INTRODUCTION XXV
ailleurs, en se plaçant sur le terrain philosophique, mais il va jusqu'à déclarer l'opinion contraire en opposition avec la foi catholique : ponere plures formas contradicit fidei catholicae (III Pars, cap. I).
L'attribution du De erroribiis Philosophorum à Gilles de Rome doit donc être entièrement écartée.
Le résultat de notre enquête est encore purement négatif. Peut-on assigner un nom comme étant celui de l'auteur de l'écrit que nous avons examiné ? Nous ne le croyons pas dans l'état présent de nos informations. Toutefois, à défaut d'un nom, nous pouvons tenter de préciser nos recherches, en essayant d'établir à quel milieu doctrinal, et peut-être géographique, l'auteur a appartenu.
Tout d'abord le De erroribus est l'œuvre non d'un artiste, c'est-à-dire d'un philosophe, mais d'un théologien. Le dernier chapitre en témoigne à l'évidence, ainsi que nous avons eu l'occasion de le faire observer. C'est donc dans les directions théologiques connues qu'il faut chercher à classer notre anonyme.
Une donnée caractéristique, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, c'est que le De erroribus vise manifestement à innocenter Aristote ; qu'il refuse de lui attribuer en particulier les doctrines de l'unité de l'intellect, de la négation de la connaissance divine des singuliers, qui historiquement, croyons-nous, lui appartiennent en fait, et lui ont été fréquemment attribuées au cours de l'histoire.
Cette bienveillance à l'égard d'Aristote exclut un membre du clergé séculier. De ce côté, Aristote est resté suspect jusque vers la fin du siècle. Sans rappeler les condamnations parisiennes de 1210 et 1215, celle de 1277 qui visait en somme tout le mouvement péripatéticien, dans ce qu'il avait d'extrême et aussi de modéré, en fait foi. Parlant de ces auteurs payens d'où les averroïstes tirent leur doctrine, et naturellement Aristote est visé avant tous les autres, ils s'indignent, quasi contra veritatem sacrae scripturae sit Veritas in dictis gentilium dampnatorum (plus bas, p. 175). Dans cet état d'esprit les maîtres séculiers parisiens étaient peu disposés à innocenter Aristote. Nous avons vu d'ailleurs que le grand grief qu'ils font aux Dominicains est de céder trop à Aristote et aux sciences profanes (I^ Partie, chap. V). Même à la fin du siècle, lorsque parmi les théologiens séculiers, les meilleurs esprits furent plus équitables à l'égard du progrès intellectuel réalisé par la connaissance des œuvres d'Aristote, ils n'allèrent pas aussi avant que l'école albertino-thomiste. C'est ainsi que Henri de Gand, sur le problème de l'attribution de la théorie de l'unité de l'intellect à Aristote, se contente d'émettre un doute, ou rniei^x, déclare qu'il y a chez le Stagirite