AIMÉ PERRET
Notre érudit confrère et ami Armand Silvestre lui tira un bel horoscope, lorsque, en 1872, il vit sa première toile exposée à Paris sous ce titre : Un ruisseau sous bois. A ce moment, Aimé Perret arrivait tout frais débarqué de Prémontré, où son professeur à Y Ecole de Beaux- Arts de Lyon, M. Guichard, l'avait envoyé peindre la chapelle des bons moines de l'ordre fondé par saint Lambert.
Mais il ne demeure pas longtemps parmi nous, la ville n'est pas son affaire. Combien mieux il aime le calme, la vie et le spectacle de la campagne!
Un soir, qu'il causait en compagnie d'Alfred Stevens et d'autres artistes, dans ce petit café de l'avenue Trudaine où fréquentaient, la journée faite, les peintres de Montmartre, un homme d'âge mûr, chauve comme Socrate, la barbe en pointe, terminant une physionomie épicurienne, la boutonnière fleurie d'un embaumant bouquet de violettes, lui dit :
— Vous avez raison, Paris ne vous vaut rien; il n'y a qu'un pays au monde : la route qui conduit au vrai vin, la route de Bourgogne y passe! Les violettes poussent à foison dans la plus belle forêt qui soit, — Fontainebleau, vous m'entendez, la plus belle, — ce pays est dedans. C'est Bois-le-Roi. Les naturels sont accueillants et pas encore gâtés par les gens du dimanche. Partons demain, je vous emmène....
Cet homme était le bon poète Mathieu. Aimé Perret le suivit. 11 s'installa à Bois-le-Roi, qu'il n'a pas quitté depuis. Le pauvre et exquis Mathieu y rendit sa belle âme à Dieu en 1877. Perret lui ferma les yeux et fit un croquis, sur son lit de mort, de celui qui était devenu son compagnon journalier. Il faut entendre