‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 108 sur 208 · CHAPITRE IX — CONDAMNATION DU PÉRIPATÉTISME · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX — CONDAMNATION DU PÉRIPATÉTISME

Denifle et Châtelain estiment que ces deux maîtres n'ont pas été les seuls fauteurs des erreurs poursuivies par l'évêque de Paris, mais qu'il s'en est encore trouvé plusieurs autres, lis en voient la preuve dans le fait que quelques-unes des erreurs condamnées sont exclusives les unes des autres *. Nous avons entendu Godefroy de Fontaines constater le même fait. Mais il pourrait avoir une autre interprétation ^. Tout le groupe averroïste des maîtres parisiens professait sans doute, à quelques détails près, les mêmes doctrines que Siger de Brabant. Nous savons positivement qu'un autre maître, Bernier de Nivelles ^, tomba sous le coup des mêmes poursuites que Siger, à raison de la suspicion que la condamnation de l'évêque de Paris avait jetée sur leur orthodoxie. En outre, les quelques propositions de 1277 qu'on trouve dans les écrits de Thomas d'Aquin doivent reparaître également non seulement chez ceux des maîtres de la faculté des arts qui professaient l'averroïsme, mais encore chez ceux qui marchaient à la suite de Thomas d'Aquin, comme Pierre d'Auvergne, par exemple. Toutefois, ce que l'on a ignoré jusqu'ici, et nous l'établirons au chapitre suivant, c'est que, des divers philosophes visés par la condamnation de 1277, deux seuls, semble-t-il, après avoir été avec d'autres l'objet de poursuites juridiques, furent frappés de très graves pénalités : c'étaient Siger de Brabant et Boèce de Dacie. Or, ce résultat ne pouvait être que la conséquence du fait que ces deux maîtres avaient été les plus compromis à raison de la hardiesse de leurs idées et de l'importance de leurs écrits. C'est donc bien Siger de Brabant et Boèce de Dacie qu'a atteints, plus que tout autre, la condamnation de 1277, et nous verrons bientôt quelles en furent pour eux les funestes conséquences.

Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous connaissons déjà des doctrines professées par Siger. Elles présentent un pur averroïsme, tel qu'il est caractérisé par les plus importantes des propositions condamnées en 1270 et 1277. Nous observerons seulement que plusieurs productions littéraires de Siger étant encore inconnues ou sans date précise parmi celles que nous éditons, il n'est pas possible, dans l'état présent de la question,

' La vérité semble que les collecteurs des erreurs ont recueilli dans les écrits des averroïstes quelques-unes des erreurs que les averroïstes combattaient. Ainsi la proposition 102 (Ile Partie, p. 183) qui est de doctrine stoïcienne est rejetée par l'auteur du De necessitate et contingputia causarum {l. c, p. 14 et suiv.), tandis que sa doctrine propre est condamnée dans un grand nombre d'autres propositions, signalées au cours de l'exposition de ce traité (supra, pp. 136 et suiv., IGO et suiv.).

^ Nous le retrouverons au chapitre suivant.

• Chart. Univ. Paris., I, p. 55 G.

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de savoir si l'activité scientifique de Siger est allée croissant quant à la hardiesse des idées et à l'abondance des écrits. La condamnation de 1270 et la position difficile faite aux averroïstes parisiens dans les années suivantes ont pu les conduire à plus de modération et de prudence. Nous avons vu leurs leçons devenir quelquefois une sorte d'enseignement à des initiés ^ Par contre, l'opposition a pu les irriter et les ancrer plus fermement dans leurs convictions scientifiques. Hors de l'hypothèse de la persévérance des averroïstes dans la voie où ils s'étaient engagés, on n'expliquerait point le fait de la condamnation de 1277. Quant à l'activité littéraire des averroïsants, elle aurait pu faiblir à raison de l'état de décadence que nous avons constaté dans la faculté des arts, de 1272 à 1277. Nous sommes cependant portés à croire qu'un bon nombre d'autres productions philosophiques sont issues du milieu constitué par Siger et ses autres collègues de Garlande et de Fouare. Nous signalerons ici, en passant, quelques écrits averroïstes anonymes, contemporains de Siger, et dont l'un ou l'autre pourrait bien lui appartenir.

Le manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris qui contient les Impossibilia de Siger de Brabant renferme différentes pièces sans titres, d'une écriture sommaire et peu soignée, telle que devait être celle d'un étudiant. Elle contraste en eff'et avec la caUigraphie des autres ouvrages dont le possesseur a utilisé les étroits espaces laissés en blanc à la fin des traités. Les compositions de cette main se rattachent à la période historique que nous étudions, et l'écriture elle-même en est probablement contemporaine '\

Un abrégé de philosophie est particulièrement remarquable par son prologue ^ L'auteur y fait sa profession de foi sur les rapports de la philosophie et de la révélation chrétienne. Elle est identique à celle de Siger de

« Voy. pp. 210-211.

" Voy. la description du ms. Il» Partie, pp. XII-XIV.

• Cupientes in studio et contemplatione veritatis bene vivere, prout est possibile in hac vita, intendimus tractarc de rébus naturalibus, moralibus et divinis, sententiam et ordincm Aristotelis prosequendo, in lioc nullatenusp rejudicantes jura iidei ortliodoxe, quae manifestata est lumine divine rcvelationis, quo non fuerunt philosophi in quantum bujusmodi illuilrati ; sed communem et consuetum cursum rerum attendentes, nec de divinis miraculis disserentes, de ipsis rébus rationis lumine judicarunt, in hoc non contradiccntes theologice veritati que habet cognosci lumine altiuri. Ex hoc enim quud philo- ■ophus concludit aliquid esse neccssarium vel impossibile per causas inferiorcs investigabile< ratione, non contradicit fldei que ponit ilia posse aliter se liabere pL*r causam supremam, cujus virtus et cauitalitaM non potest comprehendi ab aliqua crcatura. Quin imo etiam sancti prophète, imbuti vendico Hpiritu prophétie, attendentes ordinem cau- Mrum inferiorum, prcdixerunt aliqua eventura que omnino non cvenerunt, quia a causa

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Brabant \ Certaines expressions ont une similitude de forme qui paraît trahir une commune origine ^ et, ce qui est plus frappant encore, l'auteur semble relever l'accusation portée par Thomas d'Aquin contre Siger de Brabant sur cette question des rapports de la raison et de la foi, lors de la polémique de 1270 '.

C'est aussi le même manuscrit qui contient le traité De necessitale et contingentia causarmn, que nous éditons pour la première fois ^, et dont nous avons déjà examiné la doctrine. On y retrouve, on l'a vu, les idées déjà connues de Siger sur cette matière. Il n'est pas jusqu'aux formules elles-mêmes qui ne témoignent d'une étroite parenté entre les auteurs °.

Enfin, dans une suite nombreuse de courtes questions ", déterminées selon la doctrine averroïste, nous signalerons spécialement celle où l'on nie la possibilité de la création '. L'auteur, ou le maître dont les questions reproduisent l'enseignement, nous fait aussi une de ces déclarations si fréquentes dans la bouche des averroïstes quand ils proposent une solution

prima non sic fuerunt ordinata. Fol. 117, Hauréau a édité, incorrectement d'ailleurs, ce fragment sans observer son caractère averroïste. Notices et extraits, t. V, 102. Comparez ce morceau avec la doctrine de Siger, p. 150, n. 2.

' Voy. p. 148 et suiv.

' Comparez l'expression de l'avant-dernière note: nec de divinis miraculis disserentes, avec le commencement de la note 2, p. 150 : Sed nihil ad nos nunc de Dei miraculis.

' Comparez, p. 152, note 1, la partie du texte de Thomas d'Aquin qui commence par ces mots : Adhuc autem gravius, avec le passage du prologue ci-dessus : Ex hoc enim quod philosophus.

» Ile Partie, p. 109 et suiv.

* Voy. p. 136 et suiv., p. 160 et suiv.

" Une erreur de reliure a interverti l'ordre normal des questions. Hauréau, Notices et extraits, t. V, p. 87.

' Secundum intentionem Philosophi non ens purum non potest recipere esse sive mutari ad esse. Nullum agens etiam potest facere quod ipsi non esse puro succédât esse natura : sic fieret illud quod de sui natura fieri est impossibile. Posito enim quod in universitate entium nichil sit in potentia ad esse 6; tune 6 in sui ratione habet carentiam potentie ad esse in rerum natura. Si ergo aliquod agens faciat quod b sit, faciet quod de sui natura impossibile est esse. Nec potest dici quod ad hoc sufficiat potentia agentis. Ex quo enim b non habet potentiam ad esse, de sui ratione est igitur non ens simpliciter pro omni tempore. Facere autem impossibilia nulli agenti est possibile. Sed ex quo ergo ponitur 6, quod de sui ratione est non ens simpliciter pro omni tempore, emanare ab agente et esse ab ipso ens, contradictoria implicantur, quia predictum est contra rationem subiecti b. Ergo, etc. Et ideo Philosophus omne novum generatum posuit, et omne ingeneratum sempiternum, et e converso ; nec poneret aliquid esse novum non generatum sed aliter factum, nec aliquid ingentratum esse incorruptibile a parte post et non semper fuisse a parte ante ; quia primo capitulo et tertio nititur demonstrare contrarium, quia incorruptibile causât materia ad dandum esse, sive ante, sive post. Et ideo posuit omne ingenitum esse eternum in toto preterito, vel toto future. Fol. 81. Comparez avec la doctrine d'Aristote, II» Partie, pp. 4-5.

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qui contredit une vérité chrétienne. Mais ici la remarque est très précise et elle semble viser clairement le décret du l^r avril 1272 porté par le parti d'Albéric, lequel défendait de déterminer aucune question contrairement à la foi, et demandait de réfuter les opinions erronées d'Aristote ou même simplement de passer outre \ Ici, notre philosophe proteste et fait entendre ces paroles : « On doit savoir que ceux qui acceptent la tâche d'exposer les livres du Philosophe ne doivent pas cacher ses opinions, même quand elles sont contraires à la vérité. On n'est pas tenu non plus d'établir par la raison ce qui la dépasse, ni même de résoudre les arguments contraires. Toutefois, comme le Philosophe, si grand soit-il, peut se tromper en beaucoup de questions, on ne doit pas nier la vérité catholique pour des raisons philosophiques, lors même qu'on ne saurait y répondre ^ »

Boèce de Dacie, le principal condamné de 1277 avec Siger de Brabant, est demeuré une personnalité fort obscure. Longtemps on n'a presque rien su de lui, et il s'est encore greffe, sur quelques vagues données, une question d'identification de personnes qui n'est pas encore définitivement résolue.

La première notion sur Boèce de Dacie nous a été fournie par Quétif et Echard. Ce qu'ils savent d'un Boèce de Dacie d'après d'anciens chroniqueurs dominicains se réduit à très peu de chose ^ En réalité, la source primitive de ces renseignements est le catalogue des écrivains de l'Ordre des Frères Prêcheurs dressé au commencement du xiv^ siècle sous le titre de Tabula scriptorum Ordinis Praedicatorum *. Nous trouvons là, en efifet, un Boecius natione Daciis avec une activité littéraire très importante. On lui attribue treize ouvrages, presque tous qualifiés de Questions^ et relatifs à des traités d'Aristote ^ Un chroniqueur dominicain du xv^ siècle, Jean

' Voy. p. 201.

* Sciendum quod sentencia Philosophi ab hiis qui eius libros suscipiunt exponendos non e«t celanda, licet sit contraria veritati, nec débet aliquis conari per racionem inquirere que super racionem sunt nec eciam raciones in contrarium dissolvere. Sed cum PhilotuphuM, quantuincumque ma^nus, in multis possit errare, non débet aliquis negare veritatem cathulicam propter aliiiuam racionem pliilo-sophicam, licet illam dissolvere nesciat. Fol. 81, a. Comparez avec la proposition 0, condamnée en 1277, II» Partie, p. 177.

' Script. Ord Praeii., I, p, (MO. Kchard renvoie ce personnage à la date de 1864, et il place, induit en erreur par le catalogue de Laurent Pignon, une partie de ses productions toua le nom d'un anonyme, p, 784, le 4" de la 1« colonne.

* Sur ce document et Ha date de composition, voy. Revue Thomiste, t. XVII (1909), p. 662 et suiv.

* Fr. Boetiui natione Dacus, itcrip.sit [IJ libros de modis significandi. [2] Item questionea auper topica Aristotelix. [B] Item auper librum physicorum questiones. [4] Item <{lMttiones auper de celo et mundo. [6] Item questiones super librum de anima. [G] Item qOMtkMies super de generationc et corruptione. [7J Item questiones super de sensu et

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Meyer, le range en outre parmi les docteurs en théologie de son Ordre, sous le nom de Boecius Dacus ' ; mais cette indication est inexacte, car nous possédons un catalogue complet et très précis des maîtres en théologie dominicains dû à Bernard Guidonis, et Boèce de Dacie n'y paraît pas ^

Jourdain, dans ses Recherches critiques sur les anciennes traductions latines d'Aristote, ayant constaté que Thomas d'Aquin cite Boèce comme traducteur des livres de l'Ame et de la Métaphysique d'Aristote dans ses commentaires à ces tiaités, et ne voyant pas, chez les écrivains antérieurs à saint Thomas, l'attribution de ces traductions au célèbre Manlius Severinus Boethius, a conclu qu'il devait s'agir d'un Boèce du xiiF siècle, vraisemblablement Boèce de Dacie, mentionné par Echard ^ Cousin a partagé aussi cette opinion \ Mais cette hypothèse est sans fondement. Nous avons vu que, selon toutes les vraisemblances, l'ancien Boèce avait traduit, sinon tout Aristote, du moins une partie importante de ses œuvres ". Les traductions des traités de l'Ame et de la Métaphysique, que Thomas d'Aquin attribue à Boèce, sont certainement, dans sa pensée, celles de ManHus Boethius ^ Il les aura retrouvées lors des recherches faites en Italie en vue de la revision des versions d'Aristote, entreprise sous son inspiration par Guillaume de Moerbeke ^ Thomas n'aurait pas cité un Boèce contemporain, lui qui ne nomme jamais Guillaume, son grand reviseur et traducteur, et aussi son ami. D'ailleurs les traducteurs du xiiie siècle nous sont connus, et nulle part il n'est fait mention d'un Boèce traducteur d'Aristote. Roger Bacon qui nous donne les noms de ceux qui ont travaillé aux versions du Stagirite ne le nomme pas '^, et quand il parle d'un Boèce, il est manifeste qu'il s'agit de Manlius Severinus. Aussi E. Charles a-l-il rejeté avec raison l'opinion mise en cours par Cousin et Jourdain ^ Le xiii^ siècle n'a vu aucun Boèce traducteur d'Aristote.

Hauréau, mis en présence des trois textes cités plus haut, qui désignent

sensato. [8] item questiones super de somno et vigilia. [9] Item questiones super de longi* tudine et brevitate vite. [10] Item questiones super de memoria et reminiscentia. [11] Item questiones super de morte et vita. [12] Item questiones super de plantis et vegetabilibus. [13] Item librum de eternitate mundi. Denifle, Archiv f. Litt.-u. Kirchengesch., II, p. 230. ' L. c, p. 192.

* L. c, p. 204 et suiv.

' Recherches critiques, pp. 67, 400.

* Journal des Savants, 1848, p. 232.

" Vo}'. p. 9, fin de la note.

' Voy. p. 40.

' Roger Bacon, p. 327 et suiv. ; supra, p. 14, note.

» Lac. cit., p. 324. 15

226 SIGER DE BRABANT - Ire PARTIE

Siger et Boèce comme les deux personnages atteints par la condamnation de 1277, a tenté d'esquisser sur cette base une biographie de Boèce de Dacie ^ Elle contient encore un essai de bibliographie des productions philosophiques de Boèce et un commencement de preuve que quelquesunes de ses doctrines correspondent à plusieurs des propositions de 1277. On connaît de Boèce de Dacie diverses élucubrations : un traité De modis significandi *, des questions sur les Premiers et Seconds Analytiques ^, sur les Topiques *, sur les Sophismes ^, et des exercices pratiques de sophistique dits Sophismata ". Boèce avait écrit, comme on le voit, sur presque toute la logique d'Aristote ^. La bibliothèque Angelica, à Rome, possède les

» Voy. p. 220, n. 3.

» Paris, Bibl. Nat. lat. 14876, et 16297 — ancien Sorbonne 1334. Ch. Thurot a fait connaître ces deux manuscrits. Notices et extraits des manuscrits, t. XXII, II® partie, p. 517. Le premier porte en titre : Contmentum tnagistri Boetii super majus volumen Prisciani. Le second, au dire de Thurot, ne serait qu'un abrégé du premier. Thurot observe aussi que le traité du ms. 14876 n'est pas un commentaire sur Priscien, et Hauréau l'appelle « une véritable grammaire, divisée en deux parties, dont la première traite des signes en général, de modis significandi, la seconde des parties du discours ». En conséquence, Hauréau pense que c'est de cet écrit que parle Boèce quand il renvoie à sa grammaire. Histoire littéraire de la France, t. XXX, p. 277. Le De modis significandi se trouvait au XVIII* siècle dans la bibliothèque du couvent des Dominicains des Saints-Jean-et-Paul de Venise. Le P. D. M. Berardelli le décrit dans le catalogue de cette bibliothèque. C'était un ms. du XV» siècle, et les deux premières questions manquaient au traité. Il portait en explicit : Ergo omnis scientiae nostrae causa est ipse Deus, qui est benedictus, etc. Explicit Boetius Dacus de modis significandi generalibus et specialibus, specificis et essentialibus omnium partium orationis. Et hoc per manus lo. Gyevenich. Nuova raccolta d'opuêcoli »cientifici, Venezia, t. XXXVI (1782), p. 69 (du catalogue).

' Ils se trouvent dans le n» 609 de la Bibliothèque de Bruges, fol. 31-75. Hauréau les qualifie de Commentaires, /. c, p. 278, mais nous pensons que ce doit être, comme les autres écrits de Boèce, de simples questions. C'est cette composition que Boèce désigne sous le nom à'Ars demonstratoria, dans ses questions sur les Topiques, Paris, Nat. 16170, f. 64, col. 2, et non un autre traité inconnu comme le croit Hauréau, p. 279.

* Paris, Bibl. Nat. lat. 16170, XIII» siècle. Explicit : Questiones supra libros Topicorum a magistro Boetio determinate et suffi cienier per modum copie date. Incipit : Cam honorandi viri, videlicet patres nostri venerandi primi philosophantes, res temporales contemnentes et vitam suam in studio sapientie ponentes... Il se trouve aussi dans le ms. 609 de Bruges, où l'auteur désigné est Magister Boetius de Dacia, dans le ms. 296 du Collège Merton à Oxford, et dans le ms. lat. Vatic. 4888, f. 88. Hauréau, Histoire littéraire de la France, t. XXX, p. 273 ; Chart. Univ. Paris., I, p. 656.

* On ne connaît pas cet ouvrage, mais Boèce y renvoie dans ses questions sur les Topiques, en le désignant sous les noms de Questiones Elenchorum et à!Ars Sophistica, ms. 16170, fol. 62«, col. 2 ; fol. 68, col. 2.

* Les Sophitmata sont au nombre de neuf dans le ms. 509 de Bruges. Ces sophismes ne se trouvent pas dans le ms. H, Sin. Xll, de la Laurentienne, comme le croit Hauréau, p. 278 ; seul le premier sophisme de ce recueil est attribué à Boèce de Dacie. Voy. p. 124, en note.

' C'était peut'être le recueil d'une partie de ses œuvres ou un abrégé qu'Echard avait

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questions de Boèce sur le IV*^ livre des Méthéores ^ Nous savons encore, d'après ses propres renseignements, qu'il avait composé des Qtiestions sur le livre des Animaux ^ et sur la Métaphysique ^

Hauréau a rapproché de trois des propositions condamnées en 1277 quelques courts passages de Boèce de Dacie *. Ce sont des points secondaires, mais ils vérifient, dans l'un ou l'autre cas, ce que l'on pouvait pressentir déjà, que Boèce se mouvait dans le même cercle d'idées averroïstes que Siger de Brabant, On a peine à comprendre qu'après avoir fait cette constatation, Hauréau n'ait non seulement pas soupçonné un averroïste dans Boèce de Dacie, mais ait même positivement déclaré le contraire ^

vu dans un ms. de Saint- Victor, aujourd'hui inconnu, qui portait en titre : Sumtna Boetii Daci et Pétri Daci, nempe rerum logicarum, ajoute le bibliographe. Script. Ord. Praed., I, p. 640.

' Ms. 560 (F. 3, 12), fol. 110-115. 11 contient dix-sept questions, à la suite desquelles on lit : Expliciunt quaestiones super quartum Metheororum reportate a magistro Boetio de Dacia. Narducci H. Catalogus codicuvt mamiscriptorunt praeter graecos et orientaies in bibliotheca Angelica, Romae, 1893, I, p. 243.

2 Hoc dictum est in questionibus nostris super librum de Animalibus. Nat. lat. 14876, f. 76v.

" Sufficienter et perfecte docuimus in Metaphysica nostra. Nat. lat. 16170, f. 64, col. 1. Hauréau pense, p. 279, que Boèce renvoie, dans le même ouvrage, à sa Mathématique, et il cite le passage suivant : Omnis alia res non manet in esse nec durât nisi, inquam, per naturam divinam in esse conservetur, sicut per demonstrationes évidentes diximus in Mathematica nostra. Ms. cité, fol. 62^, col. 1. Mais une semblable question appartient à la Métaphysique et non à la Mathématique. Il y a donc ici une faute d'écriture ou de lecture.

* Voici les propositions (d'après la numérotation qu'elles portent dans notre II* Partie, p. 176 et suiv.) et les passages respectifs : Prop. 10. Quod de Deo non potest cognosci, nisi quia ipse est, sive ipsum esse. — Boèce : Quia Deus perfecte non potest intelligi a nobis, per consequens non potest definiri. Ms. 16170, fol. 69, col. 1. Les deux propositions sont très prochement apparentées, mais ne sont pas identiques. Celle de Boèce serait acceptée par saint Thomas. Prop. 44. Quod in substantiis separatis nulla est possibilis transmutatio ; nec sunt in potentia ad aliquid, quia aeternae et immunes sunt a materia. = Boèce : Omnia que transmutantur, materiam habent... Substantia separata dicitur quia materiam non habet. Ergo. L. c, f. 68, col. 1. Prop. 198 (Voy. aussi 196, 197). Quod accidens existens sine subjecto non est accidens, nisi aequivoce ; et quod impossibile est quantitatem sive dimensionem esse per se; hoc enim esset ipsam esse substantiam. = Boèce: Accidens in se suam fixionem non habet ; se inesse significat per suum subjectum. Quare separari non potest ; illud enim separari non potest cujus separari est ejus corrumpi. L. c, fol. 68, col. 2. Hauréau ne se rend pas compte pourquoi cette dernière proposition fut condamnée. C'est parce qu'elle niait la possibilité de la transsubstantiation eucharistique.

' « Plusieurs des deux cent quatre articles (de la condamnation de 1277) sont incontestablement averroïstes. Ceux-là, cela va sans dire, n'appartiennent pas à notre docteur (Boèce de Dacie); l'Eglise elle-même ne les réprouve pas plus vivement que lui. Mais en voici qui n'ont ni cette origine ni ce caractère. » L. c, p. 275. Hauréau cite alors les trois articles de la note précédente, qui appartiennent certainement, les deux derniers, au péripatétisme averroïste, mais non aux théories fondamentales.

228 SIGER DE BRABANT — Ire PARTIE

Ces maigres renseignements sur l'activité littéraire et les doctrines de Boèce ne nous permettent en aucune façon de vérifier la déclaration du manuscrit latin de la Bibliothèque Nationale de Paris d'après laquelle Boèce de Dacie serait le principal fauteur des théories condamnées en 1277 ^ Il n'est pas douteux, en tout cas, qu'il n'ait été avec Siger de Brabant le plus marquant des inculpés. Quant à son importance philosophique, on peut, en l'absence positive de ses écrits, induire qu'il n'atteignit pas à la célébrité de Siger de Brabant, Un penseur comme Thomas d'Aquin ne s'est pas attaqué à lui comme à Siger ; Pierre Dubois et Dante qui ont exalté ce dernier n'ont pas prononcé le nom de Boèce de Dacie, demeuré, mais probablement à tort, jusqu'à ce jour parmi les maîtres les plus obscurs de son siècle.

Quel rapport doit-on établir entre Boèce de Dacie, le condamné de 1277, et le philosophe de même nom que nous avons trouvé dans le catalogue des écrivains dominicains du xm^ siècle ? Hauréau a évité de se prononcer. Denifle et Châtelain déclarent la question encore en suspens tout en donnant de sérieuses raisons en faveur de la non-identité \ La question demande donc à être reprise et examinée de plus près.

D'abord, on peut établir avec sûreté que Boèce de Dacie, quand il fut atteint par le jugement de l'évêque de Paris en 1277, n'était pas Dominicain.

En effet, l'acte de condamnation nous fait connaître avec précision qu'elle vise les membres de la faculté des arts : Nonnulli Parisiiis studentes in artibus proprie facidtatis limites excedentes ^, Godefroy de Fontaines confirme aussi cette donnée *. Or, aucun Dominicain, ni aucun religieux ne fut jamais membre de la faculté des arts, dont les maîtres étaient de simples clercs. Boèce de Dacie, le principal condamné de 1277 avec Siger de Brabant, était donc un simple clerc, comme ce dernier, et maître de la faculté des arts.

Un précieux renseignement fourni par Jean Peckham, en 1284, sur les deux principaux personnages tombés sous le coup de la condamnation de Paris, par conséquent sur Boèce et Siger, nous apprend qu'ils n'étaient pas des personnes religieuses, mais des clercs séculiers ^\

Nous connaissons en outre une douzaine d'écrits ou copies d'écrits de Boèce de Dacie, et cependant, dans aucun cas, il n'est qualifié de membre

• Voy. p. 220.

• Chart. Univ. Pari»., ï, p. KB,

• Chart. Univ. Parih., 1, p. 548.

• Voy. p. 217, n. 2.

• Voy. p. 101, n. 1.

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