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DANS LES CALCAIRES DU PLATEAU MEXICAIN

Les gîtes de cuivre, de zinc et de plomb argen-

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iifères trouvés dans les calcaires du Mexique septentrional ont pris rang, en ces dernières années, parmi les principales mines du monde.

De tous les capitalistes qui cherchent des placements dans le pays à la mode, les mieux informés, les mieux servis par leurs experts et leurs agents — le Standard Oil, la maison Guggenheim, la succession Hearst, M. Schwab, Vexprésident du trust Carnegie, etc. — préfèrent aux filons ces dépôts irréguliers assez semblables à ceux du Lauriumet delà Vieille Montagne.

Leurs qualités principales sont :

1^ Leur nombre et leur puissance, qui assurent aux compagnies, en beaucoup d'endroits, de longues années d'exploitation intensive;

2° La nature de leurs minerais, qui renferment, en proportions presque parfaites^ les éléments nécessaires à la fonte ; pas d'usines locales à installer, peu de droits à payer aux fondeurs ;

3"* L'absence d'eaux souterraines aux plus profonds niveaux ; •

4® La docilité de la roche encaissante, assez tendre pour qu'on puisse cheminer sans dynamite, assez résistante pour que le boisage soit rarement nécessaire ;

5** La proximité des chemins de fer — Central, Kansas Pacific, International, National — auxquels on peut se relier par des embranchements de construction facile et économique;

6° Le voisinage des grandes fonderies, établies

à Chihuahua, Santa Rosalia, Mapimi, Torreon, Velardena et Monterrey.

Dans les gîtes filoniens, beaucoup plus exploités jusqu'à présent et dont on peut dire que les neuf dixièmes des métaux sont extraits, la zone métallisée, circonscrite entre les épontes, offre au mineur une sécurité apparente, une sorte de garantie d'avenir. Mais il s'en faut de beaucoup que la richesse d'un filon soit la même dans toutes ses parties. Presque toujours, ellc^ se présenté par chutes ou cheminées. Souvent, le filon se coince ou s'aplatit ; rarement il s'enrichit en profondeur ; dans bien des cas, il se modifie au-dessous du niveau des eaux et exige, pour livrer ses métaux précieux, un traitement nouveau, une transformation coûteuse de l'usine: A Avino, à San Francisco del Oro, à Palmarejo, en vingt lieux, la patience et les fonds des compagnies se sont épuisés à ces changements. Pour exploiter un filon; on ne devrait établir l'usine qu'après s'être assuré que des minerais d'un certain type existent en quantité suffisante pour garantir son amortissement..

Donc, un filon exige de grands développements, des travaux préparatoires lents et coûteux, au cours desquels les propriétaires font à leur mine des avances à long terme.

Pour les dépôts dans le calcaire, l'exploitation commence aussitôt que la découverte est faite. Aux débuts mêmes de l'entreprise, on en peut évaluer la durée et les profits.

Le calcaire, par lui-même, n'est pas métallifère. C'est une roche femelle, on peut dire, fécondée par rihtrusion de l'élément mâle, de la roche éruptive, qui a projeté de bas en haut les métauxet les gangues, parles fissures ouvertes au temps des grandes convulsions.

Ainsi, nous voyons des solfatares et des sources thermales surgir après une éruption; mais la matière interne qui monte aujourd'hui à la surface n'est plus métallifère. Parexception, nous pouvons assistera là naissance d'un filon. A Sulphur Bank, en Californie, au-dessous d'une coulée de lave recouverte de soufre natif, on voit, danà la profondeur, des eaux chaudes ascendantes déposer (delà silice et du cinabre le long des fissures du terrain. C'est une mine de mercure en formation.

Ce phénomène, si rare aux temps modernes — l'ascension des métaux — a été plus fréquent au Mexique qu'en aucun autre pays. On le fait dater de l'ère tertiaire — à tort, croyons-.noùs.

Sans autres témoignages que quelques fossiles, d'espèces et de provenances douteuses, des américains (MM. James Kimball, Philip Argall, Robert Hill, etc.), ont placé la formation calcaire du plateau central dans la dernière période de l'ère secondaire, dans le crétacé — époque calme, où il n'y eut pas d'éruption, pas d'apports à la surface. Pour expliquer le soulèvement et la métallisation, en tant d'endroits, de ces puissantes masses sédimentaires, il a fallu supposer que l'action souter-

raine utile s''était produite pendant Tère suivante . et que les gîtes sont d'origine tertiaire.

Eh bien, j'ai visité les principales mines du grand plateau septentrional, — Peôoles, Almoloya, la Sierra Mojada, Naica, Santa Eulalia, Los Plomosos — et j'ai trouvé partoi|t les indices d'une vénérable aptiqùité géologique.

Le calcaire qui couvre le Coahuila, le Nuevo Léon et une partie des Etats de Chihuahua, de Durango et de Zacatecas, a été solidifié et stratifié aux derniers temps de l'ère primaire, à l'époque houillère. Ses montagnes ont surgi avec les Rocheuses. Santa Eulalia et Leadville sont contemporains.

Je sais bien que j'ennuie mes lecteurs et qu'il est de mode, quand on lit un rapport, de sauter les considérations géologiques. Et pourtant, que de capitaux sauvés, que de temps épargné, si Ton avait la patience d'écouter ces pédants, ces raseurs à lunettes et à marteau, lorsqu'ils parlent de ce qu'ils ont vu et qu'ils fournissent des preuves !

Exemple : un échec, le seul échec grave qu'on puisse signaler, jusqu'à présent, à Santa Eulalia, *^st dû au mépris de l'étude des roches. Une compagnie américaine a dépensé^ en puits et entravers- J3ancs, plus d'un million de piastres à la Baltimore^ sans rencontrer d'amas métallifère. C'est qu'elle n'a pas tenu compte de la différence, très visible jpourtant, de la roche du lieu avec la roche encaissante des bonanzas voisines. Elle cherchait hors de la formation ; elle espérait trouver dans un cal-

caire chargé de magnésie, dans la dolomie, des dépôts semblables à ceux qu'on avait trouvés près de là dans le calcaire pur. Je ne prétends pas que la dolomie soit impénétrable aux eaux et aux vapeurs qui ont formé les gîtes de Santa Eulalia; mais, enfin, cette partie du champ d'exploration différait des autres parties; c'était l'inconnu; on pouvait s'attendre à un changemerit d'allure des courants thermaux souterrains ; on eût pu porter son effort un peu plus à FEst, dans la zone homo- *gène qui, depuis 1703, n'ajamais déçules mineurs.

Elle est dénoncée tout entière, cette zone ; mais des lots bien situés peuvent encore y être acquis au prix de 2.000 à 4.000 piastres par pertenencia. .

M. Schawb, un des grands chefs de Tacier, croit tellement à la richesse du lieu qu'il a construit tout au travers un chemin aérien, au coût de 200.000 dollars, avant même de s'être assuré la propriété d'aucun gîte, et qu'il a acheté, au prix de 3 millions de piastres, un grand lot sans affleurements, sans développement, la Centrale.

Tel lot de 25 pertenencias, situé sur le tracé de la voie aérienne et entouré de mines payantes, de dépôts connus, peut être acquis actuellement -pour 100.000 piastres. Pour le lot attenant, de 22 pertenencias, vierge, lui aussi, et sans indications extérieures, on demande 250.000 piastres. C'est, simplement, que le propriétaire du premier lot a besoin d'argent et que son voisin peut attendre la plus-value prochaine.

Il pourrait s'arrondir, consolider les deux mines futures :

— Mais, me disait-il, j'en ai tant de ces lots d'attente ! J'en ai, par douzaines, à Almoloya, à Naica, à Minillas, à Los Plomosos. Je ne puis prétendre, pourtant, à occuper toutes les montagnes du Chihuahua,

C'est un homme intelligent et riche. Jeune encore, il compte voir la mise en valeur de son pays, le 6oom prodigieux qui se prépare. Dès qu'une découverte importante est faite dans un des massifs calcaires, - à droite ou à gauche du chemin de fer central, il dénonce, à l'entour, des lots et des lots. Il paie l'impôt et laisse ses voisins explorer, exploiter leurs gîtes, dépasser parfois ses limites et entrer souterrainement chez lui.

A Naica, le puits d'extraction d'une mine dont les actions valent 150 fois leur prix d'émission est à 60 mètres seulement d'une de ses bornes. La compagnie exploite un grand amas de cérusite argentifère entre le quatrième et le cinquième niveau. Il est fâcheux que l'accès des chantiers soit interdit et qu*une mine aussi célèbre ne puisse être examinée et décrite. Si j'étais propriétaire du lot limitrophe, je foncerais un puits de 150 mètres et je pousserais un travers-banc de 50 mètres vers l'Est. Ce seraient 10.000 piastres qu'il m'en pourrait coûter, mais, pour 10.000 piastres, je saurais si mes caves sont riches... et intactes.

J'ai visité, en juillet 1907, une de ces caves à

trésor, récemment découverte, à Santa Eulalia. Le plafond, le sol, les parois étaient revêtus de cristaux de calcite d'une blancheur éclatante. Aussi loin que Ton pouvait voir, à la lueur des chandelles, se dressait la futaie blanche des stalactites rejointes aux stalagmites, et Ton marchait parmi ces colonnes, en brisant par centaines de fines aiguilles, des objets délicats, précieux seulement parleur rare beauté, car cette salle de féerie, ce décor pour une Christmas pantomime anglaise n'est que Tantichambre vide de la bonanaa, d'une autre grotte, pleine, celle-là, de cérusites et de galènes argentifères, qui valent douze ou quinze millions de piastres.

Telle autre cave, à Santa Eulalia, où la cathédrale de Mexico serait à Taise, renferme plus de minerais que n'en ont en réserve toutes les mines d'El Oro. Elle a 200 mètres en longueur, 100 mètres en largeur et 100 mètres en hauteur. Pour épuiser les calamines et les blendes argentifères qui remplissent — 5.400.000 tonnes — il faudrait extraire 500 tonnes par jour, pendant un demi-siècle.

Il y a quatre ans, elle appartenait — platoniquement — à un négociant de Chihuahua. Sur le sol, au-dessus d'elle, pas d'affleurements, nul indice de métallisation. Le propriétaire ne faisait pas de recherches, mais ses voisins travaillaient. Ce sont des gens du StandardOil, dont l'activité, comme on sait, ne connaît pas de bornes. Un jour, leur agent offrit 100.000 piastres pour le terrain

contigu, — fantaisie de milliardaire qui veut s'arrondir! On en voulait 250.000 piastres. Marché conclu. L'agent paya, reçut le titre et, tirant de sa poche un chèque d'un million de dollars^ le déchira, après avoir prouvé au vendeur qu*on s'était préparé^ à New-York, à lui payer généreusement la cent trente-cinquième partie de son . trésor et qu'on était heureux d'en être quitte pour la millième partie,

A 500 mètres au nord de la cave conquise par le Standard OU, à Santa Eulalia, des Californiens avaient option sur un terrain nu, sans valeur apparente, Buena Tierra. Le docteur Jackson, directeur de leurs travaux d'étude, obtint d'un voisin la permission de suivre une veine plombeuse qui affleurait hors des limites de la propriété, et ce fil, épais de 3 ou 4 centimètres, à peine visible, ramena le prospecteur dans les pertenencias de Buena Tierra et le conduisit, vers 380 mètres en profondeur, à Ventrée d'une grande cave, pleine de carbonates et de galènes argentifères. En quelques semaines, le prix d'achat convenu — 375.000 piastres — était payé sans appel de fonds, le syndicat se transformait en compagnie (close corporation) elles dividendes se succédaient, rapides, montaient en fusées, s'épanouissaient en gerbes. On a trouvé depuis, sous les carbonates, des sulfures d'argent valant. 8.000 piastres par tonne, de l'argent corné, de l'argent vert et de beaux échantillons d'argent natif.

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Ces gîtes du plateau calcaire proviennent, ai-je dit, 3es émanations qui suivirent les dernières éruptions primaires, adors que se formaient de la même façon, en Europe, les amas de plomb argentifère du Morvan, de la Saxe et du Hartz.

Sous la formidable preïssion des vagues de porphyre fondu cherchant à soulever la couche calcaire, épaisse de 1^400 mètres, les vapeurs ignées, les gaz métallifères montaient par les fissures, suivaient les plans de moindre résistance, imprégnaient la roche, par endroits, la rongeaient et la remplaçaient par des métaux sulfurés et des gangues.

Quand les anciens mineurs découvrirent, à Santa Eulalia, les caves voisines de la surface, ils crurent sans doute à l'action simple d'eaux extérieures, chargées de dissolutions métalliques. En efifet, ils ont pu descendre jusqu'à 200 mètres, par des cavernes superposées que relient des couloirs inclinés, des lits d'anciens torrents. Dans une antigua, ils ont taillé dans les parois du gouffre un chemin en spirale, par lequel les mules de bât descendaient tout au fond, à plus de lOO.mètres audessous du sol.

Mais sous ces gîtes des étages supérieurs, les mineurs modernes en ont trouvé d'autres, plu§ gros et plus riches, des millions de tonnes de sulfures auro-argentifères — plomb, zinc et cuivre — sans communication avec les amas d'en haut et reliés à eux, seulement, par des traces légères,

par des tramées de couleurs à peine marquées, par des f^?nées d'argent. Evidemment, les dépôts d'en bas pésullent d'une ascension de métaux à Tétat gazeux, et les dépôts d'en haut d'une descente de métaux en solution dans les eaux thermales.

Ceux-ci, sous l'action des éléments, ont été oxydés et carbonates. Ceux-là, en vases clos, sont restés à Télat de sulfures.

Sur quelques points, à Buena Tierra, par exemple, les. eaux plongeantes ont pénétré jusqu'aux gîtes d'en bas et les ont enrichis aux dépens des gîtes d'en haut. Aussi a-t-on trouvé, dans les 200 premiers mètres, des caves vides ou à demipleines de carbonates lessivés, appauvris, et, au dessous, des caves remplies jusqu'au bord de carbonates riches, mêlés à des sulfures. A Almoloya, une chambre vide précède Tamas lenticulaire du Cigarrero, qui vaut 28 millions de piastres.

On comprend pourquoi les plus belles découvertes, à Santa Eulalia, ont été faites au-dessous du niveau de 300 mètres et l'on imagine les bonanzas futures d'Almoloya et de Naica, où les puits les plus profonds n'ont pas 200 mètres.

La grande richesse est en profondeur. Ce fait, constaté à Santa Eulalia, vient de l'être aussi dans le Montana, l'Arizona, la haute Sonora.

A Butte, à Bisbee, à la Cananea, les bonanzas, dont la découverte récente a été l'une des causes de la baisse du cuivre pendant l'été de 1907, sont

en bas, tout en bas, sous les gîtes exploités et sans relation apparente avec eux.

L'opinion s'était accréditée qu'il faudrait bientôt abandonner ces mines, où les frais d'extraction augmentaient à mesure que diminuaient les teneurs.

AuRioTinto, Tamas Santo Domingo, qui avait donné 4 ou 5 pour 100 de cuivre près de la surface^ ne rendait plus que 2 pour 100 à 60 mètres, I 1/2 pour 100 à 110 mètres, 1 1/4 pour 100 à 140 mètres. A Butte, dans les mineâ de YAmal^ gamated, la teneur moyenne, de 5 ou 6 pour 100 aux débuts, descendait à 3 pour 100. En Arizona, les teneurs de 15 et 20 pour 100, fréquentes il y a vingt ans, tombaient à 6, puis à 3 pour 100.

Les hauts cours du métal rouge et les améliorations apportées aux procédés d'extraction et de traitement permettaient de travailler encore avec profit; mais les compagnies prévoyaient la liquidation et cherchaient d'au Ires mines, au Mexique et au Pérou.

Et voici qu'on découvre, à Butte, de ^rosamas de chalcocite (cuivre vitreux, le copper glanée des Américains), d'une teneur de 40 pour. 100, à 600 mètres, et d'autres amas, plus gros encore, d'une teneur de 60 pour 100, à 800 mètres! Et ces gisements se rencontrent isolés et comme perdus dans la profondeur !

On peut donc prévoir que les plus belles trouvailles, dans les calcaires mexicains, seront faites

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près de la roche éruptive sous-jacente, d'où sont sortis les métaux volatilisés. Ea effet, leur ascension, à travers tant. d'obstacles, a dû, en bien des cas, être arrêtée dès son essor.

A Santa Eulalia, on attache une importance exagérée aux dikes de tuf porphyriquequi raient le sol en tous sens — tels des murs cyclopéens. On suppose qu'en entaillant lé massif, ils ont ouvert des voies aux vapeurs métallifères. Pourtant, on n'a trouvé à leur contact qu'un seul amas, celui de San Antonio, et comme les fissures du calcaire se prolongent à travers eux, on peut admettre les étapes de formation suivantes :

l** Eruptions primaires, au cours desquelles les dykes porphyriques ont surgi;

2^ Seconde période d'éruption qui a fissuré à la fois le calcaire et les dykes ;

3** Dépôt, au long des fissures, des dissolutions métallifères ascendantes ;

4® Oxydation de ces dissolutions dans la zone supérieure du calcaire et formation des caves par les eaux descendantes ;

o® Cristallisation des calcites qui tapissent les fissures et les caves.

Naica et Almoloya, où il n'y a pas de dykes porphyriques affleurants, ont des gîtes semblables, parleurs allures et par leur composition, à ceux de Santa Eulalia. Ici comme là, aux deux bords des fissures, la roche encaissante a été saturée de dissolutions et convertie en minerai sur des lar-

mfÊÊt^mm

geurs variables. Seulement, à Santa Eulalia, où la stratification du calcaire est à peine inclinée, les imprégnations se sont faites sur des plans presque horizontaux; ce sont des mantos; tandis quà Naica et à Almoloya, où les couches calcaires plongent fortement vers TEst, les dépôts intercalés entre elles sont presque perpendiculaires ; ce sont des abras.

Une Qbrayiowi comme un manto, peut se renfler et former une cave. C'est qu'alors les dissolutions ont trouvé un terrain favorable à leur expansion, car les réactions chimiques qui ont provoqué le dépôt des minerais ont été influencées par Tétat physique et la conductibilité des roches encaissantes. Les eaux qui traversaient, sans pouvoir l'attaquer, le calcaire dur, ont dissous et corrodé de proche en proche le calcaire tendre. On peut admettre que les dykes porphyriques de Santa Eulalia ont obligé les eaux à s'étaler à gauche ou à droite dans le calcaire, et ont contribué ainsi, dans une certaine mesure, à la formation des caves ; mais cette théorie, quelque plausible qu'eUe soit, n'explique pasFengouement des mineurs, qui donnent des noms à ces cloisons, tout comme à des veines, et prétendent à des prix exagérés pour un lot de calcaire,, par la seule raison qu'il est traversé par un dyke.

Les mantos de Santa Eulalia ont formé des caves à des centaines de pieds de distance du dyke le plus voisin : citons La Parcionera, Mina Vieja,

San Juan, Bustillos, ElChiribeb vastes excavations au voisinage de la surface, vidées par les anciens; et les caves récemment découvertes entre 300 et 500 mètres en' profondeur : le Bull Pen, de forme ovale, qui a 150 mètres de diamètre et 33 mètres de hauteur ; ElPotosi, cinq fois plus grand ; Buena Tierra, San Antonio, etc.

Sans l'aide d'aucun dyke, les abras d'Almoloya ont formé les caves du Cigarrero^ et les abras de Naica ont formé les amas Ocotlan et Navacoyan qu'exploite la compagnie San Pedro et les gros renflements de Lepanto et de Ramon Corona,

Toutes ces caves sont plus ou moins remplies de minerais plus ou moins riches. A Santa Eulalia, la valeur moyenne de Famas San Antonio (aux Guggenheim) est de 20 piastres par tonne; elle est de 50 piastres à l'amas Potosi (au Standard Oil) ; de 150 piastres au Bull Pen (à la succession Hearst) ; de 200 piastres à Buena Tierra (au docteur Jackson et à ses amis).

Au Cigarrero d'Almoloya, les 416.000 tonnes de Tamas principal donnent, en moyenne, à l'analyse : 38 pour 100 de plomb, 10 pour 100 de fer, 5 pour 100 de silice, un peu de manganèse et de la chaux. Leur teneur, par tonne, est de 32 grammes d'or et 650 grammes d'argent.

A Naica, les minerais de la compagnie San Pedro contiennent, en moyenne : plomb, 30 pour 100 ; fer, 20 pour 100 ; chaux, 18 pour 100 ; cuivre, 5 pour 100 ; argent, 600 grammes ; or, 4 grammes.

Ce sont, on le voit, des carbonates de plomb exceptionnellement riches et composés à souhait pour la fonte, comme ceux du Cigarrero.

A Lepanto (Naica), D. José Stefano a trouvé, entre le premier et le second niveau, sous les grattages dps anciens mineurs, une abra large et riche sur 200 mètres en direction. Elle disparut à 60 mètres en profondeur ; mais, eji suivant des veinules ferrugineuses à peine distinctes, on a rencontré, entre le quatrième et le cinquième niveau, deux poches d'un bon type moyen, Tune de 3.000 tonnes, Tautre de 5.000 tonnes. Une des veinules-guides a fait découvrir, lors de ma visite, une poche de minerais cuivreux.

La juxtaposition du cuivre, du zinc et du plomb — toujours argentifères et souvent aurifères — est fréquente. A Almoloya, la Iguana^ amas de blende (sulfure de zinc) est voisin de Tamas de cérusite (carbonate de plomb) du Cigarrero. A Santa Eulalia, la bonanza de zinc El Potosi est à 500 mètres de la bonanza de plomb Buena Tierra.

A Los Plomosos, D. José Lago, partant du fond d'une tranchée, où les anciens exploitaient du plomb, a exploré, sur 200 mètres en direction, une abra de calamine qui a 2 ou 3 mètres de puissance et dont la teneur en zinc passe 30 pour 100. A 150 mètres en profondeur, la calamine fait place à la blende et, à 200 mètres, les sulfures de cuivre apparaissent.

La nature a-t-elle donc fait, dans les calcaires mexicains, ce que les vieux alchimistes voulaient faire dans leurs laboi'atoires, le grand œuvre, la transmutation des métaux? Les alchimistes à qui manquait le temps, dont a disposé la nature, rêvaient de remplacer son traitement millénaire par la pierre philosophale.

Il était réservé à Curie, le Pasteur du monde inorganique, de trouver cette pierre — le radium — et de concevoir révolution de la matière.

Après sa mort^ l'illustre chimiste anglais, Sir William Ramsay, a transformé, par l'action du radium, un corps simple en un autre corps simple, un métal en un autre métal; avec du cuivre, il a fait du lithium.

Peut-être parviendra- t-on, un jour, à transformel: le plomb en zinc. Je zinc en cuivre, le cuivre en argent, l'argent en or. Mais que les porteurs d'actions de mines se rassurent ! Notre génération ne verra pas la mise en pratique de cette métallurgie transcendante et peut se livrer sans crainte à la recherche des trésors du plateau calcaire mexicain.

SANTA EULALIA

Ce n'est pas d'un Leadville qu'il s'agit, mais du plus grand dépôt de plomb argentifère du monde.

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Le Comstock Iode, Eurêka, Broken Hill, les gîtes les plus célèbres par leur abondance, ne sont que des pygmées (c'est Texpression du professeur William Adams), si on les compare à ce géant qu'est Santa Ëulalia.

En outre, les minerais de Santa Eulalia sont remarquables par leur composition, leur homogénéité, leur richesse en profondeur. A Broken Hill, dans la Nouvelle-Galles du Sud (Australie), le plomb argentifère s'est compliqué de blende, à ^00 pieds. A Santa Eulalia, le zinc n'apparaît pas à 1,700 pieds, sauf à la mine Potosi, où il a un domaine ^écial.

De là l'importance capitale de la' découverte. Elle a été faite à point pour conjurer une crise. Le Mexique manquait de plomb, et le plomb joue, dans l'industrie minière moderne, le rôle prépondérant que jouait autrefois le mercure.

Les Mexicains d'autrefois n'exploitaient que les minerais d'amalgamation ou de fonte simple. Les chemins de fer, les machines, les progrès de la métallurgie permettent maintenant d'exploiter les gîtes restés intacts et aussi les mines jadis abandonnées au point de rencontre de minerais alors indociles et que la science moderne a soumis. Or, au Mexique, aussi bien qu'aux Etats-Unis, le 85 pour cent de la récolte annuelle des métaux précieux provient de minerais sihceux (à gangue de quartz), presque toujours rebelles à l'amalgamation , rebelles aussi à la fonte, parce qu'ils ne

contiennent pas, en quantités utiles, les éléments nécessaires à une bonne fonte : le fer, la chaux et le plomb. Dans un rayon étendu autour des fonderie» centrales, les minerais pourvus de ces éléments ont été épuisés ; il faut maintenant exploiter des carrières de pierres à chaux et des amas, ferrugineux, acheter du plomb pçiuvre, élever de plus en plus le prix du traitement. Par exemple, les minerais de Parral, d'une teneur de plus de 50 piastres par tonne, étaient fondus, en 1903, au prix de J18, et ne le sont plus qu'au prix de J 35.

C'est donc un fait considérable que la découverte d'un gîte de carbonates de plomb argentifère

— le type le plus parfait des adjuvants à la fonte

— d'un gîte immense, qu'un siècle d'exploitation active n'épuisera pas.

Santa Eulalia est admirablement située prè^ d'une ville importante, Chihuahua, et de l'intersection de deux chemins de fer, le Central et le Kansas Gity-Pacifique qui la mettent en communication a^ec de vastes régions minéralisées. Le climat est agréable et sain ; les mineurs se contentent de # 1 50 à J 2 pour douze heures de travail. Aux plus grandes profondeurs l'eau n'a pas été rencontrée. La roche est si tendre que Tusage de la poudre et de la dynamite est inconnu et, pourtant, assez solide pour que le boisage soit rarement nécessaire. L'abatage etrextraction d'une tonne déminerai coûtent de §0 50 à J 1, seulement.

Tant dô con«liLions favorables mettront,, avant longtemps, Santa Ëulalia au premier rang parmi les districts miniers du Mexique. Pourquoi donc en parle-t'on si peu? C'est que personne, sans douta, parmi ceux qui y sont intéressés, ne se soucie qu'on en parle. La American Smelting and Refining C®, par exemple, qu'on appelle le trust de l'argent, tant ses mines et ses fonderies sont nombreuses, le groupe Guggenheim, exploite, à Santa Eulalia, des mines qui lui appartiennent et aussi des mines louées à court terme moyennant des primes de dix à vingt-^cinq pour ,cent sur les minerais extraits. Il est évident qu'elle n'a aucun intérêt à ce qu'un boom se déclare, un de ces succès retentissants comme on en a vus à Virginia City, àLeadville, au Klondyke, à Cripple Creek, à Cobalt.

Ce n'est pas qu'on puisse s'attendre, dans un district mexicain, à un boom à l'américaine, à un rush de mineurs se disputant les lots, à une curée bruyante et violente. Nous ne sommes pas chez les anglo-saxons. Tout se passe ici av.ec ordre et méthode. D'ailleurs, le champ d'action, à Santa Eulalia, est circonscrit ; ses limites sont bien définies; ses propriétaires sont protégés efficacement par la loi. N'importe; même en ce pays calme, plus lymphatique que nerveux, on a vu des emballements et des vertiges. Le succès de Dos Estrellas n'a-t-il pas fait croire à bien des gens, en août 1903, qu'il suffisait, pour faire

" '^T iifcyrÉÉH^i'

fortune, d'acheter une part d'un lot quelconque, près de la bonanza? On s est vite guéri de cet accès de folie. Mais supposons que toutes les compagnies aux noms d'étoiles aient trouvé des bonanzas sous les laves de Tlalpujahua : Quel rêve!

Et c'est le destin de Santa Eulalia.

Le mot découverte, appliqué à un vieux district qu'ontdécrit Humboldt, W. Bartlett, le général Lew Wallace, Malcolmsen et Dahlgren, peut paraître singulier. On verra, plus loin, pourquoi nous Tavons employé.'

La première découverte de Santa Eulalia, en 1703, a déterminé la fondation de la ville de Chihuahua, en 1718, et celle de la Monnaie de Chihuahua, en 1811.

Selon les registres officiels, le minerai avait produit :

De 1703 à 1737 g 59.959.750

De 1737 à 1761 29.140.363

De 1761 à 1790 ..... 16.076.462

De 1790 à 1825 11.152.170

Ces chiffres décroissants sont significatifs. La facilité du travail, la docilité des roches permettaient les pires, modes d'exploitation. On ouvrait d'immenses chantiers, des 5a/on5, qu'aucuns piHers ne soutenaient. Des éboulements eurent lieu. Trois mille mineurs, dit-on, furent ensevelis dans Mina Vieja et dans la Esmeralda.

L'extraction se faisait à dos d'homme, au moyen de perches entaillées, posées les unes au-dessus des autres. On est descendu jusqu'à 700 pieds, mais on conçoit qu'on ne se soit pas risqué, sur de telles échelles, en grande profondeur. Or c'est biep au-dessous de ces vieux travaux, c'est à plus de mille pieds que les belles découvertes modernes ont été faites.

En 1825, il y avait encore, à Santa Eulalia^ 63 haciendas de beneficio (usines de traitement) et 188 fours castillans ; mais la production avait perdu toute, importance :

De 1825 à 1834 $1.036.314

De 1834 à 1866 3.569.526

De 1866 à 1884 3.400.000

C'est en 1895 que des mineurs américains firent des recherches sous les mines anciennes et dans le terrain vierge, au nord.

Il y a dix ans, Santa Eulalia n'était plus qu'une antigua à peu près abandonnée, une de ces vieilles dames à qui les hommes graves font un doigt de cour, par habitude, par reconnaissance. Mon ami, D. Tomas Me Manus, traitait cette grandeur déchue avec un respect attendri, en douairière chez qui Ton a dîné et dansé quand on était jeune.

On travaillait, de temps en temps, dans les vieux chantiers de Santo Domingo et de BustiUos. Les autres mines étaient à la disposition du pre-

mier venu, à rexception de Dolores, dont la caducité n'a jamais été déclarée depuis 1703 et dont le maître payait les impôts, par égard pour une tradition aussi ancienne. On aurait pu, à cette époque, devenir propriétaire, au coût de 30 piastres, pour frais de denuncio, de 1.000 ou 1.500 hectares qui valent, aujourd'hui, 10 ou 15 millions de dollars.

La renaissance du vieux minerai est Tœuvre de quelques Américains et surtout des ingénieurs du Hearstestate, de la succession de M. Hearst, père de M. William Hearst, du New-York Journal.

Vers la fin de sa vie, le sénateur Hearst avait acquis de nombreuses propriétés dans l'État de Chihuahua. Il s'y connaissait, le vieux mineur, Tun des trois pères de TAnaconda, et il avait prédit à Santa Eulalia une seconde jeunesse, une nouvelle fortune, bien plus grande que la fortune perdue.

A seize kilomètres au sud-est de Chihuahua, une montagne s'élève à 500 mètres au-dessus de la plaine, un de ces chaînons isolés, épars sur le haut plateau mexicain, dont les voyageurs du Central ont toujours un ou deux spécimens en vue, à leur droite où à leur gauche. Celui qui nous occupe est nu et aride, comme ils le sont tous, et balafré d'érosions profondes, de canons creusés par les eaux torrentielles. Il a 12 kilomètres de long et 8 kilomètres de large. Au premier abord, on dirait une masse compacte de porphyre, ou plutôt

de rhyolite porphyrique, poussières et boues agglomérées des matières éruptives. Dans le pays, on appelle cette roche cantera. Safracture est blanchâtre. Extérieurement, elle est noircie par des oxydes de fer et de manganèse et donne aux pentes, aux pics, aux flancs des canons, leur sombre couleur.

Mais si Ton gravit le Picacho Oriental, qui domine le massif de plusieurs centaines de pieds, on découvre que les roches porphyriques ne sont qu'un revêtement et qu'elles enserrent — tels les murs d'un réservoir — un bassin de calcaire, long de 6 ou 7 kilomètres, large de 3 à 5 kilomètres.

Ce parc de 3.000 hectares, coupé et recoupé par des intrusions de la roche extérieure, par d'épaisses murailles de rhyolite, des dykes, aussi visibles, sur le calcaire, que léseraient des grandes routes, c'est le minerai de Santa Eulalia, avec ses mille bornes blanches, marquant les lots, ses ruines de fours castillans, ses amas de scories, ses terreros, 'ses fumées de moteurs, aux bouches des puits d'extraction, ses tentes, ses maisons, ses villages..

Un chemin de fer industriel le relie aux grandes lignes voisiùes et le desservira bientôt sur toute sa longueur. Un tramway aérien fonctionne. A las Animas, D. Jésus Aguirre a construit le premier générateur à gaz, système Webber. La Santa Eulalia Minng O^ (Hearst estate) a deux moteurs à vapeur, de 150 chevaux chacun^ et un troisième de 50 chevaux. La Chihuahua Mining

Co dispose de 500 chevaux vapeur; la compagnie Gugfi^enheim de 250 chevaux; hiSanto Domingo Mining C^ de 250 chevaux; la Santa Eulalia Exploration C^, de 100 chevaux. Quinze autres moteurs à gazoline sont au travail sur les puits de MM. Qualey frères, Arellanos, Ryan et Dudley, Kenna et Corrigan, . Seijas et autres.

On expédie, chaque jour, aux fonderies un millier de tonnes, dont la teneur varie entre 50 et 2.000 onces d'argent, 10 et 40 pour 100 de plomb. Avant un an, la production sera doublée; elle sera triplée Tannée suivante, car d'énormes amas sont en vue, d'autres se découvrent, et il suffira de doubler et de tripler les forces d'extraction et de transport.

La couche calcaire a été reconnue jusqu'à 1.400 mètres en profondeur. Son grain est serré, sa couleur brune ou gris-bleu. On y trouve des rognons de silex (pierres à fusil) et des fossiles. Sa stratification est régulière, avec inclinaison vers l'Est.

A l'ouest du Bonanza dyke, plusieurs mantos ou filons-couches, renflés,' par endroits, en amas, ont été reconnus, à différentes hauteurs, sur une largeur de trois kilomètres et sur une longueur de deux kilomètres et demi. On ouvre une grande galerie qui desservira, au niveau de 333 mètres, entre Mina Vieja et Santo Domingo, toutes les propriétés de cette région, exploitées par les Guggenheim, les Hearst, le syndicat californien, la

Chihuahua Mining C® et une compagnie anglaise, nouvellement formée.

Les capitalistes européens reconnaissent — un peu tard — qu^il y a des mines d'argent, au Mexique, plus productives et plus sûres qu'aucune des mines de cuivre ou d'or du monde. Le cours de l'argent fléchirait de nouveau, tomberait à 20 pence, à 15 pence, sans que l'exploitation de Santa Eulalia soit ralentie.

Les Américains ont acquis la moitié du mènera/ et l'auraient déjà absorbé presque en entier, si de vastes étendues du grand chaînp convoité ni'étaient en litige. Dans les formules de denuncio, on a pris, pendant deux siècles, le Picacho Oriental pour point de départ dans la mesure des lots {saldra la medida, etc.) En ces dernières années, des denuncios ont été faits, oii l'église de Santa Eulalia a remplacé le Picacho: De§ mesures se sont embrouillées les unes dans les auttes. Procès pour un lot de 1.000 hectares. El Globo, à l'est de San Antonio. Procès — depuis sept ans — pour Las Plomosas et leurs entours (3.000 hectares), où l'allure des dykes, les anciens travaux, les affleurements, toutes les conditions extérieures indiquent de grandes richesses latentes. Personne ne peut en tirer parti. D. José Lago et D. Manuel Gameros plaideront sept ans encore, et plus, s'il le faut.

A El Cristo^ une mine limitrophe, louée par D. Liborio Seijas à la American Smelting and

Refining C^, on a abattu, de janvier^ 1900 à février 1904, 33.638 tonnes, qui ont produit § 1.951.000 piastres (chiffre extrait des livres de la compagnie). L'exploitation s'est arrêtée à la limite du terrain en litige. Des millions dorment plus loin, sous la garde des hommes de loi.

Ce sont des réserves pour Tavenir. Les autres titres sont en règle et le champ est vaste où Ton peut travailler, à Santa Eulalia.

VU

ALMOLOYA

La sierra Almoloya a 12 kilomètres de longueur (nord-est sud-oqest) et 3 ou 4 kilomètres d'épaisseur. Elle s'élève à 300 mètres au-dessus des plaines du Chihuahua.

Sa situation est excellente, entre deux vallées irrigables, dans Tangle que forme le Central avec le chemin de fer dé Parral.

C'est un massif crayeux, comme celui de Santa Eulalia, un des mamelons de la formation calcaire qui borde le versant oriental de la Sierra Madré, la grande chaîne silurienne. A peu près inconnue, il y a sept ans, la sierra Almoloya compte déjà parmi les districts miniers célèbres. Les vieux prospecteurs s'y étaient promenés, comme partout

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ailleurs, et n'y avaient fait aucune trouvaille. Des chapeaux de fer (le gossan des Américains) et de maigres affleurements de plomb n'étaient pas pour les retenir. Pourtant, à l'époque où l'on traitait sur place les minerais riches, à gangue de quartz, des régions voisines, quelques buscones avaient transporté, à dos d'ànes, jusqu'à Parral et à Santa Barbara, des carbonates de plomb d^Almoloya, riches en fer et en manganèse, excellents adjuvants à la fonte.

Les petits fours d'adobes étaient, depuis longtemps, en ruine ; mais les grandes usines, établies sur la ligne du Central^ cherchaient du plomb. En 1900, un agent des Guggenheim visita la sierra délaissée et fit faire des travaux de recherche au fond d'un vieux trou, le Cigarrero, au sommet de la montagne. On suivait en zigzags un hilito, de faibles traces de métallisation. Au niveau de 100 mètres, on arrêta les frais, on s'en alla, et deux années passèrent sans qu'aucun bruit humain troublât les sérénades des coyotes et les aubades des palomas.

En 1902, un Mexicain, Santiago Rodriguez, s'avisa de dénoncer le Cigarrero. Il n'était guère plus riche que Pedro Alvarado avant la Palmilla. Son capital, c'était la confiance que lui inspirait la ressemblance du lieu avec Santa Eulalia. Il suivit en galerie, à travers le calcaire, une veinule recoupée au fond du puits,» fil d'Ariane qui le mena à une caverne aux parois revêtues de cristaux de

calcite, à un coffre-fort énorme où étaient entassées' vingt-cinq millions de piastres — avant la , frappe.

^ Cet amas de carbonates est si complètement oxydé et désagrégé qu'un coup de pic en fait crouler des tonnes. Il donne à l'analyse 38 pour 100 de plomb, 10 pour 100 de fer, 5 pour 100 de silice, un peu de manganèse, et de la chaux. Sa teneur, par tonne, esfede 32 grammes d'or et de 650 grammes d'argent. C'est un fondant parfait^ que les grandes usines, encombrées de minerais siliceux, se disputent et traitent au prix de sa teneur en fer et en chaux — pour rien.

L'exploitation d'un tel gîte est si facile, la situation est telle, que le prix de revient, en gare, d'une tonne valant J60, serait J 3, au plus, si l'on disposait de bonnes voies d'extraction et de transport. Mais, avant, d'exploiter d'une, façon moderne, il fallait payer les dettes de l'entreprise. Et puis, on n'était pas américain. Des mois durant, quarante tonnes furent patiemment portées, chaque jour, par soixantC'dix péons, de la cave au puits, hissées à dos d'hommes au carreau de la mine, le long d'échelles à poules, descendues en plaine à dbs d'ânes et, enfin, charroyées à la gare.

M. Rodriguez et ses associés n'en ont pas moins gagné très vite un demi-million de piastres; puis, calculant la valeur des 416.000 tonnes entassées dans leur cave et le temps qu'il faudrait pour les extraire par la méthode des aïeux — trente-trois

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ans, — ils se sont, enfin, décidés à ouvrir un tunnel à flanc de montagne, à établir une chute et à faire un raccord de six kilomètres avec le chemin de fer.

Au-dessous de la cave, à 166 mètres de la surface, un gîte de cuivre a été recoupé. La présence du métal rouge et les fortes teneurs en or du carbonate donnent l'avantage au Cigarrero sur la plupart des mines de Santa Eulalia.

Au. bruit de ce grand succès, un boom s'est déclaré. Des districts voisins, les mineurs sont accourus, et aussi les spéculateurs. Une coi;icession de 10.000 pertenencias, accordée à D. Miguel Mazatan, a longtemps gêné la prospection, mais sa caducité a été, enfin, déclarée et, le 27 février 1905, Tagent des mines de Santa Rosalia avait reçu 254 demandes- de lots.

Rappelons, à ce propos, que la loi minière réformée en 1905 oblige au dépôt de J 5 par pertenencia dénoncée. L'accaparement de 10.000 hectares, qui ne coûtait qu'une somme insignifiante, entraînerait, aujourd'hui, un débours immédiat de % 50.000. Pour spéculer sur l'avenir minier d'un district, il faudra, désormais, faire une large part au fisc.

Malgré l'obstruction, de belles découvertes ont été faites autour du Cigarrero. M. Borneman, de Jimenez, a trouvé à la Julietta^ près delà surface, des minerais de haute teneur, dont un lot de 20 tonnes a été vendu §12.000.

Un syndicat californien, The Almoloya Mining (7o., de Los Angeles, a àèwelo^^Q San J^nrique (83 pertenencias) au nord-est de la montagne. Un tunnel ouvert au nord, dans la partie basse du massif, en face de la station de la Vaca, servira à l'évacuation des minerais et à Taération générale. Trois galeries de récherche, partant du flanc sud, dont la pente est de 45 degrés, sont reliées au tunnel par des puits. L'une d'elles traverse un amas, dont nous ne connaissons pas l'importance.

Au sud-ouest du Cigarrero.ldiXXïèmQ compagnie explore le Cerro Colorado (37 pertenencias), au moyen de trois puits munis d'ascenseurs à gazoline et d'une descenderie sur Blon. Quand le puits principal aura atteint le niveau de i.OOO pieds, on ouvrira des galeries transversales, mais, déjà, des ' amas de carbonates de plomb et des filons de ^cuivre ont été rencontrés.

La ligne des affleurements se prolonge au sudouest par San Eligio, Los Angeles (75 pertenencias), El Zafiro (12 pertenencias), au groupe californien. Dans cette dernière propriété, une cave, emplie aux deux tiers de carbonates de plomb, a été découverte. Les traces d'une lixiviation naturelle, due sans doute aux eaux d'infiltration, étaient telles, dans les parties hautes de l'amas, qu'un enrichissement des parties basses, était probable. Des sondages ont été faits et de hautes teneurs trouvées.

Le terrain d'exploration ne manque pas aux

chercheurs de caves, et la Sierra Almoloya, cette Santa Eulalia nouvelle, sera, peut-être, en profondeur, une autre Cananea.

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