ACTIVITÉ LITTÉRAIRE
DE
La composition du De Anima iniellectiva de Siger de Brabant coïncide, selon toutes les probabilités, avec l'année 1270. Ce traité est l'œuvre capitale du maître brabançon, du moins dans l'inventaire actuel des écrits sortis de sa plume. Nous cro3'ons donc qu'il est à propos d'aborder immédiatement la question de l'activité littéraire de Siger, car il sera nécessaire de traiter de ses doctrines avant de poursuivre l'étude des événements qui remplissent la suite de sa carrière. Ce que nous savons, en effet, de l'infortuné averroïste est commandé par la question même de ses doctrines, puisque c'est la hardiesse de ses idées qui a en partie occasionné les troubles de l'Université de Paris, de 1270 à 1277, amené la condamnation de son enseignement, et enfin l'incarcération à perpétuité de sa personne.
La connaissance des écrits de Siger de Brabant peut seule permettre d'établir avec sécurité quelques jugements généraux sur la physionomie du célèbre maître de la rue de Fouare, et d'éclairer les grands événements qui constituent sa carrière. C. CipoUa a réclamé avec raison la publication des écrits de Siger \ et c'est dans la même pensée et pour le même motif que
' Giornale storico délia letteralura italiaua, VIII, p. 110 : Non si puô veramente giudicare del valore di Sigieri, prima che i suoi scritti siano tutti alla luce. Voy. aussi XXXIII, p. 149.
114 SIGER DE BRABANT — Ire PARTIE
divers auteurs, en traitant de ce personnage, ont tenté successivement d'accroître les maigres extraits tirés de ses œuvres. Ces efforts ont abouti finalement à la publication intégrale des Impossibilia dont nous parlerons tout à l'heure. Malheureusement, cet écrit a été entendu à contre-sens par ceux qui s'en sont spécialement occupés, et il est parmi les œuvres de Siger une des moins significatives pour établir la position générale prise en philosophie par leur auteur.
Convaincu nous-même qu'il était avant tout nécessaire de signaler les points caractéristiques des doctrines de Siger, nous avions songé d'abord à tirer de ses écrits les données les plus topiques pour ce dessein \ Mais nous n'avons pas tardé à nous rendre compte que l'étude attentive de ces questions abstruses dans des manuscrits médiévaux exigeait presque autant de peines et de soins que leur publication intégrale, sans présenter cependant les mêmes avantages. Après nous être arrêté quelque temps à la pensée d'éditer la pièce principale, De Anima intellectiva, nous avons fini par nous résoudre à publier toutes les élucubrations connues de Siger. Nous fournirons ainsi une contribution plus étendue à l'histoire si mal explorée de l'averroïsme latin du xiii^ siècle '.
Il n'est pas possible de présenter les écrits de Siger de Brabant selon leur ordre chronologique. A une ou deux exceptions près, on ne saurait assigner une date précise à leur composition. Nous avons établi que l'œuvre principale, De Anima intellectiva, est de 1270. Il se peut aussi que la question De Aeternitate Mundi soit du même temps, car la doctrine qu'elle contient fut agitée et condamnée la même année ^ Pareillement, dans les Quaestiones naturales Siger renvoie aux Propositions de Proclus *. Or VElementatio theologica de Proclus, désignée ici par Siger, a été traduite par Guillaume de Moerbeke, qui a achevé son œuvre, à Viterbe, le 18 mai 1268 •. Les Quaestiones naturales sont donc postérieures â cette date '.
• C'est alors que nous avons commencé à publier quelques articles dans la Revue Thomiste (III, p. 704-718; IV, p. 18-35, p. 639-710; V, p. 95-110), en vue d'aboutir à cette étude. Nous n'étions pas encore entré dans le sujet lui-môme, lorsque nous nous sommes résolu i la publication des écrits de Si^er de Brabant. Nous avons alors suspendu la suite de ce travail à cause de l'impossibilité de placer dans une revue la documentation étendue qu'on trouvera ici dans la 1I« Partie.
• On trouvera dans l'Introduction à la Il« Partie de ce travail l'énumération des textes que nous éditons pour la première ou la seconde fois (pp. II-V),
• Voyex p. 1 12.
• !!• Partie, p. 108.
• Bardenhewer, Dit pieudo-aristuf^/tschr .Schrijt Uiber dus reine Gute, p. 272.
• La traduction de Moerbeke étant inédite, nous ignorons si Sijçer cite effectivement Proclus, ou s'il s'inspire seulement de Thomus d'Aquin dans son commentaire De Causia (Lect. XXVIII), qui le premi«T parmi 1rs lafiiis a utilisé l'œuvre de Proclus.