‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 50 sur 208 · CHAPITRE IV — SIGER DE BRABANT ET THOMAS D'AQUIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV — SIGER DE BRABANT ET THOMAS D'AQUIN

D'autre part, il paraît peu vraisemblable que Thomas d'Aquin eût été appelé à Paris pour éclairer le Chapitre sur les questions qu'on avait à y traiter. Cet usage était peu ordinaire, et le Chapitre ne manquait pas d'hommes éclairés, surtout se tenant à Paris, et l'on ne conçoit pas qu'on eût ainsi déplacé, de si loin, c'est-à-dire du centre de l'Italie, un religieux appliqué à de graves occupations comme l'était Thomas d'Aquin.

La vérité est que le maître était revenu à Paris, afin de diriger une seconde fois l'une des deux écoles de théologie desservies par les Dominicains, et il est incontestable qu'il y avait repris au plus tard son enseignement, à l'automne de cette même année, c'est-à-dire au commencement de l'année scolaire 1269-1270 '. Mais le doute qu'on doit soulever, et il existe de graves raisons de le faire, c'est de savoir si la présence de Thomas d'Aquin à Paris, dès le mois de mai 1269, n'est pas la conséquence de la reprise déjà effective de son second enseignement universitaire. Des données significatives nous portent à croire que Thomas d'Aquin a repris ses leçons, dès les premiers mois de 1269, sinon plus tôt, et qu'il les a continuées jusqu'à Pâques de 1272. La base de ce comput se trouve dans les renseignements fournis par celles de ses compositions théologiques qui portent le nom de Quaestiones quodlibetales.

Les disputes quodlibétiques étaient des disputes extraordinaires que les maîtres tenaient une ou deux fois par an, aux approches de Pâques et de Noël ^ Elles se distinguaient des disputes ordinaires en ce que les sujets en étaient multiples et proposés librement par les auditeurs, maîtres ou étudiants. Le maître, ou le bachelier sous la direction du maître, répondait aux diverses difficultés qui lui étaient soumises sur chaque matière, et le lendemain, ou un des jours suivants, le maître reprenait les questions et les difficultés dans son école ; il groupait les sujets souvent fort disparates dans le meilleur ordre possible, et résolvait définitivement les difficultés. Cet acte scolaire final s'appelait déterminer, ou détermination. Les écrits nombreux qui nous sont restés depuis la seconde moitié du

eius Fr, Gerardus, prior Florentinus. C. Douais, Acia Capitulorum provincialium Ordinis Fratrunt Praedicatoriitn, p. 625.

' Echard a établi très clairement que saint Thomas a fait un second séjour à Paris comme professeur ; il pense qu'il est venu en 1269 et est reparti pour l'Italie en 1271, mais il n'a pu préciser ni le début ni la fin exacte de son enseignement. Sript. Ord. Praed., I, pp. 280-81. Denifie déclare que Thomas a passé deux années à Paris, entre sa seconde venue d'Italie et son nouveau départ {Chart. Univ. Paris., I, p. 505), mais il ne cherche pas à déterminer les points extrêmes. Nous verrons que Thomas y a passé au moins trois années complètes.

» Denifie, Archiv, III, p. 320.

xiiie siècle SOUS le nom de quodlibeta ne sont pas autre chose que ces déterminations ultimes, résultat des disputes extraordinaires dites quodlibétiques '.

Les questions quodlibétiques ou Quodlibeta de saint Thomas d'Aquin sont au nombre de douze dans ses œuvres imprimées *; mais les manuscrits ainsi que les indications des anciens catalogues en désignent onze seulement, un des quodlibets primitifs ayant été divisé plus tard en deux ^ Or, Nicolas Trivet nous apprend que les six premiers ont été composés à Paris et les cinq derniers en Italie *. En outre, deux quodlibets portent une date précise dans certains manuscrits. Le troisième a été tenu à Paris, aux approches de Pâques 1270, et le cinquième, à Paris encore, avant les fêtes de Noël 1271 ^ Puisque ces disputes extraordinaires avaient lieu à Pâques et à Noël, le second doit être de Noël 1269, et le premier, de Pâques de la même année. D est vrai que le même maître ne soutenait pas nécessairement deux disputes quodlibétiques chaque année scolaire ; nous savons, par exemple, que les célèbres quodlibets de Henri de Gand ont été prononcés d'ordinaire un chaque année ' ; le quodlibet quatrième de saint Thomas laisse lui-même un vide à Noël 1270 ou à Pâques 1271, selon qu'on le place à l'une ou à l'autre de ces deux dates ; mais nous savons néanmoins que le premier quodlibet tombe, au plus tard, au temps de Pâques, en 1269, car la question débattue au Chapitre général des Dominicains, au

• On ne trouve pas d'étude un peu précise sur cette question des quodlibeta. Les auteart qui en ont parlé accidentellement (Du Cange, Glossarium^ au mot Quodlibet

B. de Rubeis, De gestis et scriptis S. Thomae Aquinatis, Dissert. XI, cap. IV, p. 144

C. Thurot, De Porganisation de l'enseignement dans FUniversité de Paris, p. 87 M . De Wu 1 f , Histoire de la philosophie dans les Pays-Bas, p. 61) l'ont fait inexactement ou tntuffisaninient Nous nous contentons de donner ici le minimum de renseignements Décetsaires puisés à de bonnes sources, sans développer l'appareil critique rigoureusemeat requis par certaines de nos affirmations. Nous devrons procéder de même en phirieur» endroits pour ne pas ouvrir des parenthèses historiques trop longues ou trop

DOBIPWIMO.

• (^era omnia, éd. E. Fret té, Paris, Vives, 1889, t. XV. C'est l'édition que nous citerons ordinairement.

• Echard, Script. Ort. Praed.,l^p.200\ Denifle-Chatelain, Inventarium codiciim manuMcriptorum capHuti Dertitsensùs, dans Revue des Bibliothèques, VI, (1896), p. 3.

• B. de Rubeis, De geêti* tt êcriptis S. Thotnae^Disscrt XI, cap. IV, p. 143; Revue ThomitU, XVII (1909), p. 177. no 8.

• Denifle, Archiv, III, 320. La citation de Fretté, Opéra omnia, XV, p. 482, n. a., iadiqoe à tort l'année 1270 au lieu de 1271 ; le ms. de Tortose porte au cinquième qoodUbet : Istud quolib«t dcterminavit Fr. Thomas de Aquino, Ord. Frat. Pred., Parisius aaao Domini M» CCLXXI circa festum Natalis Domini. Denifle-Chatelain, Inventa- WwM, p. & Le ms. d'Erlangen, n» 888, contient la môme formule^ ainsi que celui de DOle, n*8l«f.896«.

• Ebrle,>lfvA^', 1,886.

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