CHAPITRE II — DE L'ACTION D'ARISTOTE
la véritable solution à donner au problème de l'introduction et de la vulgarisation d'Aristote dans la société chrétienne. Albert de Cologne, comme son siècle appela Albert le Grand, conçut et exécuta le projet de refaire Aristote à l'usage des Latins \ Bien plus, car son entreprise fut plus vaste encore, il songea à incorporer, dans le travail scientifique dont Aristote fournissait la principale mise de fonds, tout ce que l'antiquité, les maîtres arabes et son expérience personnelle pouvaient lui offrir d'éléments utiles à son dessein ^. Il arriva ainsi à la conception d'une œuvre qui mettrait à la portée des hommes d'étude la totalité des résultats scientifiques, tels que l'esprit humain les avait élaborés jusqu'à lui ^
Albert ne cessa d'accroître l'ensemble de son travail par l'adjonction de traités supplémentaires au fur et à mesure qu'il entra en possession de nouvelles richesses littéraires ; et il semble qu'il n'ait jamais négligé de tenir, en quelque façon, son encyclopédie à jour, en suivant le progrès du siècle.
' Nostra intentio est omnes dictas partes (physicam, metaphysicam et mathematicam) facere Latinis intelligibiles. Physic, lib. I, tr. I, cap. I.
^ Alberti Magni Opéra, éd. P. Jammy, Lugduni, 1651, 21 vol. in-fol.; Opéra onwia, éd. A. Borgnet, Parisiis, 1890, 38 vol. in-4o. Commentarii in Job. Additamentum ad opéra otnnia B. Alberti, éd. M. Weiss, Friburgi Brisgoviae, 1904. De nombreux et importants écrits d'Albert sont encore inédits. Je me contente de signaler ici à cause de son importance, et parce qu'on ne la trouve pas indiquée dans le catalogue de M. Weiss, la Summa Theologiae dont les deux premières parties seules sont éditées dans les oeuvres complètes, mais dont les trois parties suivantes se trouvent dans un ms. de la Marciana de Venise (Valentinelli, Bibliotheca manuscripta, t. II, p. 80-81). Les anciens catalogues de ses œuvres sont ceux de la Tabella Scriptorum Ord. Praed. (Denifle, Archiv f. Litteratur- u. Kirchengesch., II, 236), de Henri de Hervordia {Liber de rébus mémorabilibiis, éd. Potthast, Gottingae, 1859, p. 202), de la vie anonyme écrite au XIV* siècle et publiée par les BoUandistes {Catalogtis codictim hagiographicorum bibl. Bruxel' lensis, Pars I, Bruxellis, t. II, p. 104). Le catalogue de Quétif-Echard est confectionné d'après ceux de Laurent Pignon et Louis de Valladolid {Script Ord. Praed., I, p. 169). Voy. surtout M. Weiss, Primordia novae bibliographiae B. Alberti Magni, Parisiis, 1898; Commentarii in Job, p. VII.
» Mandonnet, Albert le Gra;irf (Diction, de Théol. Cath., I, col. 666); Loë (P. de), De vita et scriptis B. Alberti Magni (Analecta Bollandiana, XIX (1900), pp. 257-284, XX (1901), pp. 273-316, XXI (1902), pp. 361-371); Quétif-Echard, Scriptores Ord. Praed., 1, p. 162-183; Jourdain, Recherches critiques, p. 300-358; Sighart J., Albertus Magnus, sein Leben und seine Wissenschaft, Regensburg, 1857 ; traduction française, Paris, 1862; [Thoemes N.], Albertus Magnus in Geschichte und Sage, Kôln, 1880; Goblet H. Der selige Albertus Magnus und die Geschichte seiner Reliquien, Kôln, 1880; Kaiser C. Festbericht ûber die Albertus - Magnus- F eier in Lauingen am I2. September i88l, DonauwOrth, 1881 ; Albertus-Feier in Rom (XV November 1880), Miinchen [1880]; Riker A. Ein Kranz schuldiger Verehrung von der Aima Mater der Wiener Hochschule dem Andenken Albert des Grossen gewidmet, VJien, 1881; Erhle F. Der selige Albertus der Grosse (Stimmen aus Maria-Laach, XIX, 1880); Michael E. Geschichte
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La méthode employée par Albert dans l'élaboration de son œuvre philosophico-scientifique présentait des avantages et des inconvénients. Le dessein d'Albert avait été sans doute, ainsi qu'il le déclare au début de ses Physiques, de rendre possible l'intelligence d'Aristote, mais il était aussi de le rectifier pour entrer dans la pensée de l'Église et d'utiliser les matériaux abondants provenus de sources diverses, afin d'établir un inventaire de la science de son temps. Pour atteindre ce résultat, il n'entreprit point un commentaire du texte même d'Aristote, mais il organisa un plan général emprunté à ce dernier qu'il remplit surabondamment en y incorporant les
des deutschen Volkes, Freiburg i. Br. t. III (1903), p. 69 et suiv. ; Gloria A. Quoi annos et in qtiibus Italiae tirbibus Albertits Magmis moratiis sit ? (Atti dell' Istituto Veneto, 1879-80, p. 5 et suiv., tirage à part, Venetiis, 1880); d'Assailly O. Albert le Grand, r ancien monde devant le nouveau, Paris, 1870; vonHertling G. Albertus Magnus, Beitràge zu seiner Wurdigung, Ko In, 1881 ; van Weddingen A. Albert le Grand, le maître de saint Thomas d'Aquin, d'après son plus récent critique (Revue Générale, XXXIV, 1881, p. 5 et suiv. et tirage à part, Bruxelles); Bach J. Des Albertus Magnus Verhdltniss zu der Erkenntnisslehre der Griechen, Lateiner, Araber und Juden, Wien, 1881; Joël M. Verhdltniss Albert des Grossen zu Moses Maimonides, Breslau, 1863; Guttmann J. Die Scholastik des dreizehnten Jahrhunderts in ihren Beziehungen zum Judenthum und zur jiidischen Literaiur, Breslau, 1902, p. 47 et §uiv.; Moses ben Maimon, Leipzig, 1908, 1, p. 153 et suiv.; Ha ne b erg B. Zur Erkenntnisslehre von Ibn Sina und Albertus Magnus (Abhandlungen Bayer-Akad. Wissensch. Miinchen, 1866-68, XI, i, p. 189-268); de Blainville H. Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, Paris, 1845, t. II, p. 1-95; Pouch et F. A. Histoire des sciences naturelles au moyen âge, ou Albert le Grand et son époque considérés comme point de départ de l'école expérimentale, Paris, 1853 ; Choulant L. Albertus Magnus in seiner Bedeutung fiir die Naîurwissenschaften, historisch und bibliographisch dargestellt (Janus, Zeitschrift ftir Geschichte und Literatur der Medicin, 1846, p. 127-160,687-90); Bormans, Mémoire sur les livres d'histoire naturelle d^ Albert le Grand (Bulletin de l'Académie roy. de Belgique, XLX, 1852); Pfeifer F. X. Harmonische Beziehungen zicischen Scholastik und moderner Naturunssenschaft mit spezieller Rilcksicht au/ Albertus Magnus und Thomas von Aquino, Augsburg, 1881; Meyer E. Albertus Magnus, ein Beitrag zur Geschichte der Botanik im jr///.yaArA«m^»'/(Linnaa,X (1836), p. 641-741, XI (1837), p. 545); Meyer J.—Jessen C. Alberti Magni de Vegetabilibus libri septem, Berolini, 1867; Fellner S. Albertus Magnuê ait notaniker,Wit:n, 1891; Bu h le. De fontibits unde Albertus Magnus lihris XXVI animalium materiam hauserit (Commentationes Societatis regiae scientiarum Gottingensis, vol. XII (1793-4), p. 94-115); Glossner M. Dus objective Princip der ari*toteliêch-»chola%tischen Philosophie, besonders Albrecht des Grossen Lehre vom objectiven Ur»prung, verglichen mit dem subjectiven Princip der Neucren Philosophie, Re((en»burg, 1880; Schneider A. Die Psychologie Alberts des Grossen, Mdnster, 1903; Feilcr, W. Die Moral des Albertus Magnus, Leipzig-Rt-uduitz, 1891; Degen E. lVelche$ tind dit Beziehungen Alberts des Grossen « Liber de causis et proccssu univerêitatit » »ur t ffTot/«(u>»i« OioXoytxi^ » deit Neupiatonikers Proklus, und was lehren uns dieselhen, MOnchcn, 1002 Voyez aussi ce qui concerne All)ert dans les histoires générales de Hauréau, Stiickl, Prantl et Werncr K. Der Ileilige Thomas von Atjuinn, Regensburg, 18S8, t. I, p. 82-ori.