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CHAPITRE VIII — SIGER ET LES TROUBLES UNIVERSITAIRES

ments synchroniques, émanés de la majorité de la faculté des arts, ne nous laissent pas de doute sur les causes véritables du conflit ; elles étaient dues à la diversité d'attitude des maîtres es arts à l'égard de la foi ; la minorité averroïste maintenant la position que nous avons constatée chez Siger \ la majorité conformant, au contraire, son enseignement à celui de l'Eglise.

On peut trouver le premier signe de l'effervescence des esprits en cette matière dans certaine question proposée à Thomas d'Aquin à l'occasion d'une de ses questions quodlibétiques, celle qui fut tenue aux approches de Noël 1270, ou plus probablement aux environs de Pâques 1271, en tout cas peu après la condamnation du 10 décembre ^

Le doute soumis au jugement de Thomas d'Aquin était celui-ci : Doiton éviter les excommuniés lorsque les gens compétents ont des opinions diverses sur leur excommunication ? ' Il est aisé de reconnaître dans une semblable question la conséquence de l'excommunication portée par Etienne Tempier, le 10 décembre, contre les professeurs averroïstes *. Les adversaires de ces derniers voulurent tirer la conclusion que comportait

la question de principe. Le légat laisse d'ailleurs entendre que les questions doctrinales n'étaient pas étrangères aux troubles soulevés dans la faculté des arts: Sperantes,...statum facultatis ipsius, jam pro magna sui parte divulse, proh dolor, et collapse, per rationabilis ordinacionis semitas reformare, ut, fomite discordie a facultate predicta radicitus extirpato, motus quos juvenilis fervor consuevit aliquociens efFrenare mansuetudo benigna mitiget, evitentur scandala, injurie, rancores, odia, rerum dispendia, pericula personarum et animarum exicia relegentur, subcrescat caritas in studii tranquillitatis radicata virgulto, et moderna curiositas que plus solito innuineras nmltiplicat questïones, labirintum declinans litium, quibus pro minimo, dum affectus imperat rationi, se aliquociens insolenter immergit ad prosequendum débite operationis officium vacet penitus et intendat. Denifle- Châtelain, Chart. Univ. Paris., I, pp. 522-23.

* Il s'agit de la quatrième dispute quodlibétique. On doit la placer à Noël 1270 ou Pâques 1271. Voy. p. 86. Il est peut-être plus probable qu'elle tombe vers Pâques de 1271. On comprend qu'après la condamnation du 10 décembre 1270, les esprits se soient échauffés de part et d'autre et que l'on ait agité la question à laquelle nous faisons allusion. On l'aura ainsi proposée aux disputes de Pâques 1271. D'autre part, si Thomas a dû omettre une grande dispute, c'est peut-être à Noël 1270, cette année l'ayant vu déployer une très grande activité. Mais ce ne sont là que de faibles indices. La dispute aurait pu avoir lieu en décembre 1270, après la condamnation du 10 du même mois.

' Utrum debeant vitari illi excommunicati circa quorum excommunicationem est apud peritos diversa sententia ? Qtiaest. quodlib., quodl. IV, a. XIV, Opéra, t. XV, p. 441.

* Cela résulte des faits suivants : 1° la proximité de temps entre le moment où la question est posée et la condamnation du ]0 décembre 1270 ; 2» la question est agitée dans l'Université de Paris ; 3» elle est agitée apud peritos, et on l'interprète diversement; 4° Thomas dit : in tali casu magis est standum sententiae iudicum, nisi forte sit per appellationem suspensa {l. c, p. 442), ce qui indique qu'il s'agissait d'une sentence épiscopale dont on pouvait appeler au Pape.

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l'acte épiscopal, et faire le vide autour des chaires d'où descendait un enseignement antichrétien et scandaleux. Thomas résolut le cas par l'affirmative. « Avant que la sentence des juges soit portée, dit-il, on n'est pas tenu d'éviter un excommunié. Après la sentence, lors même qu'il s'élève un doute, il faut de préférence s'y conformer, car même des juges moins habiles connaissent mieux la vérité de la question, et ce serait causer du détriment au bien commun si chacun pouvait, à son gré, faire échec à un jugement authentique. Il vaut donc mieux s'en tenir à la sentence des juges, à moins qu'on n'en suspende l'effet par un appel à l'autorité supérieure » ^

Une semblable solution, qui devait représenter la pensée courante de l'Université dans cette question, ainsi qu'on peut le déduire de la suite des événements, plaçait les averroïstes dans une situation de plus en plus critique : il semble qu'ils s'en soient rendu compte et aient voulu opérer une diversion en frappant un grand coup.

L'occasion se présenta lors du renouvellement du recteur de l'Université, aux approches de Noël de cette même année 1271 ^

La majorité des suffrages des Quatre Nations se porta sur maître Albéric de Reims ^ Une minorité composée de trois maîtres et d'autres

• Quaest. qtiodlib , l. c. Les doutes soulevés par les intéressés pouvaient se fonder sur ce fait que les maîtres et les écoliers de l'Université de Paris ne pouvaient être excommuniés sans une faculté spéciale du Saint-Siège. Chart. Univ. Paris., I, pp. 192, 427; ou encore parce que l'excommunication du 10 décembre 1270, était portée sous une forme conditionnelle : Isti sunt errores condempnati et excommunicati cum omnibus, qui eos docuerint scienter vel asseruerint. Supra, p. 111, n. 1.

• Sur la date des élections rectorales, voyez plus haut, p. 82, note 1. Que l'événement toit relatif aux élections de Noël 1271, c'est ce qui ressort des données fournies par l'acte d'arbitrage du légat, le 7 mai 1276. Nous savons que les deux partis de la faculté des arts ont fait appel à l'intervention du légat, trois ans et plus après la sentence des juges universitaires sur l'élection : triennio a tempore pronunciationis dictorum judicum et amplius jam elapso. Chart. Univ. Parus., 1, p. 622. Or, les juges devaient porter leur sentence dans le délai maximum d'un mois. Voyez p. 82. En outre le légat a dû se transporter de Lyon où résidait alors la curie, à Paris, et faire son enquête, qui semble avoir été assez compliquée, avant de porter sa sentence arbitrale du 7 mai 1275. Nous obtenons donc ainsi trois ans et quelques mois, ce qui nous reporte au commencement de 1272. Les deux élections les plus proches de ce moment étaient celles de Noël précédent, ou du 26 mars suivant. Cette dernière date ne fournirait que trois ans et un mois environ, ce qui semble insuffisant. D'autre part, le parti qui adhéra à la sentence des juges universitaires y fait clairement allusion dans son décret du l*"' avril 1272. Chart. Univ. Paris ^ l, p. 499. Or, si le jugement était relatif à l'élection du 25 mars, l'atTaire aurait dû être instruite et jugée en cinq jours, ce qui est peu vraisemblable. Tout nous ramène donc à l'élection faite aux approches de Noël 1271.

■ Sur la condition du recteur, voy. Chart. Univ. Paris., I, p. X.XII et suiv.; Denifle, Dié Univertilûten dus Mitttlaltirx, I, p. 10«i et suiv.

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