‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 13 sur 208 · CHAPITRE 1 — DE L'ACTION D'ARISTOTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1 — DE L'ACTION D'ARISTOTE

eu de traducteur '. Mais cet état de choses ne dura pas. Des versions nouvelles furent faites et les anciennes de Boèce retrouvées, si bien que, au milieu du xiP siècle, l'Occident était en possession de tout l'Organon d'Aristote ^ Ce fut cette entrée de la partie principale de la Logique qui

mus contingentis, de quibus melius in Physicis tractavimus, singulorum subdamus exempla. Lib. III, sub init. col. 490. Il parle d'ailleurs couramment des Physiques. Hoc quoque Aristoteles testatur in Physicis. Liber de Divisione, col. 883. Et de aliis quoque praedicamentis non illi (Aristoteli) minor in aliis operibus disputatio fuit, ut de eo quod est, ubi et quando, in Physicis. In Categor. lib. III, De facere et pati, col. 202. Martianus Rota, l'éditeur des œuvres dialectiques de Boèce (Venetiis, 1543) dans sa dédicace à Georges Cornélius, évêque de Trévise, déclare à l'occasion du texte déjà cité (in Physicis tractavimus) : suspicandum reliquit (Boetius) se naturalem quoque philosophiam enucleasse. Verum hactenus tam hi desiderintur commentarii, licet fuerint Tarvisium hinc nuper asportati, quam illi quos in Analyticen et Topicen emisit. P. L. t. 63, col. 545.

Les données qui précèdent sont encore confirmées par le fait que saint Thomas, dans ses commentaires sur le De Anima et la Métaphysique, renvoie expressément aux versions de Boèce sur ces livres. Sed quia hic versus Homeri non erat notus apud Latinos, Boetius totum posuit. De Anima, lib. III, lect. IV (p. 14G>. Ut patet ex exemplaribus graecis et translatione Boetii (il s'agit d'un texte du De Anima, lib. II, c. 1). Contra Gentes, lib. II, cap. 61. Dans la seule lectio XI du liber III Metaph. Thomas cite quatre fois la littera Boetii. Unde Boetius transtulit mancum, id est defectivum. Metaph., lib. V, lect. XXXI, p. 583. Nous ne croyons pas cependant que la version de Boèce embrassât les XII livres commentés par saint Thomas. Le Boèce dont il est ici question ne peut pas être Boèce de Dacie, comme le suppose Jourdain (p. 57) et comme nous l'établirons plus loin en parlant de ce maître, il s'agit manifestement du célèbre Boèce. Quant à l'affirmation d'Aventinus disant qu'Albert le Grand s'est servi des versions de Boèce (p. 40), cela n'est vrai qu'en ce sens que les versions de Boèce sont parmi celles qu'il a utilisées (p. 308 et suiv.). Roger Bacon déclare aussi en 1267 que : Logicalia et quaedam alia translata fuerunt per Boetium de Graeco. Bridges J. H. The Opus Majiis of Roger Bacon, Oxford, 1897, t. I, p. 55.

' Dans sa Dialectique (De arte dialectica) composée vers 1121 (Pour la date voy. Robert G. Les écoles et renseignement de la théologie pendant la première moitié du X Ile siècle, Paris, 1909, Append. 1), Abélard écrit: Sunt autem très quorum septem codicibus omnis in hac arte (dialectica) eioquentia latina armatur. Aristotelis enim duos tantum, Praedicamentorum scilicet et Péri ermenias libros usus adhuc Latinorum cognovit ; Porphyrii vero unum, qui videlicet de quinque vocibus conscriptus, génère scilicet, specie, differentia, proprio et accidente, introductionem ad ipsa praeparat Praedicamenta. Boethii autem quatuor in consuetudinem duximus libros, videlicet Divisionum et Topicorum cum Syllogismis tam catégoriels quam hypoteticis. Cousin V. Ouvrages inédits d' Abélard, Paris, 1836,pp.XXVIIl et 228-29. De ubi quidem ac quando, ipso quoque attestante Boethio, in Physicis, de omnibusque altius subtiliusque in his libris quos Metaphysica vocat, exequitur. Quae quidem opéra ipsius nuUus adhuc translater latinae linguae aptavit; ideoque minus natura horum nobis est cognita. Cousin, /. c, pp. XLVI et 200. Le texte de Boèce, visé par Abélard, est celui que nous avons cité à l'avant-dernière note. In Categor. lib. III. ' Jourdain (p. 166) et quelques écrivains plus récents ne se doutent pas de la complexité du problème des traductions latines de la logique d'Aristote. C'est pourquoi ils l'omettent, comme le premier, ou le résolvent arbitrairement, comme les seconds, en le simplifiant outre mesure, faute de connaître l'ensemble des données historiques. Sans prétendre

fournit la base à la distinction classique, au xiiF siècle, entre la Logique ancienne et la Logique nouvelle, l'une comprenant, avec l'Isagoge de

résoudre une pareille question dans une note, nous voudrions du moins indiquer la nature du problème et sa complexité. Une double question se pose : la date de l'introduction des livres de la logique encore inconnus à Abélard vers 1121 ; les auteurs de ces traductions.

La première mention de traductions nouvelles des derniers livres de la logique, appelée plus tard logique nouvelle (Analytiques Prieurs et Postérieurs, Topiques et Sophismes; nous est fournie par une note marginale de la chronique de Robert de Torigny, sous l'année 1228 : Jacobus, clericus de Venetia, transtulit de graeco in latinum quosdam libres Aristotelis, et commentatus est ; scilicet Topica, Analyticos priores et posteriores, et Elencos; quamvis antiquior translatio super eosdem libros haberetur. Mon.Ger. Hist. SS. VI, 489 (a); Jourdain, p. 58. La personnalité de J. de Venise nous est connue de par ailleurs. Dès 1135 il se trouvé parmi les: très viri sapientes in utraque lingua periti et litterarum doctissimi, lacobus nomine Veneticus natione, Burgundio nomine Pisanus natione, tertius inter alios praecipuus, graecarum et latinarum litterarum doctrina apud utramque gentem clarissimus Moyses nomine Italus natione ex civitate Pergamo. Rose V. dans Hermès, I (1866), pp. 381-82. La note de la chronique de Torigny nous apprend simultanément l'existence des traductions de J. de Venise et d'autres plus anciennes. Ces dernières ne peuvent guère être que celles de Boèce.

Adam du Petit-Pont, à Paris, dans son De arte dialectica, composé en 1132 (Cousin V. Fragments philosophiques — Moyen âge, Paris, 1865, 5e édit., p. 385), connaît le texte des Premiers Analytiques d'après Prantl, Gesch. der Logik, II, pp. 104, 211.

Vers 1141, Thierry de Chartres insère dans son Eptateuchon les traductions de tous les livres de la logique, moins le second livre des Prieurs Analytiques et les Postérieurs Analytiques. Clerval A. Les écoles de Chartres au moyen âge, Paris, 1895, pp. 222, 245.

Ottun de Freising (f 1158) fut, au dire de son continuateur Radewin, l'introducteur de la logique nouvelle en Allemagne. Jourdain, /. c, p. 29; Mon. Ger. Hist. SS. XX, p. 461. C. Schmidlin a montré l'étendue d'information d'Otton sur cette matière. Il pense que le célèbre évêque de Freising n'a pas porté de Paris en Allemagne, ainsi qu'on l'avait universellement cru avant lui, les traductions de la logique nouvelle, mais bien d'Italie; et que ces traductions sont celles de Jacques de Venise. Schmidlin, Die Philosophie Otiog von Freising, dans Philosophisches Jahrbuch, 18 Bd. 1905, pp. 160-175. Je ne crois pas que Schmidlin ait dissipé tous les doutes à cet endroit Car il suppose à tort que l'on ne pouvait avoir alors les traductions de Boèce, et il néglige le témoignage de la chronique de Torigny qui déclare que l'on possédait d'anciennes versions indépendamment de celles de Jacques de Veni.se.

Jean de Salisbury, dans son Metalogicus achevé en 1159 (Schaarschmi dt C, Johannt» Sarfêber tenait, Leipzig, 1862, p. 211), mais dont certaines parties me paraissent composées antérieurement, donne une analyse détaillée des livres de la logique nouvelle, qui ne laisse aucun doute sur sa connaissance directe de ces livres (/. c, pp. 233-241). Il cite même i un moment une double traduction (Lib. II, cap. 20, Patr. lat, 1. 199, col. 885). V. Rose (Hermès, l, pp. 881*84) et plus encore Schmidlin (/. c. p. 107) voient dans ce second traducteur, le premier restant Jacques de Venise, le /.«■raccMs interpres, natione Stvcritanus, dont parle encore Jean de Salisbury {Métal, lib. III, cap. V, 1. c. col. 902), qu'il aurait COmni pendant ses dçux voyages dans le midi de l'Italie, et qui ne serait autre que Henri Aristippe, archidiacre de Catane (1155-1160), puis chancelier de Guillaume le, roi de Sidie, mort prisonnier et en disgrâce en 1102. Rose qui a bien établi qu'Aristippe était le traducteur latin du Ménon et du Phédon de Platon (1156), ain.si que du IV*" livre dejj

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