‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 66 sur 208 · CHAPITRE VI — ACTIVITÉ LITTÉRAIRE DE SIGER DE BRABANT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI — ACTIVITÉ LITTÉRAIRE DE SIGER DE BRABANT

réputation de sophiste dont devait s'emparer la légende, et nous le retrouverons à la fin de cette étude.

Enfin, Etienne de Tournai, vers le même temps, écrivait au pape pour dénoncer l'état déplorable, selon lui, des écoles de Paris. Les maîtres y prennent avec leurs sophismes les mouches des vaines paroles comme des toiles d'araignées ^

La sophistique continua d'être en honneur à Paris, pendant le xiiF siècle. Les statuts élaborés par les artistes de la nation anglaise, en 1252, témoignent de la place importante qu'elle occupait dans les exercices scolaires ^ ; et nous avons entendu Albert le Grand faire allusion à ce fait, quand il déclarait, en 1270, que les maîtres parisiens n'étaient pas des philosophes, mais des sophistes ^. Les écrits de sophistique qui nous sont restés des maîtres célèbres de ce temps, de Siger de Brabant, de Boèce de Dacie, de Pierre d'Auvergne et d'autres, sont enfin, plus que le reste, la preuve manifeste du rôle joué par les exercices sur cette matière dans les écoles d'arts de Paris *.

qui étaient posées dans l'école de Cornificius : Insolubilis in illa philosophantium schola tune temporis questio habebatur, an porcus, qui ad Venalitium agitur, ab homine, an a funiculo teneatur. Item, an capucium emerit qui cappam integram comparavit. Metalog., lib. I, cap. III, col. 829. Le Metalogicus a été achevé en 1159 (Schaarschmidt, /oA. SaresberiensiSf p. 211), pour répondre aux attaques de Cornificius (Prolog, du Metalog.), A ce moment, Cornificius est qualifié de senex insulsus (Métal., lib. I, cap. III, ad finem), et son école a été dispersée (.lib. I, cap. IV). L'année 1149, quand écrit Wibald, correspond donc au faîte de sa célébrité. La manière dont Wibald parle de Gualon, montre qu'il ne faut pas prendre à la lettre les accusations de son adversaire. Sur Gualon, voy. Hist. litt. de la France, XI, p. 419 et suiv. ; Rerum Britannicarum ntedii aevi Scriptores, t. LIX, London, 1872, p. 201; Hauréau, Notices et extraits de quelques tnanuscrits latins, t. V, p. 228 et suiv. Robert, Les écoles et l'enseignement de la théologie, p. 60, tend à se rallier à l'opinion de Prantl. Je ne tiens pas mon identification pour absolument sûre ; mais je la crois plus fondée que l'autre. En tout cas, Reginaldus monachus ne désigne pas un moine. Reginald s'appelle le Moine, comme son contemporain Richard s'appelle l'Evêque. Les moines n'étaient pas professeurs de dialectique, et nous savons que Cornificius était clerc, puisqu'il renonça à la cléricature. Métal., 1. I, c. LV, col. 831. En outre, quand Jean de Salisbury dit de son héros : religionem extrinsecam induit paterfamilias {Métal., 1. I, c. V, col. 853), il fait allusion, par une équivoque maligne, à l'état embrassé par Cornificius, quand il laissa son école ; il veut dire qu'il se fit chanoine régulier. Dans cette hypothèse seulement on comprend que Salisbury parle de Cornificius comme s'il enseignait encore, bien que son ancienne école n'existe plus.

' Muscas inanium verbulorum sophismatibus suis tanquam aranearum tendiculis includunt. Chart. Univ. Paris., I, p. 48.

' Item det [Bacchellarius] fidem quod per duos annos diligenter disputaciones magistrorum in studio solempni frequentaverit et per idem tempus de sophismatibus in scholis requisitus responderit. Chart. Univ. Paris., I, p. 228.

3 Ile Partie, p. 35.

* Outre les Impossibilia de Siger de Brabant, dont nous nous occupons ici, on doit

124 SIGER DE BRABANT — l'e PARTIE

Les Impossibilia de Siger de Brabant ne sont autre chose qu'une série de sophismes proposés et résolus par le maître dans une dispute publique. On a peine à concevoir comment on a pu y voir autre chose. L'interprétation donnée à ces exercices de sophistique par Hauréau et Baeumker ne repose sur aucune base solide. La principale raison alléguée, nous l'avons dit déjà, c'est que les noms d'Albert le Grand et de Thomas d'Aquin étant cités dans les solutions, celles-ci n'avaient pu être composées du vivant de ces maîtres. Mais nous l'avons vu, on citait couramment Albert et Thomas avant leur mort, et Siger nous en donne lui-même plusieurs exemples ^ Dès lors, l'objection qui tendait à déposséder Siger devient une preuve positive en faveur de notre thèse.

Pareillement, les quelques mots d'introduction qui précèdent les Impossibilia semblent avoir incliné les auteurs cités à voir dans cet écrit une œuvre de polémique. Il débute, en effet, de cette façon : Convocatis sapientibus studii Parisiensis proposuit sophista quidam impossibilia multa probare et defendere, quorum primum fuit Deum non essel Baeumker s'est demandé

signaler les Sophismata indiqués par le Chart. Univ. Paris., II, p. 65, et contenus dans un fragment de ms. des archives du Vatican. Les éditeurs du Chartulariiim mentionnent le sophisme de Pierre d'Auvergne, Omnis fenix est, plusieurs autres de Pierre de Sancto Amore, et un de Siger de Brabant, Omnis homo de necessitate est animal.

Le ms. de la Laurentienne de Florence, 3. Sin. XII, contient une série de neuf traités sur l'ensemble de la logique, qui paraissent être tous de Pierre d'Auvergne. Ils sont suivis d'un recueil de sophismes dont nous indiquons les auteurs et l'incipit :

I. Boecius de Dacia : Omnis homo de necessttate est animal. On observera que c'est le même sophisme que celui qui est attribué à Siger de Brabant dans le ms. Archiv. Vat, mais la solution est peut-être diverse.

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