CHAPITRE XI — DERNIÈRES ANNÉES DE SIGER DE BRABANT
diants ^ Le clerc de Siger, pris de frénésie, pouvait donc avoir à sa disposition l'instrument avec lequel il donna la mort à son maître.
Les historiens de Siger n'ont eu jadis aucun moyen précis de déterminer la date de sa mort. Gaston Paris, partant de ce fait que Siger avait fini ses jours à Orvieto et que la curie y était alors en résidence, a induit que le maître brabançon a dû y mourir en 1283 ou en 1284, pendant le séjour de Martin IV, à raison de l'ancienne inimitié de celui-ci contre Siger, puisqu'il n'était autre que l'ancien légat, Simon de Brion '^ Mais l'hypothèse d'une exécution judiciaire de Siger ne se réalisant pas, rien n'indique que la mort du prisonnier tombe de préférence pendant ce séjour de la curie à Orvieto, plutôt qu'au cours de ceux qui l'ont suivi.
Aussi Baeumker a-t-il proposé une autre date. Observant, d'une part, que Martin IV était tout aux affaires politiques, au temps de son séjour à Orvieto, et, d'autre part, qu'il se manifesta une activité exceptionnelle dans la répression de l'hérésie sous le pontificat de Nicolas IV, il pense pouvoir placer la mort de Siger en 1290-1291, pendant le long séjour que la cour pontificale fît alors à Orvieto ^ Mais cette manière de voir a le grave inconvénient de faire comparaître Siger en cour de Rome treize ou quatorze années après le délit commis par lui à Paris, ce qui n'a aucune vraisemblance et est maintenant contredit par le chroniqueur brabançon qui le fait quitter Paris pour se rendre à la cour romaine.
Le texte de Jean Peckham résout positivement la question. C'est dans une lettre du 10 novembre 1284 que l'archevêque de Cantorbéry écrit que Siger et Boèce ont fini misérablement leurs jours, dit-on, au delà des Alpes, niiserabiliter dicuntur conclusisse dies siios in partibus transalpinis*. Il semble bien qu'à ce moment les deux maîtres soient morts. C'est du moins le sens immédiat du texte. On pourrait soutenir, à la rigueur, que Peckham considérait peut-être, comme ayant achevé leurs jours, des hommes dont la destinée était fixée par un emprisonnement à perpétuité ; mais ce serait vraisemblablement trop s'écarter de la signification directe des paroles que nous venons de citer, et la chronique brabantine nous apprend que Siger est mort peu de temps après son arrivée à la curie.
D'autre part, le Fiore nous informant que la curie résidait à Orvieto
^ Du Gange, Glossartum, au mot cultellus ; Douais, Acta capitulorum provins cialium ord. fratr. prœd. Voy. l'index au mot cultellus, pp. 719, 801.
* La Poésie du Moyen Age, p. 177.
' Die Impossibilia des Siger von Brabant, pp. 87*89.
* Voy. p. 258.
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quand Siger y mourut, la date de cette mort tombe entre le 23 mars 1281 et le 27 juin 1284. Martin IV, en effet, depuis sa consécration, résida à Orvieto pendant le laps de temps indiqué, sauf la seconde moitié de 1282 qu'il passa à Montefîascone, non loin d'ailleurs d'Orvieto \ Le peu de temps dont parle le chroniqueur brabançon tendrait à faire rapprocher la mort de Siger de l'année 1281 plutôt que de l'année 1284.
Tels sont, croyons-nous, les résultats autorisés fournis par une étude attentive des diverses données historiques, qui peuvent permettre de fixer le développement de la biographie de Siger de Brabant. Tout imparfaits qu'ils sont, ils nous laissent néanmoins saisir dans son ensemble la physionomie du célèbre maître averroïste : ils nous ont révélé la suite des principaux événements qui ont constitué son existence tourmentée, et la position précise qu'il occupa dans le mouvement intellectuel de son siècle.
> Pottbast, aux années 1281-1284.