‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 144 sur 208 · CHAPITRE XII — SIGER DE BRADANT, THOMAS D'AQUIN ET DANTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII — SIGER DE BRADANT, THOMAS D'AQUIN ET DANTE

à Siger la place d'honneur qu'il occupe dans la Divine Comédie. La nécessité où se trouvait le poète de faire ce choix explique avant tout sa résolution et sa conduite. Nous ne devons pas oublier d'ailleurs que, dans la pensée de Dante, le maître qui avait syllogisé dans la rue de Fouarre d'importunes vérités était moins compromis qu'aux yeux plus impartiaux et mieux éclairés de l'histoire.

Arrivé au terme de cette étude, nous ne chercherons pas à revenir en arrière dans la pensée d'en résumer sommairement le contenu. Nous nous sommfs efforcé de suivre, dans les pages qui précèdent, une marche aussi méthodique que le comportait le sujet, •et nous pouvons nous abstenir de tout ce qui ressemblerait maintenant à des redites. Nous nous abstiendrons également de signaler les quelques progrès que nos recherches ont pu apporter à des questions demeurées obscures par bien des côtés. Après les eflbrts que nous avons tentés, il nous reste un sentiment plus vif de ce qui serait encore à faire que de ce qui a été fait, et c'est sur cette pensée que nous voudrions placer ici un point final.

On aura remarqué, çà et là, au cours de notre travail, sur combien de fausses pistes des hommes, d'ailleurs de grand talent, se sont souvent égarés. La raison en est sans doute, plus d'une fois, que leur base générale d'information n'était pas assez étendue, tant il est difficile d'entrer suffisamment dans la connaissance d'un milieu historique. Mais la cause principale des mécomptes des historiens de Siger est venue surtout du fait qu'ils ont ignoré ses écrits. Des efforts souvent vigoureux ont été, à diverses reprises, tentés pour résoudre par induction des problèmes qu'il était relativement aisé de déterminer par des procédés directs, si l'on eût possédé un bon point de départ. Faute de cette donnée première, les résultats ont été souvent erronés ou insignifiants. Cette constatation met en évidence la nécessité d'une documentation positive et assez étendue dès qu'il s'agit de juger un penseur peu connu et de lui assigner sa place légitime. C'est un préjugé sans fondement de croire que les lettrés du moyen âge ont emprisonné leur esprit dans quelques problèmes seulement, et y ont donné constamment, à peu de chose près, la môme solution. Nous n'avons pas à retirer

ici ce que nous avons écrit à la première page de cette publication touchant la dépendance étroite de la pensée du moyen âge latin avec la science grecque. Mais cette dernière embrassait un domaine très étendu dont le xiiie siècle a pris entièrement possession, et elle a été travaillée, transformée et souvent accrue par les penseurs chrétiens d'alors. C'est pourquoi, il y a intérêt, plus qu'on n'imagine d'ordinaire, à multiplier les publications d'écriis de philosophes et de théologiens même secondaires. Si ces œuvres ne nous placent pas toujours en face de systèmes originaux, ni d'idées bien nouvelles, elles tiennent leur rang dans le développement progressif de la culture de l'Europe, et leur intérêt réside même quelquefois dans leur imperfection et leur condition de simples ébauches.

Ceux-là donc rendront de véritables services à la connaissance de la vie intellectuelle du moyen âge qui accroîtront un matériel littéraire encore très incomplet. Il reste vraisemblablement aussi beaucoup à faire pour la connaissance intégrale de l'averroïsme du xiii^ siècle. Si cette forme de la pensée péripatéticienne chez les Latins n'a été ni aussi étendue ni aussi durable que le péripatétisme chrétien, elle a néanmoins produit des travaux qui n'ont pas encore été exhumés ; et c'est le pressentiment qu'il y avait, dans la philosophie médiévale, une direction nouvelle à explorer, qui nous a poussé nous-même à faire ce premier pas. Puissions-nous avoir utilement frayé le chemin à ceux qui viendront après nous 1

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