‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 172 sur 208 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

Maintenant que nous avons sous les 3eux le texte intégral de cette production, il devient manifeste que le nom de Gilles de Rome doit être absolument écarté.

Un examen des sept manuscrits signalés au début de cette étude pourrait nous apprendre si quelques-uns d'entre eux portent le nom de Gilles. Mais cela serait-il, on n'en saurait rien conclure ; car un grand nombre de mss. médiévaux sont affectés d'attributions erronées. En tout cas le ms. de la Bibl. Nat. lat. 16195, que nous avons édité et qui doit être un des plus anciens, ne porte aucun nom d'auteur,

Jean de Paris, chanoine de Saint- Victor, qui écrit quelques années après la mort de Gilles, nous a donné un catalogue très fourni de ses œuvres. Or le De erroribus n'y figure pas \

Nous avons vu plus haut que l'auteur dxx'De erroribus a utilisé un matériel littéraire très spécial, dont une partie ne paraît pas même chez les grands auteurs du xiii^ siècle. On ne voit pas que Gilles non plus ait utilisé aucune source nouvelle et ait ajouté quoi que ce soit au fonds connu de ses contemporains.

Les distances doctrinales entre l'auteur du De erroribus et Gilles de Rome sont surtout caractéristiques, et excluent toute identification possible entre ces deux auteurs.

Nous avons signalé, par exemple, le refus de l'auteur anonyme d'attribuer à Aristote d'autres erreurs que celles qu'il indique. Pour lui, l'unité de l'intellect humain est une erreur due à Averroès, mais non à i\ristote. Gilles n'ose prendre une position aussi ferme, et tout en tendant à dégager Aristote, il n'ose contredire formellement ceux qui tenaient une opinion contraire : Verba Philosophi magis videntur hanc veritatem sapere quod anima intellectiva numeretur secundum numerationem corporum quam contrarium (Quodlib. Il, quaest. XX). L'anonyme lui écrit : Imponuntur autem ei [Aristoteli] et alii errores de quibus non sit nobis cura, quia hoc contingit ex falso intellectu (p. 7, n. 16).

Mais c'est surtout sur la question, fondamentale et si débattue dans la seconde moitié du xiir" siècle, de l'unité des formes substantielles, que les doctrines des deux auteurs sont irréductibles. L'auteur du De erroribus tient fermement cette théorie pour erronée (p. 5, n. H ; p. 7, n. K) ; p. II, n. 1). Gilles de Rome, au contraire, est parmi les champions les plus décidés de cette théorie. Non seulement il la soutient dans son Coiifra gradtis et pluralitatcs fonmirum. ]îublié vers 1277, comme nous l'établirons

« Q u é ti f . E c h a r d , Script. Ord. Pnted., I, p. fjOlJ.

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