CAROLUS DURAN
Bien peu — même parmi ceux qui s'occupent de peinture — se doutent de l'oeuvre considérable de ce maître si merveilleusement doué et dont la facilité apparente cache un labeur opiniâtre et une science profonde. Il n'en faut pas chercher la raison ailleurs que dans les papotages indiscrets de la chronique dont Carolus Duran, à ce point de vue, fut la victime. Sa vie extérieure a servi longtemps de point de mire à la badauderie parisienne : l'homme de salon a, quelquefois, fait ombre à l'homme d'atelier, au travailleur infatigable, épris de sa palette, enthousiaste des grands ancêtres, au point de vénérer, dans une foi égale, les peintres d'Espagne, des Flandres et d'Italie.
Aussi, devant son image dessinée par lui-même, je me prenais à regretter de n'avoir point pour la compléter une indication précise et personnelle de son idéal d'art me révélant le secret de ses théories, lorsque le hasard mit entre mes mains deux feuillets d'un cahier où Carolus Duran a écrit ce qu'il pense, au jour le jour, véritable confession d'artiste.
L'occasion est unique : je copie donc textuellement :
« La peinture n'est pas un art d'imitation, elle est un art d'interprétation. C'est la sensation qu'on éprouve des choses qu'il faut rendre et non les choses exactement. De là, la personnalité et la particularité des œuvres. Comme c'est par les phénomènes matériels de la Nature que nous arrivons à rendre nos sensations, il est indispensable de leur donner leur matière, leur intensité lumineuse en leur puissance et en leur réalité.
« Dire le plus possible avec le moins possible, c'est-à-dire chercher ce qui caractérise et ne donner que cela.
« En art, on peut dire que tout ce qui riest pas indispensable