X. Anonyme: Albus pednn est aliam
XI. Nicholaus de Normandia: Albus musicus est. XIL Petrus de Alvernia: Omnis homo est omnis homo.
Xin. Magister Petrus: Omnis homo est. Il s'agit vraisemblablement de Pierre d'Auvergne ou de Pierre de Saint-Amour mentionné dans les Sophismata du ms. Archiv. Vatic.
On trouve de semblables collections de sophismes dans les mss. latins de la Bibl, Nat. de Paris : 16184, 16ir>&, 16180 (fol. lUv), 1(3401 (fol. 178), etc.
' II* Partie, Index, aux mot» Albertus et Thomas, p. 103.
» Loc. cit., p. 78,
CriAPITRE VI — ACTIVITÉ LITTÉRAIRE DE SIGER DE BRABANT 12$
si nous sommes en présence d'une dispute véritable, ou d'une simple fiction littéraire, et il penche pour la seconde hypothèse, en rapprochant le petit prologue des Impossibilia de l'écrit de Raymond Lulle contre les Averroïstes \ Mais ici, il n'y a pas de parité possible. La fiction littéraire est manifeste chez Raymond Lulle ^ tandis qu'il n'y a rien de semblable dans l'annonce des Impossibilia. En réalité, rien n'est plus simple à entendre que ces quelques mots de prologue contre lesquels la critique est venue se buter. Les Impossibilia^ dans la forme où nous les avons, ne sont manifestement pas autre chose qu'une reportatio, c'est-à-dire une sténographie d'un des auditeurs de Siger. Le scribe a fait précéder son compte-rendu de quelques mots destinés à indiquer les circonstances dans lesquelles il a été fait ^
Par contre, des arguments insolubles obligent à voir dans les Impossibilia des exercices de sophistique dont Siger seul est l'auteur.
Le titre d'abord dî' Impossibilia Sygeri de Brabantia, témoigne que nous sommes en présence d'une oeuvre de Siger, et non d'une réfutation de ses théories. S'il en était autrement, le titre devrait être, sous peine de contre-sens, Contra Impossibilia Sygeri, ce qui n'est pas. Comprend-on, en outre, que l'on ait désigné Siger si on le réfute seulement, sans faire mention de l'auteur du traité lui-même ?
Mais si nous passons à l'examen du contenu du document, nous touchons à des raisons plus significatives encore.
* Die Impossibilia, p. 47.
* Keicher O. Raymundus Lullus, MUnster, 1909, p. 95.
' Les reportations de leçons et de sermons sont très fréquentes au moyen âge, et elles étaient relativement faciles, étant donnée l'extrême abréviation de l'écriture latine. Ainsi le catalogue, plusieurs fois cité, des œuvres de saint Thomas d'Aquin, nous met en garde contre les écrits que le maître n'aurait pas composés lui-même : Si autem alia [opéra] sibi ascribantur, non ipse scripsit et notavit, sed alii recollegerunt post eum legentem vel praedicantem. Il cite ensuite plusieurs écrits recueillis par des auditeurs de Thomas. Revue Thomiste, XVII {I909i, p. 159. Le collecteur des Impossibilia, faisant parler quelquefois Siger à la troisième personne, témoigne que son travail est une reportatio. Voyez spécia* lement les Impossibilia^ à l'énoncé de chaque sophisme. La question De aeternitate Mundi de Siger de Brabant, telle qu'elle se trouve dans le ms. Paris, Nat. lat. 10222 et que nous avons reproduite dans notre première édition, débute de façon à indiquer qu'elle est une reportation : Proponit [magister], etc., loc. cit. Appendices, p. 71. — Ainsi donc, l'écrit qui porte en titre Impossibilia n'est autre chose qu'une sténographie d'une dispute publique solennelle d'un maître ès-arts, ainsi que le début du document en témoigne. Cette dispute a été un exercice scolaire de la faculté des arts, comme les Quaestiones dispu* tatae de saint Thomas le sont dans la faculté de théologie. Et c'est pour cela que j'ai dit plus haut (p. 119) que c'étaient des exercices pratiques de sophistique, le sujet se rappor* tant au traité des Sophismes d'Aristote, lequel était un des livres de texte que commentaient les maîtres de la faculté des arts, à l'Université de Paris.
126 SIGER DE BRABANT - I^e PARTIE
Le sujet de chaque sophisme révèle au premier abord que nous sommes en présence de simples exercices scolaires. Si des doutes avaient pu naître à l'égard de quelques-uns, les autres ne permettaient pas de s'y méprendre; mais tous, en somme, étant donnée la philosophie du xiii^ siècle, sont des paralogismes manifestes. En voici d'ailleurs l'énumération : Dieu n'existe pas. — Ce qui nous apparaît n'est que simulacre et vain songe, si bien que nous ne sommes certains de l'existence de rien. — La guerre de Troie dure encore présentement. — Ce qui est pesant ne descendrait pas lors même que rien ne l'en empêcherait. — Parmi les actes humains, il n'en est pas de mauvais que l'on doive prohiber ou punir à cause de sa malice. — Une chose peut à la fois être et n'être pas, et les contradictoires peuvent être vraies l'une de l'autre ou d'une même chose ^ On voit que ces antithèses prises à travers tout le domaine de la philosophie péripatéticienne sont la négation de quelques-uns des principes les plus fondamentaux des théories d'Aristote. Dès lors, où trouverait-on un philosophe, au xiii« siècle, qui aurait pu les professer ? Le sophisme sur la guerre de Troie qui dure encore, n'aurait-il pas dû montrer à lui seul quelle était la nature des Impossibilia ?
Enfin, nous savons par les écrits de Siger de Brabant qu'il est uri aristotélicien averroïste, c'est-à-dire un aristotélicien rigide. Dans ce cas, les énoncés des sophismes représentent les antipodes de sa doctrine et de celle du péripatétisme en général, car ils sont la négation de quelques-unes des thèses fondamentales de cette philosophie, tels l'existence de Dieu, le fait de la gravité des corps et la valeur du principe de contradiction.
Il y a plus encore. La doctrine exposée dans les résolutions des sophismes coïncide rigoureusement avec celle des autres écrits de Siger et ne permet pas d'y voir l'œuvre d'un contradicteur. Nous en avons uni exemple catégorique dans la solution du quatrième sophisme, où Siger s'attaque nommément à Albert le Grand et à Thomas d'Aquin, comme dans d'autres de ses traités, et où il établit la même doctrine sur la gravité des corps que dans la seconde de ses Quaestiones nattirales *. Enfin, il n'est pas même impossible de trouver des traces d'averroïsme en quelques endroits des solutions des Impossibilités. Ainsi, dans la solution du premier sophisme, Siger pose comme conclusion qu'il est vrai que Dieu existe, que
» !!• Partie, p. 78 et tulv.
• Comparez II« Partie, Impottibilia^ p. 81 et aulv. (IV), avec Quaestiones naturales^ p. 104 et »uîv. Dan» le premier endroit, il conclut : Et ideo tenemua sententiam Commentstorit qvkoà grave mwettir a ae per accident (p. 85), et dans le second : bene dictum est qtlod gravia et Uvia per »$ moventur p*r accident (p. 100).