CHAPITRE II — DE L'AGI ION D'ARISTOTÉ '6i
tard, quand il incorporera son premier traité dans sa Somme théologique, il ne manquera pas de nous dire que cette erreur a fait de tels progrès qu'elle trouve plusieurs défenseurs \ Il ne semble pas d'ailleurs, d'après cette expression, que même à ce moment, qui est vraisemblablement celui où se fait sentir l'action de Siger de Brabant et de ses alliés, le nombre des averroïstes déclarés ait été bien considérable, ce qui concorde avec les renseignements que nous trouverons plus avant.
On est donc, croyons-nous, très proche de la vérité en plaçant l'apparition de l'averroïsme latin après 1250. Les événements relatifs à son progrès peuvent être ainsi échelonnés : règlement de la faculté des arts de Paris, 9 mars 1255, ordonnant l'enseignement officiel des écrits d'Aristote ; publication du traité d'Albert le Grand, De Unitate intellectus contra Averroein, en 125G ; lettres d'Urbain IV, 19 janvier 1263, renouvelant les décrets de Grégoire IX, y compris la prohibition d'enseigner Aristote ; 1260-1269, séjour de Thomas d'Aquin et de Guillaume de Moerbeke en Italie, pendant lequel sont élaborés les traductions nouvelles d'Aristote et les nouveaux commentaires critiques ; 1267, apparition de la personnalité de Siger de Brabant dans le domaine de l'histoire ; enfin, venue de Thomas d'Aquin à l'Université de Paris, en 1269, et débuts de la grande querelle dont l'historique fera l'objet de la suite de cette étude.
Nous pourrions, dès maintenant, exposer le point de vue auquel se sont placés les averroïstes latins et l'ensemble de leurs idées touchant l'interprétation d'Aristote; nous croyons cependant qu'il est plus à propos de remettre cet examen au moment même où nous aurons à parler des doctrines de Siger de Brabant, le principal représentant de l'averroïsme propagé parmi les penseurs chrétiens du xiii^ siècle. Nous devons, en attendant, commencer à faire connaissance avec cette étrange personnalité, et même la dégager tout d'abord des confusions et des erreurs qui, jusqu'en ces derniers temps, en ont gravement altéré la figure.
* Dixerunt quidam Arabes, sicut et Averroes, et quidam alii, quod unus numéro intellectus est in omnibus animabus et in omnibus hominibus. Et hic error intantum invaluit, quod plures habet defensores. Sunima Theologica, P. II, quaest. 77, memb. 3, t. XXXIII, p. 75.