CHAPITRE VIII — SIGER ET LES TROUBLES UNIVERSITAIRES
comme recteur de l'Université, au sortir du schisme créé par le parti de Siger \
Les maîtres de la faculté des arts ne s'en tinrent pas aux seuls témoignages de sympathie que nous avons signalés à l'égard de Thomas d'Aquin. Le recteur et les maîtres écrivirent au chapitre général des Frères Prêcheurs, qui s'ouvrit le 12 juin à Florence, pour le prier de leur rendre Thomas d'Aquin. Leur demande ne fut cependant pas exaucée ". Le chapitre provincial de la province romaine qui se tint à Florence, après le chapitre général, confia à Thomas le soin d'organiser une étude générale, quant au choix du lieu et des personnes ^, et le célèbre maître désigna Naples, où l'attirait, sans doute, de toutes ses forces Charles d'Anjou *. Le roi de Naples travaillait au même moment à réorganiser l'université de sa capitale, et il lança à cet effet, le 31 juillet, un appel pressant aux maîtres et aux étudiants de Paris et d'Orléans pour les amener dans son royaume ". Ce projet de donner un grand développement au Studium de son pays devait solliciter Thomas d'Aquin, sans oublier que Charles d'Anjou s'était acquis des titres exceptionnels à la reconnaissance des Frères Prêcheurs ^ Le
Clermont, est exacte, et Pierre d'Auvergne n'est autre que Pierre de Gros, évêque de Glermont, 21 janv. 1302, f 25 septembre 1314. Eubel, Hierarchia Caiholica medii Aevi, I, p. 199. A. Thomas a démontré, indépendamment de Ptolémée, l'identité des deux personnages. Les lettres à la Cour des Papes, Rome, 1884, p. 5 et suiv. (Extr. des Mélanges d'archéoloffie et d'histoire publiés par l'Ecole fran(;aise de Rome). Pour reconstituer sa biographie voyez : Que t if- Echar d, Script. Ord. Praed., l, p. ^89 ; F ranck, Diction' naire des sciences philosophiques, p. 1332 (article de Hauréau); Hauréau, Histoire de la philosophie scolastique, 11^ Partie, t. II, p. 156 ; Lajard, Histoire littéraire de la France^ XXV, p. 93. Les renseignements les plus précis sont fournis par le Chart. Univ. Paris., t. I et II, voyez aux Indices : Petrtis de Alvernia. ' Chart. Univ. Paris., I, p. 530.
* Eum (Thomam), quem a vestro coUegio generali Gapitulo vestro Florentie celebrato, licet requisissemus instanter, proh dolor, non potuimus obtinere. Chart. Univ. Paris., I, p. 504.
^ Studium générale théologie quantum ad locum, et personas et numerum studentium committimus plenarie Fr. Thome de Aquino. Douais, Acta capituloriun proviticialium, p. 531.
* Chart. Univ. Paris., I, p. 505; Quétif-Echard, Script. Ord. Praed., I, 282.
* Chart. Univ. Paris., I, pp. 501-2.
* Le chapitre provincial de Todi, en 1266, débute ainsi : Quoniam illustris Rex Garolus semper speciali dilectione ordinem nostrum dilexit et protector eius ubique fuit... Douais, Acta capittilorutn prot<incialium, p. 522. Charles d'Anjou, lui-même, dans sa lettre écrite au chapitre général des Frères Prêcheurs, tenu à Milan en 1270, s'exprime de cette façon : Nos enim qui ad vestrum ordinem specialem aflfectum semper habuimus et habemus, proponimus firmiter ipsum ordinem et personas eiusdem diligere, prevenire honoribus eiusque ordinis statum favoribus et presidiis auctore Domino aotipliare. Finke H. Ungedruckte Dominikanerhriefe, Paderbom, 1891, p. 74. Quand en 1282, le fils de Charles
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prince se montra d'ailleurs magnifique : il assigna une once d'or pour le traitement mensuel de Thomas d'Aquin ^
Nous savons peu de chose sur la vie intérieure de la faculté des arts pendant les trois années que dura la scission occasionnée par Siger de Brabant et ses partisans.
Un mot cependant nous a été conservé à la date du 25 avril 1273, qui témoigne de l'état déplorable dans lequel se trouvait toujours l'Université. Il nous est fourni par un sermon de saint Bonaventure, prêché à Paris, à cette date, dans l'église de Saint-Antoine. A la fin de son discours, le Ministre Général des Frères Mineurs recommande aux assistants de prier pour la paix de l'Eglise et spécialement pour le Studium de Paris qui, sous l'inspiration du diable, a maintenant cessé ses leçons au grand détriment de l'Eglise ^. Un autre prédicateur, Gérard de Reims, prêchant aussi dans
d'Anjou, Charles, prince de Salerne, visita les Dominicains de Florence, un religieux célèbre de cette maison, Remigio Girolanis pouvait dans sa harangue dire ces mots de son père : diligit ordinem nostrum plus quam omnes Principes de mundo. Fineschi V. Memorie istoriche degli uomini illustri del convento di S. Maria Novella, Firenze, 1890, p. 161. Bernard Guidonis s'est fait l'écho de cet état de choses : Dominus rex Cicilie anima ordinis nostri. L. Delisle, Notices et extraits des manuscrits de la bibliothèque nationale^ t. XXVII, II*" Partie. Paris, 1879, p. 329. Douais lit : amicus ordinis nostri. Acta capit. provinc, p, 139, note.
• Cum religiosus vir frater Thomas de Aquino, dilectus noster, apud Neapolim in Theologia légère débet, nos volentes sibi exhibere subsidium in expensis, et propter hoc, de una uncia auri ponderis generalis, pro quolibet mense quandiu ibidem legerit, sibi providere velimus, fidelitati vestre sub pena duplici quantitatem ipsius precipiendo mandamus, quatenus ad requisitionem procuratoris fratrum ejusdem ordinis in Neapoli, vel certi nuntii ejus, de predicta uncia auri ad générale pondus, singulis mensibus donec idem Frater Thomas ibidem legerit, pro procuratore eius vel eius certo nuntio pro eodem, per dohanerios Neapolis, de proventibus dohane, quam anno presenti prime indictionis cxercerint, que sunt et erunt per manus eorum, sine difficultate qualibet, satisfieri faciatis. Recepturi présentes litteras et de hiis dederitis idoneam apodixam, non obstante mandate aliquo vobis facto, per quod effectus primitium impediri valeat vel diiïerri ; scituros quod si dilationem vel defectum ultra debitum commiseritis in exequutione presentium, prêter dictam penam dupli quam a vobis extorquer! infallibiliter faciemus, indignationem nostram exinde incurratis. Datum Neapoli, per eumdem etc. mensis octobris XV ejusdem (anni 1272). Del G indice, Codice diplomaticn del re^rno di Carlo le Carlo II d'Atigi<\ Napoli, 18fll et suiv., 1, 257; R. Majocchi, S. Tomwasn d' Aquino uwri di velrno? Modena, 1889, p. 118; Clémente D. Napnli e S. Tommaso d\lqtituo, Napoli, 1873, p. 71 ; Quétif-Echard, Script. Ord. Praed., I, p. 282.
* Oremui pro pace Eccleviae precipuc pro studio Parisiensi, quod modo cessât, et puto quod diabolus fecit modo maxîmam partem suae voluntatis, quando procuravit in cordîbut quod ceuarent : quia hoc est unum de majoribus damnis, quod ipse possit facere aanctae Rcclesiae, quia studium PariHius est fons, a quo rivuli exeunt per totum mundum, et epiNCopi et archicpiscopi et alii Ecclesiarum rectores. Quétif-Echard, Script. Ord. Praed, I. p. 2(;y: Pari», Bibl. Nat. lat., 16181, no» 128. 184, lat. 2B16" f. BU, 182.