‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 15 sur 208 · CHAPITRE I — DK [.'ACTION D'ARISTOTR · texte numérisé non relu

CHAPITRE I — DK [.'ACTION D'ARISTOTR

traités furent présentés au monde savant. Mais si la fermentation intellectuelle due aux livres impersonnels de la Logique avait été si vive, celle suscitée par ses théories sur les plus graves problèmes de la philosophie allait revêtir une tout autre importance. Aussi, tandis que l'introduction des divers éléments de l'Organon s'était accomplie, sinon sans bruit, du moins sans crise dans le monde scolaire, les traités de Physique et de Métaphysique allaient se heurter, dès la première heure, à une résistance ferme et solennelle.

C'est aux dernières années du xii^ siècle qu'Aristote commence véritablement à exercer une nouvelle action en Occident par ses ouvrages de Sciences naturelles et sa Métaphysique. On a universellement placé ce phénomène trop tard ^ Cette seconde entrée d'Aristote chez les Latins

* Comme on ne trouve nulle part, à ma connaissance, des renseignements précis sur cette question, nous allons indiquer: 1° Les dates connues des premières traductions des principaux ouvrages d'Aristote ; 2° Le moment où l'on constate leur action chez les Latins du moyen âge.

1° La plus ancienne traduction est celle du IV^ livre des Météores faite sur le grec par Henri Artistippe (f 1162). Voyez plus haut, p. 10 note. Les trois premiers livres sont traduits de l'arabe par Gérard de Crémone (f 1187). Le ms. de Nuremberg, Stadtbibliothek, Centur. V. 59, XlIIe siècle, indiqué par V. Rose, Hermès, I, p. 385, est de tous le plus explicite : Completus est liber metheororum cuius très primos libros transtulit magister Gerardus Lumbardus summus philosophus de arabico in latinum. Quartum autem transtulit Henricus Aristippus de greco in latinum. Tria ultima capitula transtulit Aluredus Anglicus Sarelensis de arabico in latinum. (Comparez avec Jourdain, p. 6Gj. Les trois derniers chapitres dont il est parlé n'appartiennent pas aux Météores, mais sont une traduction d'un fragment d'Avicenne par Alfred de Sereshel. Steinschneider, Die eiirop. Uebersetz., p. 4; Hauréau B., Mémoire sur deux écrits intitulés : De motii cordis, dans Mém. de l'Acad. des Inscrip. et B.-L., t. XXVIII, 2^ part, et extr.

Gérard de Crémone, mort en 1187, à l'âge de 73 ans, a passé la plus grande partie de sa vie à Tolède, depuis 1134, première date connue d'un de ses écrits; et a traduit un nombre énorme d'ouvrages de l'arabe. Boncompagni B., Délia vita e délie opère di Gerardo Cremonese, Roma, 1851, p. 8 et suiv. ; Wiistenfeld, /. c, p. 68; Steinschneider, Le, p. 16 et suiv. On lui doit, d'Aristote, ou de livres attribués alors à Aristote : De naturali auditu, c'est-à-dire la Physique, De Caelo et Mundo, De causis proprietatum elementorum. De Generattone et Corruptione, De Causis. Ainsi, avant 1187, on possédait la traduction de trois grands ouvrages d'Aristote sur les sciences naturelles, la Physique, le Ciel, la Génération.

On ne connaît pas les origines de la Métaphysique. Signalons cependant ces données. La Métaphysique complète, traduite du grec, se trouve dans un ms. de la Bibl. Antoniana de Padoue (Scafif. XIX, N. 421), indiquée comme du Xlle siècle par les catalogues de Minciotti, 1842 (p. 112) et de losa, 1886 (p. 33).— La Bibl.de l'Ecole de Montpellier contient: Sententia super librum metaphisice Ar. (Aristotelis), compilata per Fr. Hymbertum de Gendreyo, monachum Cysterciensem prope Bisuntinensem civitatem abbatem Prulliacensem, anno Domini M» CC» nonagesimo primo. Ms. du Xlle siècle. — Guillaume le Breton écrit dans ses Gesta Philippi Augusti : In diebus illis (vers 1210) legebantur Parisius libelli quidam ab Aristotele, ut dicebatur, compositi qui docebant metaphysicam,

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s'étend d'ailleurs sur un siècle de durée, depuis la traduction du IV^ livre des Météores par Henri Aristippe, avant 1162, jusqu'à la traduction des Economiques par Guillaume de Moerbeke, vers 1267. Mais la fin du xii^ siècle et le début du xiiF sont marqués, comme nous l'avons dit, par la diffusion des traités de Sciences physiques et la Métaphysique dans le

delati de novo a Constantinopoli, et a greco in latinum translati. Delaborde F., Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, Paris, 1882, t. I, p. 233.

Alfred de Sereshel ou Sarchel (vers 1200-1227), un Anglais, a traduit l'ouvrage de Nicolas de Damas attribué à Aristote, au moyen âge, sous le titre de De Vegetabilibus. Jourdain, p. 105 ; Wtistenfeld, p. 86; Steinschneider, p. 4.

On attribue à Michel Scot, mort peu avant 1235, des traductions de l'arabe avec les commentaires correspondants d'Averroès, du De Caelo et Miindo, dédié à Etienne de Provins, et du De Anima. On étend même à d'autres ouvrages d'Aristote son rôle de traducteur, mais sans fondement. Il n'y a aucune preuve positive que M. Scot ait traduit un seul des ouvrages d'Aristote, UEthica nova (livre ler de la Morale à Nicomaque), lui est cependant attribuée dans un ms.de la Bibliothèque de Saint-Omer (no620,XIIIe siècle), mais dans des conditions qui soulèvent des doutes. U est aussi le traducteur du livre De animalibus tel qu'Avicenne l'avait abrégé. Jourdain, /. c, p. 124; Renan, /. c, p. 205; WQstenfeld, p. 99; Steinschneider, p. 65; Wood Brown J., An Enquiry info ihe Life and Legend of Michael Scot, Edinburgh, 1897, chap. VI. Notons que Graf A., Afi7i, légende e superstizioni del medio evo, Torino, 1893, II, p. 241, fait mourir M. Scot vers 1250.

Hermann l'Allemand a traduit en 1243 ou 1244 l'abrégé de l'Ethique à Nicomaque dite Summa quorumdam Alexandrinorum ; et achevé, en 1256,1a Rhétorique et la Poétique dans l'état où les avait adaptées Averroès. Jourdain, p. 135; Renan, p. 211; Wiistenfeld, p 92 ; Steinschneider, p. 32; Luquet G. H., Hermann P Allemand dans Revue de P Histoire des religions, XLII (1901), pp. 407-22.

Barthélémy de Messine a traduit du grec, à la cour du roi Manfred (1268-66), les Grandes Morales. Bandini A. M., Catalogus codic. mss. Bibl. Laurentianae, Flor. 1764, t IV, pp. 106, 690.

Enfin, Guillaume de Moerbeke, qui a entrepris une revision de tout Aristote sur le texte grec, et la traduction des ouvrages encore inconnus (sur ce personnage, voyez ce que nous disons vers le milieu du chap. suiv.), a traduit, vers 1260, la Politique d'Aristote (les quatre premiers livres d'abord, puis les quatre derniers), et les Economiques en 1267 (non en 1295, comme on le croit communément, et ainsi que nous l'établirons ailleurs). Jourdain, p. 67; v. Hertling, Rhein. Mus./. Phil., N. F. XXXIX, p. 467.

Roger Bacon ne connaît pas d'autres noms que ceux des cinq auteurs ci-dessus cités comme traducteurs d'ouvrages philosophiques. Brewer, J. S. Fr. Rogeri Bacon opéra qttoêdam hactenu» inedita, London, 1869, p. 471.

S» Une vingtaine d'années, au moins, avant la fin du XII» siècle, un certain nombre d'écrita d'Aristote, sur les sciences physiques principalement, étaient donc traduits en latin ; ils pouvaient, dès lors, entrer en circulation en Occident.

Dans une lettre que Téditeur des œuvres de Jean de Salisbury a placée à la date de 1167, Jean réitère à son ancien maître, Richard Lévfique, la demande qu'il lui a déjà faite pour obtenir une copie des ouvrages d'Aristote qu'il possède. De cetero iam a multo teapore porrectas îtero preces, quatenus libros Aristotclis, quos habetis, milii faciatis Mcribi, Epiât. CCXU. Patr. lai. X. 199, col. 286. Il est peu vraisemblable qu'en 1107, si cette date est exacte, Jean demande avec une pareille insistance les livres de la logique

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