‹ Sierras mexicaines: mines et mineursChapitre 23 sur 27 · TRAITEMENT DES GRAVIERS · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES GRAVIERS

A Las Palomas, Texpériencea montré quel'abatageetles manipulations ordinaires de chargement et de déchargement dés conglomérats cimentés les désagrègent assez pour permettre à la petite machine à sec de recueillir la plus grande partie deTor. Il suffit de se débarrasser, au moyen d'une grille grossière, des plus gros cailloux, qui gêneraient Topération. Les fragments de quartz aurifère, si fréquents dans beaucoup de placers, sont rares ici. L'or se trouve dans la pâte siliceuse feldspathique du ciment et, quand cette pâte est en poudre, il est aussi libre que dans du sable.

D'ailleurs, ce, qui reste d'or dans les fragments résistants et, par suite, dans les rejets de la machine n'est pas perdu, car ces tailiîigs se désagrègent de plus en plus au contact de Pair etj

après quelques mois, laissent prendre leur or à un second vannage.

Les frais de traitement sont de cinq sous (0 fr. 25) par tonne. On les réduirait à moins de quatre sous par l'emploi des moteurs à gazoline.

Nous avons dit que le traitement à sec est seul possible dans les placers de YAltar^ où l'eau courante est inconnue.

Jusqu'en 187S, on vannait la terre aurifère àla main, dans des plats ou couvertures. Puis, on a employé une petite machine de construction très simple, faite sur place. Elle consiste en un soufflet de vingt pouces de largeur sur deux pieds de longueur, dssez semblable à un soufflet de forge, encadré et monté sur quatre pieds en bois. La face inférieure du soufflet est en bois, percé de quatre valves et mobile, La face supérieure est un treillis en fil de fer, recouvert d'une toile de coton.

A l'aide d'une roue à bras qui fait 30 tours par minute, le soufflet expire de l'air à travers la toiJe et imprime, par suite, 120 secousses par minute à la face supérieure du soufflet, à la table de h machine. Cette table de toile a une inclinaison de 15 degrés dans le sens de sa longueur, elle est coupée transversalement par 4 ou 5 baguettes (rifles).

La terre aurifère, jetée dans une trémie, tombe sur la toile tendue dont les secousses font sauter la terre, de rifle en rifle, jusqu'à ce qu'elle tombe au bout de la machine. Chaque heure ou plus sou-

vent, un contremaître va de machine en machine, brosse la toile et recueille dans un plat ou battée l'or,, mêlé à un peu de terre, qui s'est arrêté le long des ritles. Un mouvement circulaire imprimé à la battée 'isole l'or au centre. Le contremaître souffle légèrement pour écarter un reste de poussière et recueille enfin l'or dans une bouteille.

Dans les placers de surface, l'équipe d'une machine se compose de cinq hommes, sans compter le contremaître : un homme prépare le terrain, abat les broussailles, pique le sol; un homme passe la terre à travers une grille afin de la débarrasser des plus gros. cailloux; deux hommes portent à la machine la terre ainsi préparée et la versent dans la trémie par seaux de 20 kilogrammes ; un homme tourne la manivelle. Ainsi équipée, une machine traite 3 ou 4 tonnes de terre par heure. La tâche d'une équipe et d'une machine est do 30 tonnes par jour dans les placers sableux, de 24 tonnes dans les placers pierreux.

Cette machine a deux inconvénients : 1** elle ne prend que le gros or et laisse passer l'or fin,. qui forme le quart et parfois le tiers de la richesse de la terre ; 2® elle donne prise au vol de l'or. Les machines sont éparses dans les ravins, dans la brousse, sur le flanc des collines. L'équipe d'une machine est seule, la plupart du temps, et fait ce qu'elle veut. L'an dernier, les yaquis de Don Arturo Sema, à la Ciénega, se sont aperçus d'un enrichissement; ils ont recueilli, en quelques heures,

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4.0Û0 dollars et ils se sont enfuis avec le contremaître. D'ordinaire, les vols se superposent : vols commis par Téquipe quand elle trouve des pépites ou gros grains visibles sur la toile de la machine, puis vols commis par le contremaître 'quand il retourne chez son patron avec la' récolte de la journée. La plupart des contremaîtres, dont le traitement mensuel n'est que de 40 piastres (100 francs), se retirent après quelques mois d'exercice avec le capital nécessaire à Tachât d'un rancho ou d'une tienda.

Le patron se résigne aux vols des Indiens, sachant qu'il rachètera à bon marché, à sa tienda, une bonne partie de l'or détourné (l). Afin que ses ouvriers lui apportent cet or, qu'ils cacheraient ou vendra:ient ailleurs s'ils étaient inquiétés, il les autorise à travailler pour leur compte, leur tâche une fois faite. L'équipe se met au travail de bonne heure, passe ses 30 tonnes et, de quatre à six heures du soir, elle jouit de la machine. On a remarqué que les pépites ne sont jamais trouvées que de quatre à six heures, phénomène dont l'explication n'a rien de scientifique.

Le patron donne à l'ouvrier 12 piastres (30 francs) par mois avec une ration de maïs, viande boucanée, etc. Il lui vend fort cher les

(1) Les placereâos pèsent l'or que leur apportent les yaquis avec des frijoles jles petits haricots du paysj. Chaque haricot représente, en poids, une valeur de 60 centimes. On conçoit que la grosseur des haricots joue un rôle en cette affaire.

UN PLACI-n SOUTERRAIN 353

cotonnades, couvertures, eau-de-vie, et le tient par la dette.

On voit que le métier de placereno (patron de placer) peut faire la fortune d'un particulier, mais que de telles opérations ne peuvent être entreprises par une compagnie, qu'elles ne sont pas industrielles. '' .

En effet, le placereno n'établit pas son bénéfice, ainsi que le ferait une compagnie, sur Técart entre le salaire de l'ouvrier et le rendement de la terre traitée. Cet écart serait souvent nul à cause des vols d'or ou de la mauvaise volonté possible dans ' le choix des terres. Chaque machine volante, avec son équipe de cinq hommes, doit tant par jour au patron, et le chiffre de cette redevance journalière varie selon la richesse supposée du placer. Dans tel placer dont la surface est bouleversée presque tout entière par une exploitation quasi séculaire, le patron se contente d'une remise d'or, strictement suffisante pour payer le salaire nominal . des ouvriers, et c'est sur ce salaire qu'il trouve son bénéfice, parce qu'il l'échange, à son magasin, contre des marchandises fortement majorées.

Un tel système suppose une âpreté dans la poursuite du petit gain. plus fréquente chez un individu travaillant pour son compte que chez le directeur d'une compagnie. J'ajoute que certains abus, pratiqués par quelques Mexicains dans leur pay§, ne peuvent ni ne doivent servir d'exemple à des étrangers.

A Las PalomaSjla richesse moyenne, par mètre carré de chenal, peut être évaluée ainsi : le mètre cube reposant sur le bed-rock et les 40 premiers centimètres du bed-rock lui-même fournissent 1.890 kilogrammesde gravier à 40 francs la tonne, soit 78 fr. 60. Le mètre cube qui surmonte cette partie basse du gîte fournit 1.350 kilogrammesde gravier à 10 francs la tonne, soit 13 fr. 30. La teneur totale par mèlre carré de surface de chenal est donc de 89 francs.

En Californie, cette teneur varie de 25 à 100 francs.

Dans un chenal d'une largeur de 100 mètres, chaque mètre courant produirait 8.900 francs, un peu plus que n*a produit le^nètre courant delà Bald Mountain Mine ^ le célèbre placer souterrain du comte de Sierra (Californie).

Cette évaluation s'appuie : i** sur les teneurs rencontrées hors des points d'enrichissement, dans le cours normal des chenaux; 2® sur les teneurs des graviers de la couche supérieure, laissés en place par les gambusinos parce qu'elle ne contient pas de gros or.

Le fait constaté par MM. Cumenge et Fuchs et qualifié par eux de capital, que, dans le cours ordinaire des chenaux anciens, la richesse moyenne

est à peu près constante, nous permet d'appliquer, à titre provisoire, les chiffres déjà connus aux parties encore inexplorées.

En rapportant à l'unité de superficie la richesse des chenaux, on trouve que cette richesse est, à Las Palomas, de 890.000 fiaancs par hectare, somme dont les trois quarts peuvent être recouvrés dans une première exploitation, où Ton réserverait un quart de la masse payante pour les soutènements.

^ Rappelons que la richesse par hectare du chenal . exploité en Californie varie entre 250.000 francs et un million.

J'ai dit que les conditions d'exploitation sont meilleures dans TAltar qu'en Californie, que la couche stérile au-dessus des graviers payants "y est moins épaisse, que le mode de traitement à sec vaut autant que le mode de traitement par Teau. Ajoutons que la main-d'œuvre est moins chère en Sonora que dans aucun autre pays aurifère.

Selon MM. Cumenge et Fuchs, le prix de la main-d'œuvre dans les principaux placers du nfDnde est :

Californie 15 à 20 fr, par homme.

Australie 10 fr. —

Guyane 4 fr. —

(Et, en plus, des rations coûteuses et des frais

généraux exceptionnels).

8ibérie .:....* 3 fr. par homme.

Dans TAltar, j'ai pu employer, pendant plusieurs années, des ouvriers à J 1 (2 fr. 50). Peut-être une exploitation très active, exigeant plusieurs centaines d'ouvriers, entraînerait-elle une hausse sur les salaires.

La situation des plaicers souterrains de l'AItar à mi-chemin entre les cultures de la vallée et la mer est excellente. De la vallée viennent les légumes, la farine, la viande, le tabac ; par mer viennent les rails, les pièces pour boisage, la dynamite, les cotonnades, le café, etc.

Malgré ces avantages, nous prévoirons la même dépense par toiine qu'en Californie.

Etant admis que la richesse minimum d'une mine de gravier en Californie doit être de 5 francs par tonne, nous attribuerons ce chiffre aux dépenses totales par tonne, à Las Palomas, impôts et frais généraux compTis. A ce compte, la dépense s'élèverait à 162.000 francs par hectare exploité.

L'écart entre ce chiffre et la teneur en or par hectare, diminué d'un quart, soit 668.000 francs, constituerait le bénéfice nç^i par hectare. Ce béné^ fice serait d'environ SOO.OOÔ francs.

Quant à la quantité d'hectares exploitables, il est impossible de l'évaluer avant d'avoir fait la carte. Tout au plus, après une inspection attentive des anciens travaux, de leur distribution dans le placer, des vides laissés entre eux sur tels chenaax connus, pouvons-nous dire que le rinquième, au

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plus, des rivières souterraines de , Las Palomàs a été exploité.

L'organisation du traitement par Féau coûterait au moins 100.000 dollars, mais on pourrait peutêtre économiser cette dépense en employant le procédé d'Edison.

Edison attaque le gravier Siveclessteamshovels, dragues puissantes dont chacune renaue un millier détonnes par jour. Le gravier passe ensuite» automatiquement, par une série de cribles qui classent ses éléments selon leur grosseur. Chaque type tombe devant un soufflet rotatoire, dont la force correspond au degré de finesse. L'or, pesant environ dix fois plus que le sable et les cailloux, se sépare d'eux et tombe dans une boîte spéciale.

Ces opérations ne coûtant que 2 cents par tonne de gravier extrait et traité, on pourra, semblet-il, exploiter, dans, le sud-ouest américain et le nord-ouest mexicain, d'immenses terrains aurifères où, sur une épaisseur de plusieurs pieds, la teneur en or est de 5 à 10 cents.

On pourra aussi attaquer par bancs les placers riches, oùla teneur varie de 10 cents près delasurface à 10 dollars près du bed-rock.

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