses hommes d'armes , une partie de ses officiers et environ mille bourgeois, à regagner le château et à s'y enfermer. Les autres , reculant pied à pied devant Clarence et le roi , essayèrent une dernière résistance dans le vieux marché (2) , long parallélogramme prèsqu'entièrement fermé et adossé , par une de ses extrémités, à la muraille même de la ville. Là, s'étaient entassés , combattaient et tombaient pêle-mêle les hommes armés, les femmes, les enfants (S). Henry V, arrivant au milieu dé cette boucherie , aperçut , dit le vieil historien de Bras,

(1) Pour ce qui regarde Tattaqueetla manœuvre de Clarence, j*ai suivi, outre mes antorilés ordinaires, le récit très-circonstancié de Tabbé De La Rue, Revue anglo-française , t. V, p. 355.

(2) La place St.-Sauveur actuelle. « Il y eut si grande occision, à Tendroit du vieil marché, où le peuple s'estoit retiré pensant résister , que, etc. » — De Bras, p. 59.

(3) Suivant de Bras, on voyait encore, au temps de sa jeunesse, dans l'élise du Sépulcre, des peintures qui représentaient cette scène, ainsi que les divers incidents du siège et de la prise de la ville.

une femme décapitée, qui tenait encore dans ses bras Tenfant qu'elle allaitait (1). Cette scène réveilla en lui les sentiments d'humanité. Il fit cesser le carnage et envoya aussitôt des Itérants proclamer partout qu'on n'usât d'aucune violence envers les femmes , les enfants et les clercs. Mais il permit le pillage , défendant toutefois , sous peine de mort , à ses soldats , d'entrer dans les églises (2). Alors retentit, dans toutes les rues, te terrible cri : Havoc , Pille I Toutes les maisons fureat forcées , les marchandises des fabriques et des magasins enlevées ou détruites. Le butin néanmoins ne répondit pas à l'attente des soldats , tous les objets précieux ayant été portés au cbâ* teau (3). C'était une proie dont le roi seul devait profiter.

Toute résistance avait cessé ; deux mille bourgeois , tombés les armes à la main dans cette journée , jonchaient de leurs cadavres les reqfiparts et

(1) Le sang ruisselait par les rues , dit l'Anonyme ; et celle expression se trouve confirmée à la lettre par une requête que , quarantesept ans après, en iÂ6à , les bourgeois de Caen adressèrent à Louis XI , et où ils exposent que leur ville fut prise d'assaut par les Anglais , en Iâl7, et la population massacrée « tellement que le sang déraloit à val la ville par les rues. » — Cbartrier de la viNe , t. I , fol. 76 et 77.

(â) Anonyme, K 89.

(8) • Urbem bonis omnibus evacuatam reperiuut. » Relig. , 1. XXXVIII , c XII.

— Soles mes (1). Henry Y, entonré de ses officiers, se dirigea vers I*église St. -Pierre pour rendre grâces à Dieu de sa victoire. Il traversait une multitude éplorée qui , à genoux et lui tendant les mains ^ criait : Mercg , merof ! 11 leur adressa quelques paroles consolantes et leur ordonna de se relever. II fit ensuite publier que tons les baibitants eussent à déposer leurs armes dans un lieu désU gné (2).

La nuit venue, il fit occuper tous les postes; avec sa prévoyance ordinaire , il fit tenir ses soldats sous les armes et en bataille sur les places principales.

Le lendemain , le roi convoqua les écbevinsgouverneurs de la ville , et les habitants notables , dans la maison du Conseil. Il leur montra un visage sévère, confisqua les biens de tous» mit le plus grand nombre à rançouet fit couper la tète à plusieurs pour leur opiniâtre rébellion (3). C'est

(4) Le Fê?re de Saint-Remy et Monslrelet ne portent qu^à six cents le nombre des défenseurs tués à la prise de la ville. Mais la requête que j*ai citée plus haut dit que, lors de Tassant, les Anglais tuèrent de dix-huit à dix-neuf cents hommes. Quant à Tarmée anglaise, « moult y perdit de gens » , dit Saint-Remy , Histoire de Charles VI, c. 90. Henry V, au contraire , dans sa lettre à la Commune de Londres, n'avoue qu'une très-faible perte: « Wilh rigbt lilell deth of oure peple. » Pièces justificatives , n°. 9.

(2) Anonyme, f^ 39; Hollinsbed, p. 559.

(3) « Fur their vilfuU stubbornesse. » Ces exécutions de sang-froid , après la victoire, sont attestées, pour Caen, par Hollinsbed, p. 560, et

ainsi quMI flétrissait leur patriotique résistance. Alain Blanchard eut à Gaen des devanciers : moins heurèuK que lui , ils n*ont pas inscrit leurs noms sur les tables des martyrs de la patrie. Qu'ils reçoivent ici , du moins , ces généreux anonymes , un tardif hommage I

Ce jour même, Henry Y écrivait aux aldermen de la ville de Londres une lettre triomphante, dans laquelle il leur annonçait sa victoire et demandait leurs prières pour le succès de ses armes (1).

Po'ydore Virgile , p. â52. On sait ce qui se passa à Rouen. Ce n*était point là mallieureusenient des actes isolés; c*étaient autant d*applications d'un principe inflexible que Henry V avait adopté pour décourager toute résistance, t Sous le prétexte que c'est le droit des souverains de punir la désobéissance , il frappait de confiscation et passait ensuite par les armes ceux qui avaient résisté à force ouverte, comme coupables de lèse-majestés » — Relig. de St.-Denys, liv. XXXVIII, c. xu. — Ce prince ne montrait pas plus d'indulgence pour la désobéissance de ses sujets: il condamna à mort un chevalier qui avait dépouillé un moine , et fit enterrer vif un soldat anglais qui avait abandonné son l>oste.

(1) Pièces justificatives , n". 9.

SIÉGB DU CnATBAU. — LA GARNISON CAPITaLB, SOUS LA RBSBRVB d'bTRB secourue. — PARIS REFUSE TOUT SECOURS.— MON- TBNAY REND LE CHATEAU A HENRT V (20 SEPTEMBRE 1417 j.

Eiën n'était fini , cependant, tant que les Anglais n'avaient pas le château. Cette citadelle , l'une des plus vastes de la Normandie , avec son donjon , son palais royal , de nombreux hôtels , des rues , une église paroissiale , était une nouvelle ville à emporter (1). Le roi résolut de conduire encore lui-même ce second siège ; il transporta son quartier-général de TAbbaye dans la campagne, du côté Nord, sous un pavillon tendu de velours et de soie, et surmonté d'une grande croix d'argent (2). « Henry V voulait, dît TAno-

(i) Voy. la description de Jacques Du Clerq , aux Pièces justificatives, n». 10.

(2) ÂDODyme, p. 39 v". et hO, Celle croix élail un emblème, sans doule , de celle que Henry V disail avoir vue au commencement du siège. Le récit de TAnonyme , qui fait demeurer le roi sous la tente

nyme, être en mesure, à la fois, de recevoir l'ennemi du dehors sMl se présentait, et de soutenir les siens contre les sorties. » 11 ne poussa pas trop vigoureusement le bombardement de la forteresse , de peur de ruiner ce magnifique ouvrage , qui était nécessaire à la garde de la ville, et qu'il aurait fallu refaire après (1) ; il se contenta de le serrer étroitement du côté des champs et vers la porte qui donnait sur la ville (2).

Le sire de Montenay était d'abord bien résolu de tenir à outrance derrière cette seconde enceinte : on annonçait de nouveau l'approche du Dauphin avec une armée. Les Anglais se mirent encore une fois aux champs pour le recevoir. Mais rien ne parut , et cette dernière lueur d'espoir s'évanouit pour les débris de la garnison. Une multitude effrayée de femmes, d'enfants, de gens étrangers à la guerre , qui s'était jetée dans la place , gênait la défense : les vivres manquaient pour tant de bouches inutiles ; le siège de la ville

jusqu*au jour de la reddition du château , paraît en désaccord avec les actes mêmes de Henry V, qui, pendant cet intervalle, sont tous datés de Tabbaye de St. -Etienne (actes du 11 au 20 septembre, dans les Râlea normands , p. 220-232 ). 11 est probable que la chancellerie avait été laissée à Tabbaye , la distance qui séparait les deux logis n^élant pas assez considérable pour en exiger le déplacemeoL

(1) Polydore Vii^Ue, p- A51.

(2) Anonyme, f". 39 V.

avait épuisé les munitions. Le roi d'Angleterre, d'ailleurs , menaçait de Taire mourii* les seigneurs français qu'il tenait prisonniers , et ceux-ci solli-* citaient vivement le gouverneur de ne pas jouer leurs têtes par une résistance inutile (1).

Donc , le 8 septembre , Montenay envoya un parlementaire au roi, qui désigna le comte de Warwick et deux autres commissaire^^ pour traiter de la capitulation du château (2). Les termes en Turent^honorables pour la garnison* — La vie des prisonniers Taits dans la ville est garantie. — Le sire de Montenay remettra la place le 19 septembre, si d'ici-là il n'est secouru par le roi de France, le Daupbin ou le connétable d'Armagnac. *- Tous les chevaliers, écuyers et soldats sortiront avec leurs chevaux , leurs armures , leur or et leur argent jusqu'à la concurrence d'une somme totale de 2,000 écus d'or (environ 120,000 fr.). — Les dames , les demoiselles et autres feniines conserveront tous leurs joyaux et ornements de

(i) Anonyme, Ibid, Je n*ai pu retrouver les noms de ces seigneurs prisonniers, si ce n'est celui d^un chevalier, nommé Louis Bourgoyse ou Bourgeois, qui, quelques, mois plus tard, obtint la liberté et la restitution de ses biens, k la condition de se reconnaître bommelige de Henry V ( Rôles normands , p. 232 , col. 1 ; 245 , col. 2 ; 257 ,. col. 2). Les autres, plus fermes dans leur loyauté, furent envoyés eu Angleterre, ainsi que plusieurs bourgeois de la ville. —• Requête de» habilanis de Caen à Louis XI , citée plus haut.

(2) Pièces jusliGcatives, n*>. 11.

corps et de tête (l). — Les bourgeois n'emporteront que la vêture de leurs corps , mais seront libres d'aller où ils le voudront. — Tout le demeurant d'or et d'argent, les vases précieux et autres biens quelconques , seront remis en la main du roi pour en faire son plaisir.

Six chevaliers et six écuyers furent remis comme otages entre les mains du roi. Mais , pour donner à ce traité la sanction plus solennelle de l'honneur féodal , le gouverneur, et tous les gentilshommes du château en jurèrent la fidèle exécution sur leur parole et sur la peine du reproche (2).

Ce délai de huit jours, conforme d'ailleurs aux usages militaires de ce temps, n'avait d'autre but que de couvrir l'honneur de la garnison. Personne ne s'abusait plus sur le résultat final , et Henry V parlait déjà, dans ses actes, du futur capitaine de son château de Gaen (3). En attendant , il s'occupait d'étendre sa domination sur

(1) Ud trait qui peint la galanterie chevaleresque de Tépoque, c^est que cet article est le premier de tous dans le texte de la capitulation, dont j'ai un peu interverti Tordre dans celte analyse.

(2) Pièces justificatives, n°. 13. La capitulation fut signée le 11 septembre. Mais tous les articles en avaient été convenus dès la veille, puisque le sauf-conduit accordé aui messagers envoyés à Paris par Montenay, pour en porter la nouvelle, est daté du 10. — Pièces justificatives, n°. 12.

(3) Le 12 septembre. Pièces justificatives ^ n^ 15.

— elle pays environnant. Villers, CreuUy, Thury s'étaient rendus ; Bayeux ^ assiégé par le duc de Glocester , avait d'abord subordonné sa soumission à celle du château de Caen ; puis , apprenant que celui-ci avait capitulé , il avait ouvert ses portes. Les ecclésiastiques sollicitaient des lettres de protection contre les violences des soldats; et, dès le 7 septembre , le roi d'Angleterre , fidèle à sa politique , faisait délivrer de ces sauves-gardes à 12/i. prêtres, chapelains, moines , de Caen ou des environs, qui lui avaient prêté serment de fidélité. 11 leur accordait la permission d'aller en quelque part qu'ils le voudraient, du duché de Normandie, ou du royaume de France, à la charge d'être de retour avant la Toussaint dans leurs paroisses ou leurs couvents (1). Dès le commencement même du siège, le 22 août, plusieurs moines de l'abbaye de St.- Étlenne , que la frayeur avait chassés de leur monastère occupé par l'ennemi , demandèrent et obtinrent nominativement la permission d'y rentrer. Le 12 septembre suivant, le roi accordait à tous les religieux de cette maison et à leurs gens un pardon général et complet (2).

Cependant le sire de Montenay avait dépêché ,

(1) Rymer , t. IV, pars 3 , p. 14 el 16.

(2) Pièces justiGcatives, n«". 8 et 15.

vers le Conseil du Roi à Paris , deux de ses officiers i Jean de Flourigny et Jean de Grosmont , pour demander qu'on le secourût. « Nous avons, dirent-ils, malgré la perte d'un grand nombre des nôtres , soutenu long-temps les attaques de l'ennemi. Maintenant nous sommes à bout de forces ; la brèche est ouverte en plusieurs points, et nous allons être contraints à reddition , si vous n'envoyez incontinent à notre aide. » Les messagers ne reçurent, des conseillers de Charles YI, que cette lâche et dérisoire réponse : « Nous sommes , pour le présent , fort travaillés par le duc de Bourgogne ; nous ne pouvons donc faire droit à votre demande. Nous vous engageons , néanmoins , à vous défendre avec votre constance accoutumée (1). » Pensant alors avoir assez fait pour l'honneur et pour son pays , le sire de Montenay , au jour convenu , sortit de sa forteresse par la porte des champs et s'achemina vers la tente du roi d'Angleterre. Il y fut reçu en grand appareil par Henry V, entouré de ses frères et de ses grands-officiers, et remit entre ses mains les clefs du château (2).

(1) Relig. de Sl.-Denys, 1. XXXVlll, c. xii.

(2) La convenlion fut fidèlement observée par Henry V. Je trouve dans les Rôles normands un sauf-conduit, daté du 20 septembre, et accordé au sire de Montenay, ainsi qu'à mille personnes étant dans le château, chevaliers, soldats, bourgeois, dames et demoiselles, pour se

Ainsi tomba cette grande et héroïque cité de Caen. Appuyée sur la France, armée pour la soutenir, elle eût peul-être fait reculer l'invasion et Feût rejetée à la mer. Trahie , non par son courage y mais par un gouvernement imprévoyant et coupable , elle ouvrait maintenant aux Anglais le reste de la Normandie et le cœur du royaume (1).

Maître du château, Henry Y y établit sa demeure, dans le manoir du roi^ magnifique palais, construit par les anciens ducs de Normandie , ses

rendre de Caen à Falaise. Rymer rapporte un autre sauf-conduit de la même date, valable comme le premier pendant trois jours, et accordé pour la même destination à mille bourgeois de Caen. Je dois dire que, diaprés les historiens anglais , les vaincus n'exécutèrent pas scrupuleusement, de leur côlé, toutes les clauses de la capitulation. Ainsi, les dames enfermées dans le château , auxquelles cet acte garantissait la conservation de leurs « ornements de corps et de tête, » auraient emporté de grandes sommes d*or et d'argent cachées dans des outres remplies d'eau , sous prétexte de la chaleur. Aussi Walsingham s'écrie-t>il , avec une risible indignation : t C'est ainsi que cet ingrats de Français répondirent aux bienfaits de la muniGcence de notre roi , envieux qu'ils étaient de ses profits (invidentes ejus commodis ) ! n — Quant aux biens d'église qui étaient dans le chftteau , Henry V en remit une grande partie aux établissements auxquels ils avaient appartenu , au fur et à mesure de leur soumission.

(1 ) Je n'exagère point ici à plaisir les conséquences de la prise de Caen. C'est le jugement qu'en portèrent les contemporains, et Henry V tout le premier : • on rapporte qu'il s'était vanté à plusieurs reprises, en présence de ses principaux seigneurs, qu'une fois en possession du port d'Harfleur, de l'importante ville de Caen et de sa citadelle, il pouvait se regarder comme maître de la Normandie. » Relig., loc. ciu

ancêtres , et que le moine voyageur Raoul Tortaîre avait admiré au XIP. siècle. Il y célébra, par des Télés splendides, les beureuK commencements de son entreprise , et conféra Tordre de chevalerie à un grand nombre de ses vaillants compagnons (i). Cette habitation, d*où la vue s'étendait sur la cité conquise et sur la riche contrée environnante, avait pour le roi d'Angleterre des charmes singuliers. Il se complut à Tembellir, s'y fit construire une chapelle domestique, et à l'ancien jardin, qui attenait au palais, fit ajouter un jardin nouveau. C'est là que , dans les courts intervalles que lui laissait la guerre, après les sièges d'Argentan , d'Alençon, de Falaise, il venait se reposer de la rude vie des camps ; loisirs laborieux qu'il employait à organiser l'administration du pays soumis. Nous le voyons résider au château de Caen du 20 septembre au 1*'. octobre 1417, du 21 au 27 février 1118, du 21 avril au 29 mai de la même année (2). Le 30 , Henry Y quitta Caen , qu'il ne devait plus revoir , pour aller terminer , par la prise de Rouen , la conquête de la Normandie et chercher, dans Paris, cette couronne de France qu'une mort prématurée devait lui dérober au moment du triomphe (1122).

(1) HoUinshed, p. 560.

(2) Rôles normands , et collection de Bréquigny , an. iài7 et là18.

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