‹ Sierras mexicaines: mines et mineursChapitre 5 sur 27 · S 554.558 DÉPENSES · texte numérisé non relu

S 554.558 DÉPENSES

Equipement du placer $248.508

Meubles 3.121

Dépenses 38.886

Dividendes 178.365

Divers, publicité, etc . 69.502

$538.382 En caisse, balance 16.176

Pourquoi, au compte recettes, ce gros chiffre de vente d'actions réservées, 334.237 dollars, en pleine bononza?^On ne dit pas — on ne sait pas, comme chante Fursy.

Eh bien, ne croyez-vous pas que M. Greene ferait grande figure, assis sur sa tonne de poudre

d'or, dans le roman d'un Alphonse Daudet qui serait homme d'affaires ?

Et ce serait justement à l'époque actuelle de sa carrière qu'il faudrait le peindre, au moment où il se heurte aux obstacles que Napoléon a rencontrés après Tilsitt, en pleine gloire. La révolte des actionnaires de la Gold Greene Consolidated, c'est le soulèvement des Espagnols après l'affaire de Bayonne, c'est la résistance que les hommes et les choses opposent, tôt au tard, aux ambitions démesurées.

M. Greene était, il y a cinq ou six ans, un de ces pionniers errants qu'on trouve à la frontière, tantôt ranchmen en Arizona, tantôt prospecteurs au Mexique. Bohèmes des sierras, ils réussissent de temps en temps à vendre un lot de bœufs ou un trou de trente pieds, et meurent, presque tous, dans une rixe de joueurs ou sous l'éboulement d'une antiguay croyant, jusqu'au bout, à leur étoile et convaincus qu'ils seront multimillionnaires et boiront du Champagne, au bar du Waldorf, avec leurs anciens compagnons d'aventures.

Leur rêve se réalise... quelquefois.

En 1899, après l'émission triomphante de VAmalgamated^ les spéculateurs de Wall Street cherchaient des gîtes de cuivre, en voulaient à tout prix. Greene fit briller à leurs yeux les masses affleurantes de la Cananea, les bancs de chalcopyrite qu'on y peut abattre en carrière, comme, ailleurs, des pierres à chaux. Ces gros cresfones

étaient bien connus; successivement. Ferez, Arballo, le général Pesqueira et plusieurs compagnies les avaient attaqués, en des temps où la carabine était un outil plus indispensable encore au mineur sonorien que le marteau et la barre, au temps des bandits blancs et des Indiens bravos. Entre J886 et 1892, trois directeurs y étaient morts, les pieds dans leurs bottes.

Greene proposa l'affaire, à l'heure propice, quand les communications étaient faciles, Tordre assuré, les capitaux hardis, le cuivre cher. A-t-il agi pour le compte des gros manipulateurs de New- York? Ce roi du cuivre n'est-il qu'un proconsul? On peut le croire; ses Relations avec V Amalgamated sont avouées et Tannexion de la .Cananea aux propriétés du trust sera déclarée tôt ou tard (1).

Agent subalterne ou capitaliste indépendant, M. Greeile n'en est pas moins, officiellement, le président de la Cananea et le porteur de la majorité des titres.

Cette situation considérable ne lui suffît pas. Il forme compagnie sur compagnie : compagnie pour l'achat des grands herbages de Cuitaca et d'Ojo de Agua; compagnie pour l'achat des mines d'Or de Mulatos; compagnie pour Tachât du chemin de fer El Paso-Sierra Madré. Il a pris la con- . cession d'une ligne qui sillonnera la Sonora du

(1) C'est fait.

nonl au sud, de la Gananea au port d'Agiabampo. Il lance une compagnie nouvelle, au capital de 15 millions de dollars, pour la mise en valeur des 1. 200.000 hectares de pâturages et de forêts de Ghuichupa, pour l'exploitation de scieries, de fabriques, d'usines électrogènes, et pour ta fondation d'une ville nouvelle, au cœur de la Sierra Madré,

Mais la compagnie favorite du grand promoteur, celle dont il réservait les actions « pour ses amis», c'était la Gold Greene Consolidated^ l'exploitation du placer de Santo Domingo.

Ah ! les filles favorites ! Ce sont elles, toujours, qui font blanchir les cheveux des parents.

Ce n'est pas seulement avec ses associés que M. Greene — le colonel Greene, comme on dit à la frontière — se dispute. Son adhésion au trust américain du cuivre, à V Amalgamated Copper^ a irrité M. Thomas Lawson, spéculateur, en lutte contre les trusts.

M. La\vson avait téléphoné de Boston à New- York une demande d'achat de 20.000 actions de la Cananea et, n'ayant pu les avoir, il s'était déclaré vendeur à terme de 200.000 actions. Baisse de

11 points. Achat par Lawson des 20.000 dont il avait besoin. Colère de Greene, qui annonce, par les journaux, son départ pour Boston, « où il a une affaire personnelle à régler avec un certain Lawson, charlatan et menteur. »

Lawson a riposté par la lettre suivante :

<( Mon cher colonel, j'ai dit aux Américains certaines choses qui ont troublé le jeu des financiers dans Wall Street. Il s'agissait, comme tant d'autres fois, de passer au public des millions de titres en hausse fictive et de faire ensuite la baisse. Tant que je vivrai, je crierai à mes compatriotes : c( Ecrasez le système ! » Vous me connaissez, ditesvous. C'est vrai. Vous m'avez écrit, un jour, que j'étais le seul honnête homme dans Wall street. Et moi aussi, je vous connais. Je vous tiens pour un homme de cœur, en dépit de votre lettre.

« Cette lettre, on vous l'a^ fait écrire. Quelques lâches se cachent derrière vous.

« Vous dites que j'ai essayé de vous voler. Vous mentez. A vos débuts, vous m'avez apporté l'affaire de la Cananea. Je l'ai prise en mains, je Far fait étudier et j'y ai dépensé ^ 100.000, en cinq mois. Sur le rapport d'un expert connu, M. Roberts, qui la condamnait, je vous l'ai rendue, sans rien vous réclamer. Vous m'avez dit alors que je faisais la plus grande sottise de ma vie et vous aviez raison. Un an après, vous avez tenu absolument à me rembourser mes frais, capital et intérêts. Depuis, je ne me suis jamais mêlé de vos

affaires et j'ai toujours refusé d'entrer dans des combinaisons de baisse sur vos actions. Malgré vos attaques, la Cananea ne sera jamais inscrite sur ma liste noire*

« Vous dites que vous réglerez personnellement vos comptes avec moi, dans mon bureau. J'entends bien. Vous êtes brave, je le sais, non seulement par vous, mais par d'autres. Votre revolver porte des marques sur la crosse, rappelant quelques exécutions, en Arizona et en Sonora. A New-York, certains chefs du système n'ont pas donné suite à leurs projets contre vous, quand ils ont su votre intention « d*aller régler personnellement votre compte avec eux, dans leur bureau. » Mais permettez-moi de vous dire que vous vous trompez d'homme. Vous pouvez, tout comme le premier coquin venu du système, me donner rendez-vous chez moi ou ailleurs. J'y serai. »

Au reçu de cette lettre, Greene est allé à Boston, Pendant qu'il dînait, à l'hôtel Touraine, avec des amis, une carte lui a été remise, celle de Lawson. Les deux adversaires ont eu, sans témoins, une entrevue, à la suite de laquelle l'incident a été clos.

Un promoteur invite le public anglais à souscrire 50.000 livres sterling pour exploiter un filon découvert dans un canon delà Basse-Californie, un filon vierge : 42 pieds de largeur, 2 onces d'or libre, d'or d'amalgamation, et 60 onces d'argent, soit une valeur de 14 livres sterling par tonne. On exploitera la mine sans puits, ni galerie, comme une carrière de pierres à chaux. Si Ton abat 100 tonnes par jour, on gagnera, au moins, 200.000 dollars par an. Mais pourquoi n'abattrait-on pas 200 tonneô, 300 tonnes? Les souscripteurs se le demandent.

Comment un gîte si riche, si visible, on peut dire si encombrant, a-t-il échappé aux recherches des gambusinos mexicains et des prospecteurs américains? C'est que, dira-t-on, certains canons, près des côtes du golfe de Californie, sont ^i loin de toute eau potable, que les Indiens chasseurs, seuls, Papagos ou Cucapas, les fréquentent, après une averse, quand un peu d'eau est restée dans le creux > d'une roche.

Mais non, dit le prospectus, ce n'est pas l'eau qui manque à la mine nouvelle. Une jivièro coule tout près, une vraie rivière, qui fournira la force électrique.

Autre découverte, cette rivière ! En Bagse-Californie, on ne connaissait pas de rivières, ou si peu ! Les pluies sont très rares; des montagnes arides poussent leurs contreforts jusqu^à la mer ou dans les sables. Chacune des rares sources du pays est occupée par un village ou par un rancho et c'est de l'un ou de Tautre de ces points d'approvisionnement que, depuis 400 ans, partent les chercheurs d'or. Maladroits, qui ont été, loin des rives de cette rivière unique, chercher Taftleurement qu'ils avaient sous la main, — et quel affleurement — 42 pieds de largeur et For à la vue !

Le prospectus nous dit le nom de la mine, mais il ne nous dit pas le nom de la rivière, ni celui du district qu'elle arrose. Il veut bien nous informer que le conseil d'administration est composé du promoteur, de deux des premiers souscripteurs et d'un représentant du vendeur. Les banquiers, avocats et censeurs, seront nommés par le conseil. En temps utile, l'admission à la cote sera demandée. On souscrira, n'en doutez pas, et le Vetaron de Oro sera exploité — à Londres.

Les* promoteurs pourraient lancer de bonnes mines, de vraies mines mexicaines ; mais il faudrait faire un voyage, une enquête, quelques dépenses... A quoi bon?

Us auront beau faire, ils ne nuiront pas au renom grandissant du Mexique. Tout au plus retarderont-ils le développement de ses gîtes d'or. Le cuivre est à l'abri de leurs atteintes et c'est le cuivre

qui fera la fortune du pays où nous sommes.

Des six grands pays miniers : États-Unis, Canada, Mexique, Transwaal, Australie et Sibérie, le plus en vue, à l'heure présente, celui dont les mines sont le plus étudiées par les capitalistes et par leurs experts, c'est le Mexique.

Le Mexique, il y a dix ans, était connu seulement par ses piastres et ses barres d'argent. On a appris qu'il avait aussi de l'or et surtout du cuivre. Non classé, en 1890, parmi les pays à cuivre, au sixième rang en 1900, il a conquis la seconde place dans la course pour la coupe rouge.

Le cuivre est à la mode, non sans raison. De toutes les mines, les capitalistes préfèrent celles de cuivre, qui exigent des mises de fonds considérables, de grands travaux préparatoires, un outillage et un état-major de premier ordre, mais qui produisent, à la longue, avec l'abondance et la régularité d'une filature, d'un bon chemin de fer, d'une bonne banque.

D'autre part, la consommation du cuivre, dans le monde, augmente plus vite que sa production. On trouve des mines nouvelles, mais les vieilles mines s'épuisent. Aux États-Unis, l'Arizona monte et le Montana décline. Ici, nous sommes au prin^ temps du cuivre, aux débuts d'une production qui sera longue et soutenue.

Près delà frontière, la main-d'œuvre est devenue chère, j'entends relativement chère, car un mineur de Sonorapayé 3 piastresj s'il ne fait pas l'ouvrage

PROMOTEUnS 111

d^'un raineur d'Arizona payé 3 dollars, en fait, au moins, les deux tiers. D'ailleurs, on a trouvé du cuivre ailleurs qu'à la frontière et les mineurs du Michoacan travaillent pour une piastre, 'sans se. plaindre, dans un pays où la vie n'est pas chère et dont le climat est doux.

Les grèves sont inconnues, ici, ces terribles grèves à raméricaine^ qui ont ensanglanté Cœur d'Alêne, Cripple Creck, Goldfield, détruit des usines, ruiné des compagnies.

Le charjjon est encore peu exploité au Mexique, mais les nouveaux gîtes de cuivre sont situés dans des régions très boisées. Avant l'épuisement des forêts de la Sierra Madré, la science aura trouvé l'usage pratique du four électrique ou la fonte au pétrole. Or, nous disposerons de forces hydrauliques et de gîtes de pétrole immenses, si nous prenons la peine de les développer.

Le Mexique a un autre avantage sur ses rivaux, l'excellence pratique de son code des Mines.

La loi américaine permet au mineur de suivre le lilon où il va et jusque chez le mineur voisin. De cette.singulière disposition s'autorisent les maîtres chanteurs, les avocats retors, les parasites qui pullulent dans un camp américain. On sait T histoire de Heinze, venu à Butte par un train d'émigrants, riche, cinq ans plus tard, de millions extraits, non pas des filons du cru, mais des caisses de Y Amalgamated Copper.

Au Mexique, une propriété minière est bien dé-

finie par des lignes verticales. Les procès entre voisins sont très rares. M. Claude Maitland, un expert anglais, qui a visité l'Australie, le Transwaal et' les États-Unis, nous disait : « La loi minière mexicaine est la meilleure que je connaisse. Rien, chez vous, n'entrave le développement d'un prospect, et j'attribue en partie à votre législation le succès des mines mexicaines, leur bon renom à l'étranger et l'afflux croissant, au Mexique, des

capitaux étrangers. » '

La Mexican Packing C® a été fondée, il y a quatre ou cinq ans, pour introduire au Mexique le système américain qui consiste à abattre les animaux de boucherie sur un point bien choisi au point de vue de l'élevage, de l'engraissage et des communications, et à expédier la viande, eli gros quartiers, aux principaux marchés du pays, dans des wagons réfrigérateurs.

Aux Etats-Unis, les centres de distribution sont Kansas City et Chicago. Les Armour, les Swift et leurs associés ont réussi à supprimer les boucheries indépendantes et imposent leurs conditions aux consommateurs, d'une part, auxéleveurs et aux engraisseurs, d'autre part. Le pays tout

entier est à leur merci. Depuis Torganisation du Trust, le prix de la viande sur pied a baissé de moitié et le prix de la viande débitée a doublé. C'est la répétition exacte des procédés du Trust du tabac fet de tant d'autres combinaisons d'accaparement.

Nous ne croyons pas qu'un tel système puisse réussir au Mexique. D'abord, le gouvernement mexicain, qui assiste aux efforts désespérés de M. Roosevelt et à son impuissance, saura intervenir avant qu'il ne soit trop tard. En second lieu, le Mexique est et sera longtemps un mauvais champ d'action pour les trusts, pour celui de la viande, entre autres. L'état incomplet de ses voies de communication, la dispersion extrême de ses terrains d'élevage et d'engraissage, les habitudes prises, si difficiles à modifier, voilà bien des causes d'échec.

J'admets, pourtant, que l'idée n'est pas mau- ' vaise d'expédier de la viande en bon état au seul marché important du pays, à Mexico, où l'on abat, actuellement, .des animaux fatigués par de longs voyages et où certains capitalistes malavisés prétendent établir, eux aussi, leur petit monopole.

Mais ce n'est pas d'une idée qu'il s'agit; c'est d'un fait, à l'origine même du trust futur; c'est de la somme demandée au public, au lendemain d'une crise qu'ont provoquée, aux Etats-Unis, les overstocks, les exagérations de capitaux nominaux. J'ai visité, à Uruapam, l'établissement de la

Packing C^. Le directeur était absent ; toais un secrétaire, obligeant et poli, m'a montré, dans tous ses détails, Tinstallation presque terminée.

Elle est très moderne. On dirait un packing house américain en miniature. Au prix où sont les matériaux de construction, les terrains et la main-d'œuvre à Uruapam, on peut évaluer les dépenses, en achats, constructions et matériel, à 400.000 piastres mexicaines, à 500.000 au plus. SiFon ajoute le prix des wagons et le capital d'exploitation nécessaire, l'emploi d'un million de piastres — 100.000 livres sterling — est justifié. J'ai demandé à mon aimable guide quel était le capital de la compagnie : « Dix millions. — Dix millions de piastres ? — Non ; dix millions de dollars, vingt millions de piastres ». Et il a rougi,

1 mon guide. Il est ' américain, mais tout jeune et

\ récemment sorti d'une université.

Après ma visite aux futurs abattoirs, j'ai poussé vers le sud, à travers la futaie de pins, jusqu'à ' deux lieues d'Uruapam. Là, le rio Marquez tombe, de quarante mètres de haut, dans un gouffre dô sombres verdures. Les chênes, les pins, les madrofios sont si drus aux flancs du ravin, qu'on n'atteint pas sans peine le pied des chutes. La nappe d'eau plongeante ne couvre qu'en partie les hautes parois de roches moussues, en fer à cheval, où s'accrochent, ça et là, des fougères, des balisiers, des orchidées en fleur. A gauche de la chute principale, il y a d'autres chutes, une centaine de

chutes, les unes grosses comme le tronc d'un chêne, les autres menues comme des aiguilles de pin. Et c'est pourquoi les Indiens Tarasques ont nommé ce lieu Tzararacua ^le crible).

Assis sur la pierre où Humboldt a gravé son nom, étourdi par la grande voix des eaux, j'adiriirais les jeux de la lumière sur les remous du i

bassin et les arcs-en-ciel tendus d'une chute à l'autre, à travers les écumes et les buées. Je me disais :

Image des affaires. Paysage à graver en vignette sur des prospectus et des actions. Et ce gros bruit de réclame ! Et ces tourbillons ! EL ces écumes ! JEt le prestige des promesses évanescentes, des rêves de fortune, arcs-en-ciel dissipés i

et reformés sans cesse, voiles ondoyants de gaze jj,^j

bleue, verte, rose, de gazes de toutes les couleurs! Et cet argent fluide qui tombe, ces millions cascadant, vingt millions, cent millions, mille millions, des millions tant qu'on en voudra, pour le stock watering^ pour le coupage des capitaux !

Vraiment ces grands manieurs de l'argent des autres, ces « capitaines d'industrie » américains, enlaidissent toutes les chutes. Là-bas, ils ont harnaché les chevaux du Niagara, et leur seule présence, à deux heues, m'a gâté ce joH Niagara tropical, Tzararacua.

çt^

Aoini903.

La mode est changeante, au Mexique comme en France; seulement, elle s'ocupe, en*France, à donner des formes nouvelles aux chapeaux des dames et aux automobiles et, ici, elle ne s'intéresse qu'aux affaires; elle se contente de modifier de temps en temps la façon de gagner ou de perdre des piastres. L*an dernier, il était-de mode, à Mexico, de créer des industries nouvelles, d'installer des sucreries en terre chaude, de faire de rélectricité avec les chutes d'eau. Il est de mode maintenant de s'intéresser aux mines. Ce n'est d'ailleurs qu'un retour à une mode mexicaine très ancienne. Telles, en France, les hautes cravates et les habits dix-huit cent trente de M. Rostand et de M. de Montesquiou.

On n'a jamais cessé d'exploiter des mines au Mexique et, Tan passé, on en exploitait un certain nombre avec succès. M. Botello et Don Pedro Alva-

rado au Parral, M. Bermejillo à Penoles, M. Greeae, à la Cananea, remuaient les millions à la pelle. N'importe, ce genre d'affaires avait cessé déplaire, ici. On en parlait comme d'un divertissement suranné. Le Chihuahua et la Sonora sont si loin! Les journaux sont si mal informés! Les mineurs, disait-on, ne sont, après tout, que des joueurs plus mal mis et moins propres que ceux des cercles. Une mine, c est une partie de monte, c'est le fcaccarat avec ou sans abatage.

El Oro^ il est vrai, est tout près d'ici. On pouvait, en partant par le train de 8 heures, aller y déjeuner — * à la mode du pays, vers 2 heures. Mais El Oro est peuplé d'Américains et appartient à lord Rothschild. On savait que le filon était puissant, que sa teneur persistait en profondeur, mais on n'avait aucun motif pour s'intéresser h, El Oro. M. Sahlberg et quelques Mexicains exploitaient la Esperansa sur le même gîte, avec le même succès, et publiaient le chiffre de leurs dividendes; mais ce chiffre n'était pas de ceux qui éblouissent. Le gros filon de San Rafaël, à El Oro et à Esperansa, donne très régulièrement une demionce d'or par tonne de minerai^ à peu près autant que le « main reef » de Johannisberg. On gagne beaucoup d'argent en exploitant des mines de ce genre; mais il faut, pour les mettre ein valeur, de longs travaux préparatoires, des installations coûteuses, des pilons par centaines. Bref, le succès i*El Oro et à'Esperanza ne frappait pas les ima-

ginations, à Mexico. Ce n'était pas là le gros lot quetêve Tacheteur de billets de loterie ; ce n'était pas la bonanza légendaire, où les mineurs d^autrefois s'enrichissaient en quelques semaines.

Pour remettre les mines à la mode, il fallait une bonanza. Justement, El Oro est tout près de TlaJpujahua, oii Borda, un Français déguisé en Espagnol, a fait jadis une de ses grandes trouvailles.

C'est un autre Français qui a trouvé la bonanza nouvelle,

Dos Estrellas, à ses débuts, a été capitalisée sous la forme de 3.000 actions de 100 piastres.

Avec 300.000 piastres, en quelques mois, une propriété a été créée, qui vaut, au cours du jour, 10.500.000 piastres.

Elle donne, depuis septembre dernier, 30 piastres de dividende par action et par mois. Elle a fourni, en outre, un fonds de réserve, un fonds de prévoyance, un fonds de développement. Elle a de grosses réserves de minerais de moulinage à la vue et, dans un de ses filons, elle a un trésor — une zone riche, où les hautes^ les très haittes teneurs en or et en argent sont constantes.

M. Fournier possède la majorité des actions de Dos Estrellas.

Napoléon avait une étoile ; M. Fournier en a deux. Et maintenant ces Étoiles scintillent dans les rêves. La légende des mineurs castillans refleurit. Les courtiers de Mexico et leurs clients, les joueurs qui préfèrent les actions aux cartes, les

propriétaires dont les immeubles ne rapportent plus que 4 pour 100, les nouveaux venus, les flâneurs de Plateros et de Refugio, une foule de gens qui, Tan passé, ne parlaient de mines qu'avec un sourire ironique, tous s'arrachent chaque soir le Boletin Financiero y Mtnero, discutent les cotes, parlent de formations, de contacts, d'andésite et de schiste; achètent, vendent et réachètent des actions de mines aux noms sidéraux.

Car les Deux Etoiles se multiplient, semble-t-il, et fourmillent. La foule croit à une tombée, à un semis d'étoiles. Rostand pariait, à l'Académie française, des pêcheurs de lune. Nous avons, ici^ les pécheurs d'étoiles.

On fait queue chez l'agent du Fomento à Tlalpujahua. Dans un rayon de 15 kilomètres autour de la ville de Borda, pas un mètre carré de terrain qui ne soit dénoncé. On n'en est plus à calculer la direction du filon célèbre et à chercher une place sur ses « continuations » supposées. On s'imagine que les Deux Etoiles font partie d'une constellation, bien plus, d'une voie lactée souterraine, qu'on trouvera partout des astres d'argent tout pareils et qu'il suffit pour les atteindre de foncer un puits quelque part.

Aucune indication extérieure, aucun affleurement ne guide les chercheurs, car une couche d'andésite recouvre le schiste où sont encaissés les filons du cru. Il faut traverser 60 ou 80 mètres de cette lave, qui est dure, puis, 30 à 40 mètres de

schiste et chercher ensuite, à droite et à gauche, les filons ensevelis.

La découverte qu'on fait au grand jour, sur le flanc d'une montagne, dans les autres régions minières, il faut, dans le district à'ElOro^ la faire à tâtons, dans la nuit des profondeurs.

Mais rien n'arrête Télau des chercheurs d'éioiies* Leverrier a^découvert Neptune sans télescope, par ^ un simple calcul : ils feront comme Leverrier. Ici doit être la Grande-Ourse, et je dénonce 150 pertenencias délave. Là, gîtent, sans nul doute, le Verseau, la Chevelure de Bérénice, Castor, PoUux, toute la Lyre! et vous dénoncez 3000 pertenencias.

Munis de théodolites (1), de tachéomètres ou de, simples boussoles, les futurs distributeurs de dividendes parcourent la montagne et les barrancàs, mesurent leurs précieux terrains de recherche, s'embrouillent dans les limites de leurs voisins.

Que de procès se préparent, pour la possession de ces champs de lave! C'est beau, a-t-on dit, un mur derrière lequel il se passe quelque chose. C'est beau, pourrait-on dire, un champ de lave sous lequel il y a des bonanzas par douzaines.

N'est-ce pas étrange, l'engouement dont sont pris de très braves gens, compétents en autres

(i) Théodolite, instrument d'astronomie et de géodésie qui sert à mesurer directement les angles réduits à rhorizon. les terrains, par conséquent, et aussi les distances zénithales. Pour mesurer les terrains ordinaires, le tachéomètre e^t un instrument plus pratique, mais pour mesurer les propriétés minières à noms d'étoiles, il vaut mieux se servir du théodolite.

Tiatières, mais innocents et crédules à Texcès juand il s*'agit de choses souterraines? Si nous plaisantons leur passion subite pour le sport qui consiste à rechercher et à suivre un filon, c'ast que, d'ordinaire, ils traitent les mineurs de joueurs et d'aventuriers.

Eh bien, non, le mineur n'est pas plus un joueur, pas plus un aventurier que ne Test un épicier ou un notaire. Il peut se tromper : il est homme et son métier est difficile ; mais il ne se trompe pas plus souvent — à intelligence égale — qu'un homme d'aflfaires ou qu'un homme de loisir.

Une revue de San Francisco, The Mining and Scientific Press, qui a 45 ans d'existence et qui passe pour le meilleur journal spécial de l'Ouest, disait : « L'étude des dividendes payés par les mines pendant le premier semestre iiiontre qu'aucune autre industrie n'a donné d'aussi gros profits.

« Aux États-Unis, un cultivateur produit annuellement J 227, un bûcheron § 445, un ouvrier de manufacture ^754, un mineur J 1.910. »

Chaque année, il est vrai, un certain nombre de compagnies minières sont mises en liquidation pour une des trois causes suivantes : mauvais choix du terrain d'action, mauvaise administration, capital insuffisant. Mais chaque année, pour les mêmes raisons, des banques suspendent leurs paiements et des commerçants font faillite.

Les affaires minières, comme les autres affaires,

sont bonnes quand on les traite avec du bon sens, des connaissances techniques et pratiques et un capital proportionné à la taille de Tentreprise.

Un prospect ne devient pas une mine par le seul fait qu'il est voisin d'une bonne mine^ même s'il est sur le même filon. Un exemple, tout près de nous : E/ Oro est une mine en plein rapport, ouverte sur .un gros filon d'allures très sages, un filon reconnu en direction et en profondeur par de grands travaux. La compagnie d'El Oro a un avenir assuré; elle peut fournir des minerais payants^ pendant trente ans, à un. moulin de 200 pilons. Ce n'est pas tout : une autre conjpagnie, la Esperanza, installée sur le même gîte, plus loin, Ta^trouvé aussi puissant, aussi payant que l'avaient trouvé ses voisins. Voilà donc une double présomption en faveur de la tenue en direction du filon San Rafaël. Des Anglais, comptant profiter des expériences faites, dénoncent les continuations, foncent des puits à droite et à gauche des deux mines connues et ne trouvent, à grands frais, que des appendices du San Rafaël y son éparpillement, — sa crinière et sa queue.

Autre exemple, dont beaucoup de Français se souviennent. Le Gallao, une mine d'or vénézuélienne, avait donné, en deux ans, 40 millions de francs à une compagnie française. On dénonce ses continuations et sesentours, on offre au public le Callao supérieur , le Nouveau Callao, le Second Callao, une douzaine de Callaos, — tous sans va-

UN BOOM A MEXICO ï^^

leur. Pendant que les compagnies nouvelles perdent leur argent à faire des travaux de recher^che, le vrai, le seul Callao s'épuise et disparaît. C'était une simple poche de 200 mètres en longueur et de 200 mètres en profondeur.

Par une sorte de compensation naturelle, les filons de basse teneur sont, en général, gros et sûrs et les filons riches sont minces et courts. Les mines d'or très riches sont comme les enfants qui ont trop d'esprit. Les capitalistes avisés le savent et ils ne se laissent pas éblouir par les hautes teneurs. Ils achètent, au prix qu'elles valent, les mines abondantes et les exploitent comme ils exploiteraient une ferme, une fabrique, une banque.

Quant aux emballés, aux acheteurs d'actions de bonanzas futures, ils perdront sans doute Jeur argent; après quoi, n'en doutez pas, ils s'en prendront à toutes les mines et à tous les mineurs et les dénigreront, des années durant, jusqu'à Temballement futur.

« Monsieur, combien avez-vous de mines au Mexique? » dit Candide à l'abbé, lequel répondit: c< Douze ou treize cents. — C'est beaucoup », dit Candide. « Combien y en a-t-il de bonnes? — Quinze ou seize », répliqua Tautre. « C'est beaucoup », dit Martin.

Candide est un Européen qui cherche, de par le monde, un emploi pour son argent. Il a yu le Portugal, le Paraguay, TEl Dorado, Çonstantinople ; il a cultivé son jardin. Il n'est plus candide que de nom.

L'abbé, c'est n'importe qui.

Martin, ingénieur, ancien élève d'une grande école de Oiines, est chargé par un syndicat européen d'acheter des mines mexicaines, celles qu'il jugera bonnes. Martin prend des options, fait de courtes visites aux districts miniers et, de retour à son bureau, à Mexico, il rédige des rapports sévères. Aussi longtemps que le syndicat paiera

ses frais et ses honoraires, Martin n'achètera aucune mine. Il s'est fait du pessimisme une spécialité. A Monaco, il jouerait, par principe, la série « noire, impair et manque. »

Les Américains n'ont pas d'homme comme Martin. S'il eût été chargé de construire le Southern Pacific à travers des déserts sans eau et le pays des Apaches, Martin eût fait des réserves.

Le pessimisme est d'un usage pratique dans le monde, j'entends dans le vieux, monde, car, à s'arrêter au premier obstacle, on n'eût jamais rien fait en Amérique. En Europe, on loue la prudence de Martin : a Oh ! quel homme supérieur! » disent les membres du syndicat. « Quel grand génie que notre ingénieur ! Rien ne peut lui plaire. »

Napoléon, avant de livrer bataille, tâchait de mettre quatre-vingt-dix chances sur cent de son côté, et pour le reste, il se fiait à la fortune. Martin, lui, ne livre jamais bataille. Aussi n'est-il jamais battu.

Il sait que le dix pour cent de chances contraires se trouve dans lamine la plus développée, la mieux connue. San Rafaël, à Pachuca, semblait, en 1896, aussi sûre qu'une fet*me en Beauce. Les eaux d'une mine voisine, forçant un barrage, l'ont envahie et ses actions de J 2,500 sont tombées h moins de J 400. Il a fallu dépenser et travailler pendant des années pour remettre les choses en ordre. Supposez que la veille de l'inondation, Martin ait examiné San Rafaël : fidèle à son prin-

cipe, il concluait au refus d'achat et, le lendemain, il était consacré grand homme. Tel ce bourgeois de Paris qui a vendu ses actions du Métro avanf l'accident de Charonne.

Mais les inondations et les incendies n'arrive/?/ pas toujours à propos et Martin peut se noyer otf se brûler par excès de prudence. Quelque mine, déclarée par lui non viable, lui jouera le tour de vivre et de faire la fortune d'une compagnie nVaJe. Le syndicat mangera ses fonds à ne rien faire et, parmi ses membres, se rencontreront des grincheux, vous savez, de ces gens qui se fâchent quand on les exploite.

Martin, cassé aux gages, portera son pessimisme ailleurs et dénigrera, des années durant, d'autres mines, dans d'autres pays.

Vers cinquante ans, il sera riche, mais sans prestige. Il aura fait manquer trop d'affaires. On le comparera, dans le monde des mines, au gardien du sérail :

Qui n'y fait rien, et nuit à qui veut faire.

On citera les nombreux syndicats d'études morts d'anémie en suivant le régime d'abstention absolue que ce morticole du règne minéral ordonne à ses patients.

Alors Martin changera de manière, comme les maîtres. Plus optimiste, désormais, quePangloss, il trouvera bonne la première mine venue et ruinera, du coup, son dernier syndicat.

Sa carrière d'ingénieur sera finie. Sa carrière politique commencera, peut-être. Après avoir, pendant vingt ans, tué des affaires par douzaines, gâché des millions^ découragé d'innombrables travailleurs, retardé le développement de régions entières, il sollicitera un mandat et ira faire du pessimisme ou de l'optimisme au palais législatif de son pays.

Il jouera un rôle important dans les bureaux. Naturellement, il sera rapporteur pour les lois minières et, avec sa haute autorité spéciale, il fera réformer quelques articles du règlement qui ne sont pas assez défavorables aux mineurs et ne gênent pas suffisamment le développement des mines.

EL ANTIGUO

Tous ceux qui s'occupent de mines, au Mexique, ont entendu parler èiEl antiguo^ Tancien lïiineur, dont on trouve partout les travaux à demi éboulés. Du nord au sud de la République, de Tia Juana à Tapachula, votre guide vous parle de lui comme il parlerait d'un grand-oncle, bon mineur en son temps et grand, joueur, qui trouva des fortunes en cent trous, les perdit en cent autres et laissa pour tout héritage à ses petits-neveux d'innombrables coffres vides, au flanc des montagnes. Ce personnage légendaire représente tous les mineurs d'autrefois. On ne dit pas : « les anciens » ; on dit : (( l'ancien. » En beaucoup d'endroits, il revient, à minuit, et travaille (n'entendez vous pas son marteau?) dans une galerie si vieille qu'il faudrait, pour y pénétrer, abattre le madrono ou le palo verde centenaire, poussé en travers de la bouche. Si vous supprimez l'obstacle, ou si vous

PL ANTIGUO 129

VOUS glissez par dessous, des vols de chauvessouris éteignent votre chandelle, des tarentules inscrivent sur les parois, en gros points mobiles, de menaçants grimoires et des serpents à castagnettes vous avertissent que le lieu est réservé et qu'on n'entre pas chez Tancêtre comme au moulin. En 1896, dans ïe sud de TAltar, en Sonora, M. A***, directeur de la compagnie de cyanuration, et son mineur. H***, avaient amarré une corde à rentrée d'une antigua et s'étaient laissé glissei», de descenderie en descenderie, jusqu'au front d'attaque. Pour rallumer sa chandelle. H*** frotta une allumette sur un objet dur, à ses pieds, sur le crâne d'un Américain que les gens du pays avaient vu passer, un mois auparavant, et qui, croyait-on, prospectait dans la montagne. El antiguo avait retenu son visiteur.

Un an après, j'étais descendu, en compagnie d'un gambusino, dans une antigua voisine, par un puits où des trous creusés dans la roche, de deux pieds en deux pieds, servaient d'échelons. Des fragments de minerai dans nos poches et nos chandelles en main, nous allions remonter : « Avezvous vu le cascabel? » me dit mon compagnon.

« Non. — Là-haut, au neuvième échelon. » Et pas d'autre issue que ce puits ! Il fallut s'accrocher par une main au neuvième trou comme aux autres, y poser un pied, puis l'autre pied... Au moment critique, je vis, à la lueur de ma chandelle, qui, sans doute, l'intimida, le serpent lové, çrêt àladé-

130 MINES ET MlNEtJRS

tente, les petits yeux furieux à trois pouces des miens, les fils vibrants de la langue..-.

Cette mine était sans valeur,' vidée par Tancien jusqu'aux moelles. Une compagnie vestauradora y a, depuis, perdu son capital ; mais bonne ou mauvaise, une antigua est toujours bien gardée.

Trois siècles durant, les mineurs espagnols ont parcouru les mille lieues des sierras mexicaines; ils ont même poussé au nord et au sud du Mexique ; mais leur terrain d'exploratioïi préféré, c'était la Sierra Madré occidentale, dont ils ont gratté tous les affleurements, tâté tous les gîtes. Parfois, le prospecteur moderne, pénétrant dans une région réputée vierge, trouve des scories, près des ruines d'un four castillan, des aires d'arastras et des trous dans la roche, de vieilles bouches ironiques ou menaçantes.

Le mineur espagnol suivait parfois les traces d'un mineur aztèque. Aux confins de la Sonora et de r Arizona, au fond de galeries creusées à soixante pieds sous le sol, dans les graviers cimentés d'un placer, j'ai trouvé des barres en bois, en bois très dur, il est vrai, enpalo fierro. C'étaient les outils des placerenos indiens, avant la première expédition espagnole, avant Cabeza de Vaca et Coronado, les outils de mineurs partis de Cibola, peut-être, d'une des villes aux toits d'or, d'une des sept villes perdues.

L'Espagnol était mieux armé que son prédécesseur. S'il ne disposait pas de nos machines, de nos

EL ANTIGUO 131

moyens dç transport, il avait, en revanche, la

main-d œuvre à si bon marché qu'il a pu, en cer- ;

tains lieux, traiter, comme font les modernes, des

minerais de basse teneur, des rainerais d'amalga- i

mation, bien entendu, ou de fonte facile, dont Tor f

et Fargent, recueillis dans des mattes plombeuses, '

étaient ensuite séparés par la coupellation. ';

Mais avant d'attaquer les gîtes pauvres, il s'était ' s

emparé des bonanzas de chlorure d'argent, des grandes richesses affleurantes qu'on travaillait à V

ciel ouvert. Il les cherchait avec tant d'ardeur qu'il r

les a trouvées toutes, on peut croire, puisque le grand prospect moderne n'en a découvert aucune et qu'il ne reste de ces gîtes d'argent corné, d'argent presque pur, dont parlent les archives du pays, que de larges entailles au flanc des montagnes, les tajos où Borda, Zambrano, le padre Florès, Bustamante et tant d'autres ont puisé leurs . millions.

Sous ces tranchées, parfois, les modernes ont trouvé de bonnes mines. Au Tajo^ en Sipaloa, au Carmen^ en Sonora, oûBradbury etPedrazzini ont fait fortune, à Batopilas, où Alexandre Shepherd a fouillé avec succès sous l'emplacement des gîtes d'argent natif du Cristobalillo, à Mapimi, à Minas Priatas, en cent endroits, de belles propriétés minières ont été formées sous des antiguas qu'on avait longtemps négligées, parce qu'on les croyait épuisées, sans valeur.

Près du sol, dans la zone oxydée, l'ancien mi-

132 MINE8 BT MINEURS

neur était chez lui, très à Taise. Nul moderne ne Ta égalé dans Fart de découvrir un gîte et d'en extraire tous les nninerais dociles. Mais il l'abannait quand les chlorures et les sulfures simples se transformaient, plus bas, en sulfures complexes, ou quand les eaux souterraines envahissaient le chantier.

Epuisant Teau à bras, avec le seau de cuir qui lui servait aussi pour l'extraction du minerai, il ne pouvait dominer qu'un filet d'eau très faible. Il a pu, par exception, drainer au moyen d'une galerie à flanc de canon et se risquer à deux ou trois cents pieds, mais on peut dire que, faute d'engins et de science, cet excellent mineur en surface était un mineur médiocre en profondeur. Il a souvent pris une faute pour un caballo et cherché en bas le filon perdu, quand il eût fallu le poursuivre à droite ou à gauche^ sur le plan même de la faute. Si les anciens avaient découvert la Bonanza de Dos Estrellas, Veta Nueva^ que les convulsions géologiques ont brisée et fortement déplacée en trois endroits, ils l'auraient perdue, sans doute, à son premier rejet.

Ne dédaignons pas hsantiffuas mexicaines ; sachons les déblayer, les consolider, tàter leurs fronts, sonder leurs entrailles. El antiguo avait du goût et de l'expérience, mais il était inconstant et blasé. Parmi ses innombrables veuves, quelques-unes attendent un consolateur, qu'elles sauront rendre heureux.

The LondonEconomist conseille aux capitalistes qui veulent acheter des actions de mines d'or de se poser les trois questions suivantes :

l^Les actions donneront-elles du 10 pour 100 au moins?

2° Le bénéfice net à tirer des minerais en vue, dans la mine, équivaut-il au 60 pour 100 de la valeur de la mine, à sa cote actuelle ?

3** Les fronts d'attaque dans les travaux les plus profonds et dans les galeries les plus avancées donnent-ils du minerai de teneur moyenne?

The LondonEconomist cite ElOro, au Mexique^ comme répondant à ces trois desiderata,

« Les Anglais»; ditril, « devraient s'y connaître en mines d'or, puisqu'ils détiennent la majorité des mines d'or du monde. Mais non, la plupart d'entre eux achètent des actions sans connaître la mine, sans savoir même en quel pays elle se trouve- Ils les achètent parce qu'ils ont un tqi — un tuyau-

Les actions monteront ; les grosses mateons achètent.

« Les Américains prennent l'industrie minière au sérieux, comme toute autre industrie. Leurs experts et leurs directeurs ont appris leur métier, pour lequel, du reste, ils avaient une sorte de passion instinctive, qu'on ne trouve guère qu'en Amérique. Leur estimation de la valeur d'une mine est basée strictement sur les quantités de minerais en vue, sur leurs teneurs moyennes constatées par des essais pratiques et sur les frais d'extraction et de traitement, frais variables selon la situation de la mine d'or, la main-d'œuvre locale, reau,le combustible, etc. Les gros acheteurs de mines au Mexique, les Guggenheims, Haggin, le sénateur Clarke, les PhelpsDodge,etc., ne procèdent pas autrement. »

Pour qu'une mine offre les conditions requises par V Economiste il faut qu'elle ait été mise dans ces conditions par des capitalistes moins timides, — YEconomist dirait moins prudents — que ceux auxquels il s'adresse. Ceux-ci n'auraient aucune mine à acheter, si quelqu'un n'avait pas risqué, quelque part, son temps et son argent, carie développement d'une mine neuve représente une somme d'efforts et de risques.

Nous croyons que le capital doit jouer, dans les affaires minières, un rôle moins passif. Nous croyons qu'il y a un juste milieu entre le mode d'achat ultra-conservateur de la rtiaison Rothschild

et le mode d'achat ultra-fantaisiste dee foules séduites par les boniments des promoteurs. Ce qu'il faut encourager, c'est la formation de compagnies de recherche et de développement.

Quand une mine, récemment découverte, n'est pas assez développée, ou quand une mine ancienne est obstruée par des éboulemeirts ou noyée par les eaux souterraines, elle peut avoir un bel avenir, mais elle n*est pas, évidemment, dans Tétat où la voudrait V Economiste Si son propriétaire ne peut faire les travaux nécessaires à sa mise en état d'examen, qu'il consente un working bond^ un acte à terme par lequel la compagnie d'exploration s engagera à faire ces travaux. Dans bien des cas, un expert pratique pourra juger que tel prospect un peu poussé, telle mine ancienne dont l'histoire est connue ^aut qu'on s'en occupe. Si le propriétaire a des prétentions raisonnables et si la compagnie d'exploration est bien servie, on peut former ainsi une propriété minière dont VEconO' mist, lui-même, reconnaîtra la valeur, — inutilement, d'ailleurs, car une bonne mine, entre bonnes mains, n'est pas à vendre.

VEconomist voudrait pour ses clients des inines rapportant 10 pour 100 avec autant de certitude que les maisons du Strand rapportent 4 pour 100. Les mines de ce genre sojnt rares.

Choisir, bien choisir une mine qui a de l'avenir, concentrer sur elle tous ses efforts, voilà ce que doit faire une compagnie sérieuse. Dès que cette

mine est en rapport, dès qu'elle paye, cherchez-en une autre, étendez vos opérations autour de votre premier puits, achetez les mines de vos voisins ou faites un arrangement — une consolidation — avec eux. C'est en suivant cette marche ascendante qu'un grand nombre de compagnies athéricaines ont atteint là richesse et le pouvoir. Elles ont débuté modestement, mais elles ont travaillé d'une façon pratique. Elles ont été plus hardies et — au bout du compte — plus sages que les compagnies anglaises qui acquièrent à haut prix les mines connues et sures.

Selon VEconomist, les capitalistes ne doivent acheter une mine d'or que si elle offre autant de garanties de durée qu'une banque, une maison de commerce, une ferme, une fabrique, ou toute autre affaire ancienne et classée, et encore faut-il qu'à garantie égale, la mine rapporte deux ou trois fois plus que les autres entreprises.

Pourquoi?

Une banque court le risque d'un krach, une maison de commerce celui des faillites de ses clients, une entreprise agricole celui des mauvaises récoltes, une fabrique celui de la mévente de ses produits. La mine d'or que rêve VEconomist ne courrait aucun de ces risques et, puisque son avenir serait assuré, de quel droit exigerait-on d'elle de si gros profits?

Qu'on assimile tant qu'on voudra les mines aux autres entreprises ; on ne leur ôtera pas le trait

qui îes distingue : l'aventure, parfois tragique, de leur découverte.

L'a fondation d'une banque ou d'une compagnie d'assurance n'est marquée par aucun péril. La découverte d'une mine est due souvent à Fextrème endurance d'un homme, à son courage, à sa foi.

Et ce n'est pas l'avarice qui pousse les prospecteurs américains et les gambusinos mexicains à travers la brousse et les roches. La plupart gaspillent ou donnent l'or trouvé et le produit d'une vente. Beaucoup d'entre eux sont tués, dans les sierras, parle froid, la soif ou la faim, parFéboulement d'une roche, parlacrue subite d'un torrent, par le coup de feu d'un Indien maraudeur.

Ces hommes trouvent des mines pour les abonnés de VEconomist • et meurent pauvres, sans se plaindre.

DANS LES SABLEà

Quand on visite une des mines qulls ont trouvées, une mine vivante et bruyante, avec ses perforatrices, ses ascenseurs, ses voies ferrées, ses batteries de pilons et ses cuves de cyanuration, on n'imagine qu'avec un eflFort ^Je lieu avant la découverte, le liane de la montagne déserte tel qu'il était, au jour où l'homme a, poulr la première fois, frappé du marteau le quartz de l'affleurement.

L'homme était parti d'une « ville future », en territoire d'Arizona, et poussait devant lui deux ânes, chargés de provisions et d'outils. H marchait vers le sud, à travers des terrains sans eau, sans arbres, sans maîtres. « No man's land. » C'était, quelque part, entre le rio Gila et la frontière mexicaine, une plaine fauve, hérissée de plantes hostiles, cuirassées et armées. Au sud, sous le dur ciel bleu, des montagnes bleuâtres si lointaines qu'on eût dit des brumes... Mais des brumes, il n'y en eut jamais en Arizona.

Aux horizons flottaient, comme des écharpes, les couches d'air surchauffées au contact du sol, des ondes d'air, de la chaleur visible. Quarantecinq degrés à l'ombre, — à Tombre d'un cactus organo, où l'homme avait fait sa sieste de midi. Puis, en marche jusqu'au "^ soir, vers des lieux vagues où, peut-être, il y aurait de l'eau.

Au surplus, le baril était presque plein, et les ânes rongeaient, la nuit, des raquettes juteuses. On pouvait aller plus loin.

Plus loin, c'était le pays au nom sonore, dont l'homme rêvait depuis des années. Ces montagnes, si lointaines hier, si lointaines aujourd'hui, fuyant, semblait- il, elles étaient au Mexique, en Sonora, au pays de l'or.

Des jours et des jours de marche. Les ânes avaient bu quelquefois. On s'était arrêté au puits d'un chef papago, et, douze lieues plus loin, aux sources de la Sonoïta. La rivière se perdait 'dans

les sables, mais, un soir, près des fouilles que font les coyotes pour trouver Feau, Thomme avait fait comme les coyotes et il avait bu.

Il s'en allait maintenant à travers de grandes vagues jaunes immobiles, vagues de sable fin, où les ânes enfonçaient parfois jusqu'aux sangles. On montait très lentement jusq,u'à la crête d'une de ces vagues, à vingt ou trente mètres de hauteur; de l'autre côté, droit comme un mur, on se laissait tomber, en entraînant après soi des tonnes de sable, et l'on gravissait la vague suivante. Enfin, au-dessus des dunes, une sierra avait surgi.

Avec ses escarpements bizarres, ses crêtes taillées à pic, ses entailles profondes, elle ressemblait à un amas" de ruines, — ruines plus vieilles que l'histoire et que le temps, car ces gneiss et ces schistes, effrités par le soleil, par le vent, par les âges, ont émergé avant les continents, avant les premiers végétaux.

Par une des entailles, on pourrait monter et pénétrer dans ces décombres. L'homme avait campé dans le sable, à la bouche d'un ravin.

La nuit, des rumeurs s'étaient élevées, de grandes voix confuses, pareilles à celles des pins dans le vent. Mais des pins, il n'y en avait pas, aucun arbre, et la brise était très faible. Qui donc parlait si haut?

C'était le Pacifique. Au jour, après avoir gravi les premiers échelons du ravin, l'homme avait vu^

mmm

par delà les sables, la grande houle déferlant sur les côtes du golfe de Californie.

Des fragments de quartz, roulés par les eaux anciennes, couvraient le lit du ravin. Le quartz est la gangue de For, mais celui-ci était blanc, et les prospecteurs ne s'occupent pas plus du quartz blanc que des pierres à chaux.

Mais voici qu'à mi-côte, des fragments moins crus apparaissent. Leur couleur de rouille, leur grain de poire mûre, leur cassure luisante et comme mouillée, au ton d'acier, tout indique la métallisation. Ces /loats sont de plus en plus nombreux et forment une piste aussi facile à suivre que le serait celle de la barde d'antilopes, là-bas, dans les sables.

Soudain, la piste se dérobe. Plus de floats en amont. Leur source, l'affleurement du filon, est donc quelque part, à droite ou à gauche, sur un des flancs du ravin.

L'homme décharge ses ânes, établit son camp.

La recherche sera longue peut-être ; un travail en profondeur est nécessaire. Comment vivre^ des jours, sans eau? Il faut descendre, repasser les dunes, ramener les ânes aux fouilles des coyotes, dans le lit ensablé de la Sonoïta, où Us trouveront un peu d'herbe et de l'eau. Il faut revenir au camp, dans la montagne, chargé d'autant d'eau qu'on en peut porter.

Le lendemain, l'homme explore les flan.cs du ravin et retrouve bientôt la piste perdue. Sur le

flanc gauche, les floats reparaissent. Il escalade les blocs de gneiss amoncelés sur la pente, il monte en s'accrochant à une racine, à la pointe d'une roche, à une branche de torote. Enfin, le voilà, Taffleureraent de quartz, tranchant nettement, comme un mur, sur le flanc gris de la montagne, scintillant au soleil, doré par l'oxyde de fer, et comme peint par le fer, ce compagnon de Tor, de la couleur même du métal précieux.

Mais ces apparences sont souvent trompeuses.

Le prospecteur broie entre deux pierres un fragment de quartz pris sur l'affleurement et lave la poudre dans sa cuiller de corne. t

La silice, les parties légères sont entraînées par l'eau. Les parties lourdes, métalliques, restent dans la cuiller. Au premier essai, ce résidu est noir, — stérile. Un second essai, un autre, un autre. Enfin, se détachant nettement sur le noir, apparaît une couleur, une particule d'or. Un fragment pris plus loin donne, un groupe de particules d'or, une queue d'or, indiquant une teneur d'une once, environ, par tonne de minerai. Ceci ne prouve nullement que la mine donnera une once par tonne; mais l'affleurement vaut qu'on s'en occupe. Nul travail à la vue, nulle* cassure ancienne ou récente. C'est bien une découverte.

Le prospecteur va chercher, au camp, dans le ravin, son pic, sa pelle, le marteau de 4 livres, les barres^ les fleurets, la dynamite. .

Il se met au travail.

En huit jours, il creuse deux trous sur la veine, à SO mètres Tun de l'autre, deux trous pas très profonds, un peu plus profonds que ceux des Coyotes dans le sable, en bas. Mais ces ouvrages, dont sourirait un ingénieur, fournissent des indications précieuses. La veine a plus de 3 pieds de puissance. Son pendage est presque perpendiculaire àThorizontale. Ses épontes, lisses et comme savonneuses, sont celles d'un true fissure vein, d'un « de ces filons fentes », si appréciés par les mineurs, parce qu'ils se sont glissés entre le gneiss et le schiste, au contact des deux roches, et qu'ils ont pu, sans se disloquer, surgir des profondeurs. Et puis, à quelques pieds sous l'affleurement, le prospecteur a trouvé de beaux spécimens, des morceaux de quartz incrustés d'or qui sont un encouragement au travail, une promesse de richesse.

Il est heureux, le prospecteur; il va chercher ses ânes, et la chaleur semble moins accablante, les sables sont n^oins lourds. Avant de lever le camp, il fait son dernier bon repas, car les provisions sont épuisées et, après cette dernière lanière de viande boucanée, après cette dernière tasse de café, il ne reste plus qu'un peu de farine. Qu^importe ! Il mangera des fruits de cactus, pîtayas et sahuaros, et il ouvrira, à coups de hachette, le* melon monstrueux du désert, la biznaga hérissée de poignards, pleine de pulpe comestible etd*eau amère, la biznaga qui a sauvé tant d'hommes perdus, au pays de la soif.

Il contourne la pointe méridionale de la sierra: il se dirige vers Fest et bientôt il sort des sables- Il traverse des plaines nues, des plateaux pierreux, des plaines encore. Le troisième jour, des toulles d'herbe apparaissent, quelques mezquites rabougris, des bœufs par groupes. Un rancho n'est pas loin. Il suffît maintenant de suivre la piste des bœufs qui vont boire.

Le prospecteur refait, au rancho, sa provision de viande sèche et d'eau. Il sait que^ pour obtenir un droit sur sa mine, il faudrait aller au chef-lieu du district, à 40 lieues au sud-est, faire une déclaration de découverte, désigner un arpenteur- expert et qu'en frais de timbres, de voyages et d*honoraires, il faudrait dépenser 300 ou 400 piastres. Il ne les a pas; mais il a des amis en Arizona, dans la « ville future », qui s'associeront sans doute avec lui. et feront les avances pour le deiiuncio, le plan et les premiers travaux de développement. Il retourne en Arizona.

Bon juge en minerais, notre prospecteur ; mauvais juge en hommes. Pendant son séjour au rancho, il n'a pas su résister à un mouvement' de vanité professionnelle, il a montré ses beaux sp*:cimens de quartz aurifère.

Quand la poussière soulevée par les deux ânes n'est plus visible à l'horizon du nord, le ranchero monte à cheval et va au puits des Papagoa, ses voisins. Il choisit, parmi eux, le meilleur ra.sfrero, le limier infaiUible qui peut suivre sans défauts un

144 MINBS ET MINEURS

homme ou un cerf sur les terrains pierreux. Il prend, avec lui, le contre-pied des deux ânes.

Les mines de la Sierra Pinta sont découvertes ; on les exploite aujourd'hui et l'homme qui, le premier, a frappé de son marteau le quartz de Taffleurement. n'a eu, pour sa part, que ses beaux spécimens^ incrustés d'or.

Trois épisodes d'une vie de prospecteur.

(D'après deS récits de Jack Lpndon).

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