LE PSEUDO-SIGER DE BRABANT
Avant d'entrer dans une étude directe de la personne et des écrits de Siger de Brabant, il est nécessaire d'éliminer définitivement les plus grossières erreurs qui, depuis bientôt deux siècles, ont vicié les travaux, grands et petits, consacrés à mettre en meilleur jour cette énigmatique figure. C'est ce que nous essayons de faire dans ces premières pages en tirant au clair ce qu'on est en droit d'appeler la pseudo-biographie de Siger de Brabant.
Les seuls renseignements que nous possédions sur le lieu d'origine de Siger ' nous sont fournis par son nom et son bénéfice ecclésiastique. Le Brabant, à n'en pas douter, est sa patrie. Nous le trouvons en effet ainsi qualitié au temps de sa célébrité à l'Université de Paris et dans plusieurs des écrits connus que l'on possède de lui. Le Brabant, au xiii^ siècle, est un duché de l'Empire, compris entre la Sambre, la Meuse et l'Escaut et dont Bruxelles est aujourd'hui le point central. En outre, dans la citation de l'inquisiteur de France, le 23 novembre 1277, Siger est qualifié de chanoine de Saint-Martin de Liège *. 11 est donc vraisemblable que Siger était originaire du diocèse dans lequel se trouvait son bénéfice. Parfois cependant des clercs étaient bénéficier» ailleurs que dans leurs diocèses d'origine.
' On trouve ioum des formes diverses le nom de Siger : Sigier, Suger, Zegher, etc. V..Le Clerc, Hintnire littt'raire de la Frauce, XXI, Paris, 1847, 28-29. Quant à ce qui concerne spécialement Sij<cr de Brabant, «on nom se rencontre écrit clans les formes latines : SiKcrus, Sygenia, Srgcrus et Sugerus, et les deux formca italiennes : Sigieri 'Dante) et Sighier (Il Kiore).
' Martène et Durand, TAeiaiirMi iiofMc anfo/o/ort/m, Paris, 1717, t. V, col. )812.