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Armée en guerre, elle entre résolument dans la mêlée, et ce sont des portraits sans nombre, d'une féminité un peu créole, où l'être ondule en d'harmonieuses souplesses, mais avec quel charme et quelle attitude de caresse ou de rêverie qui demande à ne pas être troublée ! Et comme complémentaire à ce poème de la femme composé d'autant de chants que d'individus, voici qu'Abbéma se met à peindre les fleurs !
Elle y réussit merveilleusement.
Que de belles pivoines épanouies sur les éventails de Duvellefoy, sans compter cette suggestive couverture des Fleurs du Mal, mises en musique par Gustave Carpentier, couverture où s'élancent pour retomber en grappes fantastiques, les plus mystérieuses orchidées.
Cette passion de la fleur devait la mener à la peinture décorative fatalement. Dans ce genre, qu'elle est la seule femme à traiter, elle compte les succès par gerbes. Nombreux sont les plafonds, les panneaux qu'Abbéma a peints dans les hôtels particuliers en ce Paris des élégances raffinées. Sa gloire va plus loin. Le richissime Américain Jordan Marsh lui a confié la décoration du palais qu'il s'est fait construire à Boston.
Mais la peinture ne l'empêche pas d'être charitable au pauvre monde. L'offrande de son art ne se fait pas attendre, — elle n'a jamais su refuser!
Aussi ses amis l'aiment-ils bien. Je voyais dernièrement l'un d'eux signer une pétition couverte déjà des plus grands noms de l'Art, de la Littérature et de la Politique, demandant au Ministre de muer la rosette versicolore en un coquelicot qui ne déparerait pas la boutonnière de cette amante des fleurs.
Joseph Bail.