‹ Silhouettes d'artistes, avec portraits dessines par eux-memesChapitre 46 sur 68 · S IL 11 ODETTE S D 'A R TIS TES · texte numérisé non relu

S IL 11 ODETTE S D 'A R TIS TES

égoïstes, des indifférents, le spectacle lamentable de toutes les misères de notre humanité. Son talent s'accrut de l'ardeur de sa foi. Le peintre, en retraçant des sujets que sa charité, non exempte d'amertume, lui faisait un impérieux devoir de montrer, est arrivé à mie éloquence convaincue que sert une superbe facture. Les Expatriés, les Saltimbanques, le Petit Misère, A l'Opéra, pour ne citer que ces tableaux de réalité désolante, sont et resteront grands dans toutes les mémoires, je voudrais dire dans tous les cœurs.

L'homme qui magnifie ces tristesses s'isole et vit assez mystérieusement en communion cérébrale avec les sujets d'inspiration plutôt charitable, mais qui le conduisent, malgré lui, à une inévitable misanthropie.

Raconter les misères de ce monde n'est point fait pour l'aimer.

Au premier aspect, ses façons d'être peuvent paraître singulières : sa maigreur, la saccade de ses mouvements, le rictus amer et forcé de sa bouche rappellent, en plus jeune, le grand Wisthler — autre contempteur d'humanité et merveilleux maître — : comme lui, il semble un fantastique personnage échappé de quelque histoire extraordinaire dEdgard Poe!

Pelez a laissé venir à lui, après un travail opiniâtre, la succession ascendante des récompenses jusqu'à et y compris le ruban rouge. Si le Musée du Luxembourg ne lui a pas donné l'hospitalité.., de jour et de nuit, c'est qu'il fallait sonner à la porte du Palais et Pelez a l'âme trop haute pour s'abaisser à une démarche.

Aimé Perret.

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