‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 175 sur 208 · INTRODUCTION XXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXVII

patétisme, en sacrifiant les interprètes et surtout les Arabes. De là, cette perpétuelle attention à montrer qu'Aristote a cru à l'immortalité de l'âme et aux autres dogmes de la religion naturelle » ^ C'est bien là exactement la position du De erroribus. Un seul point peut faire difficulté sur lequel nous allons bientôt revenir.

Nous devons aussi rappeler ce que nous avons dit plus haut, que l'auteur du De erroribus est très spécialement renseigné sur les sources littéraires philosophiques, dont quelques-unes paraissent signalées seulement par lui. Or, tout le travail d'assimilation scientifico-philosophique, pendant la deuxième moitié du xiiF siècle, est à peu près l'œuvre exclusive des Prêcheurs. C'est Albert et Thomas qui ont commenté l'Aristote, Guillaume de Moerbeke qui a revu ou traduit d'après le grec les traités d'Aristote, et a traduit d'autres écrits philosophiques pour la première fois; ce sont les écoles dominicaines d'Espagne et de Tunis qui ont utilisé et traduit les sources arabes et hébraïques, sans parler des traducteurs que l'ordre a trouvés à Constantinople et à Bagdad ^ Selon toute probabilité, d'après nous, l'auteur du De erroribus appartient à l'école dominicaine espagnole.

Un point peut paraître faire obstacle à une identification complète au point de vue doctrinal entre le De erroribus et l'école albertino-thomiste. Le De erroribus^ ainsi qu'on l'a vu (p. xxi), tout -en attribuant fermement la théorie de l'unité des formes substantielles à Aristote, regarde cette opinion comme une erreur, tandis que pour la nouvelle école dominicaine elle est une vérité philosophique fondamentale, et nous avons vu, dans notre Première Partie, quel assaut elle avait eu à soutenir sur ce terrain. Ce fait trouve une explication très naturelle, et il se tourne même en confirmation de notre thèse.

Nous avons exposé, dans notre étude historique, comment les docteurs et écrivains des Prêcheurs s'étaient, au début de la fondation de l'ordre, universellement ralliés à l'augustinisme, jusqu'au moment où l'action d'Albert le Grand et de Thomas d'Aquin constituait la grande école doctrinale, à laquelle leur nom est demeuré attaché. Il se produisit un conflit même au sein de l'ordre, mais aussi et surtout une évolution. Ce dernier fait peut se supposer a priori^ puisque l'ordre passa de l'augustinisme au thomisme. Mais ce travail d'évolution ne s'opéra pas en un jour, et l'on devrait trouver des maîtres et des écrivains dont la carrière porte trace de ce changement, c'est-à-dire du passage des opinions augustiniennes aux opinions thomistes. Il n'existe pas de recherches faites sur

' Averroès et VAverroïsme, p. 245. * Noqs traiterons ^illeqrs 4e ce mouvement littéraire et scolaire.

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