‹ Siger de Brabant et l'averroisme latin au XIIIe siècleChapitre 71 sur 208 · CHAPITRE VI — ACTIVITE LITTERAIRE DE SIGER DE BRABANT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI — ACTIVITE LITTERAIRE DE SIGER DE BRABANT

Siger était alors, nous le verrons, la personnalité la plus marquante. Il est donc fort vraisemblable que le jeune Godefroy ait vécu dans le voisinage très immédiat de son compatriote et confrère du chapitre de Saint Martin de Liège. Il serait même tout naturel que le chapitre ait imposé à son jeune bénéficiaire de prendre comme maître celui de leurs confrères qui illustrait alors leur corporation dans les écoles parisiennes.

L'origine du manuscrit qui contient le De necessitate et contingentia causariim^ rattache donc cette composition aux années pendant lesquelles fleurit l'averroïsme parisien, c'est-à-dire à la décade qui précède la condamnation de 1277.

Que les doctrines de cet écrit soient expressément averroïstes, c'est ce qu'il sera aisé de voir au chapitre suivant quand nous en exposerons les doctrines les plus caractéristiques. Il nous suffit présentement de montrer qu'une attribution de cette production à Siger de Brabant est assez fondée, quoique la démonstration ne puisse être péremptoire.

Ainsi, nous savons que les propositions condamnées de 1277 visent tout d'abord Siger de Brabant. Or, si nous prenons la première page du De necessitate et contingentia causarum^ nous y retrouvons la doctrine condamnée sur la causalité divine, en termes similaires ^ Les propositions,

au chapitre X. Il semblerait que Liège ait fourni un contingent tout spécial aux maîtres averroïstes de Paris.

^ De necessitate, etc. Propositions condamnées.

Causa prima totius esse est causa pri- Prop. 20. Quod Deum necesse est facere,

mae intelligentiae per se immediafa, neces- quiquid immédiate fit ab ipso. saria, et qua posita, simul et ponitur haec Prop. 34. Quod Deus est causa neces-

intelligentia, quae est causatum ejus pri- saria primae intelligentiae : qua posita mum... Unde [causa prima] est ejus [primae ponitur effectus et sunt simul duratione. intelligentiae] causa necessaria, qua posita, necessario ponitur iste effectus eius primus ; ita quod semper sit, est et fuit cum ipso... (p. 111). Simul erit cum eo secundum durationein (p. 112).

Causa prima non est causa praedicto- Prop. 28. Quod ab uno primo agente

rum [effectuum] nisi secundum quemdam non potest esse multitudo effectuum. ordinem, et non omnium immédiate, cum ah uno simplici non procédât nisi unuin immédiate, et non multa nisi quodam ordine (p. 112).

Causa prima est causa per se et neces- Prop. 64. Quod Deus est causa neces-

saria, non immediata, nec qua posita pona- saria motus corporum superiorum et contur effectus, cuiuslibet coniunctionis vel iunctionis et divisionis contingentis in stellis. divisionis contingentis in caelo (p. 112).

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il est vrai, n'en sont pas tirées de toutes pièces, mais elles en résument la doctrine, en empruntant les expressions prises, çà et là, dans l'exposé de l'auteur.

En outre, les thèses de ce traité qui ont leur équivalent dans les écrits certains de Siger, leur sont identiques ; et non seulement le fond, mais aussi la langue semble trahir, en ces endroits, une communauté d'auteur ^ Observons encore qu'ici l'auteur, comme Siger dans d'autres de ses traités, s'en prend, quoique sans le nommer, aux doctrines de Thomas d'Aquin ^

Quoi qu'il en soit de l'attribution à Siger de Brabant, le De necessitate et contingentia caiisarum^ est nettement averroïste ; il est, en outre, issu du milieu que dominait la pensée de Siger, si tant est qu'il ne soit pas le fruit de son enseignement, ou l'œuvre de sa plume.

Cette élucubration ne porte point de titre dans le manuscrit qui la renferme. Celui que nous lui avons imposé résulte clairement de son contenu. C'est un traité des causes en tant qu'elles sont susceptibles d'être nécessaires ou contingentes. Comme nous ne possédions rien ex professo sur ce sujet dans les autres écrits de Siger, ce traité comble une notable lacune et nous permet de voir, en particulier, la façon dont les averroïstes parisiens entendaient les rapports de dépendance du monde et de la cause première. Il contient, d'autre part, la doctrine condamnée dans un bon nombre des propositions de 1277. Ce sont ces raisons qui nous ont porté à l'éditer intégralement.

Quelques mots seulement sur le contenu et la structure du traité.

La question de la nécessité et de la contingence est une des plus difficiles que la philosophie ait soulevée. Les modernes l'agitent encore après les anciens ; et je n'ose dire que ce soit avec plus de succès. L'auteur du De necessitate et contingentia causarum aborde résolument le problème et cherche à mieux ordonner son sujet que l'ouvrage néoplatonicien si connu sous le nom de Liber de Caitsis ^ et classique au xiii^ siècle. L'ou-

• Comparez, par exemple, la théorie des « causes tit in pltiribus » au point de vue de la nécessité et de la contingence dans les Impossibilia, p. 89, Tertio modo, et dans le De neceuitate et contingentia, p. 117, ad secundum ; pareillement la théorie sur la vérité des futurs contingents, pp. 08-94, ad aliud dicendum, et p. 117, ad secundum.

• Comparez en particulier II«? Partie, pp. 121-124, avec Thomas, In Metaph., lib. VI, lect. m, (Vives, t. XXIV, pp. <102-«K)1).

• L« Liber de Causis cht une composition d'origine arabe, mais dont le fond a été emprunté à l'ouvrage de Proclus «ot/efcDaK OtoXoYiy.^ traduit du grec sous le titre à'Blementatio thêotogica, par Guillaume de Moerbeke, à la demande de Thomas d'Aquin, qui le premier parmi les latins a reconnu l'origine véritable du De Causis. VElementatio est demeurée inédite. O. Bardenhewer, Dit piteudo-aristotelische Schrift Uvber dus reine Gute ftekannt nnler 4em Namen Liber de Causis^ Freibqrg; i. Br., 1882,

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