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EXCIItRSiONS 211
d'autrefois. Le développement de la Palestina se fait par des puits et des galeries au-dessous du vieux tajo. L'usine de concentration et de fonte sera prête au printemps.
' A 25 kilomètres au sud-ouest, un autre groupe de capitalistes américains fait de grandes installations à la Rosa Amarilla. Une voie électrique reliera la mine et la fonderie au port de Navidad. La zone métallisée en cuivre est large de 200 mètres. Les teneurs en or et en argent sont assez fortes.
Au sommet même du Cacoma, à 50 kilomètres d'Autlan, on débouche, en pleine forêt, devant un terre-plein entouré de hauts murs en maçonnerie. Cette forteresse a été édifiée, en 1850, par deux Américains du Vermont, les frères Blake, qui y expédièrent de New- York, par le Cap Horn et le port de Chamela, de prodigieuses quantités de machines : chaudières, fourneaux de fonte, locômobiles, scieries, tours, laminoirs. Depuis un demisiècle, les gens du pays puisent dans ce réservoir et le grand corral est toujours encombré de^ pièces de toutes sortes, quelques-unes si lourdes qu'on se demande par quel miracle elles ont été hissées sur le flanc abrupt de la sierra.
Les Blake exploitaient le gros filon d'Agua Blanca, qui, par exception dans le district, est purement cuivreux, sans traties d'argent ni d'or. Ils fondaient et manipulaient le métal surplace, au charbon de bois*
Pendant les guerres civiles, ils livraient des canons à Guadalajara et aux ports de la côte et, pour s'assurer contre les attaques des partisans, ils avaient obtenu la création, à Agua Blanca, d'un consulat américain^ dont F un d'eux, John Blake, était titulaire. L'écusson et le drapeau existent encore et, tout récemment, ces reliques ont été hissées au-dessus de la maison du directeur pour inspirer une crainte salutaire à quelques mineurs récalcitrants.
La puissance du filon varie entre 4 et 16 mètres. Les Blake ne Font exploité que dans ses parties hautes. Au-dessous de leur galerie p/rincipale, la compagnie actuelle (Dwight Furness et C®, de Guanajuato) a bloqué à^^ centaines de mille tonnes. Quelques-unes des vieilles machines ont été réparées ; d'autres, plus modernes, sont en place.
A 8 kilomètres d*Agua Blanca, la Carrizo Copper C^ exploite la continuation du filon d'Agua Blanca. Le cuivre de Carrizo a reçu une médaille d*or, à l'exposition de Saint-Louis, pour sa malléabilité exceptionnelle.
La gangue du cuivre, dans le Cacoma, est presque toujours une calcite chargée de cette variété d'oxyde de fer qu'on appelle l'hématite. Les éléments d'une bonne fonte, fer et chaux, s'y trouvent en proportions parfaites.
Au sud du Cacoma, la zone cuivreuse se prolonge à travers le petit Etat de Colima et se relie par le district ferrugineux de Coalcoman aux
cuivres du Michoacan — Ghurumuco, Oropeo, Inguaran.
L'abondance et la qualité des minerais du Gacoma, la forme de la montagne, dont les pentes très raides permettent l'exploitation économique, par tunnels, sur de nombreux niveaux, le bon marché du combustible, les forces hydrauliques partout disponibles, le voisinage de la mer, tant d'avantages mettront bientôt cette belle région au rang des grands districts cuprifères du continent, la Cananea, Bisbee, Jérôme, Butte, le lac Supérieur.
GLORIA MUISDI
En feuilletant un vieux dictionnaire de minéralogie, celui de Landrin (Paris 1864), j*ai trouvé, au mot or, la note suivante :
« Le filon le plus riche du monde a été celui du Zorillo, au Mexique, dont la teneur était de 7.910 grammes d'or par tonne. »
C'est dpnc en ce pays argentifère, où l'or n'est guère qu'un sous-produit des mines d'argent, qu'on a trouvé la plus extraordinaire des mines d'or, je dis des mines connues, car, parmi les gîtes très riches découverts depuis 1864 — El Callao, en
214 MINES ET MINEUnS
Colombie, Mount Morgan, en Australie, Indépendence, aux États-Unis, etc., — quelques-uns ont donné 3, 4 ou 6 onces par tonne, mais aucun n'a approché de ce chiffre prodigieux : 250 onces.
Où donc est le Zorillo? Dans quelle barranca mexicaine s'est-il ierré? Le dictionnaire ne le dit pas. Des Zorillos, on en compte par douzaines, mais aucun d'eux, que nous sachions, n*est en bonanza. Le Zorillo du dictionnaire n'est donc qu'une ruine, hantée, sans doute, par des gambusinos.
Pour voir ce lieu, unique aii monde, il faut aller, par le Central^ à Jimenez, puis à Parral, par un embranchement, et prendre le petit train de la ligne locale Parral-Durango. La voie traverse des pâturages ondulés, coupés de broussailles; elle contourne des massifs de schiste, hérissés de tufs volcaniques en forme de tours ruinées, et pénètre dans un bassin de basalte, semé de chênes verts. Nous avons atteint le versant du Pacifique, les sources du rio de Culiacan, aux confins des États de Chîhuahua, Sinaloa et Durango.
A 175 kilomètres de Parral, à Mesa de Sandia, terminus de la ligne, on engage un guide, on loue un cheval et une mule de bat et Ton suit, vers le nord-ouest, un sentier de montagne, au cœur de la Sierra Madré. Des dindons sauvages gloussent dans les ravins; une hardede cerfs détale. Voici le « Corral de los Apaches », haute mesa entourée de roches à pic et de gouffres, accessible sur un
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seul point, pair un pont naturel. Les Indiens hostiles y assemblaient lès bêtes volées. Aujo^urd'hui la région est sûre et c'est un plaisir d'aller par les grandes combes, relevant une piste d'ours en observant les roches, un plaisir de surveiller, le soir, la cuisson du rati à la pastor et de camper sous les pins.
Le second jour, on arrive à Guadalupe y Calvo.
C'est là qu'en 1835, un Tarahumare, un de ces Indiens qui vivent dans les grottes de la Sierra, découvrit un gros creston de quartz, tout incrusté d'or. Ochoa, ranchero et quelque peu tendero, acheta le prospect pour une outre de mezcal et dt^ux sacs de farine et le loua, l'année suivante, à deux compagnies écossaises, moyennant une redevance du quart des minerais extraits pendant ' quatre ans et de J 50. 000 par an, pour les huit années suivantes. En ce temps-là, les étrangers ne pouvaient être propriétaires au Mexique.
Une des compagnies fermières exploita la partie ouest du filon, Cuadalupe^ et Tautre compagnie la partie est, ^/ZoW//o.
Le filon, qu'on appela El Rosario^ était si riche dans ses parties supérieures, que les Ecossais furent bientôt en état d'obtenir du gouvernement rétablissement d'un hôtel des Monnaies local, avec un de leurs agents, Thomas Mac Kintosh, pour directeur. On imagine les difficultés du transport des machines, expédiées d'Angleterre à Tampico et charroyées à travers les deux Sierras — en 1838. Vingt
216 jinrEs et mixecbs
ans {yIo$ tard, quand le goaveraement transféra la Monnaie à Coliacan, il fallut abandonner surplace les pièces les plus lourdes. Ces Ecossais se jouaient de tous les obstacles et même des lois. Pendant les huit années du bail, ils déclarèrent une prodqction de 1 16-000.000, chiffre modeste, mais officiel, Hur lequel Timpôt fut prélevé. C'était le temps de la contrebande à Tamiable et des cotes mal taillées.
Les documents privés, beaucoup plus exacts, constatent, pour une seule des compagnies, celle de (iuadalupe^ une production de jf 31.000.000. Il est donc probable que le filon a fourni, en huit ans, à Guadalupe et an Zorillo^ 300 millions de francs environ. Mais ce gros chiffre même étant admis, il faut reconnaître que la teneur en or, donnée par Landrin, n'a pas persisté en profondeur. En effet, pour produire 300 millions de francs en huit ans, avec une teneur de 7 à 8 kilos d'or à la tonne, il eût suffi d'abattre une demitonne, chaque jour, dans chacune* des deux mines en location. Nos Ecossais n'étaient pas hommes à se rationner ainsi, au profit d'Ochoa.
Le fait est que les affleurements, seuls, étaient très riches et qu'à moins de 100 pieds, le Rosario avait pris les allures, assez ordinaires, d'un filon mixte — auro-argentifère.
En 1847, Teau envahit les chantiers. Depuis longtemps la bonanza n'était plus qu'une légende, à l'usage des dictionnaires futurs. Les Ecossais
offrirent de renouveler le bail au prix de J 30.000 par an et, sur le refus d'Ochoa, transportèrent leurs machines à Guanacevi, où Tun d'eux, Robert Auld, exploita plusieurs mines avec succès. Stuart Auld devint directeur de Real del Monte. Les frères Mac Kintosh fondèrent une banque àMexico. Pendant trente-cinq ans, le Rosario fut à peu près abandonné. JDeux tentatives d'asséchement> en 1864 et en 1883, échouèrent. La famille Ochoa cessa de payer les taxes et perdit sa propriété. Dénoncée en 1892 par des Américains, elle a été vendue en 1895 à la Rosario Mining and Milling C^ qui la laisse en friche.
DOS ESTRELLAS
Parmi les groupes de mines mexicaines, celui de Tlalpujahua-El Oro est au premier rang par l'ampleur du développement et par la perfection de Toutillage.
Il est situé à 80 kilomètres au nord du Nevado de Toluca, Tun des anneaux de la chaîne volcanique qui, de T Atlantique au Pacifique, du pic d'Orizaba au pic de Colima, a couvert de débris le Mexique central.
Du Nevado à El Oro ondule un pays d'élevage
— collines boisées, mesas, vallons en forme de cirques. Partout les éruptions ont laissé leurs traces en nappes d'andésite, en coulées de lave, en amas de tufs volcaniques. C'est le Nevado, ou, peut-être, une bouche plus voisine, aujourd'hui cachée sous les décombres, qui, à une époque relativement récente, a revêtu le sol, autour d'El Oro, d'une coucjie épaisse d'andésite.
Sous cette roche, mouchetée de pyrites, mais stérile en métaux précieux, on trouve un schiste légèrement bitumeux, veiné de calcaire, — l'un des types de la série sédimentaire du grand plateau mexicain.
Les filons sont encastrés dans le schiste et s'arrêtent brusquement à la rencontre du chapeau d'andésite.
Aux temps siluriens, la région était un des golfes de la Méditerranée mexicaine, bordée par les deux Cordillères. Sûr le fond de cette mer, fait, comme ses rives, de diorites et de granits, se sont déposés des sédiments — schistes, argiles, calcaires; puis, le. fond s'est soulevé et, de toutes parts, ont surgi des sierras, revêtues du manteau sédimentaire.
Pendant ces convulsions, des fissures s'étaient ouvertes, que remplirent des coulées ascendantes de quartz et de calcite, des magmas métallifères venus des grandes profondeurs.
Autres éruptions, autres crevasses, remplies, celles-là, de matières stériles — dykes trachi-
^t vHMi
tiques qui rayent la formation et coupent à angle droit les fissures anciennes, les filons.
Long repos ensuite, pendant lequel les^pluies,le soleil et le vent ont sculpté les montagnes, leur donnant à peu près leur forme actuelle.
Dernière éruption, aux temps tertiaires. Moins violente que les premières, elle ne disloqua pas la formation générale; elle Tensevelit simplement sous l'andésite. Ce suaire, épais de 50 à 150 mètres, étalé sur le schiste, devait rendre impossible la découverte des filons. Heureusement, il est troué en certains endroits.
Sur les flancs des montagnes que domine la Somera, les eaux torrentielles ont creusé la canad^ d'El Oro au Sud-Ouest, la canada deCucha au Nord-Est, la canada de Borda au Sud-Est, et, dans ces érosions profondes, où l'andésite a été détruite, des têtes de filons apparaissaient.
Les Indiens les exploitaient à leur manière avant l'arrivée de Cortès. Tlalpujahua est un des plus . \
vieux camps miniers du Mexique ; mais il doit au grand mineur français du dix-huitième siècle, à Joseph Borda, ses deux églises et la plupart de ses maisons pittoresques, étagées aux flancs des ravins.
Là, comme à Taxco, comme à Zacalecas, le roi des gambusinos découvrit des poches presque affleurantes d'argent corné, de ce chlorure dont la richesse est telle, qu'une centaine détonnes, expédiées à la Monnaie de Mexico, faisaient uti millionnaire.
220 xnrss rr xdieubs
Borda rida les poches et laissa aux mineurs fotars le soin d'exploiter les corps des filons, assez pauvres, en somme, et rebelles à ramalgamation, seul traitement conna, alors.
Un demi-siècle plas tard, D. Lacas Alaman, ministre des Affaires étrangères, exploita, avec laide de capitaux anglais, un filon affleurant dans la canada d'El Oro, la Descubridora. En 1853, cette compagnie, The United Meœican^ transformée en Hestauradora, comptait le président Santa Âna parmi ses actionnaires. La zone supérieure de minerais oxydés, seule exploitable alors, fournissait chaque jour au palio 20 tonnes triées, d'une teneur moyenne de 33 onces d'argent et 35 grammes d'or. Les comptes rendus du temps nous apprennent qu'on ne pouvait traiter avec profit les minerais valant moins de 22 dollars.
En poussant vers le sud une galeriede recherche, on avait découvert un gros filon parallèle, caché sous Tandésite, le San Rafaël, mais on ne pouvait tirer aucun parti de son quartz compact, qui ne cède pas Tor au mercure.
Un Espagnol, Madrid, acheta la mine déchue et la laissa dormir. Pendant quarante ans, l'exploitation fut à peu près nulle. Une compagnie américaine, fondée par le général Frisbie, passa la main h J.-H. Haggin, l'un des rois du cuivre, qui la passa à lord Rothschild et à la El Oro Mining C^.
Un fait considérable s'était produit. L'emploi du cyanure avait rendu possible, au Transvaal, Tex-
ploitation de minerais aurifères i^ebelles à Tamalgamaion, La limite d'exploitabilité était descendue de ^22 à J8. Là renaissance de Tlalpujahua-El Oro était assurée.
Aujourd'hui, les travaux, à El 0?^o, ont ,
26.800 mètres de développement. Le filon San Rafaël est reconnu jusqu'à 700 mètres en profondeur. Le moulin broyé 700 tonnes par jour. Les réserves — 606.000 tonnes — assurent la production pendant trois ans, La teneur moyenne est de #11,28 (or), dont on recueille #9,58. Les frais, par tonne, ont été progressivement réduits à # 5,73.
I^a compagnie^ fondée au capital de #10.800.000, s'est reliée au chemin de fer National et aux forêts d'alentour par une voie ferrée. Elle a formé deux filiales, la Somera, son « deep level » (capital #5.000.000), et la Mexico, installée sur la con- | tinuation du SanRafaelaunord(capital#1.800.000). i
La sagesse et la bonne foi des administrateurs |
d''El Oro sont appréciées et, pourtant, le cours •
des actions, qui sont de 1 livre sterling au pair, ne s'élève pas sensiblement. La cote actuelle est de 1,26 livre sterling.
Une autre compagnie, Esperansa^ où dominent les frères Guggenheim, exploite le même filon entre les pertenencias d'El Oro et celles de Mexico. En cette région, le San Rafaël porte deux bandes « payantes », Tune de 5 mètres, au toit, l'autre de 3 mètres, au mur,' séparées par une zone à peu près stérile, un cheval épais de 5 mètres.
222 MîNBS ET MINEURS
En 1905, une galerie de recherche a conduit à une poche riche, hors du filon. Cette bonanza, dissipée en dividendes et corsée de fortes réclames, a porté les actions diEsperanza à 6 livres sterling. Elles sont cotées 1,18 livres sterling, aujourd'hui. De grosses pertes ont été subies à Londres, ce qui est fâcheux pour le bon renom de l'industrie minière au Mexique. Heureusement les grands spéculateurs, qui, pour agir sur le cours, congédient brusquement des milliers d'ouvriers mexicains, auront peu d'imitateurs. M. Limantour disait qu'on n'aime pas, ici, le boom et le bluff. Nous allons voir qu'une compagnie prudente, une compagnie franco-mexicaine, celle-là, a su, à quelques centaines de pas de la mine américaine, recueilHr des bonanzas, sans boom^ et maintenir, sans bluffa, en temps d'exploitation normale, le cours de ses actions.
Tournons la Somera, descendons l'autre versant de la montagne. Vingt minutes de marche et nous sommes à mille lieues du camp américain, dans un autre monde, où l'esprit d'ordre et de prudence n'exclut nullement l'emploi des procédés nouveaux.
Le contraste est frappant. Deux races, deux méthodes. La forêt de chênes et de pins, détruite à l'Est, a été ménagée à l'Ouest. Sur le flanc nu, le bourg d'El Oro entasse en désordre ses masures, ses tripots, ses débits de liqueurs. Sur le flanc ombragé, des rangs de maisons d'ouvriers^ blan^
ches et saines; pas de joueurs, pas de buveurs; un air d'aisance et d'entrain.
. 'Et nous avons ici la preuve que la politique de justice et d'ordre social s'applique aussi utilement aux intérêts privés qu'aux affaires publiques* A Dos EstrellaSy le travail individuel rend plus que dans les mines voisines, et les bras n'y manquent jamais.
Après une visite aux districts miniers des Etats- Unis, où la tyrannie des trusts se heurte à celle des unions ouvrières, où les grèves sanglantes ripostent aux abus de pouvoir, où la dynamite s'emploie souvent à un autre abatage que celui du minerai, on se repose à Dos Estrellas, on admire une administration ferme et paternelle, qui assure à tous le bien-être et la sécurité et qu'on pourrait comparer, toutes proportions gardées, à celle du gouvernement mexicain.
La propriété a été constituée par un Français. M. François Fournier connaissait bien la région. Calculant le pendage du filon San Rafaël, il voulait le recouper en profondeur. La vente du puits dit de Somera, aux débuts même des travaux, lui ayant fourni quelques milliers de piastres, il put entreprendre une autre œuvre longuement projetée aux heures de prospection dans la montagne.
Selon lui, le chapeau d'andésite couvrait un système normal de fissures, et, pour découvriras filons parallèles au San Rafaël et à la Descubridora, il fallait aller souterrainement à leur ren*
contre ; il fallait cheminer de l'Ouest à l'Est à travers le massif de schiste.
Le tunnel deTOyamel, commencé en 1898 dans la canada de Borda, ne recoupa, en quatre ans, que trois filons pauvres et quelques veinules inexploitables. Depuis longtemps, le prix de la vente du puits de Somera était englouti ; mais le prospecteur avait la foi, une foi communicative. Il croyait à son étoile — à ses deux étoiles. Il forma une compagnie au nom prestigieux et, inlassablement, il plaçait à. Mexico, au prix qu'il trouvait, quelques actions de cent piastres. Sur les trois mille titres, il en a pu garder dix-huit cents et s'est maintenu à la tête de l'affaire.
Ceux qui l'aidèrent dans sa longue recherche de rinconnu, des ihembres de la maison La Esmeralda, D. Guillermo de Landa, des Français, des Mexicains, apprirent, un jour, vers la fin de 1902, qu'un, nouveau filon avait été recoupé à 575 mètres de la bouche du tunnel, sous un clavo très riche.
Les minerais de Veta Niieva, expédiés à la fonderie de Monterrey, fournirent, au cours de l'année 1903, $1.140.000 en dividendes et de grosses réserves, telles qu'en font bien rarement les compagnies minières.
Ori eût pu doubler les dividendes et laisser croire aux naïfs que ces teneurs exceptionnelles étaient normales dans ce filon sans pair et que labonanza durerait indéfiniment.
Un faiseur de boom eût eu la partie belle. Pousser les cours aussi haut qu'on peut ; vendre par petits paquets ; racheter par gros paquets, après avoir suspendu les dividendes et répandu des bruits fâcheux, que justifie, à la rigueur, la rencontre d'une faille ; retrouver la veine à dix mètres du rejet — et reprendre le jeu de bascule... Tout cela est facile. Veia Nueva se prêtait à souhait aux combinaisons financières en vogue à Butte, à Goldfield, à Nevsr-York. Sa richesse est persistante, puisqu'elle e^t connue actuellement sur 500 mètres en direction et qu'elle fournit encore, chaque mois, 300 tonnes de minerais de 130 grammes d'or et 3 kilos d'argent. Mais, quoi ! M. Fournier et ses associés ne sont pas Anxéricains.
A quelques mètres à TEst de Veta Nueva^ le tunnel prolongé avait recoupé -un filon beaucoup plus gros et beaucoup moins riche. La puissance de Veta Verde varie entre 8 et 40 mètres sur un développement (en direction) de 2 kilomètres; mais pour exploiter ses minerais^ dont la teneur moyenne n'est que de 10 grammes d'oret 170 grammes d'argent, d'immenses installations étaient nécessaires, des usines organisées de telle sorte que le faible profit par tonne fût multiplié par un très gros chiffre.
Les actions de Dos Estreîlas étaient cotées au centuple de leur valeur au pair. Des compagnies se formaient par douzaines à Mexico pour chercher à tâtons des Vetas Nuevas sous l'andésite. Tlalpu-
jahua s'éveillait après cent ans, aussi jeune qu'au temps de Borda. Les Luz de Borda^ les Concept çion de Borda, les Borda Antigua paraissaient à la cote, en compagnie d'innombrables mines futures aux noms d'astres.
Le sort de Dos Estrellas allait se décider. Parlerait-on d'elle, plus tard, comme d'une bonanza de bonne prise, d'une razzia à la Borda, faite à la hâte dans la montagne et partagée entre des goumiers en aventure, ou deviendrait-elle une affaire industrielle de premier ordre et de long avenir?
M. Fournieret ses amis n'hésitèrent pas. Résolution fut prise de sacrifier l'intérêt du moment et d'appliquer une grosse partie du trésor disponible à une installation définitive.
M. Henri Bossuat, nommé directeur au commencement de 1904, entreprit cette tâche difficile : mettre Dos Esirellas en état de se passer désormais de bonanzas et de maintenir indéfiniment son renom et la valeur de ses titres par le seul profit réalisé sur les minerais pauvres, traités sur place.
M. Bossuat avait acquis au Boleo, dont il dirigeait l'exploitation, l'expérience technique et l'art de manier les hommes. Efficacement aidé par M. Henri Jouanin, il a fait en quatre ans une œuvre grandiose, unique au Mexique et, peut-être, au monde, par l'ampleur de l'ordonnance générale et par la perfection des détails.
Fait bien rare dans l'histoire des mines : entre
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la période où tout le travail copsistait à abattre et à vendre des tonnes valant 400 ou 500 piastres et la période actuelle où les deux tiers des bénéfices sont fournis par Texploitatic^n de tonnes valant 15 ou 20 piastres, la transition s'est faite sans diminution des dividendes mensuels, sans baisse des actions.
Il fallait, d'abord, bloquer une quantité de minerai suffisante pour alimenter les 250 pilons et les 6 tubes-mills des deux moulins.
Le travail d^avancement s'est fait à raison de 1.300 mètres environ par mois. Aujourd'hui, les galeries d'exploration, de traçage et d^exploitation ont un développement total de 60 kilomètres.
Le tunnel de-Gedro, parallèle au tunnel général et à celui de la découverte, débouche en face du moulin n^2. Lès trois grands ouvrages sont reliés par une galerie de 2 kilomètres qui longe Veta Verde.
Le contact de l'andésite avec le schiste est reconnu sur une longueur de 2 kilomètres.
Entre ce contact et le niveau des tunnels, sur une hauteur moyenne, et jusqu'à 60 mètres plus bas, 5 ou 6 millions de tonnes sont bloquées. Les moulins ont donc leur ration journalière de 1.500 tonnes assurée, dès maintenant, pour une dizaine d'années.
Sur un filon aussi gros que Veta Verde, les chantiers d'abatage sont si larges qu'il faut boiser et remblayer sans retard. On remblayait d'abord avec du schiste pris aux épontes, jnais cet
228 MINES BT MINEURS
abâtage supplémentaire élargissait démesurément les chantiers et compromettait leur solidité. On remblaie maintenant avec des schistes exploités à Texlérieur, en carrière.
Les wagonnets à bras ont été remplacés par des traits électriques, avec économie de ^ 0,20 à #0,30 par tonne. Les locomotives (du type Westinghousc- Baldwin) sont de 5 tonnes.
Des ventilateurs électriques envoient Tair aux fronts de taille. D'autres^ placés aux bouches des puits, aspirent les gaz après les coups de mines. L'éclairage est électrique. Partout, l'atmosphère est celle du plein air, à Fombre. Grâce à ces précautions hygiéniques, le rendement individuel s'est élevé à 800 kilos, chiffre exceptionnel dans les mines à roches dures.
Peu à peu, la préparation systématique a diminué le prix de revient. La tonne, livrée aux moulins, coûtait #4,50 en 1906 et seulement §3,15 dès janvier 1907. (Sont chargés à ce compte les frais d'éclairage, surveillance, explorations, préparation des chantiers, abatage et roulage, boisage et remblayage.)
Aux moulins, le coût du broyage (pilons et tubesmills) était de §1,73 par tonne en 1906; il n^est plus que de P,22. Le coût de la cyanuration a passé dep,54àp,3l.
Les plaques d'amalgamation ont été supprimées. « Le cyanure est introduit directement dans les batteriesi
Le minerai, broyé sommairement aux pilons et rebroyé aux tubeis mills (moulins à galets), est séparé ensuite en gros et en fin. Le gros reçoit un traitement de cyanuration par filtration, qui dure huit jours.
Des agitateurs â air comprimé remuent le fin dans une solution de cyanure (au centième). L'opération d'agitation et de décantage est répétée six fois.
Les liqueurs contiennent en moyenne 2 grammes d*or et 30 grammes d'argent par mètre cube. Elles passent sur de fines rognures de zinc qu'on nettoie chaque semaine. On fond les précipités recueilHs et on les expédie au raffinage, sous forme de barres, contenant environ 150 grammes d'or et 750 grammes d'argent par kilo.
Les cuves sont chargées et déchargées par des appareils Blaisdell, à raison de 150 tonnes par heure. Des bandes de caoutchouc transportent les rebuts dans les ravins d'alentour.
Les installations mécaniques sont si parfaites que dans le moulin de Cedro, en pleine marche, j'ai compté 20 hommes seulement. Ces salles immenses semblaient désertes.
La force motrice vient des chutes de Necaxa, situées à 300 kilomètres de Dos Estrellas. Le courant triphasé est reçu à 3.000 volts et réduit à 400 volts par les moteurs d'induction. Les moteurs synchroniques marchent directement sur le courant, à 3.000 volts. La, force totale employée
230 MINBS ET MINEURS
(1.600 kilowats, ou 2.100 chevaux) est distribuée entre 80 moteurs. Les salles des transformateurs sont placées entre les deux moulins. Pour le service des mines, la haute tension est reçue dans des postes intérieurs.
Ce que coûte une telle installation et ce qu'a dû produire la bonanza de Veta Nueva, les bilans nous l'apprennent. Cette petite compagnie, au capital de 300.000 piastres — 30.000 livres sterling ! on en eût ri, à Londres — a distribué, en 5 ans, J 6.600.000 entre ses actionnaires et a dépensé ^ 6.265.000 pour organiser ses services et assurer l'exploitation de Veta Verde,
Voici quelques chiffres des dépenses au chapitre « Immobilisation » :
Moulin nM 81.097.937
Moulian°2 - 1.305.030
Chemin de fer . , 224.794
Installations électriques 433.803
Installations pour mines 261.134
Machinerie 162.741
Maisons et bâtiments 185.066
Propriétés sujperficielles 153.000
Matériel et outillage en service. . . 82.298
Approvisionnements 345.532
Au commencement de 1907, les actions de g 100 de Dos Estrellas valaient J 10.000; elles étaient peu maniables. L'Assemblée générale a décidé qu'elles seraient remplacées par 150.000 titres d'une piastre (au p^tir), et 15.000 titres de ^10.
EXCURStONS 231
Le capital social se trouve donc repr^ésenté maintenant par 500.000 actions. Les transactions sont plus faciles.
L'admission à la' cote a été obtenue à la Bourse de Paris. Le cours actuel des actions d'une piastre est de 250 francs,
Dos Estrellas a pris rang dans le groupe de ces affaires grandioses et bien ordonnées que les Français ont établies au Mexique. Là, comme au Boleo, aux filatures et à la brasserie d'Orizaba, au Buen Tono, à la fabrique de Dynamite, on admire ce que peut créer hotre génie national avec l'aide d'heureuses circonstances et le concours d'un peuple ami. •
GDANAJUATO
Guanajuato, qui fut, au dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième, le centre minier le plus important du Mexique et, peutêtre, du monde," sommeillait depuis bien des années. Ce n'est pas que ses richesses souterraines soient épuisées; ses filons sont aussi puissants, sinon aussi riches, à six cents mètres en profondeur, qu'ils Tétaient près de leurs affleurements ; mais l'époque est venue où une réforme complète
des vieilles méthodes d'exploitation et de traitement s'impose.
Dans la partie supérieure de la plupart des filons, les minerais ont été soumis, par la nature, à un traitement préparatoire. Ils se sont trouvés en contact avec les eaux descendues du sol et chargées, par suite, d'air et d'acide carbonique, Dans ce pays de hauts plateaux ravinés, l'action de cette métallurgie naturelle s'est fait sentir à des profondeurs notables; Targent a été isolé et concentré dans la zone supérieure, où les anciens mineurs ont trouvé leurs bonanzas, c'est-à-dire des masses riches, faciles à traiter par le procédé d'amalgamation classique au Mexique. Aujourd'hui, on est au-dessous de cette zone, dans les minerais inaltérés, où l'argent est combiné, non plus seulement avec le soufre, mais avec du plomb, du zinc, de l'antimoine, de l'arsenic.
M. de Launay dit, à ce propos :
« La disparition des minerais d'amalgamation simple dans là profondeur (au maximum, vers 400 ou 500 mètres de la surface) a contribué, en même temps que les venues d'eau de plus en plus considérables, à arrêter un moment l'exploitation minière au Mexique ; mais, aujourd'hui, on or-^ ganise, d'une façon industrielle et moderne, le traitement des minerais d'en bas, plus pauvres, mais plus constants, et la phase dans laquelle on entre a des chances pour se prolonger bien plus longtemps que la phase ancienne.
a Une remarque qu'il est utile de faire, parce qu'elle va à rencontre d'idées trop répandues dans la masse du public, c'est que la grande production dû Mexique est obtenue, en somme, non par quelques poches de minerais très riches, comme celles dont la description permet de frapper l'imagination des actionnaires, mais par de très grandes quantités de minerais assez pauvres. On rencontre le môme fait au ïransvaal, qui tient la tête de la pijoduction aurifère dans le monde, comme le Mexique, la tient pour l'argent. »
Est-ce à dire qu'aucune bonanza de l'ancien type ne reste à découvrir? Nullement. En ces dernières années, D. Pedro Alvarado, au Parral, M. Fournier, à Tlalpujahua, M. Pedrazzini, à Las Chispas, en %>nora, ont trouvé, sans grandes dépenses, des millions près de la surface du sol, comme on en trouvait au bon vieux temps ; mais ce sont là d'heureuses exceptions, bonnes pour maintenir, vive et fleurie, la légende des richesses souterraines mexicaines, et comptant pour fort peu dans la production totale du pays.
Elle est due, cette production croissante, aux capitaux engagés, après de patientes études et de longs développements, dans l'exploitation de gîtes puissants, dont la teneur est faible (12 grammes d'or, par tonne, à El Oro et à Esperanza, 12 onces d'argent à Penoles).
Dans l'industrie minière, comme à la guerre,
234 MINBS ET MINKUKS
le succès sera, de plus en plus, assuré aux gros capitaux.
A Guanajuato, le mouvement de réforme est sensible depuis cinq années.
. Les compagnies — amc^ricaines pour la plupart — s'efforcent de donner au vieux district une vie nouvelle. L'une d'elles lui fournit la force électrique, aménagée à Zamora. Une autre traitera, à Marfil, les minerais de rebut, entassés sur les ter- 7'eros, par centaines de milliers de tonnes. Une troisième prétend recouvrer Tor des tailings jetés^ pendant trois cents ans, à la rivière.
La teneur en or des minerais argentifères de Guanajuato est notable et la perte a été grande, depuis la découverte du district, puisque, dJipatio, le seul procédé pratiqué jusqu'à notre époque, on ne sauve que 20 ou 30 pour 100 de l'or renfermé dans les sulfures.
La « Guanajuato Mining and Milling C^ » a adopté le perfectionnement de Boss, qui comprend des bocards suivis de pulvérisateurs (grinding pans), de pans d'amalgamation, de chaudières agitateurs (setlers) et de tables de concentration pour les tailings. Ce procédé est plus rapide que celui Axx patio, mais il cause la perte de 20 pour 100 de l'argent, tandis qu'au patio on ne perd que 7 pour 100. Comme au patio^ la perte de l'or est presque totale.
Pour remédier à ces inconvénients, la compagnie a établi un système de concentration, à San
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EXCURStONS • 235
Francisco de Pastita, et la « American C® » cyanure ses minerais de la Peregrina.
Mais tous ces progrès ne rendront pas à Guanajuato son ancienne prospérité. Les mines sont trop profondes, l'extraction et le drainage tropl coûteux.
La plupart des compag^nies se contentent d'exploiter les minerais laisség au-dessus du niveau des eaux parles anciens propriétaires, qui tenaient pour négligeable tout ce qui n'est pas très riche. L^art d'accommoder ces restes est, parfois, assez lucratif. Selon M. Girault, ingénieur en chef de San Rafaël (Pachuca), le 50 pour 100 du produit d'une des mines qu'il dirige provient de vieux chantiers. Mais ces restaurations sont souvent plus lentes et plus coûteuses que des trq.vaux en plein massif vierge. Il faut déblayer, étayer, boiser. « Dans ces ruines », dit M. Girault, « nous n'avançons que palmo h palmo. »
La plupart des mines anciennes ont été, à [diverses, époques de leur histoire, livrées aux buscônes, qui travaillaient à leurs risques et à leur guise, tantôt sans autorisation et sans titres, en simples braconniers, tantôt en partageant leur butin avec le propriétaire. Les buscones se soucient peu de l'avenir. Merveilleux connaisseurs en signes et en couleurs, ils cherchent l'endroit riche, la petite poche secrète, abattent les piliers, bloquent les issues avec des débris. La mine ouverte et exploitée avec le plus d'art et de méthode, si
Taccès en est permis à ces rongeurs, est bientôt dans un état de délabrement qui en rend la reprise, l'étude même, impossibles.
C'est au-dessous, bien au-dessous de toutes ces ruines qu'il faut chercher. On n*a que faire de glaner, quand on dispose de vastes champs de blé mûr. L'ouverture de socavones aventureras, de tunnels recoupant les gîtes en grande profondeur, permettra l'évacuation économique des eaux et des minerais et ouvrira, pour les vieux districts, l'ère des récoltes abondantes et régulières, promise par M. de Launay.
On pourrait, par exemple, ouvrir une galerie sur le filon de la Luz, bien au-dessous des niveaux atteints jusqu'ici.
Ce tunnel, avec lequel cominuniqueraient, par des descenderies, les principales mines ouvertes sur le filon, livrerait aux compagnies une zone d'exploitation intacte et les soulagerait du soin coûteux de pomper l'eau et d'extraire les minerais par les puits. L'eau serait utilisée, en aval, à des usages agricoles. Le socavon de la Luz ne serait pas poussé en roche stérile, comme à l'ordinaire, mais en «plein filon.
Il est très rare que la forme des montagnes métallifères permette une telle combinaison. L'ouverture d'un socavon aventurero est, la plupart du temps, l'objet de grosses dépenses, longtemps improductives.
Le tunnel Purisima Conception, à Catorce, dont
la section est de 4 m. 50 et la longueur de 2.000 mètres, a coûté 13 années de travail (1870-1883) et 2 millions de piastres.
Le tunnel Purisima(Zacàtecas), de 1.900 mètres, ouvert par la compagnie Sauceda, à 218 mètres au-dessous de rorifice du puits principal et terminé en 1894, a coûté §2 400.000.
Citons aussi les socavones de Pachuca : le Moran, de 2.400 mètres, œuvre du dix-huitième siècle; le Rosario, de 1.200 mètres ; FAviadero, de 1.000 mètres; le Girault, sur le grand filon Vizcaina, entre les mines Xotol, Camélia et San Rafaël, ouvert à la suite de l'accident de 1895, quand la Camélia fut envahie par une venue d'eau de 2.000 litres par minute..
Le tunnel Porfirio Diaz à Batopilas, de 10.000 mètres, a été commencé en 1884 et n'est pas achevé. •
Aux États-Unis, les plus importants, parn)i les travaux de ce genre, sont lé tunnel qui recoupera le Comstock Lode (le gile du Nevada où la fortune de John Mackay a été faite), en contrebas du tunnel Sutro, et la grande galerie ouverte àCripple Creek (Colorado) sous la vallée où tant de filons aurifères sont en exploitation.
Le socavon de la Luz n'aurait pas, comme celui de Cripple Creek, un caractère d'utilité générale. Il ne desservirait qu'un des groupes de- mines de Guanajuato, dont les gîtes forment deux systèmes très distincts^ celui de la Luz* dirigé presque
exactement du nord au sud, et celui de la Veta Madré, qui va du nord-ouest au sud-est.
Le filon de la Luz a été découvert^en 1848, dix ans avant la Veta Madré, par des arrieros. Ils allaient à Zacatecas et avaient établi leur camp, un soir, près du cerro del Cubilete, au pied d'une crête de basalte, d'une bufa. Au matin, "dit-on, une plaque d'^argent natif apparut dans l^s cendres de leur feu. On conte la même lég^ende à la Mala Noche de Zacatecas et ailleurs. Le fait est possible, après tout. L'action d'un feu ordinaire suffit pour réduire certains minerais.
Deux cent cinquante-cinq ans plus tard, lors de la visite de Humboldt à Guanajuato, la Luz était encore en pleine exploitation. On y dépensait, annuellement, 400 mille pesetas en poudre et 150 mille pesetas en acier pour les pics, les barres et les fleurets. Dix-huit cents hommes travaillaient à l'intérieur et treize cents aux abords. Mais c'est pendant la période moderne que la grande bonanza de la Luz fut découverte, par Don Ignacio Alcocer. Après lui, la mine, qui avait repris ses allures ' ordinaires, fut exploitée, en métayage, parles busconeSy et perdit bientôt toute importance. En 1857, l'eau, négligée, avait atteint une hauteur deSOO mètres, dans les puits. En 1873, Don Miguel Rul, l'un des propriétaires, entreprit, sans grand succès, lasséchement, avec quatre pompes à vapeur. Puis, la mine « entra en sommeil », comme on dit, je crois, des loges maçonniques qui attendent une
reprise en sous-œuvre, un socayon aVenturero.
La Veta Madré, l'autre grande veine de Guanajualo, fut exploitée, dès 1558, à Mellado et à Rayas,
Ernest Vigneaux, qui fut le secrétaire de Raousset Bpulbon, pendant la dernière expédition du célèbre aventurier, a raconté sa visite à Rayas, dans ses « Souvenirs d'un prisonnier de guerre. » C'était en 1854. On verra, dans son récit, comment on exploitait alors les mines au Mexique, comment on les exploite encore en beaucoup de districts, et très près de la capitale :
« Le tiro, ou puits principal de Rayas, a 14 mètres de diamètre. Sa profondeur est de 440 mètres. Au-dessus de ce goufl're est un malacate^ treuil gigantesque que font mouvoir des mules et qui sert à hisser le minerai dans des sacs et Teau dans des seaux de cuir.
« On descend par la galerie inclinée de San Cayetano, magnifique rampe avec des degrés de 7 à 8 mètres de large. L'on>bre devient plus opaque et la température plus haute ; elle est, en bas, de 34<>. De temps en temps, une lueur pointe audessous de nous ; elle s'avance; c'est un tanatero, dont le torse bronzé ruisselle de sueur ; un simple caleçon forme tout son costume, une mèche brûle sur sa tête penchée. Son front. soutient, au moyen . d'unp lanière de cuir, le sac de minerai.
« Les malacates ne suffisant pas à l'extraction, yne partie du minorai est . ainsi portée à dos
d'hommes. Ils gagnent un réal par 5 arrobes.
Six heures durant, ils montent, portant 8 à 12 arrobes et jusqu'à 14 (161 kilos).
« Au fond du tiro, de longues galeries, vaguement éclairées par des torches fixées au mur, des recoins mystérieux, des puits communiquant avec les galeries supérieures ou inférieures par des poutres entaillées servant d'échelles, des poutres de soutènement supportant des madriers en croix, de l'eau qui suinte des parois, avec des reflets de diamant, ou qui tombe en minces filets dans quelque bassin caché, avec un susurrement monotone...
« Cette scène calme se change en un décor infernal à l'endroit où le filon est en exploitation. Mille bruits divers auxquels l'inexpérience prête une étrangeté sans égale, trahissent de loin la présence du mineur. Puis, on aperçoit des hommes nus, armés de barretas ou de marteaux à manche court, qui, à la clarté des chandelles, font sauter des éclats de roche métallique. Les uns entassent du minerai, d'autres préparent des fourneaux de mine. Le retentissement de lacier contre la pierre, les cris rauques et les éclats de rire des mineurs, la simplicité de leur costume, cette chaleur suffocante, celte eau qui coule, ces ombres qui s'allongent et se brisent fantastiquement sur les parois inégales du mur et, enfin, cette lumière rouge, divisée en autant de zones qu'il y a de torches, tout cela forme un ensemble saisissant, pour peu sur*
tout que Ton s'avise de réfléchir à la valeur que les hommes ont donnée au métal dont cette roche est veinée. »
La Veta Madré, sur laquelle se trouve Rayas, décrit par Vigneaux, est un énorme filon, divisé en trois corps métallifères par l'intrusion de deux masses rocheuses stériles, de deux chevaux (cahalletes). Un de ces trois corps, seul, est riche. Les deux autres ont été négligés dans la plupart des mines où le grand gîte a été attaqué. A la plus célèbre de ces mines, à la Valenciana, le filon avait 7 mètres, d'éponte à éponte, depuis Taffleurement jusqu'au niveau de 170 mètres, où Ton rencontra les deux chevaux. Ils disparurent au niveau de 300 mètres. Là, les trois corps, dont l'épaisseur totale était de 60 mètres, se réunirent en un filon compact, de 25 mètres, qui fut d'une richesse extraordinaire jusqu'au niveau de 340 mètres. Un certain Obregon découvrit cette bonanza en 1770. Selon les comptes fournis à la couronne d'Espagne, en 1810, laValen* ciana avait produit, en quarante ans, 271 millions de piastres, près d'un milliard et demi de francs.
Le roi d'Espagne, à qui Obregon avait payé, pour droits régaliens, plus de 40 millions de piastres, créa comte cet excellent sujet — comte de Valenciana. Pedro Terreros, un autre mineur heureux, était comte de Régla ; Bustamante était marquis de Batopilas. Si l'ancien régime durait encore, tious aurions un comte des Deux Etoiles et- un marquis de La Palmilla. John Mackay- est né cent
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ans trop tard; il n*a pas été duc; mais la fille de madame Mackay a été princesse, jusqu à son divorce. On trouve encore des couronnes au fond des puits de mines, des couronnes pour héritières.
Lp puits principal de la Valefnciana qui servait à l'extraction des minerais et à l'épuisement des eaux est octogonal. Son périmètre est de 26 mètres. Il a coûté un million de piastres. En 4803, lors de la visite de Humboldt, il avait atteint le niveau de 514 mètres, la plus grande profondeur alors connue. On Ta poussé, depuis, jusqu'à 662 mètres, sans l'aide de la vapeur, de Télectricité mécanique, de la dynamite.
En 1810, Guanajuato souffrit de Jla guerre, allumée à ses portes, plus qu'aucune autre ville. On se livra des combats sanglants dans ses faubourgs. Sur le chemin de Rayas on put voir, pendant dix ans, fichées sur des crochets de fer, aux murs rouges de TAlhondiga de Granaditas, les têtes de quatre chefs insurgents, Hidalgo, Jiménez, Aldama et Allende. Par représailles, Mina brûla les boisages, le matériel et les bâtiments de la Valenciana.
Dans ces mines, profondes, véritables catacombes, cités soute'rraines aux mille replis, on dominait les venues d'eau à force de bras, par un travail qui ne devait s'arrêter ni jour ni nuit. Au moindre arrêt, à la moindre avance prise par l'eau, le dommage était grand ; un chômage prolongé le rendait irréparable.
La YaJenciana, dont les minerais n'étaient plus que médiocrement riches, ne valait pas qu'on fît les grosses dépenses d'un desaffue. Acqxxhe, en 1824, par une compagnie anglaise, abandonnée en 1832, achetée par MM. Rul et Obregon, puis, en 1838, par la maison Ferez Galvez, elle appartient aujourd'hui à la « Guanajuato Réduction and Mines G**. » Elle est comme ces vieux châteaux qu'jpn classe, en France, parmi les monuments historiques, et dont on ne sait que faire.
Les minerais des bonanzas de Guanajuato ressemblaient, à s'y méprendre, à ceux du Comstock Lode et, aussi, à ceux de Las Chispas, la mine sonorienne de Pedrazzini. En 1893, l'heureux propriétaire de Las Chispas avait exhibé de beaux spécimens à l'exposition de Chicago, et John Mackay, passant devant sa vitrine, s'était écrié : « Voilà des minerais qu'on m'a volés! » Pedrazzini alla se placer devant la vitrine du Comstock Lode, dont le roi des mineurs américains faisait les honneurs à ses amis, et s'écria, à son tour : « Ces minerais m'ont été volés ! »
Feu le comte de Valenciana aurait pu crier, lui aussi : « Au voleur ! »
Dans les parties riches des filons de Guanajuato, la gangue dominante est le quartz, mais on trouve aussi l'améthyste, en beaux cristaux pyramidaux, les cristaux roses de l'apophylite, la calcédoine, le spath fluor. Le métal précieux est, dans ces gangues, sous la forme d'argent sulfuré, d'argent
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noir prismatique, de polybasite, de proustite (l'argent rouge, le ruby silver des Américains). Les beaux cristaux, souvent trouvés dans des géodes, sont nommés chichicle^^ par les mineurs mexicains.
Dans la profondeur, au-dessous de la zone des bonansaSy les minerais se compliquent de blende, de fer hépatique, de pyrites cuivreuses, dites broncSy de cuivre gris.
La roche encaissante a tous les caractères d'un conglomérat, d'une sorte de grès rouge. La Veta Madré est au contact de ce grès (au toit) et du schiste (au mur), d'une sorte d'ardoise, que revêt, tout au long du filon, la matière savonneuse dont les tailleurs se servent pour tracer sur le drap, la stéatite, nommé jaboncillo par les mineurs.
Au-dessus de cette formation, dominant la montagne, se dressent les roches éruptives tertiaires.
Guanajuato est relié au chemin de fer Central par un embranchement, mais il vaut mieux, quand on visite ces lieux célèbres, prendre un cheval à la station de Marfil et remonter la canada par la vieille route. Elle longe et traverse, en maints endroits, le rio, ruisseau pendant la saison sèche, torrent furieux au temps des pluies. Un mur élevé la supporte, aux flancs delà montagne, tantôt à droite et tantôt à gauche.
La route, de deux lieues dé long, est dominée par des croupes que divisent des ravins et que dominent de sombres murailles de basalte, sem-
blables à des ruines, les bufas. Toutes ces pentes sont hérissées de cactus, pelées et rocheuses. C'est une nature sévère, avec de grandes lignes hardies et des proportions grandioses.
Guanajuato est au bout de la gorge. Ses rues sont étroites, tortueuses, en pente ou coupées de degrés; ses places petites et irrégulières. Quelques belles maisons et des édifices publics sont l'œuvre du passé, au temps de la richesse minière, Tœuvre aussi du présent, car cette ville privilégiée est maintenant la capitale de TÉtat agricole par excellence, de la Beauce du Mexique.
A droite, le cerro San Miguel domine la ville; à gauche, le cerro Santa Rosa ferme Thorizon. Au fond des replis et sur les croupes apparaissent de blancs villages. En haut, des nids d'aigle, de vieilles forteresses, qui sont les reaies ^ les tir os de la Serena, de Rayas, de Mellado, de la Cata, de la Valenciana, de ces mines aux noms aussi célèbres que ceux des grandes batailles.
D'autres batailles seront gagnées dans les entrailles de la montagne. D'autres chapitres seront ajoutés à l'histoire de Guanajuato.