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CHAPITRE IX — CONDAMNATION DU PÉRIPATÉTISME

et s'il n'était peut-être pas visé directement dans la pensée des juges de 1277, il n'en était pas moins nettement atteint. Impatient et prompt, Bacon mit la main à la composition d'un mémoire justificatif en faveur d'une partie des livres condamnés. Cet écrit n'est autre que le Spéculum. Astronomiae universellement attribué à Albert le Grand et publié parmi ses œuvres, mais auquel il n'appartient à aucun titre ^ Dans ce plaidoyer, le défenseur des livres d'astrologie se donne, non le rôle d'accusé, mais celui de censeur. Malgré une certaine modération de forme et des précautions oratoires, il n'en laisse pas moins entendre que la censure est injuste et les censeurs incompétents ^ Entier et autoritaire, tel que nous connaissons l'évêque de Paris, Etienne Tempier n'était pas d'humeur à ce qu'un simple particulier, de doctrines fort suspectes, vînt se mettre en travers de ses actes solennels et lui donner des leçons. Lorsque nous voyons le dénoûment de cette affaire, au cours de 1277, aboutir à l'emprisonnement de Roger Bacon, nous pouvons croire, sans invraisemblance, que l'évêque de Paris eut sa part dans les accusations qui déterminèrent ce fâcheux résultat.

Dans la seconde moitié de 1277, sinon plus tôt, le maître Général des Prêcheurs, Jean de Verceil, et le ministre Général des Mineurs, Jérôme d'Ascoli, se trouvaient à Paris, remplissant la légation que Jean XXI leur avait confiée, en commun, pour rétablir la concorde entre les rois de France et de Castille ^ Les deux chefs d'Ordre profitèrent de la circonstance pour raffermir, par une convention nouvelle, l'acte de pacification qu'ils avaient déjà signé à Lyon en 1274 *, en vue de rétablir et assurer la paix entre

pp. 44 et suiv , 96 et suiv. ; Duh em P. Un fragment inédit de VOpus Teriium, Quaracchi, 1909, pp. 151 et suiv.; 167-176, 181-190; Steele, Metaphysica fratris Rogeri, pp. 42-52 ; Episfola de secretis operibus artis et nature et de nullttate magie, éd. Brewer, p. 523 et suiv.

^ Voyez sur la justification de cette attribution et les données que nous résumons ici: Mandonnet, Roger Bacon et le Spéculum Astronomiae, dans Revue Néo-Scolastique, 1910.

* Sciunt inspectores praedictorum librorum, quod in eis non invenitur unicum verbùm, quod sit vel esse appareat contra fidei catholicae honestatem ; neque fortasse justum est quod hi qui eos numquam attigeruut, ipsos judicare praesumant. Cap. II, Alherti Magni Opéra, éd. Borgnet, t. X, p. 633.

' La légation des deux généraux est du 15 octobre 1276. Potthast, 21165-67. Elle fut renouvelée par les cardinaux pendant la vacance pontificale (21 mai- 24 novembre 1277). Potthast, 21253. Voyez aussi les lettres de Nicolas IV sur le même objet. Potthast, 21260-61, 21294-95, 21309-11, 21359, 21489-90, 21598, 21684. Archivum Franciscanum Historicum, II (1909) ; p. 11 et suiv.

* Martine et Durand, Thésaurus Anecdotorum, t. IV, col. 1779.

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leurs administrés \ Le fait de l'intervention des deux généraux, à Paris, trois ans seulement après le concordat de Lyon, témoigne que la situation était particulièrement tendue entre les deux Ordres dans la capitale de la France.

Les dénigrements systématiques de Bacon à Tégard des plus hautes personnalités de l'Ordre des Prêcheurs et de l'Ordre lui-même étaient, selon toute apparence, le grief principal des Dominicains, et il n'était pas compensé par le fait que Bacon associait libéralement l'Ordre des Mineurs à ses amères critiques. Albert le Grand surtout avait été l'objet de son injuste acrimonie * ; si bien que, quelques années à peine avant le temps où nous sommes, Albert avait cru devoir répliquer à Bacon par des paroles sévères, placées à la fin de son commentaire sur la politique d'Aristote ^ Bacon, d'ailleurs, s'en prenait à tout le monde *. Dans une page étrange du

' Et dum fuerunt [les deux Généraux] Parisius, ad succidendas lites et divisiones scandalosas, quae quandoque inter fratres religionum Minorum et Praedicatorum ex invidia oriri videbantur, de iitriusque Religionis fratrum discretorum consilio, ordinata sunt certa pacta et statuta, quibus pax inter Minores et Praedicatores et caritas de cetero nutriretur. Inter quae fuerunt, quod fratres utriusque Ordinis a mutuis detractionibus et contentionibus abstineant omni modo ; et ubicumque se invenirent, honore se invicem praeveniant, et ad loca, ubi aliqui eorum declinaverint, se mutuo recipiant, sicut fratres. Si inter personas vel conventus orta fuerint dubia, quibus possent lites aliquae suboriri, statim ad utriusque Religionis Provinciales suae Provinciae déférant, per ipsos, ut jus exegerit, breviter discindenda. Et quicumque frater repertus fuerit verbo vel facto fratrem alterius Ordinis offendisse, per suum Provincialem tali poenae submittat, qua merito offensus debeat contentari. Et super istis per utrumque Generalem litterae conformes per omnia loca suarum Religionum sub sigillis suis fuerunt destinatae. Chronica XXIV Generalium ordinis Minortan, dans Analecta francisccnia, t. III, p. 365.

• Bacon attaque Albert un peu partout, mais parfois à mot couvert. Il est le plus violent dans VOpus minus et l'Optis tertium. Charles, Roger Bacon, p. 105 et suiv.

• Ncc ego dixi aliquid in isto libre, nisi exponendo quae dicta sunt, et rationes et catisas adhibendo. Sicut enim in omnibus libris physicis, numquam de meo dixi aliquid, •ed opiotones Peripateticorum, quanto fidelius potui, exposui. Et hoc dico propter quosdam inertes, qui solatium suae inertiae quaerentes, nihil quaerunt in scriptis, nisi quod reprehendant ; et cum taies sunt torpentes in inertia, ne soli torpentes videantur, quaerunt ponere maculam in electis... Sed hoc tantum pro talibus qui, in communicatione studii, sunt quod hepar in corpore. In omni autem corpore humor fellis est, qui evaporando totum amarîcat corpus ; ita in studio semper sunt quidam amarissimi et fellici viri, qui omnes altos convertunt in amaritudinem, nec sinunt eos in dulcedine societatis quaerere veritatem. Opéra omnia, éd. Borgnet, t. VIII, pp 803-04. Albert, en parlant de l'inertie de Bacon, vise ce fait que Bacon, si prompt à la critique, n'avait rien ou presque rien donné au public comme ouvrages. Bacon confirme lui-même U chose, puisqu'il déclare en 12G7, qu'il n'avait rien ou presque rien écrit. Opus tertium, éd. Brewer, p. 18. Les écrits auxquels il s'appliquait alors pour Clément IV, n'étaient pas eux-mêmes destines à la publicité.

• Les écrits du célèbre franciscain, spécialement son Opua tertium, nous font connaître le mépris universel qu'il professait pour les hommes et les choses de son temps, et rcstimc souvent puérile qu'il avait Avl liii-nirine. Scs critiques de parti pris sont toujours

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