‹ Siegfried et le limousinChapitre 8 sur 47 · TA DOUTE · texte numérisé non relu

TA DOUTE

CE

mitrailleuses patrouillaient sur les grand-routes, et je reçus de la part de Zelten, un faux passeport qui me donnait le nom de Chapdelaine et me baptisait Canadien. L'hôtelier méfiant ne quittait pas la salle, pour le désespoir de mon hôte, qui avait projeté de me réciter les principales tirades du répertoire français, cat il craignait que son accent ne se fût corrompu. A peine s’il eut le temps, pendant que l’autre ouvrait sa devanture, de me murmurer, touchant aveu à la France, les Stances de Jules Truffier sur les mitaines. Mais soudain, du haut des cent trente-trois mètres,

entre ses anges berlinois, de son marteau nurember-

geois, la demie convenue sonnait.

Il fallut sortir avec précaution de la ville, en évitant de se frotter aux monuments non secs, par un chemin de jardins palissadés où foisonnait sous la

neige le radis noir, et qui contournait des pigeonniers-

tourelles d’où s’échappait justement le premier pigeon, car le soleil allait paraître. Bientôt, tout le ciel fut doté, y compris Ja dernière étoile. Sept heures sonnaient à l’horloge de Trautsnitz, purement allemande

! celle-là, à part la petite aiguille suédoise, et d’où les

poupées par cette aube devaient sortir piteusement, Silomon, du givre à sa main levée, et Goliath, le vetglas au nez, quand nous arrivâmes à un tertre planté de quatre chênes, au carrefour de la chaussée de Freysing. Deux percherons de ferme gris pommelé, de ceux que chevauchent les timbaliers de Charles Quint, nous attendaient retenus aux arbres par un nœud marin. C'était une imprudence, comme le remarqua Mueller, car cest grâce à des nœuds semblables que l’on reconnaissait et arrêtait durant

la révolution les matelots, alors tous communistes. À cette place où il avait été tant pendu durant la guerre « de Trente Ans, quelques milans et des corbeaux voletaient ou tournoyaient, confondant sur nous l’odeur du sommeil avec l’odeur de la mort. Un jeune homme en manteau de peau de chien que masquait un des chevaux nous salua du gant, m’indiqua ma monture, enfourcha la sienne, et Mueller me dit adieu, d’une : phrase larmoyante qu’on sentait poussée en lui par deux ou trois mille vers de Corneille et de Botrel. Rien de trop morne ni de trop désespéré dans l'aube. Elle était luisante et corre@e comme une aube d'Albert Durer. Elle nous était bienvenue comme à ceux qui n’ont pas dormi, comme aux pirates et aux mercenaires, comme aux honnêtes gens la nuit. Sur ces plateaux et ces pentes verglassées, le vent, le soleil nouveau, l'étoile du matin, — tout ce qui semble pourtant un bien commun au monde entier, — sentaient la Souabe et la Franconie à plein nez. Pas un lapin, pas un lièvre, par un genièvre et un noyer avec une grive dans l'angle comme une signature, pas un ruisseau gelé et sillonné d’une rigole à son thalweg, pas une ctoix, que je ne connusse déjà par le Petit ou le Grand Testament. J'étais dans ce temps épique du Saint-Empire qui continue à vivre en Allemagne le matin, alors que l’époque romantique n’y reparaît que vers midi, et, au crépuscule et dans les environs des villes, celle du Sturm und Drang. Je prenais dans l'ait le plus frais ce bain de Moyen Age que donne la Bavière à son réveil, quand ne sortent encore que les étres et les animaux qui n’ont pas changé depuis Wallenstein, les belettes, les vairs, les courriers à che-

val dont les cors éveillent trop subitement les gardiens de beffroi, étendus par bonheur au pied et non au faîte, et les chambrières qui entr-ouvrent un volet doucement, et de l’épaule, car il faut empêcher l’autre sein de paraître et le pot de verveine de tomber; une alouette, un coq, mais la seule alouette et le seul coq dont on pût affirmer, à je ne sais quoi dans leur cri et leur plumage, qu’ils ne personnifiaient en rien la Gaule ni la France. Un paysage vu tant de centaines de fois, monticule par monticule, dans Altdorfer ou Wohlgemüth qu’on s’attend à percevoir soudain dans l'air, comme dans leurs dessins et leurs gravures, un . . gros petit enfant tout nu, ou des mains seules priant, ou des gibets célestes. J'étais, non dans un pays, mais dans une aube de conjuration, de pillage, et qui s’obstinait à ne rien révéler de l’Allemagne moderne. Par- ‘fois apparaissait, loin sur la droite ou loin sur la gauche, le clocher d’un bourg où la route finissait toujours par nous mener. Le plus matinal des enfants patinait sur la plus petite des mares. La buse, un trou dans l’air glacé, chavirait soudain de dix mètres. Des bandes de corbeaux, séparés par la chaussée, déléguaient en- son milieu les corbeaux héroïques qui se battaient jusqu’au sang et ne s’envolaient pas sous notre cavalcade. Nos chevaux avaient des gerbes dtoites de fumées aux naseaux, des étincelles à chaque sabot, des éclats d’or au poitrail. C'était juste le paysage où ont eu lieu, grâce aux peintres, le plus de naissances de l’enfant Jésus et le moins de repentirs de Madeleine; le plus de massacres des Innocents et le moins de noces de Cana, le plus.de danses macabres et le moins d’Adonis mourants, où aussitôt, dans

les tableaux, les sourcils poussent aux apôtres, les. mains des vierges se font noueuses et leur gorge

remonte, les chairs pendent aux mégères… c'était l'Allemagne. CR

Le miracle, pat contre, se produisit inverse en ce qui concernait mon jeune compagnon. Il avait des gants à rabat, mais dans lesquels je reconnus peu à peu une main fine, de grosses prunelles, mais dont le regard s’amenuisa; des bottes où son pied soudain parut minuscule. Je me rappelai que depuis le départ, j'avais eu pour lui des attentions (j'avais ramassé sa cravache et agrafé son manteau; près du château Cornar, j’évitai de plaisanter), qui me prouvaient

-que mon corps, plus rusé que son maître, avait soup-

çonné près de lui un corps féminin. Dès la seconde où je l’eus appelé Fraülein, il tourna vers moi la tête, étirant des deux mains pour se mieux démasquer, comme les enfants dans leuts grimaces font de leurs lèvres, son passe-montagne, et au fond d’une gueule de monétre azur, je vis le visage nu et rosissant d’une jeune fille.

— Si vous saviez mon nom, dit-elle en riant, vous seriez plus étonné encore. Ne cherchez pas. Je n’avais que sept ans quand, pout la dernière fois, vous m’avez vue. Je suis Ida Hilert.

Au seul nom d’Eilert, et peut-être aussi parce que dix heures sonnaient, comme un décor in$tantané, une autre Allemagne apparut. Nous étions près de Moosburg, et les diligences jaunes, rayonnant de la poste, artivaient au son de la trompe sur les premiers hameaux, Les reStaurations sortaient leurs ifs taillés ; les servantes tyroliennes astiquaient les bougeoits et

les lampes au soleil; des percherons tachetés chair,

attelés à des chèvres, déposaient devant chaque mai-

son à enseigne fleurie un tonneau comme un œuf. Par le sentier en lacet qui mène à la chapelle ogivale, des hommes à pantalon havane et à chapeau hérissé tenaient à chaque main un backfisch à jupe rouge, à chevelure noire en coquille, et à chaînette d’or. Audessus d’un horizon plat où se coupaient et recoupaient d’innombrables chaussées bordées de tilleuls en boule, on voyait les Alpes. Des bassets, se ruant hots de niches en forme de cathédrales, aboyaient aux cages en forme d’abbayes, où chantaient de vieux serins d’avant la guerre et leurs métis. Sur le bassin d’un parc était apprêté pour la promenade du matin un traîneau à sonnettes en vernis Martin orange; et, personnifiant tout cela, la grande Ida en travesti, dont j'avais, voilà quinze ans, aimé successivement et par rang d’âge les trois aînées, Trude au tennis, Elsa au bain Ungerer, et Fredy aux feux de Saint- Jean, une par élément, aurait dit Zelten. Elsa était ma préférée. Tous les mercredis et vendredis, : jours mixtes, nous accomplissions à la nage le’ périple des paysages et des températures qui est l’attrait du bain Ungerer, des 30° du fleuve indien, par les 25 du kiosque chinois, et les 19 du canal français aboutissant au 8 de la caverne de Tannhaüser, éclairée de culs-de-bouteilles alternés d’Apollinaris et de Bordeaux; nous en sortions juste avec la même température et la même humeur, comme après une leéture à haute voix en famille et allions nous sécher au soleil, le visage protégé et caché par un journal munichois, et le vendredi, jour chic, par Le Figaro. C’est à ce journal distingué

que nous reconnaissait le père Eilert, peintre de décots pour pièces tyroliennes, qui venait parfois dessinet le cygne dont nous étions escortés dans notre cycle. Sa fille, nue, détournait à sa vue la tête, surprise sous le journal, non par pudeur, mais parce qu’il avait la manie, chaque fois qu’il pouvait la saisir ou saisit celle de ses sœurs, d’appuyer à la fois sut leur menton et leur nez, comme on lé fait au bec des pigeons pout voir s’ils ont volé. Les trois sœuts avaient volé depuis, chacune happée par chaque colonie allemande de l'étranger, l’aînée mariée à Rio, Elsa à Milvaukee, Fredy à Trieste, le père n’avait plus à presser l’un contte l’autre que le menton et le nez de la mère, et * chaque lettre de chacune de ces filles inséparables attivait avec un timbre de continent différent. Ida me racontait tous ces départs, et parfois un de ses mots ébranlait en moi tout un ordre de souvenirs qui jamais n'aurait eu la moindre chance, de l’abîme où il était tombé, de remonter à la surface, tel que les histoires des casseroles à bombes de la mère et de la vis à trou que le père imposait aux machinistes.

— Vous rappelez-vous, me disait Ida, le jour où vous étiez souffleur à la vente de charité de la baronne de Buchen-Stettenbach?

Pourquoi, en effet, avais-je oublié aussi la baronne, fille de Bacdeker et célèbre pour sa taille de sept pieds? Comment avais-je pu oublier celle dont la grande idée était le Baedeker sentimental, destiné aux jeunes mariés et aux poètes. Gares, musées, hôtels, tout y était décrit en fonétion des gens qui vont avoir leur nuit de noces ou en sortent exa@tement. Les plans et cartes en étaient semés de croix qui marquaient la

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bin fatale des héros suicidés, ou meurtris ou meurtriets, ou éternellement malades. Werther, Adolphe, et dans la nouvelle édition, d'Anna Karénine et de Paphnuce. Il se trouvait, àl’étonnement de tous, mal- - gré le peu de romantisme de ima race, que la majorité . de ces croix était française. Nous savions par cœur - les plus belles phrases du guide : “ Quelle que soit la distrattion qu’engendre l’amour, il convient de lever les yeux en entrant dans le Colisée. ” Ou, au chapitre Paris : “ Mon mari m'a toujours répété qu’il a eu dans sa vie deux souvenirs impérissables, son mariage et sa campagne de 1870.” Aussi la baronne étaitelle dévouée à tout ce qu’elle sentait français, comme si c'était le fruit ou la cause de son mariage même, m’appelant Sühnchen ou Vaterchen, selon son humeur, et m'encourageant à trouver désirable la prin-. cesse Ottilie, dans l’espoir que, par l'effet d’un amour aussi illustre, après avoir planté un jour sur ma tombe - une croix, l’éditeur du Baedeker sentimental se sentirait autorisé à en dessiner sur sa carte la flatteuse projettion.

— Tirer les pieds d’un souffleut, disait Ida, c’est chose plutôt rarel Le jour, pourtant, où vous souffliez Angèle, au moment où la femme du fils prend le père, on entendit un grand cri sous la scène, qui sembla saisir pour la première fois lindécence des pièces de Hartleben et qui poussa son appel. C'était que je vous avais tiré pat les pieds. Je l'avoue aujourd’hui….

Ainsi se révèle dans votre vie, après trente ans, et dañs le fond d’une province étrangère, ce pourquoi

la vitre du coin à la fenêtre de votre grand-mère se

brisait les jouts de foire, ou pourquoi, pendant trois mois et tous les dimanches, votre voisine de palier frappait une boîte à cigares avec un marteau. Je ne désespère pas de voir se résoudre un jour, en Océanie, ‘ou à Mexico, quelques autres énigmes de mon passé; un nœud finit toujours par se défaire du simple dégoût d’être un nœud. La seule d’ailleurs qui me préoccupe vraiment est l’énigme Tofnielli : cet ambassadeur en: exercice, que je voyais pour la première fois à la dis- ‘ttibution des prix du concouts général, me fit signe d'aller à lui et me glissa dans la main un œuf dur.

Ida, qui avait mis pied à terre pour se réchauffer et courir, au lieu de remonter sur son cheval, avait sauté detrière moi à califourchon, et m’expliquait bourgs, châteaux et colonies d’artistes avec des bras qui sem- . blaient être les miens. Elle avait seulement le tort de revenir de Mecklemboutg, et de comparer à son correspondant mecklembourgeois chaque paysage et chaque objet de la Bavière. Au Mecklembourg, les châteaux sont imités non de Versailles, mais de Chambord. Au Mecklembourg, au lieu de peindre comme ici les façades des maisons, ils peignent de blanc les rochers, les bornes et jusqu’aux grosses pierres. Quand vous rencontrez une pierre grise, c’est qu’elle n’est sortie du sol mecklemboutgeois que de la veille.

Il était midi à l’horloge de Freysing, onze heures ‘ cinquante à la chapelle du Saint-Sang de Schwerin, et, de même que jadis avec sa sœur Elsa, j’achevais dans le bain allemand moderne, parmi les marbres et le nickel, le périple aquatique, à cette nouvelle température nous atrivions, n’ayant à peu près en-

jambé que l’époque gœthéenne, à l’Allemagne de

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1914. Chassée par les Comités de prote@tion des sites

n° x à n° 13, elle s’entassait dans les sites 14 à 20, ceux qui sont à l’écart des rivières et des forêts. Puisque l’eau, le chauffage et la lumière se trouvent maintenant à tous endroits, sur chaque surface Stérile, entre pinèdes et bruyères, s’amassaient des faubourgs sans ville, des cheminées éloignées d’après le nouveau système de leur usine et réunies à vingt en palmeraie; auprès de chaque étang, un établissement avec flux et reflux artificiel; parallèles à la- route et fon@ionnant : à l’air, des courroies de transmission qui reliaient deux pignons dans deux bâtiments séparés de vingt décamètres. Sur les vêtements de tout ce nouveau peuple, quelle qu’en fût la couleur, cette bourre qu’on trouve sur la robe des jeunes louveteaux et des oursons. Mais surtout, à chaque interstice libre entre deux rues, sut chaque façade, sur les tréteaux autour des marchés de poissons combles des bêtes que les autres pays dissimulent dans les conserves, crabes, pieuvres, calmars et poissons tigres, l’alphabet de la nouvelle race, les affiches. Affiches pour les aliments, tous pourvus de noms chimiques, comme si l’Allemand ne connaissait plus la nourriture animale et végétale, l’'Egoton, qu’il faut faire bouillir deux heures, l’Hygiopon, préfétable rôti, le Rad Io, pour les salades, et les cakes

eux-mêmes s’écrivaient Keks. Affiches pour la beauté,

aussi fréquentes et plus larges que la publicité chez nous des sardines Amieux, et presque toutes consacrées entre Freysing et Munich à l’embellissement du nez : Ennoblis ta forme de nez, disait l’écriteau qui, en France, au nom de Michelin, vous prie d’épargner les enfants. Les nez rouges sont guéris par l’Ekia, les

nez tonfleurs ou à soufflets par l’Ekiol; les mem-. branes du nez sont raffermies par l’Hygiéna. On eût dit le catéchisme d’une nation vouée à la cocaïne... Les mots empruntés à l’étranger devenaient subitement exsangues. Bureau devenait Burô; les chères minuscules étaient congelées en une seule majuscule, : le thé devenait T, le café K. F. Tous les dieux et les déesses qui président au panmorphisme, grandeur: nature, Cybèle, Pan et Orphée, étaient les seuls garants autorisés pour les blanchisseurs et les recettes à l’impuissance. Notre chasseur de chez Maxim’s, notre vagabond à talons de caoutchouc étaient remplacés pat Thésée nu, par Apollonios de Thyane. De sorte que bien avant d’avoir rejoint l’auto qui nous attendait à Schleissheim et nous débarqua à Nymphenburg, dans la rue de Siegfried Kleist, j'avais déjà l'impression d’une race qui surpassait de loin toutes les autres dans l’art de digérer les métaux, d’avoir le sang en alcool, de se nourrir d’équivalents solides de l’oxygène, et occupée, par le mélange d’agents chimiques, à créer (c'était toujours un moyen d’imiter Gæœthe) des ho-

muncules vivants.

— Nous y sommes, dit Ida. Voici sa villa. Dans dix: minutes, il va sortir pour fermer les volets. son bureau d’ailleurs donne sur la rue. Tenez, voyez: cette ombrel

Il appartenait bien à l’Allemagne, au lisu de me le faire voir lui-même, de me montrer d’abord le spectre de S. V. K. Derrière le Store baissé en drap de cinéma, je voyais seulement une ombre se rape-:

Dr.

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tisser à la taille d’un nain, s’agrandir à celle d’un géant, s’orner de nombreux bras, ou ne plus laisser sur la table qu’un cercle gris et mouvant comme en donne le microscope. On eût dit la proje&tion d’une de ces batailles acharnées entre globule vivifiant et globule de mort; on eût dit la fusion d’un métal, la destruction d’un tissu. Du moindre mouvement de $S. V. K., le spectre allemand prenait prétexte pour me dérouter et tripler sa tête, limer son nez, ou ne plus faire de lui qu’une main immense. Triste opération d’avoir . à reconnaître ses amis au rayon Xl...

Ma peine se doublait de surprendre, à chaque minute, liée à S. V. K. par des fils médiocres mais incassables, l’ Allemagne complète. Le facteur passa . et jeta des journaux à bande dans une boîte sur laquelle était gravé le nom. On entendit son téléphone sonner. Il avait planté de jeunes tilleuls, il avait prépat‘ un mur pour les tomates ou la clématite. Savoir

. V. K. noué à l’Allemagne par des abonnements de six mois, des contrats de six ans, des tilleuls qui demandaient encore dix années, des tomates qui réclamaient le retour de l’été, du jasmin, plante qui enlace, m'attristait autant que de le savoir dans une vtaie prison. Des pigeons bavarois revenaient, à travets les flocons, se coller à sa cheminée, presque à sa

chaleur; des moineaux criaient derrière les volets :

S. V. K. était lié à l’Allemagne par ses animaux. Une servante rentra avec une ctuche de bière et des bretzels : S. V. K. était lié à l’Allemagne rar le sens du goût. Soudain, l’écran devint blanc de neige. S. V. K. allait sortir. ,

— Le voilà, dit Ida. Approchons de la porte.

Elle me poussa, car je manquais de courage. J’aurais presque souhaité voir sortir le géant lui-même, . le nain, l’homme à dix bras, la main unique. La porte. s’était ouverte pat une double glissière (S. V. K. était” lié à l'Allemagne par le syStème des portes et des’ fenêtres) et, précédé de la fameuse ombre, je vis un. homme regarder le couple inconnu qu’Ida et moi. nous. formions, je vis un être orné de tous les appendices que confère l’Allemagne quand on y plonge, un visage embelli de deux lunettes de fausse écaille, d’une dent en of, d’une barbe EE coupée en pointe...

Je vis Forestier...

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