XX INTRODUCTION
œuvres des philosophes dans les textes originaux. 11 serait permis d'incliner vers cette hypothèse, à raison de sa connaissance exacte des sources arabes et de la façon précise dont il les cite. Toutefois^ on est trop peu au clair sur l'historique des traductions latines de certains ouvrages arabes ou hébreux pour qu'on puisse prendre position sur cette question.
Le De erroribus Philosophorum est particulièrement remarquable par l'intelligence doctrinale de son rédacteur. Dressant en quelque sorte un simple catalogue de propositions brièvement énoncées, l'auteur trouve pourtant le moyen de nous faire saisir, spécialement pour Aristote qui est le point de départ du Péripatétisme subséquent, le lien logique qui unit les unes aux autres les grandes thèses jugées erronées. Les quelques remarques par lesquelles il caractérise, en passant, tel de ses philosophes ou leurs doctrines sont typiques et pleines de justesse. Nous signalons plus spécialement l'exposé qu'il consacre à Aristote, parce que, plus que partout ailleurs, nous y discernons la pénétration de son jugement, et la position philosophique qu'il adopte lui-même.
Notre anonyme nous ayant fait observer qu'un faux point de départ engendre de nombreuses erreurs, il signale la théorie de l'éternité du monde comme la donnée centrale dans le système d'Aristote et qui s'est répercutée un peu partout. Eternité du mouvement, du temps, de la matière, du ciel, des espèces inférieures (p. 3, n^ 1; p. 4, n. 2, 3, 4, 6; p. 5, n. 7). Mais cette théorie culminante de l'éternité des choses qui les maintient dans un cours toujours identique à lui-même, notre auteur en a vu clairement la donnée génétique dans l'expérimentalisme d'Aristote, pour qui tout mouvement est précédé d'un mouvement, toute génération précédée d'une corruption, d'où l'exclusion d'un premier mouvement ou d'une première génération qui n'aurait pas d'antécédents de même nature (p. 3, n. 1 ; p. 4, n. 6). Cette donnée d'ordre expérimental est incontestablement à la base du système aristotélicien ; et le rédacteur du De erroribus en a eu, de ce fait, une compréhension très précise et très juste.
Il s'est aussi parfaitement rendu compte que la conception péripatéticienne, avec son point de vue fermé de l'identité sempiternelle des choses, liait la cause première à un régime d'identité d'action, et écartait toute possibilité d'intervention de la cause première en dehors de l'état de choses établi (p. 4, n. 4 ; p. 5, n. 8, li, 10). De là sa préoccupation de s'inscrire en faux, dans un court chapitre (chap. III), contre le point de départ d'Aristote et la nature de la cause première telle que le Stagirite l'a conçue.
On n'est pas peu surpris que notre auteur, qui touche les erreurs