AVOIR
Brevets et pas-de-porte
. (apports nominaux des compagnies annexées) JJ24.8G7.263 §123.381.600*
Actions de compagnies étrangères. . 1.264.665 21.493.075
Actions d'autres compagnies 67.319.823
Tabac en feuilles et
manufacturé . . . 8.591.777 31.187.814
Fonds disponibles. . 1.538.751 5.163.965
Dettes à recouvrer. . 2.017.645 . 26.998.561
26 MINES ET MINBURS
Quelle part a-t-on faite à chacune des compagnies soumises? Quelles sont ces valeurs en portefeuille, ces actions de compagnies étrangères et autres ? On n'en sait rien. Les totaux apparaissent dans des rapports sommaires. Des dividendes sont annoncés, suspendus, repcis, au gré des meneurs. Les comptes publiés par les trusts sont comme ces vues cinématographiques où les ascensions à pic et les bonds de cent mètres, simulés au moyen de coupures et de raccords, semblent des exercices faciles, des passe-temps d'écoliers. y
Telle est la façade d'un de ces édifices à quarante étages construits sur la tolérance, TindiflEérence, Fineptie des consommateurs et des producteurs américains.
Les fumeurs et les cultivateurs de tabac ont payé cette majoration de 1.000.133.000 francs, en neuf ans.
Un des organisateurs du trust n'avait rien, littéralement rien, aux débuts de Fentreprise. Il vaut aujourd'hui 40 millions de dollars — ou, du moins, il les valait en septembre 1907. Il les avait gagnés sans travail, sans aptitudes spéciales, sans risques, sans un vestige de service rendu.
Une des branches du trust, la U, S. Cigar Stores C"", a 183 débits de tabac dans la seule ville de New- York. Un des derniers marchands indépendants, dans Broadway, prétendait lutter : le trust l'a flanqué de deux débits luxueux, aux loyers de 20.000 dollars, où quatre anciens^ mar-
AVANT-Pi^OPOS 27
chands, devenus employés, vendent des cigares à perte.
Comme les marchands, les producteurs succombent. Le. trust est Tunique acheteur de la matière première et fixe son cours. En six ans, le prix du tabac manufacturé a do'ublé; mais le tabac brut, qui valait six ou huit cents la livre, vaut trois cents. On calcule que, dans le Kentucky, les cultivateurs de tabac ne gagnent plus que 20 cents par jour — le salaire d'un péon mexicain.
Les pays à monopole — France, Autriche, Italie, Espagne — achètent, chaque année, un million de livres de tabac aux Etats-Unis. D'accord avec leurs agents^ le trust a circonscrit ces achats à une certaine zone, dansles États du Sud. La concurrence étrangère a été localisée.
Le trust s'est approprié la plupart des marques connues — cubaines et américaines — et vend, sous des noms célèbres, des cigares de qualité inférieure. Les clients trompés changent de marque. L'une après Tautre, les marques meurent, après avoir donné d'énormes profits.
Qu'il s'agisse de la manipulation du tabac ou de toute autre industrie, la formule est la même : éiùission d'obligations, annonce de gros dividendes, vente au public des actions en hausse, suspension des dividendes, rachat des actions en baisse.
Les palais à Newport, les villas à Tuxedo, les autos à cent chevaux (formule de fabricant améri-
cain, lisez quarante ehevaux), les yachts et le reste sont payés par ceux qui fument ou cultivent le tabac, par ceux qui brûlent du pétrole, produisent ou consomment du blé ou de la viande, circulent en tramway, en chemin de fer ou en steamer, expédient des marchandises au marché, par ceux qui travaillent, enfln, et fléchissent sous la masse, de plus en plus lourde, des actions aqueuses, des obligations fictives, des garanties de complaisance, des dividendes frauduleux.
Oui, mais,, un beau jour d'octobre, vers trois heures de l'après-midi, un passant monte les marches de marbre d'une banque, dans Wall Street, s'accoude au guichet et demande le règlement d'un tout petit compte — en dollars. Et la crise éclate.
La banque avait son hôtel à marches de marbre; elle avait des actions, des obligations, des hypothèques, des billets à ordre, des parts de lignes de steamers, de chemins de fer, de mines de cuivre ; elle pouvait offrir, aussi, la parole d'honneur de son président. Mais des dollars, elle n'en avait guère ; mais, des dollars, elle n'en avait pas.
Le soir de ce jour-là, un financier, au club, résuma, en six mots, Thistoire du désastre :
« Quelqu'un a demandé un dollar... Voilà! »
Autour du financier, d'autres financiers, lugubrement, approuvèrent, M. Roosevelt n'était plus en cause, ni ce juge qui a condamné le Standard OU à 29 millions de dollars d'amende. Tous les
^^riefs étaient oubliés devant cet attentat inouïj la demande d'un dollar vrai, non pas tle l'efligie du dieu, mais du dieu en personne sonnante et trëlmchante.
Fin de rêve. Plus de God's Countr;/, puisque Dieu, le dieudupays, le Très HauLdollaj-, s^en va.
La crise américaine de 1907 a élé bonne pour le Mexique. Ce coup de vent a dissipé les vapeurs malsaines et balayé des nuées d'insectes venimeux. Le boo?7i et le bluff ont, pour un temp^, repassé la frontière.
Les plus américanisés parmi les Mexicains et jusqu'à ces membres déniaisés du groupe roloniai qui géraient, à prix débattu, les inlérAtï^ des magnats de Wall street au Mexique, tous ont compris que, pendant des mois, des années peutêtre, ce ne sera plus à New- York, mais à J^ondrcs et à Paris.qu'ilfaudras'adresser pour les emprunts, les commissions et les ventes.
Au Mexique, dans ce champ d'aclion quatre fois plus grand que la France, aussi riche que l'Ouest des États-Unis et beaucoup moins exploité, l'heure est bonne pour les aptitudes spéciales > les énergies et les capitaux disponibles.
Travaux publics, banques, industries, ternes neuves, forêts vierges, forces hydriiuliques, les mines surtout, vieilles, jeunes, rnin^'s d'argent, d'or, de cuivre; et le fer, le charbon j le pétrole, Tasphalte, la soude, les pierres litlnj^q-aphiques, les marbres, le ciment naturel ; et les ^cmnies ; et
toieâ^"^
les métaux en ium^ dont on a constaté la présence en tant de lieux. — Que d'affaires ! Quel avenir, si Ton est sage et assez fort pour se défendre contre la mégalomanie et le mensonge !