‹ Signe de Vincent (d'Alger): Etude SémiologiqueChapitre 10 sur 22 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Enfermé sur une grande partie de son trajet dans un couloir osseux inextensible, le nerf maxillaire inférieur participe à toutes les infections et néoplasies qui intéressent l'os.

C’est là un des traits caractéristiques de la pathologie de ce nerf. En dehors des affections osseuses les plus fréquentes, toutes les lésions de voisinage peuvent retentir sur le nerf maxillaire inférieur (comme sur tous les autres nerfs de l’économie), de son origine apparente jusqu’à sa terminaison labiale.

Il sera donc indiqué de rechercher le signe de Vincent (d'Alger) dans toutes les affections siégeant à un niveau quelconque de ce nerf.

Les altérations du maxillaire pour être les plus fréquentes sont aussi les plus intéressantes à étudier.

Par sa situation l’exposant aux traumatismes et à l'infection, par ses rapports avec la muqueuse buccale et le système dentaire, sa structure même et sa vascularisation terminale, la mandibule est l’un des os le plus fréquemment frappé de nécrose.

On conçoit aisément que la mortification globale de tout un département mandibulaire, comme il est habituel de le constater dans l’ostéomyélite, puisse entraîner la souffrance du nerf dentaire qui le traverse.

En fait, dans ce cas, la lésion du nerf n'est pas toujours identique.

La congestion qui accompagne l'inflammation

osseuse, peut entrainer une simple compression du nerf dans le canal dentaire. Le retour de la sensibilité normale de la lèvre, dans les heures qui suivent la trépanation osseuse, atteste bien la réalité de cette pathogénie purement mécanique dans certains cas favorables.

L’inflammation du nerf est certaine dans la majorité des cas. On sait quel rôle a été attribué au canal dentaire dans la propagation de l’infiltration mandibulaire. Il se fait par ce canal une véritable coulée purulente qui ne peut laisser le nerf indifférent.

Mais cette infection qui frappe un nerf déjà lésé par la compression, ne s’arrête pas au simple stade de névrite, elle entraîne la destruction nécrotique du nerf. L'absence des phénomènes névritiques vrais est en effet remarquable dans l’ostéomyélite mandibulaire et l’on ne peut s'empêcher de faire un parallèle entre l’importance de linfection périnerveuse et la modicité des suites douloureuses éloignées de l’ostéomyélite.

Même dans les formes prolongées des ostéomyélites granulomateuses ou hyperostosantes où la névralgie de la troisième paire du trijumeau domine de beaucoup la scène, il est remarquable d’assister le plus souvent à une réparation fonctionnelle extrêmement rapide après l’opération qui libère le nerf de sa loge altérée. (Obs. de Ch. Ruppe, A. Lattès, etc.) :

La compression, l’inflammation, la nécrose sont les trois modes d’action sur le nerf dentaire inférieur.

Il faut bien entendu y ajouter les traumatismes opératoires. L’éxèrèse des séquestres entraîne assez souvent avec elle l’arrachement du nerf sur une portion plus ou moins grande de son étendue intraosseuse. Il en est évidemment de même au cours de l’extraction d’une dent de sagesse dont les racines entourent le nerf. (Thèse de J. Puig.)

Les lésions traumatiques du nerf dentaire infé-

HDi

rieur, si elles sont évidentes au cours de lesquillectomie et de divers actes opératoires portant sur la mandibule, ne le sont pas moins au cours des traumatismes accidentels. Les fractures du maxillaire inférieur s’accompagnent de section du nerf, de compression ou d’élongation.

Toutes ces lésions se traduisent par un signe de Vincent qui est alors un bon signe de fracture. Dans l’ensemble, elles laissent relativement peu de séquelles douloureuses derrière elles.

Un dernier mode d’altération du nerf dentaire inférieur est à mentionner, c’est l’infiltration tumorale.

Lorsqu'un épithélioma a infiltré la mandibule, soit qu'il ait pris naissance au centre même de l’os, ou qu'il résulte de la propagation d’un cancer de la muqueuse du voisinage, le nerf est plus ou moins rapidement intéressé par la tumeur. Il est alors définitivement détruit.

Les considérations précédentes nous permettent de conclure, que le signe de Vincent peut être réalisé dans des conditions assez différentes et que la proximité de la lésion causale, plus que sa nature même, entraîne une souffrance du nerf dentaire se traduisant cliniquement par des modifications de la sensibilité sur la lèvre inférieure.

Toutes les lésions mandibulaires ne retentissent pas cependant sur le nerf. Si une banale monoarthrite de prémolaire ou de troisième molaire peut donner un signe de Vincent, en revanche toutes les altérations inflammatoires ou tumorales qui habitent l’os sans l’infiltrer laissent le nerf indifférent. C’est ainsi que de volumineux kystes paradentaires ou multiloculaires n’altèrent jamais la sensibilité labiale, tant qu’ils ne sont pas le siège de modifications inflammatoires ou malignes. De la même manière, certaines ostéomyélites superficielles, corticales peuvent laisser le nerf dentaire indemne.

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