‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 41 sur 68 · AUGUSTE MAILLARD · texte numérisé non relu

AUGUSTE MAILLARD

La tête de Maillard avec «es plans heurtés, contrariés, discords, où la chair est brutalement élaguée, semble sculptée au couteau par quelque berger tâchant, durant les longues heures de solitude, à reproduire des figures humaines sur des pommes de cannes ou des fourneaux de pipes. La volonté y éclate dans les saillies violentes des maxillaires. Et il lui en a fallu une belle dose lorsque, pour la joie longtemps rêvée de pétrir de la terre, il lâcha, contre le gré des siens, les produits chimiques où il s'employait.

Aussi les débuts lui furent-ils pénibles, comme à tant d'autres, et je n'y insisterais pas autrement si je ne trouvais l'occasion d'éclairer d'une lumière imprévue la physionomie d'un homme appartenant à une classe issue, dit-on, des tigres les plus féroces.

Par une matinée de misère et de clair et dérisoire soleil, Maillard, à bout de ressources, voit entrer dans son atelier l'huissier, Il vient faire son office. L'artiste, la victime, est atterré. Devant le découragement de ses traits abattus, le bourreau, touché de Dieu, s'intéresse; il sursoit à son exécution et... commande le buste de sa femme, laissant une avance d'argent en manière de provision.

Le reconnaissant Maillard, le plus tard possible, lui fera son tombeau. Il lui doit bien'cela.

En attendant les jours meilleurs, sans plus se laisser abattre, il a travaillé ferme dons l'atelier de Falguière d'abord, avec Dalou ensuite.

Très épris de la nature, il a une tendance au réalisme, laquelle mérite encouragement, à une époque où le genre pompier surnage. Dans Y Icare de son dernier Salon, il a su Jtumanifter le

mythologiqu3 héros en lui conservant un peu de sa beauté irréelle de demi-dieu.

Les bustes sont sa passion, aussi en a-t-il exécuté un grand nombre. A côté de ceux du conventionnel Treilhard, de Brantôme et de J.-B. Oudry, commandés par l'Etat, citons les portraits des ministres d'hier, qui le seront peut-être demain, Gadaud, Guyot-Dessaignes ; des médecins, des industriels, comme Boucicault, Lombard; des hommes de lettres, André Treille, Fernand Xau, puis Georges Berger et d'autres encore.

Après un fort beau concours, Maillard fut chargé du monument élevé à la mémoire du capitaine Ménard. Il a représenté le héros que massacra un parti de soldats de l'armée de Samory, défendant chèrement, jusqu'au dernier moment, sa vie : dans une attitude superbe, de mâle énergie, ce malheureux officier tient, au bout de son bras tendu, le revolver qui vient d'envoyer sa dernière balle.

La statue de bronze est élevée à Lunel, où est né le soldat. Sur son socle figurent trois intéressants bas-reliefs. Tout cela attend depuis plus d'une année la cérémonie d'inauguration.

Pourquoi?

On donne pour cause à cet inexplicable retard une histoire de croix de chevalier de la Légion d'honneur qu'on ne sait à quelle boutonnière attacher....

Qui racontera jamais les Mystères du Ruban Rouge?

A celui-là, Auguste Maillard fera son buste!

Adolphe Marais.

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