XXVI INTRODUCTION
des textes en sens contraire, et qu'il ne s'est pas formellement déterminé (Quodlib. IX, q. XIV, circa secundum).
Il en est de même de l'ordre franciscain, opposé en général jusqu'assez tard au nouveau mouvement philosophique. Nous ne parlons pas des Spirituels qui poussent les choses à l'extrême ; mais même les meilleurs esprits sont opposés à l'introduction d'Aristote dans l'Eglise, ainsi qu'on peut le voir dans le chapitre V de notre Première Partie. Nous avons vu en particulier que Bonaventure n'a aucune tendance à décharger Aristote des erreurs du péripatétisme, mais, au contraire, lui attribue tout ce que nous avons compris sous le nom d'Averroïsme ; et il se trouve de ce fait en complète opposition avec l'auteur du De erroribiis. Même à la fin du siècle, alors que la philosophie pénètre partout l'ancien augustinisme, Scot se range parmi ceux qui tiennent pour douteuse la position d'Aristote dans la question de l'unité de l'intellect {In /F"» Sent.^ dist. 43, q. 2, a. 2), alors que l'auteur du De erroribus se refuse énergiquement à attribuer cette opinion à Aristote.
Du côté franciscain on pourrait penser aussi à Roger Bacon comme auteur possible du De erroribus. Bacon, en effet, est un dissident dans le milieu franciscain par la prépondérance qu'il donne, dans ses préoccupations, aux sciences séculières ; et nous savons qu'il aimait assez à faire montre de connaissances bibliographiques, comme en témoigne le spéculum astronomicum^ universellement attribué à Albert le Grand mais dont nous lui avons restitué la paternité (I^e Part, cap. IX). Toutefois, les idées de Bacon sur l'enseignement d'Aristote sont aux antipodes de celles de l'auteur du De erroribus. Nous avons vu, au cours de cette étude, que Bacon ne veut pas que l'on attribue à Aristote la théorie de l'éternité du monde (p. xxi); tandis que notre anonyme, non seulement rejette positivement cette prétention, mais fait de cette doctrine la source principale des erreurs péripatéticiennes et déclare qu' Aristote y revient à chacjue endroit de ses livres.
C'est donc du côté de l'école albertino-thomiste que nous devons jeter nos regards, pour trouver le milieu auquel a appartenu l'auteur du De erroribus.
On a vu, dans notre Première Partie, comment l'école dominicaine albertino-thomiste s'est ralliée la première à l'aristotélisme, et comment clic a cherché à dégager la responsabilité d'Aristote dans les erreurs de l'avcrroïsme. Renan l'avait d'ailleurs aisément remarqué. « Les attaques contre Avcrroés semblent .se lier, chez saint Thomas et dans l'école dominicaine, au désir de sauver, en une certaine mesure, l'orthodoxie du péri-