L'ACHAT D'UNE MINE
Les Européens qui achètent une mine — au Mexique ou ailleiïrs — prétendent la payer en parts libérées. Ils raisonnent ainsi : « Le vendeur connaît cette mine mieux que nous ; il affirme qu'elle est bonne ; s'il dit vfai, s'il la vend simplement parce qu'il n'a pas a^ez d'argent pour la mettre en pleine valeur, il doit se tenir pour heureyx d'en garder une part; il fera fortune avec nous. Pour son bien et pour le nôtre, tous les fonds souscrits seront consacrés au développement et à l'exploitation de la propriété commune. »
Les Américains font un calcul tout différent : (( Ge n'est pas, disent-ils, sur la foi du vendeur, mais sur le rapport de nos experts que nous achetons la mine. Le mode de paiement en parts est fécond en intrigues et en procès. Réglons nos comptes avec le propriétaire et qu'il s'en aille! Let us buy him out. »
Les Américains n'ont pas tort. Trop souvent on
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forme en Europe des compagnies dont le faible capital — un ou deux millions de franco — suffirait tout juste (s'il était entièrement versé) aux travaux préparatoires. D'ordinaire, les trois premiers quarts des fonds souscrits sont dépensés sans résultat appréciable; le quatrième quart n'est pas versé, malgré les appels les plus pressants ; l'affaire est liquidée. Le vendeur n'a rien touché, c'est vrai, mais les actionnaires ont tout perdu. ,
Le système américain comporte une étude préliminaire plus longue de l'affaire, au cours d'un working bond^ convention très juste, il me semble, qui oblige les futurs acquéreurs à faire des travaux déterminés : déblayage ou assèchement dé vieux chantiers, par exemple, ou recoupes et descenderies d'une certaine longueur sur le filon.
Quand la somme consacrée à ces recherches est épuiséo, on paie la mine au prix convenu, ou bien on la, rend à son propriétaire, enrichie de données nouvelles. Ces données seront décourageantes, dira-t-on. Pas toujours ; tel filon, jugé insuf^sant pour une compagnie, peut faire la fortune d'un particulier. Nous supposons, d'ailleurs, que le propriétaire aime mieux connaître la valeur vraie de sa mine, que perdre en illusions son temps et l'argent des autres.
« Mais les vingt ou trente mille piastres dépensées pendant l'option seront perdues, si l'on n'achète pas. » Préférerait-on perdre quatre ou
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cinq cent mille piastres *dans une affaire mal étudiée et 'mauvaise ?
Nous ne parlons, bien entendu, que des deux types de mines qu'on peut — sauf exception — acheter au Mexique : Vantigua^ qu'il faut déblayer, drainer, restaurer, et la mine nouvelle, qu'il faut développer. Quand il s'agit d'une mine en bon état, largement ouverte, le prix d'achat se base sur les dividendes distribués (exemple : Esperanza, achetée, en 1903, par la Guggenheim Exploration C^ et Real del Monte, acquise, en 1905, par la U. S. M. and S. C«), ou plus fréquemment, sur le nombre et la teneur des minerais en vue. Une telle mine a un actif, dont on fait l'inventaire. Selon la situation, le prix du combiisr tible, de la main-d'œuvre et des transports, l'excès ou la rareté de l'eau, la nature des roches encaissantes, les indications que donne la formation géologique, le mode de traitement qu'exigent les minerais, l'expert dira si la mine est chère au prix du quart de la somme représentée |)ar les minerais en vue, ou si elle n'est pas chère au prix du tiers ou de la moitié de cette somme.
Une tonne . de minerai dont la valeur brute est| 57, je suppose, donne un bénéfice de g 15 à Parral et de ^ 52 à Almoloya. En général, le métal extrait — or, argent ou cuivre — revient au 40 ou au 50 pour cent de sa valeur marchande. C'est ce prix de revient qu'il s'agit d'évaluer au plus juste. Je connais une miae d'argent, près du Golfe de
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Californie, en Sonora, où 600.000 dollars ont été dépensés en développement. Cent mille tonnes, d'une teneur moyenne de 33 onces, sont en vue ; les galeries sont en bon état. Pour mettre sur le carreau une valeur de 3.500.000 onces d'argent, il suffirait de dépiler les massifs. Eh bien, cette mine est à vendre sur la base du dixième de l'argent visible et aucun acquéreur ne s'est présenté — en vingt ans.
Quand toutes les conditions sont favorables et qu'une mine a été « bien achetée », les actionnaires sont-ils sûrs d'avoir fait un bon placement? Pas encore. 11 faut que le 7nffkt ma?i soit trouvé, Yoiseau rare — un bon directeur.
Quand on parle à un grand financier de Paris ou de Londres d'une affaire en pays neuf, d'une affaire au Mexique, par exemple, le grand financier vous demande : « Avez-vous Thomme pour la diriger? — Non, mais vous connaissez sansdoute... — Moi ? Je ne connais personne. Tous les bons directeurs sont occupés. »
C'est vrai. Il y a, dans le monde, plus d'affaires, de bonnes affaires, que de directeurs, de bons directeurs.
Après avoir acheté une mine et formé une compagnie pour l'exploiter, il faut choisir un directeur, un manager. '
L'homme compétent, dont la réputation est intacte et qui a déjà dirigé des mines, exige un traitement annuel de 800 livres sterling au moins. Un homme de premier ordre demandera 2.000 livres et, encore, n'acceptera-t-il pas la direction d'une mine dont l'avenir est douteux.
Le manager peut, à la rigueur, n'avoir pas suivi les cours d'une grande école spéciale, mais il faut qu'il ait travaillé dans les mines, dirigé des mineurs. Il dbit connaître la langue et les lois minières du pays où on l'envoie. Dès son arrivée au camp, il fera, du gîte et de tous les détails de Tafifaire, l'étude la^ plus complète que possible. Il commencera les travaux sur le filon et comman-^ dera lés machines d'extraction nécessaires.
Il sera chargé des achats d*outils, des approvisionnements, du choix du personnel. IJn manager doit rester en bons termes avec les autorités du pays, faire travailler les ouvriers et les employés sans se rendre impopulaire. Il faut qu'il soit sobre, actif, bien portant, d'humeur égale, d'un sangfroid à toute épreuve.
Avec ces qualités, il serait tout aussi bien un bon diplomate, un bon commerçant, un bon préfet. Combien, parmi les administrateurs, ses supérieurs hiérarchiques, seraient capables de le remplacer?
Dès les débuts des travaux de développement, le directeur doit faire des prises d'essai. L'avenir de l'affaire dépend du soin qu'il mettra à cette délicate opération journalière.
Si les teneurs sont insuffisantes et si le filon n'offre pas, par sa structure, par sa composition, par la formation qu'il traverse, des garanties de durée, un manager intègre conseillera l'arrêt des travaux, et, si les administrateurs ne tiennent pas compte de son avis, il donnera sa démission.
Si, les teneurs étant insuffisantes, la mine est dans une bonne formation et dans, le voisinage d'une bonne mine, le manager avertira le Conseil que, très probablement, on échouera, mais que Taffaire vaut qu'on fasse des travaux de recherche et de développement.
Si, les minerais étant de basse teneur, l'affaire peut réussir par une e?^ploitatioh économiq^ue sur une grande échelle, dont le type se trouve à l'Alaska Treadwell et à THomestal^e du Montana, le manager exposera clairement la situation et conseillera jde dépenser tous les fonds disponibles en travaux dé développement.*
Bien entendu, le Conseil lui témoignera le désir d'avoir un moulin et lui demandera d'en solliciter l*achat. Le moment critique est arrivé. Uii manager faible fera ce qu'on lui demande. Un manager compétent et énergique se dira que la mine n*est pas assez développée pour donner des garanties de succès, que le capital d'exploitation de la compagnie, insuffisant pour assurer le complet développement, le sera encore plus si on en consacre une partie à Tachât d'un moulin. 11 se dira que les administrateurs agissent moins dans l'intérêt delà compagnie qu'en vue d'un gain immédiat à la Bourse. Il refusera de les suivre dans cette voie et, s'ils insistent, il donnera sa démission.
Mais souvent, le manager manque d'expérience ou de caractère/11 occupait une situation subalterne et, pour la première fois, il est responsable.
Parfois, il a été nommé sur la recommandation du vendeur. Et puis, peu d'homnjies sont capables de faille des prises d'essai assidues et sérieuses, d'établir, sur leurs résultats, un projet logique et de soutenir ce projet jusqu'au bout.
D'ordinaire, le Conseil dirige les travaux, comme, jadis, le Conseil Ai^lique dirigeait, de Vienne, les armées autrichiennes en campagne. Un moulin est installé prématurément, non pour broyer des minerais, dont on ne connaît ni la quantité ni la qualité, mais, tout simplement, pour maintenir, pendant quelques mois*, le cours des actions à la Bourse. Des rhois, des années se passent, et la valeur vraie de la mine re^te inconnue. Enfin, quelques actionnaires perdent patience et forcent la main au Conseil. On envoie à la mine un expert connu, qui la déclare sans valeur. On liquide, après avoir dépensé bien des milliers de livres qu'on eût pu .restituer, dès les premiers mois, aux actionnaires, si le manager avait été honnôte, compétent et bien payé.
Aux débuts d'une entreprise minière, les administrateurs devraient dire au manager ç]^^ le capital d'exploitation tout entier sera dépensé en développement. Ils devraient lui donner les instructions suivantes :
Engager le meilleur essayeur qu'il pourra trouver, installer un bureau d'essai et faire des prises d'essai à chaque mètre d'avancement, sur toute la largeur du front d'abatage.
Après un an de travaux de développement, ou plus tôt, , si le capital d'exploitation fixé aux débuts est dépensé avant un an, on y verra clair. Si les résultats acquis sont encourageants, sans nul doute les actionnaires autoriseront Fenvoi à la mine d'un expert connu. Si le rapport de l'expert confirme Topinion favorable du manager et les données du tableau des essais, il sera facile de former un nouveau capital d'exploitation, pas très gros, au cas où le résultat définitif est encore douteux, maissuffisant pour pousser le développement.
Si le résultat est bon, l'argent nécessaire sera trouvé, sûrement. Il sera temps d'établir des voies de transport, des conduites d'eau, des compresseurs à air, des atelierg, un moulin.
La mine est reconnue mauvaise? L'étude du tableau des essais la condamne? Qu'on la liquide !
Certains intérêts sont opposés à cette mesure radicale. Le» promoteur n'aura plus d'actions à manipuler; les administrateurs perdront leurs honoraires et le manager ses appointements ; on parlera de reconstituer la société. Un manager honnête s'y opposera et exigera la publication de son rapport.
Une telle méthode rendrait 'confiance au public, mis en garde contre les mines et devenu sceptique,^ non sans raison.
'ir
M. Curie, l'expert anglais, a examiné toutes les mines d or importantes du monde, sauf celles de Sibérie. Voici son avis, bien motivé :
Les trois quarts des actions de mines d'or sont des cartes à jouer. Au jeu des mines, le jouQur ne se soucie pas de la valeur intrinsèque de la propriété^ de son histoire, de ses chances de durée. Il veut 'l Jaliser un gros profit en peu de temps et, dans ce but, il recherche ces renseignements qu'on appelle des tuyaux. Les promoteurs et les journaux financiers à leur solde se chargent de lui en fournir.
Un promoteur forme une compagnie. Il publie un prospectus, suivi d'un rapport signé par un expert, honnête ou non. Si l'expert est honnête, une partie de son rapport seulement est annejcée au prospectus.
100 ou 200.000 actions d'une livre sterling sont imprimées. La compagnie nouvelle est présentée
56 MINBS BT MINEUnfs
au public au moyen d'une circulaire ou de quelques paragraphes dans les journaux financiers. Ce genre d'annonce coûte dix fois plus que les annonces
\ ordinaires.
Si le marché est à la hausse et si rémission est bien faite, le lot d'actions qui doit former le premier bénéfice du promoteur et le petit capital d'exploitation s'écoule rapidement. Dans le cas contraire, il ne,s*écouîe qu'en partie.
Sur le registre d'inscription, nous trouvons les noms de 100 ou 200 propriétaires ou petits négociants de province, de quelques femmes, de quelques officiers en retraite, de deux ou trois cle'rgymen et de deux douzaines de mineurs — j'entends deux douzaines d'orphelins. Pas un nom connu dans le monde des mines, et c'est bien naturel, car, en admettant que le style du prospectus, la faiblesse du rapport, le nom de l'expert n'aient pas mis en garde les connaisseurs, le chiffre ridicule du capital d'exploitation — 15.000 livres sterling environ — les eût avertis. Us savent qu'on ne
' peut, avec 15.000 livres, mettre une mine en état de donner des dividendes, puisque 150.000 livres n'y suffisent pas, d'ordinaire. Ils comprennent, en lisant la liste des membres du conseil, que ces gentlemen, honnêtes peut-être, mais très peu au courant des questions de mines et de finances, sont menés par le promoteur et ne songent qu'à leurs honoraires.
Quoiqu'il en soit, la compagnie est formée, le
capital est souscrit. Les journaux Tannoncent el, le jour Suivant, Tadmission à la cote est demandée.
Les actions de la mine nouvelle apparaissent au bulletin avec une prime d'un huitième au-dessus du pair.
Toutes les actions, sauf celles que les souscripteurs ont payées une livre, sont syndiquées (pooied) et enfermées dans la caisse du promoteur.
Le promoteur sait que les souscripteurs veulent gagner 100 pour iOO. Rien ne lui est plus facile que de régler la cote et de la faire monter justju'à une certaine limite, au-dessou* du point oii les souscripteurs seraient tentés de vendre. S'ik se contentaient d'un bénéfice de quelques shillings par action, l'affaire serait manquée. Le promoteur ne craint guère cette occurrence; il connaît ses pontés; mais, par prudence, il fait paraître, dans les journaux, de courtes félicitations aux actionnaires et de discrètes prédictions de hausse.
Cote, 25 shillings. La hausse est rapide, modérément rapide. De nouveaux acheteurs se présentent et, pour ceux-là, la caisse du promoteur s'entr'ouvre. Les premiers souscripteurs sont \Ans décidés que jamais à ne vendre qu'à 2 livres.
Un mois plus tard. Cote, 30 shillings. Tous ceux qui ont acheté au-dessous de ce cours content leur succès à leurs amis. Des ordres pour 100, 300, 1.000 actions sont télégraphiés aux courtiers, à Londres. La pile de feuilles de papier, dans la caisse, diminue de hauteur. On cite des cas ou
elle a été débitée jusqu'à la dernière feuille; mais un succès aussi complet est rare.
Entre temps, un manager quelconque a été envoyé à la mine. S'il cherche bien, il trouve presque toujours des fragments de quartz avec de Tor à la vue; il les essaye et télégraphie les chiffres au promoteur : grosses teneurs, bien entendu. II envoie de beaux spécimens au bureau du Conseil, où les .actionnaires les contemplent. Ils sont admis à les contempler.
Cependant, des souscripteurs timides ou nécessiteux vendent quelques actions. A la Bourse, un certain nombre de titres changent de mains. Léger fléchissement du cours. Il est temps d'annoncer l'achat du moulin. « Batteries dernier modèle, cuves pour cyanuration. Le 95 pour 100 de For sera recueilli par les procédés les plus modernes. » Reprise du cours. Période calme pendant Tinstallatiort^du inoulin.
Faiblesse du cours. Un càblogramme : « Inauguration du inoulin. » Reprise du cours.
Résultats du premier mois dé broyage. Grande reprise. Ce mois-là, on a broyé tout ce qu'on avait à broyer. Plus une tonne de minerai payant, plus une livi*e en caisse. Il faut arrêter les travaux et fermer le moulin. Débâcle du cours.
Le promoteur n'en a cure]? mais les administrateurs et le manager, dont les honoraires et le salaire dépendent de Texistence de la compagnie, cherchent à prolonger cette existence. Le manager
insiste sur la valeur du prospect, sur les chances d'enrichissement en profondeur. Les administrateurs publient son rapport, suivi d*un éloquent appel aux actionnaires. Il s'agit de reconstituer la compagnie. On cite des compagnies qui ont été reconstituées trois et quatre fois.
Les actionnaires votent, en assemblée générale, la reconstitution ou l'abandon. Peu importe. Pour le moment, leur argent est perdu ; leurs titres ne valent pas du papier blanc. Que n'ont-ils mis, en cette affaire, un grain de bon sens?
Les gens qui réussissent en mines — il y en a, et beaucoup — ne souscrivent pas quand le prospectus n'est pas net, quand les administrateurs ne sont pas compétenis et réellement responsables et quand le capital d'exploitation est notoirement trop faible. Us ne croient pas aux articles des journaux financiers. Us savent que les actions peuvent être — et sont fréquemment — syndiquées et, par conséquent, sujettes aux manipulations, qu'elles montent aussi vite ou aussi lentement qu'il plaît au manipulateur, que la cote ne signifie rien. S'ils achètent des actions de ce genre, c'est pour les revendre à la première hausse.
Les autres acheteur^, ceux qu'on désigne, en France, par le nom d'un fruit, lisent attentivement la cote et attendent, pour vendre, une hausse de 60 ou de iOO pour 100.
Les certificats de ces actions ne sont que les billets d'une loterie sans tirages.
Les spétîulatears devraient savoir aussi qu'une mine ayant des chances sérieuses de succès n'est offerte au public que dans des cas très rares et bien au-dessus du pair. Les deep levels du Transwaal, à leur début, consi*aient en terrains sans trace de métallisation, dénoncés, comme on dirait au Mexique, sur la continuation en profondeur, sur rinclinaison calculée du gîte célèbre qu'exploitaient les compagnies établies sur les affleurements, à Johannisberg. Le gîte existait^ on le savait, à 12 ou 1.500 mètres au-dessous du sol. La valeur des deep levels était faite simplement du droit de dépenser 50 ou 60.000 livres pour atteindre le minerai. Et pourtant, ces compagnies ont trouvé, des fonds, sans faire appel au public. Quelquesunes ont émis des actions et les ont placées avec des primes de 2 à 10 livres. Et les actions deà premières compagnies, propriétaires d^s affleurements, avaient été émises au pair.
Une mine d'or, en quelque lieu du monde qu'elle soit, n'est pas ofi'erte au public si elle a des chances sérieuses de richesse et ,de durée. Un exemple, en Australie occidentale : il y a quelques années, pendant une période de dépression à la Bourse de Londres, après l'échec de 200 ou 300 mines australiennes, on apprit qu'une mine, les fils de Gwalia, était vraiment bonne. Son capital d'exploitation, un gros capital, avait été souscrit par un groupe. Les actions furent placées à 2 livres et cette prime de 100 pour 100 était justifiée par la
quantité de minerai assurée. Aussitôt, parurent à la Bourse les filles de Gwalia, la mère de Gwalia et jusqu'à sa tante! Ces mines ^nouvelles étaient • situées plus ou moins loin de la bonne mine. On offrait leurs actions au pair, généreusement. C'était cher; les souscripteurs s'en aperçurent plus tard, quand disparurent tous ces parents pauvres.
Conseils aux souscripteurs :
Se méfier du prospectus. Se méfier du rapport de l'expert, si cet expert n'est pas très connu. Cependant, le rapport d'un expert inconnu peut produire une bonne impression sur un connaisaeur et porter le cachet de la vérité. S'informer de la* valeur et du caractère des administrateurs.
Ne pas acheter une seule action,' quand le capital d'exploitation est insuffisant. Le capital d'exploitation minimum, dans une entreprise de spéculation, est 30.000 livres sterHng. Quand il s'agit dune entreprise bien définie, le fonçaged'un puits profond, par exemple^ ou l'ouverture d'une galerie de recherche pour recouper la continuation d'un filon connu, il faut au moins 50.000 livres, bel et bien versées et non pas mi-partie en titres réservés. Ne pas oublier que peu de mines peuvent être développées et outillées avec SO.OOO livres, que cette somme sera probablement employée tout entière au développement et qu'en cas de succès, il faudra trouver un gros supplément pour Ifi mise en exploitation.
Ne pas s'intéresser à une affaire où les vendeurs
se réservent 60 ou 80 pour 100 des actions. En général, le terrain à peu près vierge qu'on offre aux souscripteurs sous le nom de mine a coûté aux vendeurs des frais d'arpentage et de voyages et, peut-être, quelques travaux insignifiants : au total 1.000 livres. S'informer si le capital d'exploitation prévu a été réellement souscrit.
Ne pas croire, aux débuts d'une mine, les journaux et les circulaires qui parlent de son succès. Une mine ne s'affirme qu'après des mois et des mois de travail.
Si les actions du vendeur sont syndiquées et si •la cote est à la merci d'un homme, considérer cette cote comme un renseignement négligeable.
Se contenter d'^un bénéfice raisonnable et même d'un petit bénéfice. Si Ton se décide à vendre, ne pas fixer au courtier un chifi're qn peu au-dessus de la cote du jour. Vendre au cours, simplement.
Si les spéculateurs sans expérience ou éloignés des sources d'information suivaient ces conseils, quand il s'agit de mines houvelles, les promoteurs ne réussiraient pas à lancer le 20 pour 100 des mines d'or qui flottent aujourd'hui sur les eaux troubles delà Bourse de Londres.
Un jour, M. Daniel Guggenheim, président de la American Smelting and Refining C^^ jugea à propos d'inviter les petits capitalistes à la prudence, de les mettre en garde contre les prospectus des promoteurs. « Le public », dit-il dans une interview, « le public entend parler d'une mine que les pt^e-
miers experts de Tépoque ont, après de longs examens, déclarée hors ligne, et voilà un marché créé pour les actions de toutes les compagnies qui ont pu dénoncer les entours de cette mine ou n'importe quels terrains dans le même district. Qu'on le sache donc, les prospects — et non pas les premiers prospects venu^, mais ceux qu,i portent les signes d'une métallisation réelle — tournent bien, deviennent des mines payantes, dans la proportion à'un sur 300. Le^ 299 échecs sont oubliés et Tunique succès amorce 300 affaires nouvelles. Une grande compagnie, servie par des géologues et des ingénieurs de premier ordre, est sûre, non pas de réussir, mais, simplement, de réduire les mauvaises chances au minimum. » ^
Le grand chef des trusts du plomb, de l'argent et des fonderies jugeait-il qu'une douche d'eau glacée était nécessaire pour calmer les têtes échauffées? Exagérait-il le pessimisme, cette tenue de rigueur des capitalistes sérieux ! C'est possible, mais si l'on admet que, sur 300 mines nouvelles, iO, 20 ou 30 soient bonnes, où sont les hommes pour les diriger? Les ingénieurs de réputation intacte et d'expérience sûre sont, à ppu près tous, occupés. Au train dont vont les choses, les meilleures actions, bientôt, seront celles des compagnies formées pour exploiter, non pas telle ij^ine, mais le talent de tel directeur. Et nous aurons le trust des bons directeurs — si nous n'avons, avant peu, le krack des mauvaises mines.
Au Mexique, devenu un pays à étalon d'or, on cherche des niines d'or. On eh trouvera. Le groupe d'El Oro, dans TÉtat de Mexico, la Lluvia de Oro, dans, le Chihuahua, produisent régulièrement de Tor, et plusieurs mines, dans les États de Guerrero et d'Oaxaca, ont des chances de durée. Il est donc probable que le Mexique, où l'or a été, jusqu'à présent, un sous-produit des mines d'argent, aura ses mines d'or proprement dites et prendra rang parmi les grands pays producteurs d'or.
Si Ton découvre des mines d'or au Mexique, le mouvement sera^ sans doute, dirigé par des Anglais. Il est donc utile de savoir ce qu'un Anglais très compétent en la matière, très autorisé, pense des procédés anglais, des méthodes anglaises, du marché anglais.
Selon M. Curie, Tindustrie des mines d'or se divise en deux branches :
1^ L'exploitation des mines;
2° L'exploitation des actionnaires.
La plupart des mines d'or du monde appartenant aux Anglais, on a adopté sur les marchés linanciers du monde, sauf aux États-Unis, les
PROMOTEURS 65 rlKS
termes anglais, les mesures anglaises, les poids anglais, les monnaies anglaises. Or, on sait quelle obstination les Anglais mettent à garder leurs vieux poids, leurs vieilles mesures, leurs vieux usages. Esprit conservateur, dit-on, le respect des aïeux; soit, mais, quand il s'agit de mines d*or, ces vieux termes sont utiles aux manipulateurs de titres, aux promoteurs. Ce sont des outils excellents pour l'exploitation n** 2, celle des actionnaires.
Exemples : les Anglais ont deux tonnes, la, short toriy de 2.000 livres, et la lo7iff ton, de 2.240 livres. Naturellement, une long ton de minerai contient plus d'or qu'une short ton. Quand un promoteur dit que la tonne rend une once, il faut entendre longr ton, et quand il dit que cent mille tonnes sont en vue, il faut entendre cent mille short tons.
Les conseils d'administration, à Londres, ont adopte l'once pour unité de poids. Une barre d'or pur vaut 85 shillings l'once, mais si elle renferme un peu d'argent, ou un peu de zinc provenant de la cyanuration, ou tout autre impureté, Yonce vaut beaucoup moins. L'once des mines de Johaniiisberg, au Transw^aal, vaut 75 shillings ; l'once des mômes mines, provenant de la cyanuration, vaut 60 shillings ; l'once de l'Australie occidentale vaut 72 shillings à Coolgardie et 80 shillings à Kalgoorlie, qui n'est qu'à six lieues de Coolgardie. Or, dans les comptes rendus pour actionnaires, on lit couramment : « En septembre, notre mine a
produit 380 onces. » Combien cela fait-il de livres sterling, please?
Autre abus. Une compagnie anglaise publie les comptes du mois ;. profits, 10.000 livres. Il eût fallu retrancher de ce chiffre le prix d'achat de la nouvelle chfi^udièi•e ou d'une pompe, les frais de réparations au puits d'extraction, les frais de développement' au niveau n^ 3, etc., soit 4.000 livres, peut-être. Le profit vrai était 6.000 livres. Que ne le dit-on? Les directors vous parleront des intérêts des actionnaires futurs et des avantages qu'il y a à répartir des frais égaux sur chaque mois ; ils soutiendront qu'il convient de faire figurer* telle dépense au compte capital, telle autre au compte machines ou au compte développement. Et, quelque jour, la mine sera épuisée, liquidée, et, dans les comptes, le puits principal, dont les abords auront été barricadés pour garantir d'une chute les bestiaux et les ivrognes, ce trou dangereux figurera pour une valeur de 50.000 livres. Les machines, qu'on aura cherché vainement à vendre au prix de la ferraille, figureront pour SO.OOO livres. Les travaux de développement ne seront plus que d'anciens chantiers d'abatage, •à demi effondrés : ci, 30.000 livres. La propriété elle-même, devenue un coin quelconque en mon tagne, unlot aride, sans bois, sans herbe... et sans minerais, valeur : 200.000 livres.
Les comptes doivent se résumer en profits et pertes, dans une feuille mensuelle où figurent
toutes les recettes et toutes les dépenses du mois. Sur une telle feuille on lit clairement la situation deTaffaire. Sur les comptes qu'on présente d'ordinaire on lit tout ce que veulent les administrateurs.
Les administrateurs (directors) ne devraient jamais vendre ou acheter des actions de la mine qu'ils administrent. Qu'on les paye bien et qu'on exige d'eux un travail utile ! Il faudrait, dans un conseil, trois hommes seulement, mineurs ou commerçants, et leur donner beaucoup plus d'une guinée par séance.
Il faudrait aussi relever les fonctions du manager {le directeur de la mine), le mettre au niveau des administrateurs, donner à son opinion, quand il s'agit d'une décision à prendre, une plus grande importance qu'à toute autre opinion. Après tout, il est mieux placé que les administrateurs pour savoir ce qu'il faut faire et c'est de lui, bien plus que du Conseil, que le succès dépend.
Pourquoi les managers ne sont-ils pas brevetés, comme les pilotes? Quand un pilote perd un bâtiment, il passe devant un conseil d'enquête. Un manager malhabile ou malhonnête peut impunément se tromper de passe et échouer sur une roche Tembarcation — lamine — qui lui est confiée. On le renvoie, dans des cas très rares. D'ordinaire, on lui demande simplement sa démission et il va, ailleurs, couler une autre mine. La crainte d'une enquête, d'une censure de ses pairà^, ne le rendraitelle pas prudent?
Et les administrateurs, pourquoi ne seràient*ils pas, eux aussi, brevetés? Un homme instruit en mines et en finances et responsable devant la « chambre des administrateurs » ne serait pas payé cher au taux de 500 livres par an et par mine.
M. Curie nous fait assister à une première réunion d'actionnaires, à Londres :
Le chairman, qui avait vendu lamine, détenait toutes les actions, sauf celles que le public avait souscrites. L'affaire était sous son contrôle. Les administrateurs étaient des hommes à lui, des incapacités notoires, à leur place dans un conseil. Toqt s'utilise en ce monde.
Le chairman prend la parole :
« Ladies et gentlemen, nous nous sommes réunis, ce soir, parce que la loi Texige. J'ai peu de choses à vous dire. En juillet prochain, à notre première assemblée annuelle, je vous exposerai tout ce qui concerne le développement de votre mine. Dèj maintenant, je suis en mesure de vous assurer que .vous serez hautement satisfaits. » (Il n'avait reçu aucune bonne nouvelle. Deux ou trois administrateurs approuvent : hear, hear !)
ik Vous avez dû remarquer que nos actions font déjà prime à la Bourse. Je vous dirai confidentiellement qu'un courtier est venu me trouver hier et m'a offert 1/8 au-dessus du coups pour un lot de 2.000 actions. Je n'ai pas voulu vendre. {Sensation prolongée. Applaudissements.) L'orateur a dans sa
caisse, au moment où il parle, toutes les actions qui n'ont pas été souscrites au pair. Il a réglé luimême la cote, chaque jour, et c'est Fordj'e d'achat donné par lui-même à un courtier, qu'un autre courtier a essayé d'exécuter.
« Permettez-moi maintenant de vous lire un rapport, reçu hier de notre manager : « Au niveau de 50 pieds, nous avons avancé de 90 pieds sur lefilon, qui est bien défini. •. » Suit une liste des essais, pris de 5 pieds en 5 pieds... 1 once, 18 dwts (1), 2 onces, 6 dwts... Je n'ai pas besoin de vous dire quavec des teneurs de 2 onces 6 dwts, l'avenir, un grand avenir est assuré. » (Longs applaudissements.) Un des directeurs, très excité, fait des calculs au crayon sur une feuille de papier. Le chairman s'est bien gardé de lire la liste complète des 18 essais. La moyenne, y compris les deux essais de haute teneur qu'il a mentionnés, est de 6 dwts — 24 shillings — inexploitable.
a Hier, nous avons reçu le càblogramme suivant : Filon recoupé au niveau de 100 pieds.
Essai 26 dwts. [Applaudissements.) Le chairman ne lit pas les derniers mots du càblogramme : largeur, 5 pouces, — inexploitable. Le secrétaire se lève à demi pour rétablir les faits, mais il se souvient à temps que sa mère est veuve et pauvre; il se rassied.
Le chairman reprend : « Ladies et gentlemen,
(1) Le signe dwts (pennyweight) veut dire 1 gr. 5552.
j'ai réussi à grouper, pour former notre conseil, les hommes distingués que voici. [Applaudissements.) Ils sont si connus que je n'ai pas besoin de vous les présenter. Je le dis, non sang fierté, les destinées de notre minô sont entre les mains d'un comte, d'un conseiller privé, d'un membre du parlement, d'un général et d'un gouverneur colonial. (Applaudissements,) Il ne me reste plus qu'à proposer à l'assemblée de voter Tordre du jour. [Approbation,) Le comte se lève pour seconder la motion, mais un membre de l'assemblée demande la parole :
« M. le président, » dit-il, « je voudrais dire deux mots avant le vote. Je suis, par profession, un mineur. J'ai passé ma vie dans les mines. Je connais le district où est située votre mine. Je ne suis pas actionnaire, mais j'ai la propuration d'un ami, qui est actionnaire.
« Connaissant la région, je ne crois pas que votre filon soit aussi riche que vous l'avez dit. Vous avez mentionné deux essais. Puis-je vous demander de mentionner les autres? Je connais votre manager. C'est un homme sérieux et prudent. Je suis sûr qu'il ne vous aurait pas envoyé les essais que vous nous avez communiqués sans vous en envoyer d'autres, moins brillants.
« Autre chose. Vous nous avez félicités d'avoir pour administrateurs les hommes que vous avez choisis. Je propose à l'assemblée de nommer d'autres administrateurs, des hommes qu'elle choi-
sira. {Murmures.) Pourquoi vos hommes seraientils chargés d'administrer cette mine? Ce ne sont pas des hommes d'affaires, encore moins des mineurs. Le comte a un conseil judiciaire. Le conseiller privé a un conseil judiciaire. Le général a 70 ans et il est complètement sourd. Le membre du parlement a été chassé d'un con3eil de compagnie minière, Tan dernier, pour avoir accepté secrètement des commissions.
« D^aiUeurs, tous ces messieurs font partie de tant de conseils qu'ils n'auront pas le temps de s'occuper du nôtre. Ladies et gentlemen, je vous propose de former notre bureau. »
Sensation profonde. Bruit général. Quelqu'un siffle. Tout le monde siffle. Un lord a été outragé ! Scandale!... Que dira-t-on de ceux qui y ont assisté? Les administrateurs serrent des mains, sourient et plaisantent. L'incident n'est pas sérieux. La motion du chairman est votée par acclamation.
L'opposant sort en murmurant : « Trente millions de snobs, selon Carlyle. Il faudrait dire maintenant quarante millions... la population a augmenté. »
Le chairman et les administrateurs engagent des conversations particulières avec des reporters de journaux financiers.
Une heure plus tard, le chairman est dans son bureau avec le comte. Le conseiller privé et le gouverneur attendent dans Tantichambre.
sm
{)ère^ dit le comte, que vous allez me .Toption sur 2.000. C'est un bénéfice de nvres, mais j'en ai diantrement besoin. Et j, /e me suis donné un mal de chien pour vous. J^en ai assez, de ces sales mines ! — Une option? répond l'autre, et le rachat de^ actions avec 10 shillings de prime? Vous savez qu'il n'y a pas de marché pour le stock. C'est encore un billet de 1.000 livres que vous me demandez. Vous êtes fou. Bonsoir. Dites au gouverneur d'entrer. »
Des syndicats anglais et français envoient au Mexique leurs agents financiers et leurs experts. C'est fort bien, mais, pour que les combinaisons projetées réussissent, pour que Tengouement actuel ne soit pas suivi d'abstention, il faut mettre en garde nos visiteurs honnêtes contre nos visiteurs... habiles.
Ceux-ci viennent, pour la plupart, d'un pays voisin, d'un pays où — de l'aveu de ses écrivains, de ses prédicateurs et du président lui-même — les grands brasseurs d'affaires, les chefs des trusts, détenteurs d'une partie de la fortune publique, sont aussi inconscients, aussi amoraux que les rois nègres de l'Afrique centrale. Et justement, c'est
l'heure OÙ les plus puissants parmi ces « capitaines d'industrie » (chevaliers montés en grade) préparent une campagne d'intervention au Mexique, y organisent leur publicité, y forment un corps d'éclaireurs, dont certains officiers, mexicains de naissance, n'ont pas eu, en se vendant, la pauvreté pour excuse.
Sur les flancs de ces troupes disciplinées et bien payées, des irréguliers chargent en fourrageurs et font parfois de bonnes prises.
Sur les titres d'une mine à dividendes, d'une mine connue et cotée, l'opérateur provoque la baisse par des bruits discrètement semés, par des dépêches « confidentielles. » Il achète des actions au plus bas, laisse remonter le cours et répète la manœuvre. Quand il a encaissé un nombre raisonnable de titres, il offre au Conseil d'acheter la mine à un prix superbe, inespéré — les sept chifireset en or! Simple option, mais option très courte, avec dédit. Une grosse somme est versée en garantie de l'exécution du contrat — ^ 200.000 par exemple. L'assemblée générale approuve par acclamation, car le futur acheteur est un homme très riche, très pratique, incapable de sacrifier § 200.000 par caprice. La vente est sûre. Les actions montentet ne s'arrêtent qu'un peu au-dessous du niveau fixé par l'option. Au jour de Téchéance, l'opérateur télégraphie, de New-York^ qu'à son grand regret il ne peut donner suitetà cette belle affaire. Il perd ^ 200.000, mais, par compensation.
il a gagné § 800.000 en vendant ses actions pendant la hausse.
L'été dernier, le directeur d'un « bureau «américain faisait paraître^dans un Mining Journal Tavis suivant :
Aux promoteurs.
« Avez-vous besoin d'échantillons de quartz aurifère, de minerais de cuivre ou d'argent très gros, très beaux? Nous pouvons vous en procurer, à un prix raisonnable, qui serviront à écoulervos actions de mines. Vos propres minerais sont riches, nous n'en doutons pas ; mais, un connaisseur, seul, peut les^ apprécier, et c'est pourquoi nous .vous suggérons de montrer aux petits capitalistes quel-ques spécimens dont la richesse soit évidente, des pierres incrustées d'or natif, d'argent natif, de cuivre natif. Nous avons Texpérience de ce genre d'affaires. Par nos soins, plusieurs compagnies minières ont été lancées. Grâce à l'exhibition de minerais bien choisis, le- capital nécess)aire pour développer de simples prospects a été trouvé. Venez voir notre collection! »
Sans doute, un des cHents du marchand de spécimens est ce promoteur du Nevada qui dénonça un dyke de porphyre cru, près des bonanzas de Goldfield; Dans les photographies, le dyke devient un filon. Devant l'énorme affleurement, des
amas de pierres figuraient les pinerais abattus. Des centaines d'ânes et des chariot^ par douzaines, chargés de sacs de cailloux, partaient pour la fonderie. Le tableau, encadré d'essais merveilleux, orne les revues et les prospectus, et Içs actions de la « mine » font prime dans les Bourses lointaines.
K*** avait recueilli une centaine d'onces d'or, à las Palomas, un placer sonorien. Ce n'était pas la fortune, mais un instrument de fortune. K*** repassa la frontière. Revenu au « God's Country », comme on dit là-bas, au pays de dieu — de quel dieu? du Veau d'Or? — il sema ses onces dans un ravin, au Texas. Il les eut vendues ^ 1.700 à la Banque, il les vendit § 40.000, ravin compris, à un banquier de San Antonio.
On pare pour la vente, on maquille, on sale (c'est le mot usité) un prospect qui tourne mal ou une mine dont le filon, riche aux premiers niveaux, s'est révélé pauvre en profondeur. Sur des graviers qui pourraient être ceux d'un placer, ou sur le front d'une veine qui pourrait être aurifère, le chasseur de dupes tire quelques coups de fusil. La grenaille d'or dont il a chargé ses cartouches s'éparpille dans le sable ou s'incruste dans le quartz. Des gens s*y font prendre, de ceux qu'on appelle, dans l'Ouest, cornes vertes ou pieds tendres.
Le truc a été perfectionné. A la Campana de Oro, en Sonora, le développement exposait, sur plusieurs centaines de mètres, en direction et en
profondeur, un gros filon de quartz blanc, à peu près stérile. C***, un américain, qui payait les travaux, passait pour un niais, parmi ses ouvriers et ses voisins. Mais il veftdit sa mine § 600. OOG à un syndicat anglais dont l'expert constata, sur prises d'essai, des teneurs de deux onces d'or et plus. Avant l'expertise, C*** avait badigeonné tous les fronts, toutes les parties visibles du filon, avec une solution concentrée de chlorure d'or.
M. Edmond Fuchs fit éventrer les fronts d'une mine à vendre et ramassa lui-même les spécimens. Il suivit pas à pas la mule de bât, passa les nuits près des sacs scellés, pour qu'on ne pût injecter des solutions riches, à travers la toile, avec une seringue de Pravaz — un tour qu'on lui avait joué à Denver. Au laboratoire, il trouva des teneurs si fortes qu'il recommença les essais et surveilla son aide, un bon jeune homme qui entretenait le feu, tout en fumant des cigarettes et, négligemment, laissait tomber dans les creusets un peu de cendre — de la cendre de ses papelitos, préparés au chlorure d'or.
Peccadilles, tout cela, vols sans importance !.Que sont des coups de 40, de 100, de 600.000 piastres auprès de la rafle magistrale faite par les organisateurs de V Amalgamated? Le promoteur de mine frelatée doit contempler les émissions de MM. Rockefeller et consorts avec Tadmiration et l'humilité du chasseur qui rentre, un basset sur ses talons, un lapin dans feoncarnier, et découvre, par-dessus
la haie, les 400 faisans, alignés au tableau, d'une battue princière.
Le programme, toujours le même, comporte :
l*' L'achat d'une raine, s'il s'agit d'opérer sur le cours d'un métal (affaire de Y Amalgamated)^ ou ' la construction d'une usine, si le coup est dirigé contre une industrie (affaire de la Continental, Rubber C^), Peu importe que la mine soit bonne ou que l'usine fonctionne bien ; mais l'entrée en campagne doit être annoncée bruyamment. Une forte somme, sur la mise, est réservée pour les agences, et les journaux ; par exemple, dans les comptes de la Gold G^reew (7<^ (exploitation d'un pse.udo-placer en Sonora), sur des dépenses montant, au total, à |838 582 (^ont #178.365 pour dividendes fictifs), les frais de publicité s'élevaient à g 69.502.
2** Manipulation du cours des fibres, du cuivre, du caoutchouc ou do la laine, enfin de la matière industrielle en question. De gros* stocks, qui n'jBxistent pas, sont offerts sur tous les marchés du monde, des faux bruits mis en circulation, de longues dépêches câblées aux agences. Quand les acheteurs et lôs producteurs ne savent plus oii ils en sont, quand le marché est démoralisé^ le trust fait des offres d'achat ou de consolidation à ses concurrents. Il les paye, autant qu'il peut, en papier de la première émission et forme, à bon marché, un groupe important de mines ou d'usines.
3^ Suite de la manipulation du cours de la ma-
^le. Maintenant, le trust est à la manœuvres sont inverses aux pre-
orrande émission. Les 30 millions souscrits par le syndicat, dont 5 millions versés, servent de base à une émission de 150 millions, et les titres, offerts au public, en pleine hausse de la matière industrielle, se vendent à prime.
S** Opération qui consistée «secouer le prunier», c'est-à-dire à refaire la baisse, à redémoràliser le marché. Débâcle ; rachat? des actions, par le premier syndicat, au 40 pour 100 du prix d'émission.
6** Relèvement du cours ; revente des actions au public, au-dessus du pair.
Et ainsi de suite.
Les manipulateurs du cuivre, le sénateur Clarke, M. Rockefeller, M. Rogers, M. Ryan, M. Haggin, prévoient l'épuisement de leurs principaux gîtes et, pour maintenir leur pouvoir, ils projettent la création de nouveaux centres de production. Leur attention a été attirée sur le Mexique par les succès du Boleo, de la Cananea, de Nacosari, et les meilleurs parmi leurs ingénieurs spéciaux ont été chargés d'étudier les zones cuprifères du Guerrero et du Michoacan, Avec l'esprit pratique dont
ils ont donné tant de preuves, les chefs du trust font discrètement cette enquête et comptent traiter rapidement l'achat des propriétés qui seront jugées bonnes.
Ce mode d'acquisition vaut mieux que le système suranné des Européens, empêtrés dans les formalités inutiles et renonçant à la meilleure affaire parce que, sur tel document insignifiant, on a négligé de faire viser par le ministre des AffaiTes Etrangères la signature du ministre de la Justice, lequel avait légalisé la signature d'un notaire. Les capitalistes européens perdent à ces niaiseries des mois et des années que les capitalistes américains emploient utilement. Après tout, c'est de la valeur du gîte qu'il s'agit et de cela seulement, car il est sans exemple, au Mexique, que de grosses sommes aient été payées pour l'achat d'un titre irrégulier,
. Il est difficile de dire lesquels, des Anglais, des Français ou des Allemands, apportent, dans l'achat d'une mine et dans son exploitation, le plus de pédanterie, de routine et de naïveté. Une décision de la haute cour de justice de Londres, déboutant le Risdon Iron Works ^ une fabrique de machines, de San Francisco, de sa demande contre sir Christopher Furness, a mis en lumière une affaire typique, celle du Copper King,
Copper King (le roi du cuivre) est le nom qu'un prospecteur californien avait donné à un affleurement, rencontré dans les montagnes du district de
Fresno. Un trou avait été fait, le titre mis ea règle, un rapport élogieux obtenu d'un professer. Il y avait, au Copper King^ quelques traces de cuivre ; le prospect valait bien trois ou quatre cents dollars. Un certain Frank Gardner porta l'affaire à Londres. Le Mining Review, de Los Angeles, nous apprend que M. Gardner est bien connu en Californie. Il Tétait moins, paraît-il^ à Londres, car il y réussit à vendre la mine au prix de 350.000 livres sterling. Sir Christopher Furness souscrivit, à lui seul, pour cent mille livres, la régularité parfaite du titre et le nombre des documents dûment légalisés Tayant convaincu de la valeur du gîte. Dès les premiers travaux, il changea d'avis. Toute trace de cuivre avait disparu. On décommanda l'ascenseur, les pompes, le water jacket, achetés aux Risdon Works. Procès devant les tribunaux de Londres; jugement déclarant qu'aux termes, du Limited Liabilities Act, un actionnaire n'est pas responsable des dettes de la compagnie. Sir Christopher ne perdra que 100.000 livres.
Il a voulu voir le trou où il les avait perdues et il a observé que les liasses de papiers, titres, rapports, banknotes, correspondance, pièces du procès, le rempliraient jusqu'aux bords.
PROMOTEUnS 81
On parle, un jour, dans les journaux financiers, d'une nouvelle mine mexicaine, El Porvenir^ flottée en France au capital de 18 millions. Pour l'émission des 23 millions du placer de Santo Domingo, Greene a dépensé 350.000 francs en réclames.' A ce compte, le lancement d'un bateau de moindre tonnage, d'un bateau de 18 millions, doit coûter dans les 250.000.
La proportion est constante. Qu'il s'agisse de pilules ou de mines, le promoteur américain compte sur un profit de 40 ou 50 dollars par dollar dépensé en publicité. Un sou de calomel et neuf sous'de réclame font 5 ou 6 dollars; un trou de 1.000 dollars et 49.000 dollars de réclame font 4 ou 5 millions de dollars.
La valeur intrinsèque de Tobjet à- vendre ne compte pas. Par exemple, la « mine », estimée 18 millions par son promoteur, est un terrain vague, d'une vingtaine d'hectares, près d'une mine abandonnée, San Cristobal. C'est par les journaux de Paris que les gens de Parral, à cinq kilomètres de là, apprennent son existence.
Parmi les abois des gros chiens qui se partagent les 250.000 francs d'annonces, écoutez le jappement d'un tout petit chihuahua, du journal améri-
82 MINES BT MIN EU n S
cain local : « L'examen des mines voisines a convaincu M. Wilson qu'un puits de 500 pieds, à El Porvenir^ recouperait deux veines à leur point d'intersection et que le corps des minerais disponibles aurait 2.000 pieds de long sur 160 pieds de large. »
Un puits de 500 pieds, à 16 piastres le pied, coûterait douze fois moins que la réclame pour rémission; mais, voilà! trouverait-on dans les schistes de Parral les millions qu'on demande à la place de Paris ?
Les promoteurs américains Font découvert, ce grand gîte de dupes, ce criadero inépuisable, où les métaux précieux sont extraits, tout monnayés^ des poches. Que ne punit-on ces écornifleurs et les banques, leurs complices? Le parquet de Paris est armé de lois spécialement sévères contre les escrocs étrangers. Toute affaire mexicaine proposée en France par un Américain devrait être mise en quarantaine, soumise à une enquête extra-judiciaire. Sans doute, Tautorité locale prêterait son concours aux enquêteurs, car le bon renom du Mexique et son crédit en Europe sont en cause.
En 1906, un certain Eugène Davis, de Washington, a flottéy en Belgique et en France, Un vieux puits à demi-plein d'eau. Capuzaya (c'est le nom de ce trou un peu cher) — 25 millions de francs — est à quelque cent mètres du trou futur, du trou de 18 millions. Davis a obtenu 7 millions
de plus que son confrère, parce qu'il porte beau ' et qu'il savait donner dix louis de pourboire après un dîner de 800 francs chez Paillard. Cela sentait le mineur en bonanza, le nabab des sierras. On Ta arrêté à New-York et relâché aussitôt sous une caution de 10.000 dollars : cinquante mille francs — une bagatelle — à porter au débit de Taffaire, avec les frais de publicité.
Avant rémission, un groupe de capitalistes français avait demandé, par voie diplomatique, des renseignements sur Thommé et sur la mine. Or, il se trouve que notre agent consulaire à Parral s'occupe de mines avec succès; nul mieux que lui ne pouvait donner un avis motivé et mettre ses compatriotes en garde. Sans perdre un jour, il a répondu.
Croira-t-on que sa lettre n'a été communiquée aux intéressés que neuf mois plus tard, bieïi après la réussite du coup?
11 y a cinq ou six ans, un promoteur proposait à Londres un fdon très gros et très riche, découvert à une trentaine de lieues à Test du chemin de fer Central, dans les savanes du Chihuahua. On ignorait à Londres qu'en cette région on ne trouve pas de filons, mais seulement des gîtes irréguliers, des dépôts du type calaminaire. Aussi bien^ le soi-disant filon n'était-il qu'une intrusion de porphyre dans le calcaire, un dyke stérile. Mais traité en filon, costumé en filon^ paré de puits et de galeries, ce dyke avait bonne apparence. Il ne
lui manquait que dès minerais. Le promoteur en fit venir de Parral.
Un jour, les employés de la petite gare interrmédiaire virent, non sans surprise, décharger des fourgons sur le chemin de la fonderie et charroyear cent tonnes de minerais de fonte vers des lieux inconnus, au désert.
Ces minerais, tirés d'une bonanza célèbre, contenaient dix kilos d'argent par tonne. Une telle richesse eût étonné les experts et déterminé un examen minutieux. Le promoteur coupa d'eau ce vin trop fort.
n fit un mélange ainsi composé :
Minerai importé, teneur en argeat
10 kilos 100 tonnes.
Minerai local, teneur en argent 0. 200 —
Le mélange, étalé sur Taire d'un corral, piétiné pendant un mois par un troupeau de chèvres, pelleté et repelleté, était à point quand l'expert, venu de Londres, fit ses prises d'essai: teneur, 3 kilos d'argent par tonne.
Dans les puits et les galeries, le filon était masqué par des planches. On ne boise guère, dans les calcaires de Chihuahua... Cas exceptionnel.
Sur les fronts d'abatage, on donna quelques coups de mine et Texpert, qui se garait pendant les explosionSj recueillit des échantillons dosés : teneur, 3 kilos, concordance parfaite avec celle
du tas, en haut. Rapport élogieux. Achat de la mine au prix de cent mille livres sterling- et d'un gros paquet d'actions libérées. En outre, le promoteur s'était réservé la direction générale et le choix des employés.
Deux années durant, il toucha de gros honoraires, distribua des places bien rétribuées à ses frères, et fit les larges dépenses que comportait l'ampleur de Tentreprise : « Nous développons notre filon », écrivait-il à Londres, « mais nos minerais, de plus en plus complexes, ne peuvent être traités sur place. Il nous faut une fonderie. »
Augmentation du capital; établissement d'une fonderie. Quand elle fut prête et que tous les prétextes pour ne pas produire la première barre d'argent eurent été épuisés, on se douta enfin, à Londres, qu'un rat était derrière le rideau. Mais, plus prudents qu'Hamlet, les Anglais ne tirèrent pas répée. Bien au contraire, ils chantèrent les louanges de leur mine et de leur directeur et vendirent à prime leurs actions aux Français.
Les nouveaux propriétaires, avertis à leur tour, firent comme les Anglais. C'étaient des boursiers, rompus aux manipulations de titres. Discrètement, ils repassèrent la fausse monnaie au gros public, à des facteurs ruraux, des vieilles filles, des gendarmes en retraite, des curés de campagne, petites gens incapables de s'assembler et de se défendre, pas même de se plaindre.
MINBS ET MINEURS
Le promoteur est riche et fait d'autres affaires. Les deux premières séries de dupes n'ont pîen perdu. La troisième série... peu importe.
Le dyke n'est plus exploité.
M. Greene a acquis Mulatos, les terrains de M. Telesforo Garcia et le chemin de fer El Paso- Sierra Madré. Si tout autre homme exposait, après ces achats, le plan grandiose qu'on va voir, on croirait que cet homme est mégalomane. Mais c'est M, Greene qui parle, M. Greene, le fondateur, *le président de la Cananea. Or, la Cananea qui était, il y a dix ans, une montagne couverte de pins et peuplée uniquement de dindons sauvages, de cerfs et d'ours, produit, par mois, 3.000 tonnes de cuivre, 40.000 onces d'argent et 2.000 onces d'or, soit une valeur de 900.000 dollars — plus de 50 millions de francs par an. M. Greene n'avait, il y a six ans, pour toute fortune, que ses outils de prospecteur et sa foi en la richesse minière, forestière et pastorale d'une région où il avait erré, vingt années durant, couché dans la brousse, vécu de gibier, de racines et de fruits sauvages. Voilà rhomme qui, revenu à Chihuahua après une
expédition dans ses nouveaux domaines, disait à un reporter :
« Je ne suis guère sorti des propriétés que j'ai achetées à M. Telesforo Garcia et à M. Mac Manus. 800 ou 900.000 hectares sont dans le Chihuahua et 300 ou 400.000 en Sonora.
« Pour exploiter me^ forêts, j'ai organisé la Compagnie « Sierra Madré Land and Lumber », au capital de 15 millions de dollars, entièrement souscrit par moi. Cinq camps d'ingénieurs sont sur le terrain. J'étendrai le chençiin de fer El Paso-^Sierra jusqu'au confluent du rio Chico et de TArros (FArros, c'est le haut Yaqui). Du terminus actuel à ce point, il y a 125 milles. La voie sera en exploitation dans un an.
« Je vais construire, au nouveau terminus, une ville qui sera nommée Dedrick, en l'honneur ^\i pionnier de cette région, auquel je viens d'acheter les mines de cuivre de Guaynopita.
« A Dedrick, j'installerai des scieries, une manufacture de portes, fenêtres, etc., et une fonderie pour traiter les minerais de cuivre de Guaynopita et de ses environs.
« M. W. B. Devereux, un des premiers ingénieurs électriciens du monde, étudie le canon de l'Arros, où j'établirai une grande usine électrogène, pour fournir la force aux installations de Dedrick et à Mulatos. Je compte la fournir plus tard aux mines de cuivre de Nacosari et à la Cananea, à 150 milles de distance. A la Cananea, il
nous faut 15.000 chevaux. Je vais enclore tous mes terrains avec des ronces artificielles (comme à la Cananea) et je les peuplerai de bœufs et de moutons. L'herbe est haute partout ; le bétail, par les sentes qu'il trace, empêche la propagation du feu. D'ailleurs, des rondes de police seront faites et des postes de pompiers installés.
« Les bois seront exploités selon les meilleures méthodes <5onnues, de telle façon que, dans deux cents ans, ces forêts, les plus belles de TAmérique du Nord, seront en. meilleur état qu'aujourd'hui.
« Les scieries auront pour premiers clients les mineurs d'Arizona et la Cananea, qui consomment 10 millions de pieds par mois. La Cananea, seule, en consomme 2 millions et les fait venir de l'Oregon. Nous sommes à 150 milles et J'Oregon esta 4,000 milles.
« J'ai dit que Dedrick serait notre terminus provisoire; mais je compte pousser la voie ferrée jusqu'à Temosachic, au sud (station de Chihuahu a- Pacifique), et construire un embranchement à l'ouest, pour me relier à la Cananea, déjà reliée au réseau d'Arizona. IJn autre embranchement ira à Mulatos, à 40 milles de Dedrick,
« J'ai obtenu une concession pour prolonger, plus tard, la ligne de Dedrick par le canon de l'Arros et la vallée du Yaqui et une autre concession pour prolonger la ligne actuelle de la Cananea jusqu'au port d'Agiabampo, par la vallée du rio de Sonora.
PROft(OT^ÎURS 89
« A Mulatos, j'ai fermé le moulin à or. Mulatôa est un énorme amas de quartz aurifère de basse teneur (J 3 à 10 par tonne). Le filon, ou plutôt le dyke, a 400 ou 600 pieds de puissance et 8.000 de longueur. Depuis cent ans, on a abattu les minerais en carrière, au-dessus du moulin — de simples égratignures. Je vais recouper le gîte à 700 pieds au-dessous de la crête, par un tunnel qui aura 6.000 pieds de longueur, avec double voie électrique, et j'installerai un moulin de 500 pilons.
« Le colonel Randolph et M. Murphy m'accompagnaient dans mon expédition. M. Randolph a construit des chemins de fer en Arizona ; il construira les miens. M. Murphy, l'ancien gouverneur d'Arizona, possède 200.000 hectares de forêts dans le Chihuahua; il sera tributaire de mes installa-^ tions. ^
« L'exploitation de mon placer de Santo Domingo, au sud de la Cananea, commeihcera le 25 courant. A partir du 1®' janvier, j'y produirai 350.000 dollars d'or par mois. Nous allons extraire les graviers au moyen de steam shovels (dragues k vapeur) et les conduire aux sluices par des voies aériennes. Les pompes qui maintiendront à sec les alluvions aurifères et fourniront l'eau aux sluices ont une capacité de 24.000 litres par minute. Les gisements ont 20 milles de long. »
Il va, il va, M. Greene!
Un jour, au temps des Apaches, je l'ai rencontn* quelque part, en Sonora. Il méditait, seul, près
d'un feu de broussailles. La veille, un de ses ânes avait été mangé par un puma; mais deux ânes lui restaient, du pinole pour huit jours, et Ta venir. Il contemplai t la Cananea, cuivrée au soleil couchant, les masses sombres de la Sierra Madré, les forêts, les herbages, tout ce grand pays vierge, plus métallisé qu'aucun autre pays au monde, et il se disait, sans doute : « Tout cela sera à moi. »
Il avait la foi. Il Ta encore. Comme cet autre grand optimiste, Ferdinand de Lesseps, il a réussi son Suez. Réussira-t-il son Panama?
Ils sont passés, les temps héroïques de Ja frontière, et Ton croit, à Mexico, tout comme à Paris, qu'un romancier ne trouverait plus, entre Tuxson et Guaymas, les éléments d'un récit d'aventures. Qui sait, pourtant? Le promoteur, guettant des actionnaires, est aussi beau, dans son genre, que l'était le chef apache à l'affût d'un convoi de mules. Vous verrez qu'un écrivain mettra cette beauté, toute moderne, en pleine valeur et créera un genre nouveau : le roman d'affaires. Supposons un Mayne-Reid dans le train, un Gustave Aimard du dernier bateau : il tirerait parti, j'en suis sûr, de l'affaire de Santo-Domingo.
Ce placer sonorien est un ravin étroit, bordé de roches à pic — un box-canon — où coule un peu d'eau en hiver et beaucoup d'eau au temps des pluies. 11 contourne le flanc oriental de la sierra Caliche, à quelques lieues au sud-ouest de la Cananea.
Depuis un siècle et plus, les gambusinos y lavaiept des graviers aurifères, sans payer aucune redevance au gouvernement. Ces pauvres gens gagnent leur vie, tant bien que mal, en automne, après les pluies. On les laisse faire, comme on laisse, ailleurs, les indigents glaner des épis, en été, ou ramasser du bois mort, en hiver. Groupés ou isolés, ils ont parcouru toutes les vallées sonoriennes et fait des essais, à la battée, partout où ils rencontraient, en gros grains ou en rognons, le fer oxydulé, qu'ils appellent tepuztete. Ce minéral faisait partie intégrante des veines et veinules aurifères, détruites par les éléments sur les flancs des monts, éboulées, dispersées. L'eau a entraîné les débris dans les ravins, où elle les a désagrégés et classés, transportant en aval les parties légères, le sable, et laissant en amont les parties lourdes, le fer et l'or. Le tepuztete est donc resté près de l'or : c'est le compagnon de l'or, le guide du chercheur, dont l'attention s'éveille, quand la pierre noire apparaît parmi les graviers d'un ravin. Grâce à elle, grâce, surtout, à la patience, à l'extrême endurance des gambusinos, tous les placers ont été trouvés, toutes leurs parties payantes^ en surface, ont été exploitées.
Santô Domingo est un de ces gîtes lavés et relavés par sept ou huit générations d'orpailleurs. Resserrés entre les hautes .parois du canon, ses bancs aurifères n'ont pas, en moyenne, 20 mètres de largeur ; leur épaisseur varie entre un et 16 mètres. Comparé aux mines de graviers de la Californie et de TAlaska, dont les bancs ont, parfois, une puissance de 200 ou 300 mètres, ou aux .champs d'or de TAltar, qui couvrent des lieues carrées, Santo Domingo n'est qu'un placerito sans importance.
Qiie l'eau ait gêné les gambusinos en profondeur et qu'ils n'aient pu s'emparer de l'or inséré dans les anfractuosités du bed-rock, c'est possible. Encore fallait-il, avant de former une compagnie pour l'exploitation, s'assurer des teneurs sur toute la longueur de la concession. Or, le promoteur n'avait ouvert qu'une tranchée, à l'extrémité nord. Une tranchée, c'était peu, pour une concession de vingt-cinq kilomètres de longueur. Deux cent cinquante tranchées eussent été nécessaires pour fournir un échantillonnage, de 100 mètres en 100 mètres, et définir la richesse totale.
En Californie, on estime qu'un mètre de graviers, un mètre et demi, au plus, pris au-dessus du bed-rock et dans le bed-rock même, e^^i payant. A ce compte, Santo Domingo pourrait fournir, au total, 1 m. 50 multiplié par 20 mètres (largeur des bancs), multipliés par 25.000 mètres (longueur de la concession), soit 750.000 mètres cubes, ou, en
chiffres ronds, un million de tonnes de graviers exploitables.
Reste à connaître la teneur moyenne de la tonne. Ici^ à défaut du prospect qu'on aurait dû faire, nous ne pouvons calculer que par induction. Les mines de gravier les plus connues, les types californiens les plus célèbres, ont fourni §1,20 par tonne (Mabel, North Bloomfield), et § 1,85 (Bald Mountain, Sierra County).
C'est donc, au plus, au chiffre de ^1.500.000 qu'on pouvait — provisoirement et sous toutes réserves — estimer la richesse totale possible du placer de Santo Domingo.
Et Ton aurait eu tort de faire un tel calcul, puisque les données fournies par l'unique tranchée ne pouvaient êtt*e tenues pour moyennes. En effet, cet ouvrage est àTextrémité nord delà concession, en amont du placer, à l'endroit où la richesse doit être exceptionnelle, l'or restant toujours près du lieu où il s'est dégagé de sa gangue. Comme l'eau du désert, l'or est absorbé par le sol à quelques pas de sa source. Pour que le placer fût riche sur une longueur de 25 kilomètres, il faudrait qu'il eût été enrichi, tout le long de son parcours, par des affluents aurifères, et le fait n'a pas été démontré.
Eh bien ! voilà la propriété qu'on a mise en actions, flottée à Paris et à Nev^-York, au capital de 5.000. 000 de dollars!
Le professeur Robert Hill, ex-ingénieur-conseil
du gouvernement américain, avait été chargé, par le promoteur, de faire un rapport préliminaire. Ne pouvant juger la valeur d'un gîte aussi peu développé, il fit ce que font, en pareil cas, les experts célèbres — bien payés, mais honnêtes ; il disserta longuement sur la formation géologique, les éruptions de Fère tertiaire, les coulées d'andésite, le schiste duraznoàn bed-rock, et conclut en ces termes peu compromettants : « Si les graviers ont les teneurs qu'on leur attribue, Santo Domingo est aussi riche qu'aucun gîte au monde. »
C'était dire aux souscripteurs futurs : « Le promoteur affirme que des richesses immenses sont cachées chez lui. Vous n'avez pas d'autre garantie que cette affirmation. Bonne chance! »
Le promoteur, c'était M. Greene, le président de la Cananea : l'émission eut le plus grand succès.
La Gold Greene Consolidated éia\i fondée. Des installations furent faites.
Le 27 juin 1904, M. Greene informait lesactionnaires qu'en frais de constructions, travaux, achat de matériel, etc., on avait déjà dépensé 1.100.000 dollars.
Deux mois plus tard, nouvelle circulaire.
M. Greene disait :
(( Les graviers meubles, coupés de strates argileuses, ont une épaisseur de 35 à 50 pieds. Leur teneur est de §0,35 à §0/40 (or) par yard cube (le yard cube équivaut à une tonne). Sous les graviers
meubles est un banc de graviers cimentés d'une puissance dB 15 pieds et d'une teneur de 2 à 8 dollars par tonne. Enfin, sur le bed-rook même et dans ses fissures, se rencontre une strate très riche de sable noir qui donne fréquemipent plusieurs dollars par battes, (On compte 80 battées par tonne.)
« L'or dii placer est commercialement pur et sous forme de grains, dont les petits ont la dimension d'une tête d'épingle et les gros, les pépites, pèsent une once, et plus.
« J'ai dirigé personnellement de grands travaux d'exploration sur. plusieurs points de la propriété et je la connais parfaitement ; je sais le genre de machines qu'il faut pour l'exploiter économiquement, car je m'occupe de mines depuis vingt-cinq ans.
« J'installe, en ce moment^ des steam^shovels (pelles à vapeur) qui déchargeront automatiquement le gravier meuble dans les sluices (canaux de lavage). Le gravier cimenté sera chargé dans des skips (wagonnets aériens d'une contenance de 3 mètres cubes) et convoyé aux sluices au moyen d'un câble.
« Le matériel est du type adopté pour les travaux du canal de drainage, à Chicago, et dans les placers de la Californie et de l'Alaska.
« Dans le premier chantier, celui qu'on équipe, le minimum de terre et de graviers traités par jour sera de 2.000 tonnes.
« Sauf empêchements imprévus, Vexploitation commencera le l**'" novembre 1904, au point de jonction du canon de la Brisça avec le canon de Santo Domingo, lieu où j'ai fait, il y a quelques années, un puit& et un tunnel.
« Les nombreux travaux quej'ai exécutés sur la propriété m'ont renseigné exactement. Je sais quelle est l'épaisseur des couches, quelles quantités d'eau il faut pomper, combien les graviers contiennent d'or en moyenne, combien coûtera le traitement; et je puis dire, sans hésiter, à mes amis, que cette propriété a une grande valeur et qu'à dater de la fin de Tannée courante (1904), la compagnie sera en mesure de payer, sans interruption, de gros dividendes aux actionnaires. »
L'exploitation commença enfin. Dans une lettre* circulaire du 24 mai 1905, M. Greene annonça que les steam-shovels étaient au travail et que le clean^up du l®"" mars (la récolte de janvier-février) avait produit 1.335 livres de poudré d'or, valant 110.605 dollars, et le clean-up à\x l®"* mai (mars-avril) 1.185 livres^ valant 94.000 dollars.
Deux cent quatre mille dollars dès les débuts de l'exploitation, dès les premiers coups de « pelle à vapeur » dans les graviers meubles, c'était beau. C'était trop beau. M. Tustin, trésorier de la Com-^ pagnie, jugea prudent de dégager sa responsabilité. Sur son conseil, un groupe d'actionnaires new-yorkais envoya à Santo Domingo un expertjuré, M. James Glover.
Après une enquête minutieuse des livres de comptabilité et des chantiers de la Compagnie, l'expert déclara, dans son rapport, qu*au 24 mai 1905, date de la circulaire citée plus haut, on avait recueilli, non pas 204.000, mais seulement 400 dollars, et qu'en achat de matériel, en cons'tructions et en travaux, les dépenses étaient montées, non pas à 1.100.000 dollars, mais à 175.000 piastres, au plus.
Les journaux publient le rapport de M. Glover. Scandale. M. Greene s'écrie et s'indigne : « Il est victime d'une conspiration, et M. Glover sera poursuivi. » Un train spécial est chauffé. Le grand promoteur part pour le placer avec de nombreux amis, capitalistes, avocats, ingénieurs. Le cortège grossit en route. En Arizona s'y joignent un consul américain, un ex-shérifl, un journaliste de Bisbee ; à Magdalena, toutes les autorités du district, le préfet, le juge, le commandant militaire, le commissaire. On arrive à Santo Domingo et l'on procède à une enquête. Le procès-verbal est signé par tous les visiteurs.
Le voici, résumé :
« Le chantier de la Gold Greene Consolidated est situé à -l'extrémité nord de la concession. 11 consiste en un puits de 85 pieds, pour l'épuisement des eaux, une galerie ouverte dans le bedrock, à 15 pieds, au-dessous de la rivière, et une tranchée d'abatage. Les pompes, pour l'assèchement, et deux câbles de mille pieds, pour letrans-^
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port des graviei*s aux sluices, sont en place. Le nombre des ouvriers est de 197.
« Les graviers sont abattus sur une hauteur de 48 pieds au-dessus du bed-rock, qui n'a encore été atteint en aucun endroit.
« Sous la surveillance de MM» Searles etTerry, 19 tonnes 1/2 de graviers meubles ont été abattues devant nous sur les fronts nord et sud de la tranchée et passées au sluice. Cet échantillon représentait la région haute du placer, les graviers pauvres ; il a donné J 1,25 par tonne au premier rifle, où Ton recueille d'ordinaire le 60 pour 100 de Tor; la teneur est donc de #2,08.
« Un autre échantillon de 10 tonnes 1/2, pris au second niveau et représentant les graviers riches, a donné 186 dollars par tonne.
it Les livres ont été examinés. Us faisaient mention, aux dates du 1^*^ mars et du 5 mai, de deux remises, Tune de 1.335 livres d'or, Vautre de 1.185 livres, qu'accompagnait un reçu de 212.640 dollars, somme versée, en espèces, par M. Greene, président, dans la caisse de la Compagnie. »
Evidemment, l'enquête des invités de M. Greene a été faite avec bonne foi. Eh bien^ que prouve le procès-verbal? D'abord, qu'un seul chantier existe, puisqu'on ne parle pas des autres, et, aussi, que les steam-shovels du prospectus n'existent pas.
Il prouve aussi que le matériel d'exploitation,
figurant dans les comptes pour 248.500 dollars, consiste seulement en 2 cables de 1.000 pieds, des wagonnets et des pompes. L'expert James Lindsey, qui a examine le placer après la visite de M. Greene, estime le tout à J 50.687, en se basant sur les prix de la Mines and Smelter Suppiy C^ d'El Paso.
Les graviers meubles, dit le procès- verbal, paient §2,08. Du moins, une vingtaine détonnes, abattues, charroyées et lavées devant les invités de M. Greene, ont fourni cette teneur. Admirons que Topération ait pu être faite d'une façon absolument sûre, ne laissant aucun doute, dans l'esprit des témoins, sur la netteté des mains employées.
Admirons aussi Tinnocence des gambusinos.
Comment! voilà des gens qui ont lavé et relavé, de père en fils, un siècle durant, les graviers delà Brisca et de Santo Domingo, des gens patients, attentifs à la plus légère paillette d'or, si sobres qu'ils se contentent, pourwivre, de quelques centavos par jour, n'abandonnant un coin de placer que si la teneur de la tonne tombe au-dessous de 20 centavos ; voilà ces pauvres diables en possession de masses superficielles énormes, de graviers payant 416 centavos par tonne, et ils les ont laissées en place, et ils ont é\.v laver, ailleurs, des graviers de 20 centavos !
Ne parlons pas des 10 tonnes de 186 dollars. On a trouvé des tonnes de § 10.000 au Foresi Hill Divide et dans plusieurs autres mines de graviers, où
la teneur moyenne générale était ^ 1. Les placers les plus pauvres peuvent avoir des poches riches, dont on ne tient aucun compte dans les calculs d'exploitation. A Santo Domingo, une poche s*est rencontrée, au front d'attaque, juste au moment de l'arrivée des invités. C'est possible, après tout.
Notons aussi, dans le procès-verbal, la constatation, sur les livres, de l'entrée en caisse des 2.520 livres d'or et de leur remise, contre espèces, au président de la compagnie. Pourquoi cet achat? Qu'en a fait M.'Greene? Où Ta-t-il expédié? Au Mexique, l'or net, l'or de placer, est soumis à un impôt fédéral de 2 1/2 pour 100 et à une taxe locale de 1 1/2 pour 100. Le paiement de ces impôts exige des formalités, imphque des enregistrements, des timbres, des reçus. Qu'est devenue la poudre d*or?
J'ai dit qu'après la visite de M. Greene, M. James Lindsey, un expert de Portland (Orégon), avait examiné Santo Domingo. Dans son rapport, illustré de photographies, il nous apprend quel'unique ouvrage a 250 pieds de long, 80 pieds de large et 50 pieds en profondeur, et qu'on en a tiré, au plus, 15.000 tonnes de gravier.
Lindsey a parcouru deux fois la concession dans toute sa longueur. Il a fait, de distance en distance, des essais à la battée, particulièrement sur les points d'enrichissement probable, là où les dykes de porphyre forment, dans le canon, des rifles naturels. Il a trouvé de légères paillettes en trois endroits; rien, ailleurs, pas une couleur. « Notre
opinion, dit-il, est que la teneur des graviers cle Santo Domingo n'estpas de §0,05 par tonne.
a Les machines installées peuvent remuer 192 tonnes, 200 tonnes au plus, par 24 heures, le coût approximatif étant ainsi calculé (en or) :
200 ouviûers $250 à $300
Combustible 18'
Direction 10
6 contremaîtres à $2.50 pour les 3 équipes. 15
3 mécaniciens à J3 9
3 chauffeurs à $2 6
Comptabilité 6
Total .... $364
« Soit une dépense de $ 1,82 par tonne. Le produit étant estimé $0,08, soit $16 par jour, la perte nette est d'environ 350 dollars par jour.
« Nous estimons que la compagnie n'a pas tiré plus de 1.000 dollars des 15.000 tonnes traitées jusqu'à ce jour. »
Plaçons en regard de ce rapport le bilan de la compagnie au 6 juin 1905 :