CHAPITRE I - DE L'ACTION D'ARISTOTE
Porphyre, les Catégories et Tlnterprétation, l'autre les Analytiques premiers et seconds, les Topiques et les Sophismes ^
Jusqu'aux dernières années du xii^ siècle, le mouvement philosophique de l'Occident fut donc l'œuvre de la seule logique d'Aristote l Ce champ
Météores d'Aristote, indique le même personnage comme auteur probable des Analytiques Postérieurs. Mais ce n'est là qu'une possibilité, et Rose n'affirme d'ailleurs pas comme le fait Schmidlin. D'autres traducteurs ont existé à la cour des rois de Sicile, que ne semble pas connaître Rose, tel Eugenius, Amiratus régis Siciliae, qui traduisit du grec, en 1154, l'Optique de Ptolémée, et le Vaticinium de la Sybille d'Erythrée, traduit lui-même du chaldéen en grec, en 1133, par Doxopater, sous le roi Roger et en Sicile. Steinschneider M. Die europàischen Uebersetzungen aws dent Arabischen bis Mitte des ij. Jahrhunderts, Wien, 1904 (Sitzungsberichte der Kais. Akad. der Wissensch, in Wien, Philos.' Hist. KL Bd. CXLIX) p. 13. Les droits d'Aristippe à avoir traduit les Postérieurs Analytiques sont donc problématiques, si tant est qu'une traduction de ce livre ait été faite en Sicile,
Vers le milieu du Xll» siècle, le monde latin était donc en possession de tous les livres de la logique d'Aristote.
Les traducteurs de la logique, qui ont des titres réels ou présumés, sont assez nombreux. On a vu déjà ce qui concerne Boèce, Jacques de Venise et Henri Aristippe.
Gérard de Crémone (f 1187) a traduit de l'arabe les Postérieurs Analytiques accompagnés du commentaire de Thémistius. Wiistenfeld F. Die Uebersetzungen arabischer Werke in das Lateinische seit detn XI. Jahrhundert, Gôttingen, 1877, p. 58; Steinschneider, Die europ. Uebersetz., p. 16.
On possède une traduction des Topiques et des Sophismes attribuée au juif Jacques de Balmès, dans des mss. dont l'un remonte au XIIl^ siècle. Valentinelli J. Bibliotheca manuscripta ad S. Marcum Venetiarum, Venetiis, t. IV (1871) p. 13-15. Bien que Balmès ait vécu beaucoup plus tard et ne puisse être l'auteur de traductions d'un ms. du XIII« siècle, ces traductions sont autres que celles attribuées à Boèce,
Albert le Grand cite, à plusieurs reprises, une traduction sur le grec des Analytiques Postérieurs, distincte de celle de Boèce, et attribuée à un certain Jean (Jourdain, p. 310), que Prantl {Gesch. d. Logik, III, p. 5) identifie avec Jean de Basingestokes (Jourdain, p. 62).
Enfin, nous savons que Guillaume de Moerbeke a entrepris une revision de toute la traduction d'Aristote (infra, chap, II). Son travail a donc pu s'étendre à la logique. V, Rose constate, à l'occasion de l'examen d'un texte des Analytiques Postérieurs, que le texte de Moerbeke, annexé au commentaire de saint Thomas, donne une lecture préférable à toutes les autres. Hermès, 1, 1. c.
Sept noms de traducteurs seraient donc impliqués dans la traduction de la logique d'Aristote. On ne peut, en conséquence, affirmer, sans plus ample démon.stration, que la traduction des livres de la logique nouvelle, utilisée universellement au moyen âge, est celle de Jacques de Venise, et que c'est elle qui a usurpé le nom de Boèce dans les éditions de cet auteur au XVIe siècle, ainsi que l'ont fait Rose et Schmidlin.
* Denifle-Chatelain, Chartularium Universitatis Parisiensis, Parisiis, 1889, I, pp. 78, 278-79; Thurot C, De Porganisation de P enseignement dans l'Université de Paris au moyen âge, Paris, 1850, p. 71, note 5; Douais C, Essais sur l'organisation des études dans P Ordre des Frères-Prêcheurs, Paris, 1884, p. 62 et suiv.
* Ce n'est pas à dire qu'un petit stock de notions relatives aux sciences de la nature ne fût parvenu aux hommes du XII^ siècle par quelques écrits de l'antiquité et les Père^
12 SIGER DE BRABANT — pe PARTIE
clos peut nous sembler bien étroit, et on pourrait croire qu'il ne devait guère favoriser l'esprit de discussion et de système. 11 n'en fut rien cependant. L'esprit humain trouva de bonne heure le moyen de sortir de la logique en agitant un problème de métaphysique, celui de l'universel, problème depuis longtemps posé mais non résolu dans le traité de Porphyre, connu sous le nom d'Isagoge ou Introduction aux Catégories d'Aristote. Ce fut sur cette question fondamentale que Platon et Aristote se retrouvèrent en présence chez les Latins du moyen âge et qu'ils se firent l'un et l'autre de nouveaux partisans \
Mais les conflits et les querelles ne furent pas, depuis la seconde moitié du xi^ siècle, le monopole des dialecticiens. Aristote, avec sa seule logique, avait trouvé le moyen de soulever des oppositions violentes chez certains hommes d'église, surtout chez les mystiques et les ascètes. Peu inclinés par nature et par état à entrer dans le mouvement de la vie rationnelle et scientifique, ils voyaient presque exclusivement les dangers que la logique, introduite dans l'interprétation de la foi, faisait courir à l'enseignement chrétien. Malgré cette répulsion pour Aristote dans certains milieux, la théologie, fondée par l'école dialecticienne d'Abélard et de Pierre Lombard, tira un précieux avantage de la fréquentation de la logique du Stagirite, et créa le mouvement qui va rejoindre Albert le Grand et Thomas d'Aquin ^
Les troubles, les dangers et surtout les profits dont Aristote avait gratifié le xii^ siècle, allaient se renouveler au xiii^, lorsque ses grands
de rÉglise, mais ces données étaient rares, pauvres, sans cohésion, par suite sans vitalité. Jourdain C, Dissertation sur Véiat de la philosophie naturelle en Occident et principalement en France pendant la première moitié du Xlh siècle, Paris, 1838. Elles sont un poidit mort qui n'a pas eu d'action vivifiante sur la pensée. Toute la grande activité intellectuelle du temps, y compris les crises de la théologie sont dues à l'action de la logique d'Aristote.
' Cousin, Ouvrageu inédits d'Abélard, p. LVI, etc.; Hauréau B., Histoire de la phiioiophû Mcolattique, Paris, 1872-1880, I, p. 43 et suiv. ; Mi chaud E., Guillaume dêChampeaux, Paris. 1867, pp. 07-72, 118 et suiv.; De Wulf M., Le Problème des Univer»aux dans kon évolutiott historique du IX« au Xllle siècle, Archiv fUr Geschichte der Philosophie, IX (189fi). pp. 427-444; Prantl, Gesch. der Lofiik, II, p. 181 et suiv.; Reuter H., Getchichte dtr reli^iôsen AufkUirunfr im Mittelalter, Berlin, 1876-77, I, p. 188 et «uiv., Il, p. 1 et suiv.; Pierson A., Disquisitio historico-dotrmatica de realismo et nomimi/Mmo, Trsjecii ad Khenum, 1854; Koehler H. O., Kealismus und Numinalitmuê in ihrem EinfiuM auf die do^mati&chen Système des Mittelalters, Gotha, 1858.
'OentHc H., Die Srntemen Abaelards und die Bearbeitunfren seiuer Theolo<^iu vor Mitte des 12. Juhrhunderts, Archiv f(lr Litteratur- un<l Kirchengescliichte des Mittelalters, Berlin, 1886, I, pp. 402-409. 684-024 ; G ictl A., Die Sintenzen Rolands, Freiburg i. B^ 1801, p. XXI et suiv, ; Kaiser E., Htrre Ahélard Critique, Eribourg, lUOl, pp. 887«826; Robert G., Les écolen et Pemeignement de la Théologie pendant la pre-
ntii-rr ntnil,,- tin V//# ttècle. P 'ri" !<»'><•