‹ Silhouettes allemandesChapitre 3 sur 13 · ERICH VON FALKENHAYN · texte numérisé non relu

ERICH VON FALKENHAYN

Von Mackensen est un tacticien, Erich von Falkenhayn est un stratège. Chef de TEtat-major général à Berlin, c'est un des personnages les plus en vue de la cour de Guillaume IL II a en même temps Tesprit militaire et la diplomatie d un homme d'Etat. Il a su si bien manœuvrer qu'il a la confiance de l'Empereur et celle du Kronprinz. Il s'est maintes fois querellé avec le premier, mais son habileté sait faire en sorte que les désaccords soient passagers.

Von Falkenhayn a été porté aux nues par toute l'Allemagne et toute l'Autriche pour le rôle qu'il a joué dans la poussée contre Varsovie. En Allemagne, où les enthousiasmes depuis le début de la guerre sont

fréquents et variables, il a été pendant quelque temps rhomme le plus populaire. Auparavant on avait murmuré lorsque le Kaiser l'avait placé à la tête de TEtat-major général. Les stratèges de café et les critiques en chambre ne se gênaient pas pour déclarer :

« Falkenhayn, pourquoi l'a-t-on choisi»

celui-là ? » Les murmiu'es se sont tus et après le recul des Russes en Gaiicie, oa vendit partout en Allemagne et en Autriche sa photographie avec celle mention : « le héros de Varsovie ».

Est-ce là une appellation bien exacte ?

A Vienne, on admire aussi von Falkenhayn ; c'est qu'il est d'origine autrichienne. Une des branches de la famille von Falkenhayn émigra en Allemagne à l'époque où une des branches de la famille danoise des von Moltke en faisant autant.

On retrouve la trace de la famille voa Falkenhayn en Bohême dès 1504. A la fin du dix-septième siècle, une famille von Fal* kenhayn, comme beaucoup de riches bohé-

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miens, alla s'installer de Bohême à Vienne, alors le siège de Tempire allemand fondé par Charlemagne. De ses ancêtres, Erich von F^lkenhayn tient un caractère très différent du caractère prussien. Il est versatile, passe de la joie la plus grande au pessimisme le plus aigu et toutes ses émotions se lisent sur sa figure. Quand il est de bonne humeur, sa gaîté apparaît dans chacun de ses traits. Les yeux brillent, la bouche s'ouvre dans un large sourire qui relève la moustache. Mais quand son humeur est maussade, il hausse la voix, tonitrue. Il n'est pas difficile de s'apercevoir du changement de son caractère.

Il a toujours l'apparence autoritaire et cassante. Quand il habitait Metz, son altitude sévère apeurait tout le monde, mais les gens qui le voyaient chez lui, dans son intérieur modeste, le trouvaient cordial et volontiers obligeant. Il est sujet à dfô crises de mélancolie, car il a conçu, à la mort de son fils aîné, survenue il y a quelques années,.

un chagrin que rien n*a pu altérer. Il fondait sur ce fils les plus grandes espérances. Il a encore deux enfants, un garçon et une fille, tous deux très jeunes. La vie familiale de von Falkenhayn est des plus simples.

M. Austin Harrison, qui fut à Berlin un des familiers du chef de l'Etal-major général allemand, raconte que tous les dimanches soirs le menu du dîner se composait de viande froide, de saucisse et de bière.

Von Falkenhayn naquit à Belchau en septembre 1861. Il fut élevé dans le corps des cadets. En 1880, il était lieutenant dans un régiment d'infanterie à Oldenburg. Sept ans plus tard, il vint à l'académie de guerre qu'il quitta en 1890, muni des certificats les plus élogieux. Il fut pendant trois ans attaché à l'Etat-major. En 1893, il fut nommé capitaine. Deux ans plus tard, il fut affecté au commandement d'une compagnie du 2P régiment d'infanterie à Thorn.

Mais il ne dem.eura qu'un an à Thorn qu'il quitta pour accompagner en Chine le

FALIŒNHAYi»;

leW-maréchal von Waldersee. II fit, dit-mi, %ine pi^^nde impression sur toute la c<Hir de Pékin. Feu Timpéralrice douairière ki p^roiit de toucfaea- ses xaigies longs, longs, ^ue l'approdie d'un instrument tranchant ne souillait jamais et la princesse Yehonala lui prépara de ses mains impériales une tasse de tbé. Puis pour couronner ces premters bônneurs rimpératrice douairièa^e lui remit la décoration des Deux Dragons.

Il fut appelé à réorganiser l'armée chinoise et il rencontra Yuan-Shi-Kai qui n'était pas encore sorti de son obscurité :

c'tisi sans doute à von Falkenhayn que l'actuel président de la République chinoiae doit ses idées pmssiennes. Pendant deux ans, à Pékin, von Faikenhayn fit preuve de la plus grande activité. Sa renommée gagna le Japon. Il fut à Tokio, fut reçu par le Mikado qui lui remit la décoration du Soleil Levant, mais il refusa de faire pour l'armée japonaise ce qu'il avait fait pour l'armée cbinoise et il fut rappelé à Beriin afin d'éviter,

dit-on, des complications internationales.

Mais il n'allait pas tarder à revenir en Extrême-Orient. Après avoir fait mi stage très court en qualité de major à TEtat-major général, il est nommé attaché au gouvernement de Kiao-Tchéou, aujourd'hui conquis par les Japonais. En 1900, il revient en Allemagne et fait partie de FEtat-major du 14* corps d'armée. Ses tribulations ne sont pas achevées. Les révoltes des Boxers éclatent en Chine, von Falkenhayn retourne au Céleste Empire avec le corps expéditionnaire. A son retour en Allemagne, il est commandant d'un bataillon du 42** régiment d'infanterie à Braunschweigen. Il est nommé en 1905 lieutenant-colonel et chef de section du grand Etat-major. Pour la deuxième fois, en 1906, on l'appelle à l'Etat-major d'un corps d'armée au 16® à Metz. En 1911, il commande le 4* régiment de la garde.

Son avancement dès lors devient rapide. Il est chef de l'Etat-major du 4* corps

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d'armée à Magdebourg en 1912 ; le 22 avril 1912, il est général-major, le 7 juin 1913, il est nommé lieutenant-général et ministre de la guerre. Il bat tous les records. Jamais »

l'Allemagne n'avait eu un ministre de la guerre aussi jeune. Le 9 décembre 1914, tout en gardant le poste de ministre de la guerre, il devient chef du grand Etat-major.

Quand von Falkenhayn fut nommé ministre de la guerre, il y eut un certain étonnement en Allemagne ; on racontait volontiers que von Falkenhayn devait cette haute situation non à ses mérites personnels mais à Famitié personnelle du Kaiser et surtout à la grande amitié du Kronprinz. Depuis trois ans, les mécontents se sont tus et ont laissé von Falkenha;^ agir à sa guise.

Si von Falkenhayn est si populaire à la ^our allemande, c'est qu'il fut naguère chargé d'instruire le Kronprinz des choses militaires, et Guillauntfe fut — il l'a bien prouvé — très satisfait des résultats obtenus.

On ne s'étonna plus quand, en décembre

von Belhmann-HoUweg. Ce plan est basé sur les victoires austro-allemandes en Pologne et en Lithuanie. Von Falkenhayn, persuadé naturellement que les Allemands seront vainqueurs, redoute pour l'avenir de l'Allemagne la force toujours croissante de la Russie dont la population augmente de trois millions de sujets chaque année. Dans cinquante ans la Russie, croit-il, aura 300.000.000 d'habitants, l'Allemagne n'en aura que cent miUions. Si les ressources de la Russie sont alors savamment employées, elles pourront écraser l'Allemagne en peu de temps. Il faut songer à cela. Von Falkenhayn y songe, et il veut créer ce qu'il appelle une septième grande puissance europi^ enne.

Von Falkenhayn est donc opposé à ce que déclarait naguère Lord Salisbury, qui disait aux étudiants d'Oxford que la division de l'Europe en deux grands groupes alliés, d'un côté la France et la Russie, de l'autre rAllemagne, l'Autriche et l'Italie (les

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îemps sont changés) était un effet de la Providence.

-^ Mais, demanda un étudiant, qu'adviendrait-il, si en plus de ces cinq grandes puissances et de FAngleterre, bonne sixième, une septième nouvelle grande puissance s'organisait ?

— La Providence, répliqua Lord Salisbury, n'a pas fait une septième grande puissance et n'a pas l'intention d*en créer une.

Von Falkenhayn a persuadé à Guillaume qu'il devait jouer le rôle de la Providence et créer ime nouvelle importante nation pour le plus grand bénéfice de l'Allemagne.

A Mons, au cours de l'automne 1914, von Falkenhayn fit une conférence devant l'Empereur pour exposer son plan. Il faut entre l'Allemagne et la Russie un état-tanip )n.

Une Pologne reconstituée au point de vue ethnique ne serait pas assez grande. Il faudrait y joindre la Lithuanie et l'Ukraine. La Russie désireuse de reconquérir les terril

SILHOUf^TTES AJ^i;-EMANDES

toiras pi&rdus peocontrar^ alws défi dé^cultes sans nombre, et l'AUejïiâgfte, èien ^wtëgéey pourrait M\jAeiimii se défendre.

L'ét!at4aB9fK)n oomprenaiit les grands «entres de liOdz, Varsovie, Libau, Riga, JBée- Jostock, Vilna, Ekaterinoslav, Odesaa si^:^it de taille à opposer une résistaipice aebamée ei la Aussie seD^iit en quekp^ ^orte isolée 4e l'Europe et pr^gque reléguée ^en Asi«.

Von Falkesilidyn a ^n plan lûen étaJ^U.

Il a décidé notamment avec le Kaiser q^Ae le nom^tl état s'appellerait « Oiatédération orientale sl^ve » et qu'une oouveJJe <îapiUle serait cpniMruit^ de toutes pièces. Il indique encore q*ue la Confédération: j&erail invitée à se joindre à une union écojaonaique iondée par l'AUfîmagne et l'Autriche et à laquelle participerait aussi la Turquie.

Le plan de von Falkenhayn faisait très bien ai^ début de la guerre sur le papier, mais depuis que les Russes ont arrêté sur leur front l'offensive allemande il semble assez loin de sa réalisation.

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Von Falkenhayn ne tient guère à des conquêtes importantes sur la France, prévoyant les difficultés qu'il en résulterait pour une organisation exempte de soucis, mais il déteste la France plus encore que la Russie et il voudrait l'abattre et la ruiner. En 1913, dans Taffaire de Saveme, il resta impassible devant la tempête parlementaire et-jrépondit avec un esprit combattit lors des débats au Reichstag. Von Falkenhayn n'a pas en le temps comme von Mackensen d'écrire des ouvrages militaires ; il a toujours été trop occupé par sa vie active dans les bureaux et à la cour. C'est un officier qui croit qu'une armée doit être forte, mais ne serait rien sans le concours d'une diplomatie avisée. Le Kaiser l'a choisi pour confident et pour conseil. Si l'Allemagne pouvait être victorieuse, von Falkenhayn deviendrait plus tard le grand homme qui a manœuvré habilement toutes les ficelles du spectacle tragique, mais quand l'heure du

désastre allemand sonnera, il sera, dans la

débâcle, enseveli sous les ruîoes avec son maître, avec ses maîtres, le Kaiser et le Kronprinz.

TIRPITZ

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