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CHAPITRE IV — SIGER DE BRADANT ET THOMAS D'AQUIN

mois de mai de la même année, y est posée d'une façon formelle \ Or, les quodlibets étaient essentiellement des discussions de circonstance, les questions du jour, telles qu'elles étaient agitées dans le monde scolaire, et il est peu douteux que le premier quodlibet de saint Thomas ait été tenu, sinon plus tôt, aux approches de Pâques 1269 (24 mars). Mais cet exercice étant l'acte solennel qui couronnait une partie de l'année scolaire, on est autorisé à croire que son auteur avait repris l'enseignement soit au début de l'année scolaire, c'est-à-dire à l'automne de 1268, soit un peu plus tard, en tout cas avant Pâques 1 269 *.

On pourrait objecter, il est vrai, que la première dispute quodlibétique de Thomas d'Aquin, à Paris, peut avoir été tenue non à Pâques, à raison de la reprise antérieure de l'enseignement du maître, mais au mois de mai, à l'occasion du Chapitre général. Ces sortes de joutes scolaires devaient y devenir classiques plus tard. Nous voyons déjà le célèbre Gilles de Rome organiser une dispute quodlibétique, en 1295, à l'occasion du Chapitre général des Augustins tenu à Sienne l Nous ne croyons pas cependant être en présence d'un cas semblable en 1269. Il n'y a, à notre connaissance, aucune trace d'un fait de cette nature coïncidant avec la tenue des Chapitres généraux dominicains à cette époque. D'autre part, les disputes quodlibétiques, d'origine récente et essentiellement scolaire, ne sont peutêtre pas encore sorties des exercices officiels universitaires. Enfin, un texte formel de Galvagni de la Flamma résout positivement la question, si ce chroniqueur ne s'est pas mépris. Faisant allusion à la question traitée dans le premier quodlibet et signalée plus haut, il dit, sous la date de 1268, que Frère Thomas a déterminé ces questions à Paris. Or, en supposant que l'auteur suive l'ancien style, le quodlibet tenu avant Pâques de 1269 doit être indiqué comme étant de 1268, ce qui ne pourrait avoir lieu au cas où il aurait été tenu au mois de mai 1269. Mais il est encore possible que Galvagni emploie le nouveau style, et dès lors le premier quodlibet serait de Noël 1268, saint Thomas ayant, dans cette hypothèse, commencé ses leçons avec la nouvelle année scolaire *.

» Quaestio VIII, p. 372.

* Si saint Thomas n'a pas prononcé de quodlibet à Noël de 1268, on pourrait présumer qu'il n'a pas commencé l'année scolaire. Il n'y a là cependant qu'un indice incertain. Car si l'on considère que les maîtres commençaient d'ordinaire leur enseignement avec l'année scolaire et qu'ils ne tenaient pas rigoureusement une dispute quodlibétique à Noël et à Pâques, il ne serait pas improbable que saint Thomas eût repris ses leçons à Paris à l'automne de 1268.

' Chart. Univ. Paris.^ II, p. 64, note.

* In 1268... frater Thomas Parisius quasdam quaestiones circa accusationes faciendas

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L'ensemble des données positives va donc à établir que saint Thomas d'Aquin a repris son enseignement professoral à l'Université de Paris probablement dès l'automne de 1268, et certainement avant Pâques de 1269, et que c'est à ce titre qu'il a ouvert sa première dispute quodlibétique, sinon à Noël, du moins aux approches de Pâques de cette même année scolaire.

Quels motifs pouvaient ramener à Paris le célèbre maître qui s'en était éloigné neuf ans plus tôt ? Il n'était pas d'usage que les Dominicains pourvussent leurs écoles théologiques de Paris de maîtres qui y avaient déjà enseigné. L'Ordre ne reconnaissant d'autre titre de maître en théologie que celui conquis dans l'enseignement parisien, il avait à cœur de multiplier ces maîtres auxquels il confiait ensuite la direction des écoles principales de l'Ordre dans les diverses provinces de l'Europe \ Le fait d'un maître dominicain remontant dans une chaire de l'Université de Paris après l'avoir quittée est presque unique ^, au xiii^ siècle, et a dû être motivé par des circonstances exceptionnelles. Le choix de Thomas d'Aquin, c'est-à-dire

determinavit. Chronica Ord. Praed. ab anno il'jo tisque ad i^^^, dans Monunienta Ord. Fratr. Historica, t. II, p. 100. Galvagni, ou sa source, doit vraisemblablement tenir son renseignement de la date portée par le premier quodlibet, à la façon des dates qui subsistent encore pour le Ill^e et le ¥">«. Toutefois, comme la date du \\l^^ n'est pas d'ancien style, ni les dates des quodlibets, presque contemporains, de Henri de Gand, il faudrait y voir dans ce cas l'indication que le premier quodlibet de saint Thomas est effectivement de Noël 1268, et cela nous ramènerait à l'idée que le maître avait repris possession de sa chaire au commencement de l'année scolaire 1268-69. On pourrait difficilement arguer que Galvagni fait allusion à la question De Secreio agitée devant le Chapitre et non au quodlibet de saint Thomas, parce que le prologue de cet écrit porte la date de 1269 et est indiqué comme ayant été débattu au Chapitre de Paris. Or, Galvagni place son indication après le Chapitre général de Viterbe de 1268, et avant celui de Paris de l'année suivante.

' Denifle, Archiv, II, p. 166 sq. ; Masetti, Monumenta et antiquitates, I, p. 142.

' Le seul exemple qui existe, à notre connaissance, est celui de Guillaume de Hotham. Ce religieux anglais enseignait déjà à Paris en 1280, ainsi qu'en fait foi sa dispute quodlibétique tenue vers Nofil de cette mCme année. On lit en effet dans le ms. Istin 1M06, de la Bibl. Nation, de Paris : Expliciunt questiones de quodlibet disputate a fratre Wuil, de Hozun, die lune proxima post festum B. Nicolai, videlicet in crastino Concepcionii B. Mariae Virginia, anno gratie 1280. Hauréau, Hist. de la philos, sco/ast., Tf^ Psrt., II.p. 121. Ce renseignement est d'ailleurs confirmé par les indications de Bernard Guidonts qui place ce maître vers la même date. Deni{\c,ArchivJ. Litt.-u. Ktrcheti^esch., lit p. 200. Guillaume de Hotham, devenu provincial d'Angleterre, fut déchargé de son office par le Chapitre général de Bordeaux, en 1287, pour Ctre renvoyé à Paris et y enseigner : Absolvimus priorcm pruvincialem Anglie G. de Odone et assignamus eum conventui Parîsiensi ad legendum. Acta Capitulorum gettcralitwij éd. Reichcrt, I, p. 242.

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