‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 27 sur 68 · EMILE FOUBERT · texte numérisé non relu

EMILE FOUBERT

Un bûcheur et un modeste, qui aima mieux être peintre que de continuer l'état de son père, fabricant de bronzes. Il commença par le dessin industriel dont renseignement était, à l'époque, plus rare qu'aujourd'hui. A ce propos, il serait peu juste de l'oublier, c'est à l'initiative et au zèle d'Antonin Proust que Ton doit la création de l'Ecole nationale des Arts décoratifs, de son Musée et des cours qui en dépendent nécessairement.

Le père Lequien est son maître : il sort de chez lui pour entrer comme dessinateur chez le fabricant de meubles Sanvrezy.

Le sort le fait soldat; puis, c'est la guerre : le petit sergentmajor Foubert est prisonnier; la paix signée, il devient secrétaire du colonel Rampf, ami de sa famille. Le régiment a pour garnison Bayonne, et la municipalité vient d'ouvrir une classe de dessin dirigée par Achille Zo. Le secrétaire du colonel est autorisé à suivre les cours. Son temps fini, il entre, lui aussi, à l'atelier de Donnât, et le voilà qui expose pour la première fois un Saint Jean-Baptiste, que l'Etat achète. Puis, c'est une succession de tableaux de genre, d'histoire, de portraits, de paysages. Le paysage, avec étang ou coin d'eau, a ses préférences. Que voulez-vous, chacun a ses faiblesses! Foubert raffole de la pèche à la ligne! Dans les intervalles des repas, il lâche la brosse pour prendre le scion et — quelques rares fois — un poisson ! Gomme les pécheurs, il recherche la solitude, le silence : une seule exception à cette ourseric,'\\ aime aussi follement la musique, mais à la façon des contemplatifs et des rêveurs. Beethoven est dans ses privilégiés. Au fond, c'est un éclectique et un spéculatif, confondant en la même admiration Michel- Ange et Rembrandt.

Ces tendances ne sont-elles pas singulières chez un peintre de

chevalet qui possède plutôt la formule du tableau de genre, de lecture facile que celle des symbolistes.

Un de ses grands succès fut ce Corot peignant dans une clairière : le vieux maître, la pipe aux dents, est assis devant son esquisse en un paysage élyséen. Des spirales de fumée échappées de culot noirci se dissipent dans la claire atmosphère en prenant la forme effacée, fantomale des nymphes bocagères qui évoluent autour de celui qui les évoqua de si poétique façon.

L'idée ingénieuse et d'imagerie sentimentale devait plaire à la foule.

C'est que Corot est là, avec cette physionomie douce de Philémon, attendant sans crainte, en la sérénité de sa conscience, l'heure du définitif repos : il Ta représenté simple, l'âme sincère et naïve, dans la lumière et la poésie.

Un jour, au milieu d'un cercle restreint où se trouvaient Corot et Foubert, un jeune peintre intellectuel développait en termes précieux cette thèse : qu'une pensée philosophique et sociale doit guider toute œuvre humaine, que la peinture ne saurait s'affranchir de cette loi....

Un sourire de malice imperceptible errait sur les lèvres de Corot qui, attentif cependant, écoutait l'orateur. Quand celui-ci eut terminé, content de son effet, le vieux peintre répliqua doucement :

— Mon ami, pour faire de l'art, croyez-moi, c'est beaucoup plus simple que ça !

Paul Gervais.

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