PAL
es amateurs des dessins de Durandeau se rappellent, sans
J^j doute un portrait de Frederick Lemaître dans le rôle de César de Bazan. Le génial acteur, coiffé d'un immense chapeau à plumes éplorées, est, en un superbe renversement des épaules, enveloppé d'un manteau que relève derrière, comme la queue d'un coq de clocher, la longue colichemardc dépassante à la garde de laquelle s'appuie le poing gauche du héros. Tel m'apparut Pal la première fois que je le rencontrai. Mais ses allures de grand et fier seigneur, chez lui, ne sont pas d'emprunt : Pal est un des descendants directs de ces célèbres et somptueux Paléologues dont quelques-uns furent hommes de guerre, d'autres hommes d'État et, finalement, formèrent l'impériale dynastie qui régna pendant près de deux cents ans sur Byzance la Superbe.
Le fils des empereurs d'Orient est aujourd'hui un grand peintre d'affiche et dans cet art, si exercé de nos jours, empereur à son tour! S. M. Pal est né à Bucarest, où son frère a failli être roi
— en August 1860. A huit ans on l'expédie en Angleterre à l'école de Gravesend où il demeure quelques années après lesquelles il quitte la terre hospitalière des rois détrônés et des anarchistes
— quelle salade! — pour entrer à l'Ecole Militaire de Roumanie. Mais le métier des armes n'a pour lui aucune attirance : aux plans de forteresses, aux épures de balistiques il préfère — oh combien! — dessiner une jolie femme ou peindre un coin de paysage. Alors ce qui était écrit arrive : cédant arma picturœ.
Il repart pour Londres. Mais la vie y est dure et pénible. Sa foi dans l'Art le soutient cependant. Les beaux musées de la capitale anglaise sont ses maîtres. Entre temps il fait des illustrations pour les journaux, il peint des affiches. Il collabore au
New- York Herald, au Strand Magazine, au Vanity Fair. Sou dessin s'impose. Enfin le voilà indépendant.
A ee moment — 1895 — un ami le rencontre dans Grosvenor square.
Je vous emmène à Monte-Carlo.
— Quand cela?
- Tout de suite! je régale du voyage : dans huit jours nous serons revenus ici.
L'offre est tentante. Pal accepte. Il achète en route valise, linge, effets. Arrivé à Monte-Carlo, l'amphitryon, sans perdre une seconde, court au salon de jeux, se fait ratisser tout son argent, repart pour Londres muni du viatique, laissant Pal en panne.
Celui-ci se fait envoyer des fonds, reprend le chemin de fer, niais il s'arrête à Paris... et depuis ne l'a pas quitté.
Notre ami Paul Dupont, qui s'y connaît en artistes, lui confie le soin de monter un atelier d'affiches qui devient vite un succès. Les contrats avec Dupont finis, Pal s'installe à son compte. 11 apporte dans le genre de l'affiche d'art une maîtrise, une ingéniosité, une science des couleurs et de leurs combinaisons, qui lui sont bien personnelles.
Il ne faudrait pas croire cependant qu'il limite le champ de son art à la seule glorificative du IligJt Life Tailor. Ses pastels et ses portraits, d'une saveur particulière, sont d'autant plus recherchés qu'ils sont plus rares.
Jean Paléologue, dit Pal, est cousin de Mme Lebon, femme de l'ancien ministre, de M. Maurice Paléologue, des affaires étrangères.
La famille impériale de Byzance n'est pas près de s'éteindre!...
F. Pelez.