‹ Sierras mexicaines: mines et mineursChapitre 10 sur 27 · UN RUSH, AUX ÉTATS-UNIS · texte numérisé non relu

UN RUSH, AUX ÉTATS-UNIS

Quand on découvre, en pays^ anglo-saxon, un gîte comme Almoloya, dont Texploitation n'exige qu'un minimum de capital et d'effort, les mineurs y viennent de toutes parts et, aussi, leurs parasites, tout un monde de mercantis, de filles et de joueurs. Plus tard, apparaissent les agents des syndicats, les experts, les capitalistes — et Tordre s'établit. Ce fut l'histoire des bhamps d'or en Californie, en Australie, dans la Colombie anglaise. •

Au Mexique, quelles que soient l'étendue et la richesse d'un gîte nouveau, on s'y partage les lots sans bruit, on y travaille et on y vit,, dès le premier jour, aussi paisiblement qu'ailleurs. Les journaux n'en parlent pas, ou si peu !... Almoloya n'a pas d'histoire.

L' Almoloya américaine en a une — que voici :

Vers 1860, des laveurs d'or campaient dans un ravin du Colorado. La couche payante était mince ; un sable gras encrassait le fond des battées et des rockers. On partit, sans regrets, aux derniers beaux jours, et personne ne revint, au printemps.

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Dix-sept ans plus tard, deux prospecteurs, Wood et Stevens, passant par le vieux placer, remarquèrent le sable noirâtre et lourd qui avait tant gêné les orpailleurs; ils suivirent, en amont, sa veine, très visible au fond du ravin, et trouvèrent, au pied d'une des parois, l'affleurement d'un gîte de carbonates de plomb argentifère, qui fut cause, en partie, de la baisse de l'argent dans le monde.

Les carbonates s'étaient déposés entre une roche sédimentaire et une rocl^e éruptive, entre le massif calcaire et la croûte de porphyre. On savait qu'en traversant le porphyre, on atteindrait le gîte, au contact; mais, quelle serait la profondeur du puits? Le porphyre avait, en certains endroits, 20 ou 30 pieds d'épaisseur; en d'autres endroits, 3 ou 400 pieds. Les carbonates rencontrés seraientils riches ou pauvres, en couche mince ou en amas? Foncer un puits, c'était, comme dans un placer profond, une façon de jouer son va-tout* Grand attrait pour les mineurs.

Us accoururent par centaines, par milliers.

Le lieu avait été nommé Leadville (la ville du plomb). Sa population augmentait de 200 âmes par jour, bien qu'on payât 15 cents par mille (sans bagages) aux diligences. C'était l'hiver, l'hiver des Rocheuses, et l'on couchait sous des tentes ou dans la neige. Au matin, on trouvait des morts, dans le canon. Un ancien épicier de New- York, ex-millîonnaire, construisit un grand chantier de lattes, le « Leadville Mammoth Hôtels », avec des

couchettes superposées à ^i par tète et par nuit.. Défense de boire, fumer, chanter et rire. Le patron était gros et fort, de mine sévère ; on l'approuvait, d'ailleurs; le règlement fut respecté.

Une compagnie prétendait à la propriété des terrains ; mais on se moquait de ses procès et Ton spéculait furieusement sur les lots à bâtir.

Les lots miniers, les claims (i.500 pieds sur 200), avaient été pris, dès les premiers jours, en bordure du canon. Les autres, à droite et à gauche, étaient marqués au hasard, disputés, vendus et revendus pendant le fonçage des puits. Le mineur qui touchait le contact s'ouvrait une sortie sur le canon par une galerie plus ou moins longue, construisait, sur son puits, une case de rondins, un log-house^ et achetait un moteur pour l'extraction.

On abattait la couche de carbonates comme un banc d'argile, au pic et à la pelle. Le toit étant faux, on le revêtait de linteaux, soutenus par des pieux de 6 pieds, et Fon avançait en tous sens, dépilant et boisant. Parfois un renflement était rencontré, un amas, où il fallait, pour étayer, superposer les pieux. C'était alors la bonanza, la fortune subite — eLla guerre. Des Jumpers présentaient au mineur heureux un titre quelconque, prétendu antérieur au sien. Reçus à coups de revolver, ils revenaient la nuit, incendiaient la case. On en pendit quelques-uns.

Quand on atteignait, sur un points la limite du

daim, on entrait, sans façon, cheiz le voisin, s'il n'avait pas encore touché le contact, et l'on prenait ses carbonates. Ce « droit de suite », fertile en procès et en batailles, sagement dénié par la loi mexicaine, la loi américaine l'accorde au mineur qui suit un filon en galerie. Une couche est-elle un filon? Le « droit de suite » était contesté.

Un quidam, visitant le puits inachevé de son voisin, y voit de bonnes indications, fonce àla hâte un puits sur la limite du claim, arrive premier au contact. L'autre le met dans l'alternative de partager ou de mourir — et l'on consolide les deux propriétés.

"^ Scotty était mort d'une balle, au poker. 11 fallait bien Tenterrer. On fît un jack-pot de ^20 pour payer le trou (10 pieds dans la neige, 6 pieds dans le porphyre), on déposa le corps dans la neige, et Ton retourna au poker'. Le surlendemain, les joueurs vinrent voir l'ouvrage. Superbe! Le fossoyeur avait trouvé un banc de carbonates presque affleurant — ^60 à la tonne. Il est mort, Tannée suivante, au Fifth avenue hôtel ^ à New- York, alcoolique et millionnaire. Scotty a passé cinq mois dans la neige.

Un syndicat avait en option, pour ^10.000, jusqu'à 4 heures du soir, un claim dont le puits n'était pas achevé. L'argent vint à 4 heures 1/2 — trop tard. Le vendeur avait le contact. Il cria, d'en bas, que ses carbonates étaient bons et qu'il voulait §60.000. Un des membres du syndicat descen-

dit dans un seau. C'était un expert, professer à Boston, un homme de poids -^218 livres. Il accrocha, du pan de son paletot, un des clous du boisage, et resta suspendu, à 70 pieds du fond. Nous le retrouverons ailleurs.

PARRAL

Par les districts miniers de ce grand Etat minier qu'est le Chihuahua — Urique, Batopilas, Santa Barbara, Jésus Maria, Cosihuiriachic, Santa Eulalia — le district du sud-ouest, Parral, est le plus souvent cité. La bonanza d'une de ses mines et Foriginale figure de D. Pedro Aivarado ont contribué, sans doute, à ce regain de renommée fl'un des plus vieux minérales du Mexique. Des Américains y sont venus en grand nombre et n'ont pas trouvé d'autres Palmillas. Les uns se sont dispersés dans la Sierra Madré; d'autres, plus patients, sont restés à Parral, convaincus qu'aucun district n'a plus d'avenir. La découverte de là Palmilia, faite hors de la grande ligne de métallisation du lieu, n'a été qu'un incident heureux, un brillant épisode dans l'histoire de Parral. Il ne s'agit pas de le renouveler, mais d'exploiter méthodiquement, avec l'aide de la science et des res-

sources modernes, le plus gros filon du Mexique, con^u depuis trois siècles, à peine égratigné.

La Vefa Colorada, découverte en 1600, par un mineur de Santa Barbara, est un de ces gîtes quasi-inépuisables, comme le sont la Veta Grande de Zacatecas, la Veta Madré de Guanajuato et les gros filons de Catorce, de Pachuca, de Real del Monte. Son affleurement balafre, du sud au nord, le flanc occidental d'une sierra qui s'élève à 300 mètres au-dessus du pays.

La Veta Colorada a été reconnue sur une longueur égale à celle de la Veta Madré de Guanajuato — 16 kilomètres. On connaît une, de ses épontes, le mur; on ne connaît pas l'autre, le toit, qu'une galerie transversale de 64 mètres, à la Presena, et une autre, de 66 mètres, à Quebradillas, n'ont pu atteinidre. Bien entendu, cette énorme fracture n'est pas remplie exclusivement de minerai. La nappe d'écoulement hydrothermale qui y a charrié l'argent s'est ramifiée en courants plus ou moins prononcés et a formé des streaks, des coulées parallèles, des zones plus où moins riches, séparées par des zones stériles, par des chevaux. Une des coulées argentifères, d'une puissance de 3 à 30 mètres, côtoie le mur. On l'exploite à Quebradillas, avec les deux parallèles suivantes. La plus grande profondeur atteinte est à 500 mètres sur le filon, par une descenderie, soit 300 mètres çn ligne perpendiculaire, car la Veta Colorada est inclinée de S2 degrés sur l'horizontale.

Au sud de Quebradillas, à la mine Veta Madré, on est descendu jusqu'au niveau de la plaine, et 30 mètres plus bas à la Presena. Ces mines, mal exploitées, ont été envahies par l'eau.

Au nord de Quebradillas, se trouvent Los Muertos et Sierra Madré, achetées récemment par des capitalistes américains, aux prix de g 600.000 et de Ç 250. 000, et, plus loin, les pertenencias de la United State . Mining C^, qui a installé les machines les plus modernes pour Tasséchement et l'exploitation.

Plus loin encore, au nord, après Los Remedios, les affleurements de la Veta Colorada s'arrêtent, au bord ^xxwcanon. Un filon apparaît sur l'autre bord, avec une direction nord-ouest, et a passé longtemps pour le prolongement de la grande veine, déviée en cet endroit ; mais des recherches récentes, faites à la Florentina, au nord du canon, sur la ligne de direction normale S. N., y ont montré la Veta Colorada, avec son inclinaison, ses allures et ses types de remplissage habituels. De nombreux denuncios ont été faits sur cette continuation.

On peut donc attendre du gîte une longue production en direction et en profondeur, une de ces productions régulières, d'une teneur constante et modérée, qu'apprécient les compagnies modernes. La Veta Coloradan'est pas unfilon à éo/^a^^^a5. Quebradillas, où elle est très bien exploitée^, a fourni,» en six. ans, 93.000 kilogrammes d'argent, au coût

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de 984.000 piastres. Les bénéfices ont été de 8 1.187.000 — d'uq peu moins de ft 200.000 par an.

Quebradîllas expédie chaque jour à la fonderie de Monterey 80 tonnes de. minerais triés. Avec le produit des autres mines, Refugio, Clarines, Descubridora, laPalmiJla, etc., les remises de minerai que fait Parral aux usines de Torreon et de Monterey sont d'environ 10.000 tonnes par mois.

Ces expéditions ne vont pas sans les récriminations d'usage. Tout mineur qui vend ses minerais se croit volé, surtout quand il traite avec les fonderies par l'entremise de courtiers. On dit à Parral: « Les vieux d'ici sont bons, avec leurs récits de raids d'apaches et d'arrestations des conductas par les bandits d'autrefois. Nous autres, nous raconterons à nos enfants des histoires de voleurs bien plus émouvantes. Nous leur dirons comment on nous achetait nos minerais. »

Les minerais de Parral sont trop complexes pour être traités sur place et trop siliceux pour être fondus à bon marché. En 1903, l'usine de Mapimi, que Penoles fournit surabondamment de galènes, achetait volontiers des types secs pour ses lits de fonte, eL sa concurrence avait obligé la « Américain Smelting and Refining C^ » , le trust dirigé par MM. Guggenheim, à mieux traiter Parral. Mais Mapimi a passé un contrat à long terme pour la fourniture des minerais siliceux dont il à besoin, et les fonderies du Torreon, de Monter^, et de MM. Guggenheim, coalisées, dé-

MIXES Mt MixErms

comptent aux rendeors, à Parral, 35 piastres par tonne de minerai râlant plus de 50 piastres. Le prix da traitement a été simplement doublé.

Il faudrait se grouper^ s'associer, établir une usine sur le chemin de fer qui relie au Central, Parral et les districts miniers voisins. D. Pedro Alvarado voulait payer les dettes du Mexique ; il aurait pu^ tout au moins^ sauver ses voisins.

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