‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 65 sur 208 · CHAPITRE VI — ACTIVITÉ LITTÉRAIRE DE SIGER DE BRABANT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI — ACTIVITÉ LITTÉRAIRE DE SIGER DE BRABANT

ces deux maîtres de sommités philosophiques : Pyaecipiii vin in philosophiuy Albertus et Thomas ^ Ainsi l'observation que l'on croyait pouvoir retourner contre l'authenticité et la date des Impossibilia^ n'est en réalité qu'un argument en leur faveur.

La question en était à ce point lorsque Cl. Baeumker entreprit la publication intégrale des Impossibilia ^. Le résultat des recherches du professeur de Breslau, semble l'avoir laissé assez perplexe. Il déclare avoir renoncé à donner un tableau complet des caractéristiques de Siger, ce qui nécessiterait une publication de ses divers écrits. Il s'est rejeté sur les Impossibilia^ parce que la plupart des discussions récentes relatives à Siger se rattachent chez les historiens de la littérature et de la philosophie, ainsi que chez les dantologues, à ce traité. Baeumker est resté toutefois fort incertain en présence des résultats fournis par l'étude des Impossibilia. Afin d'apporter un supplément de lumière à la question, il a, sur les diverses données que l'on possédait déjà, établi une biographie de Siger, ou plutôt une suite de discussions sur les problèmes qui le concernent, en suivant l'ordre chronologique de leur apparition dans le domaine de la critique historique ^

La publication de Baeumker est faite avec beaucoup de soin et de conscience. Malheureusement, l'auteur n'a pas donné à son étude une base suffisante en prenant les seuls Impossibilia comme point de départ ; et, ce qui est plus grave encore, il s'est laissé entraîner par Hauréau à comprendre cet écrit à contre-sens, de sorte que son travail est en grande partie perdu. Baeumker, en effet, a accepté cette théorie qui consiste à regarder les énoncés des sophismes des Impossibilia ainsi que leurs preuves comme représentant les idées philosophiques de Siger, tandis que leurs réfutations seraient l'œuvre d'un adversaire *. On peut pressentir les conséquences d'une semblable inversion qui conduit à attribuer à un auteur les thèses contradictoires des siennes. Quelle idée d'ailleurs doit-on se faire d'un philosophe du xin^ siècle qui aurait soutenu sans sourciller que Dieu n'existe pas, que la guerre de Troie dure encore, et que le principe de contradiction est faux ? Il serait superflu de nous arrêter à relever les résultats qui sont issus d'une pareille méprise ^ Une seule question nous importe

' Ile Partie, p. 152.

* Die Impossibilia des Siger von Brabant, eine philosophische Streitschrift aus dem XIII Jahrhundert. Munster, 1898.

» L. c, Vorrede, p. V-VIII.

* Baeumker, Die Impossibilia, p. 190.

* Die Impossibilia, pp. 189-194.

ici, établir la nature des Impossibilia, et en restituer la paternité entière à leur véritable auteur, Siger de Brabant.

Lorsque, avant le milieu du xii^ siècle, les livres encore inconnus de la logique d'Aristote firent leur entrée dans les écoles latines d'arts libéraux ^ ils déterminèrent une sorte de révolution pédagogique. Jean de Salisbury nous a laissé dans ses écrits la preuve de cette transformation contre laquelle il lutta vivement, et qui fut comme le second assaut de la culture dialectique contre la culture humaniste du temps *. Les quatre derniers livres de l'Organon apportaient un aliment nouveau à l'ardeur dialecticienne qui s'était emparée des écoles depuis Pierre Abélard ; et il semble que le traité des Sophismes ait joué un rôle très marqué, sinon dans la direction des idées, du moins dans les préoccupations et les exercices des écoles '. Le personnage mi-odieux et mi-ridicule que Jean de Salisbury nous a peint, sous un nom emprunté à l'antiquité classique *, Cornificius, et qui n'est autre, croyons-nous, que le poète Gualon ^ ce personnage est certainement le type du dialecticien du milieu du siècle, tel que l'exercice abusif de la sophistique était capable de le produire.

Le poète Serlon, aux dernières années du xii^ siècle, a aussi laissé une

' Voy. p. 9 et suiv.

* Voy. sur la position prise par Jean de Salisbury, H. Reuter, Johannes von Salishury, Berlin, 1842, p. 9 et suiv.

•Johannes Saresberiensis, Metalogicus, Prolog, et lib. I, cap. I-IX et passim. Pair, lat., éd. Migne, t. CXCIX, col. 823 et suiv.

* C. Schaarschmidt, Johannes Saresberiensis nach Leben tmd Studien, Schriften und Philosophie, Leipzig, 1862, p. 212.

* On n'est pas encore parvenu à identifier Cornificius avec un nom historique. Prantl {Gesch. d. Logik, II, 230) a cru voir Cornificius en un certain Réginald, dont il est fait mention dans une poésie satirique attribuée à Walter Mapes, et dans laquelle on lit : Reg^naldus monachus clamose contendit — Et obliquis singulos verbis comprehendit, — Ho« et hos redarguit, nec in se descendit, — Qui nostrum Porphyrium laqueo suspendit. Th. Wright, The latin poems commonly attributed to Walter Mapes, London, 1841, p. 28. Hauréau a admis la possibilité de cette identification, mais ne l'a pas regardée comme positivement établie. Mémoire ittr quelques maîtres du Xlle siècle, Extrait des Mémoires de l'Acad. de» Inscript, et Belles-Lettres, t. XXVIII, II» partie, p 13. Un personnage inconnu comme Kéginald, ne peut pas être Cornificius, dont l'enseignement entraîna la multitude de disciples dont parle Jean de Salisbury : Opinioni reluctor, quae multos perdidit, eo quod populum, qui sibi credat, habet ; et licet antiquo novus Cornificius tneptior sit, ei tamen turba insipientium acquiescit. Métal., lib. I, cap II, col. 828. Nous croyons que Cornificius est clairement désigné par ces paroles de Wibald écrites à Manégold en 1140 : Argutias et sophisticas conclusiunculas, quas gualidicas, a quodam Gualone vocant, nec cxercebis superbe, nec contemnes penitus. Haec hujusmodi sunt : Quod non perdidisti habes, cornua autem non perdidisti, cornua ergo habes. Item. Mus syllaba est, •ylUba autem caseum non rodit, ergo mus caseum non rodit. Martine et Durand, Vtttr. Srrtfff Anifiliin Cnlhrt \. II, coI. 887. On peut rapprocher de ces questions celles

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