‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 64 sur 208 · CHAPITRE VI — ACTIVITÉ LITTÉRAIRE DE SIGER DE BRADANT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI — ACTIVITÉ LITTÉRAIRE DE SIGER DE BRADANT

qu'on doit dire de la question proposée, si, hypothétiquement, l'on admet qu'il puisse n'y avoir pas des hommes \ Mais ces solutions n'ont qu'un intérêt fort secondaire pour le but que nous poursuivons dans cette étude.

Les Impossibilia sont le troisième traité de Siger se rapportant à la logique ^ Ce sont des exercices de sophistique, tels qu'ils étaient alors et depuis longtemps en usage dans les écoles d'arts libéraux, à Paris. Ces sortes de compositions sont des applications pratiques de l'enseignement d'Aristote dans son traité De sophisticis Elenchis^ c'est-à-dire, sur les fausses démonstrations ^.

Rien n'est curieux comme l'histoire de la publication de cet écrit de Siger de Brabant, le seul par lequel on a cherché à connaître ce maître avant la publication que nous faisons de ses autres ouvrages.

Le titre en apparence bizarre des Impossibilia^ a fait croire vraisemblablement aux historiens de Siger, qu'on était en présence de ses doctrines les plus originales et les plus hardies ; et c'est ce qui a valu à cet écrit de voir finalement le jour après que plusieurs ouvriers y ont mis successivement la main.

Le Clerc avait le premier signalé l'existence des Impossibilia qu'il avait attribués à Siger de Brabant d'après l'indication du titre *, non sans se scandaliser toutefois un peu de ce qu'il appelait « ces tristes jeux des écoles de Paris » ^.

' Ile Partie, p. 69-70.

* II» Partie, pp. 71-94. Description du ms., p. XII et suiv.

' A. Niglis {Siger von Courtrai. Beitrdge zu seiner Wurdigung, Freiburg i. Br. 1903, p. 66-67) me cherche ici une chicane dont je ne saisis pas la raison, à moins que ce ne soit pour grossir un peu sa petite dissertation doctorale. Je le soupçonne lui-même de ne pas bien savoir ce qu'il veut. Faute de mieux, voici son observation : Mand. Ubersetzt sophismata gelegentlich mit « des exercices pratiques de sophistique ;>. Der BegrifF der Sophistik ist streng zu eliminieren. C'est sans doute pour cela que Niglis a écrit à la page précédente (p. 66) : Sophisma ist historisch nicht zu trennen von Sophistik. Je n'ai pas traduit sophismata par « des exercices pratiques de sophistique » ; j'ai écrit que le traité qui porte en titre Impossibilia, est constitué par « des exercices pratiques de sophistique »; ou en d'autres termes, comme je le dis trois lignes plus loin: « Ces sortes de compositions sont des applications pratiques de l'enseignement d'Aristote dans son traité De sophisticis £/encAîs, c'est-à-dire, sur les fausses démonstrations »; et je ne vois pas que Niglis, ou celui qui lui a inspiré ses réflexions saugrenues, ait trouvé une autre définition que la mienne (juand il écrit : Wie die Beispiele zeigen, enthalten solche Sophismen stets ein Problem und verfolgen den Zweck, an konkreten Beispielen theoretische Erôrterungen aus irgend einem Wissenszweig praktisch einzuUben (p. 67).

* L'écrit n'a pas de titre, mais la table du ms. le désigne ainsi : Item impossibilia sygeri de brabancia.

* Histoire littéraire de la France^ t. XXI, p. 121.

En 1878, Potvin, dans sa monographie de Siger, commença à publier quelques fragments des Impossibilia^ convaincu d'ailleurs que l'écrit était effectivement de Siger \

Hauréau, en 1892, ayant à décrire le manuscrit qui, parmi un grand nombre d'autres pièces, contient les Impossibilia, reproduisit d'importants fragments de cette composition ^ Il crut alors s'apercevoir que l'ouvrage attribué à Siger de Brabant ne lui appartenait pas ; que les Impossibilia étaient simplement « une réfutation de quelques thèses attribuées à ce docteur »^ Cette idée parut si évidente à Hauréau qu'il ne songea pas même à en donner la moindre justification, oubliant qu'un semblable principe devrait faire attribuer à deux auteurs différents toutes les œuvres philosophiques et théologiques de la seconde moitié du xiii^ siècle, puisqu'elles sont invariablement constituées de la même façon *. Quant à l'auteur de la réfutation, Hauréau le déclare inconnu, et place la composition de son œuvre après 1283. Pour arriver à ce dernier résultat, il raisonne ainsi : « Nous trouvons cité dans le quatrième chapitre (c'est-à-dire dans le quatrième sophisme des Impossibilia)^ outre Thomas d'Aquin, Albert de Cologne, mort en 1280. Or, il n'était pas habituel, au moyen âge, de faire intervenir dans un débat, en le désignant par son nom, un maître encore vivant»*. Cette observation est juste, mais elle n'a qu'une valeur relative. Albert et Thomas sont justement les deux maîtres qui ont fait, sinon seuls, du moins plus que personne, exception de cet usage. Nous avons déjà entendu, au cours de cette étude, Roger Bacon déclarer, en 1267, qu'à Paris, on allègue dans les écoles l'autorité d'Albert au même titre que celle d'Aristote, d'Avicenne et d'Averroès ® ; et, enfin, Siger de Brabant nomme dans ses écrits, et eux seuls, Albert de Cologne et Thomas d'Aquin ^ Siger nous laisse du reste entendre la raison de cette exception quand il qualifie

• Bulletins de l'Académie royale des sciences de Belfrique, 1878, p. 849-54. Potvin a publié le premier Impossible à peu près en entier (H9-52i, une partie du second, sans la réfutation (953-51) et une dizaine de lignes du commencement du cinquième (S54).

• Notices et extraits de quelques manuscrits latins de la Bibliothèque Nationale, t V, Paris, 1892. Hauréau a publié intégralement le second sophisme (pp. 89-92) et le cinquième (pp. 92-98).

• Notices et extraits, V, p. 88.

• Cette méthode doit, sinon son origine, du moins sa constitution définitive et sa diffusion à Pierre Abélard. Robert G. Les écoles et renseignement de la théologie Pendant la première moitié du Xlh siècle, Paris, 1909, pp. 108-178; Grabmann M. Diê Geschichte der êcholastitchen Méthode, Preiburg i. Br., t. I (1909), p. 2B4 et suiv.

• II» Purt'te. Vov. rindi'X. p. 19.'! aux mots Albertus et Thomas, «-t I»" l^,irti«', p. 4(\^ n. 5.

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