J.-J. BENJAMIN CONSTANT
Un cadet de Gascogne, féru d'orientalisme; physionomie parisienne cependant et... anglaise. La face rasée d'un clergyman ou d'un acteur, ce qui est très « dernier bateau » ; mais aussi l'amabilité, la pétulance d'un Latin. L'éclat de l'œil, éveillé et spirituel, s'augmente du miroitement d'un lorgnon à cheval sur le nez éternellement, même la nuit, si tant est que le maître dorme jamais.
Il peint partout et toujours. Sur la Bourgogne, de sinistre mémoire, pendant une traversée houleuse, ne peignait-il pas, indifférent au roulis, le portrait du chanteur Victor Maurel, allant en Amérique?
— J'aurais cent millions, que je peindrais encore! disait-il à un jeune homme qu'on lui présentait et qui se destine à la peinture.
Personne n'est plus convaincu, plus vibrant; rarement satisfait de l'œuvre terminée, il préfère toujours le tableau de demain. Sa palette vigoureuse et brillante, l'ampleur, la clarté, l'intellectualité de sa vision le désignèrent aux grandes maclnnes, comme on dit à l'Ecole des Beaux-Arts, et aussi au portrait où il est passé maître.
Les débuts furent laborieux et pénibles; je n'en veux pour preuve que cette superbe toile : les Cherifas, à l'heure actuelle au musée de Carcassonne (!), laquelle n'a même pas été citée par les forts de la critique lors de son apparition : elle est classée, maintenant, parmi les plus remarquables morceaux de la peinture contemporaine. Et en ce moment, où, en pleine faveur, il a vaincu l'indifférence du public, son succès lui devient l'occasion de l'envie, de l'injustice de ceux qui sont restés en chemin. C'est la vie!